00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Et ce matin, notre invité c'est Vincent Levita.
00:06Bonjour, vous êtes le fondateur et président d'Infravia, société de capital investissement.
00:10Vous faites de l'infrastructure, des métaux critiques, de l'immobilier.
00:13Vous venez d'investir dans une raffinerie à lac.
00:16Objectif, faire en sorte que l'Europe arrive à casser sa dépendance vis-à-vis des Chinois.
00:22On avait ce plan sur les métaux qui a été développé par l'Europe.
00:26Parce que vous pensez qu'on peut y arriver et surtout en combien de temps on peut réussir à créer
00:31une filière sur la question des métaux rares ?
00:34Oui, on peut y arriver. Le match de la souveraineté, il peut se gagner.
00:37Il se gagnera dans le temps.
00:40L'investissement, c'est toujours la même chose.
00:42Il faut démarrer par les compétences.
00:44Ensuite, il faut sécuriser les filières d'approvisionnement.
00:47Et ensuite, il faut développer le tissu industriel.
00:50Donc oui, il peut se gagner. C'est sûr, si on ne le joue pas, on le perd.
00:53Là, il peut se gagner.
00:54Vous me dites qu'il faut commencer par les compétences, mais il faut une génération parfois pour faire des compétences.
00:58Oui, c'est des compétences qu'on avait historiquement.
01:01Je rappelle que l'école des milles a servi à construire cette compétence.
01:06Il se trouve que dans les terres rares, et c'est ce qui est amusant dans ce projet,
01:10on avait la plus grande usine de terres rares en France, à La Rochelle.
01:15Il y a des compétences.
01:16L'investissement qu'on vient de faire, c'est que c'est un entrepreneur qui a récupéré ses compétences,
01:20qui les a fait fructifier.
01:22L'État les a soutenus, d'ailleurs, il faut le dire, au moment où ils étaient au début,
01:26au moment où ils étaient fragiles.
01:27Et maintenant, c'est une société qui est compétitive.
01:31Nous, on la soutient pour la développer, en partenariat d'ailleurs avec des Japonais, avec des Américains.
01:37Et en termes de volume, on peut imaginer quoi sur ce type de raffinerie ?
01:42En termes de volume, pour le moment, sur les terres rares lourdes,
01:47on va représenter 15% de la filière,
01:51sachant qu'aujourd'hui, on part d'une situation initiale où les Chinois représentent 95%.
01:54Oui, on a de la marge.
01:57Oui, mais ça veut dire qu'on peut créer les conditions d'un début de souveraineté.
02:02Donc oui, ça va se gagner, ça se jouera dans le temps.
02:04On ne va pas construire ça en 5 minutes.
02:06Mais après, un prix qui est compétitif vis-à-vis des Chinois, on arrive ?
02:11La question du prix, elle est assez simple.
02:16À partir du moment où il y a des prix hors marché qui sont pratiqués par certains pays,
02:22c'est à l'Europe de décider, d'ailleurs c'est au reste du monde de décider,
02:25ce qu'ils sont en train de faire,
02:26s'il y a des moyens de contrer ce genre de pratiques.
02:31Mais bon, la souveraineté, c'est une question d'attractivité, de compétitivité,
02:37je l'ai dit de compétence, c'est une question qui se construit dans le temps.
02:41Mais justement, d'attractivité, quand vous, vous investissez sur des gros projets,
02:44parce que vous venez aussi de lever de l'argent pour les infrastructures,
02:46donc là on est sur des montants qui sont très importants,
02:48où vous n'êtes pas seul évidemment à investir.
02:50Que vous disent les autres investisseurs mondiaux de l'Europe ?
02:54Aujourd'hui, ils nous voient comme un îlot de stabilité vis-à-vis des Etats-Unis,
02:58ou quand on voit les chiffres, c'était encore le cas ce matin dans les publications du FMI,
03:02de la croissance américaine qui surperforme,
03:05en tout cas ne va pas être abaissée par rapport aux autres pays,
03:07où les Etats-Unis quand même restent...
03:09En fait, c'est une question très intéressante.
03:11Sur les infrastructures, où on traite aussi les questions de souveraineté,
03:14dans le digital, dans l'énergie en particulier,
03:17nous on vient de lever un fonds de 8 milliards,
03:19ça nous fait un des plus gros fonds d'Europe pour investir dans ces domaines-là.
03:26Ce que je dis, c'est que sur ces 8 milliards,
03:28on en a récupéré, on en a levé 5,
03:31donc plus de la moitié en dehors d'Europe.
03:33Donc l'Europe qui s'autoflagelle et qui dit...
03:35C'est un bon indicateur.
03:36Ça veut dire qu'en fait, le reste du monde, hors Europe,
03:39croit peut-être plus en l'Europe que l'Europe elle-même.
03:41Et nous on dit que les conditions de compétitivité et de souveraineté en Europe,
03:45elles existent, il faut les jouer.
03:47On a de la stabilité, on a une population éduquée,
03:50relativement riche, relativement fiable en termes de fonctionnement.
03:55La croissance faible ne fait pas peur ?
03:57La croissance faible, c'est sûr que c'est un deux points de faiblesse.
04:02On a deux points de faiblesse,
04:03c'est une gouvernance un peu compliquée au niveau de l'Europe
04:05et une croissance faible.
04:07On sait d'où ça vient d'ailleurs, on saurait comment la traiter.
04:10Mais c'est, en échange de ça, on a effectivement un endroit très stable
04:15et très fiable qui est très attractif.
04:18Et à l'intérieur, une croissance faible, il y a des îlots de croissance forte.
04:21Vous parlez, nous on investit dans les data centers,
04:24dans l'énergie, dans le stockage d'énergie, dans les métaux.
04:28Ça c'est des pôles de croissance fort à l'intérieur d'une économie parlantie.
04:32Vous investissez dans le nucléaire type SMR,
04:35aux projets comme ça ?
04:35Il y a des fonds qui disent que ce n'est pas leur travail justement,
04:38que c'est trop risqué, que c'est le job de l'État d'aller sur ce type de projet
04:42?
04:42Oui, le nucléaire pour le moment, on n'investit pas.
04:46Le nucléaire habituel, c'est un monopole de l'État,
04:49c'est probablement mieux d'ailleurs.
04:51Le nouveau nucléaire, comme on l'appelle pour le moment, c'est trop tôt.
04:54Donc je pense que c'est les fonds d'investissement.
04:57D'ailleurs, c'est ce qu'on a fait dans les terrains.
04:59Ça arrive quand la technologie est éprouvée, que le marché est éprouvé.
05:02Sur la question européenne,
05:04vous dites peut-être que les Européens ne sont pas assez convaincus eux-mêmes
05:07qu'il y a une force.
05:08Il y a aussi toutes les questions de réglementation,
05:11de l'Europe qui ne va parfois pas assez vite.
05:12Alors ce matin, on a un plan pour l'acier,
05:14où l'acier dit « Ah enfin, on a compris ce dont on avait besoin,
05:17on va être protégé des Chinois ».
05:19Et puis, on a aussi Onyursala Vandalen qui dit
05:21« Je devois faire quelque chose pour l'essence »,
05:23mais qui reporte, qui reporte, qui reporte.
05:25On attend toujours des mesures.
05:26On a deux signaux contradictoires.
05:28Est-ce que vous, vous avez l'impression que l'Europe va assez vite
05:30sur ces questions industrielles ?
05:32Ce n'est pas une question de vitesse,
05:33c'est plutôt une question de cohérence dans le temps.
05:35Je prenons le cas de l'énergie,
05:37qui est pour moi le plus important et le plus criant
05:39en termes de compétitivité.
05:41Si on doit construire à 10 ans, à 15 ans,
05:43un mix énergétique qui soit à la fois accessible,
05:46donc souverain, qui soit compétitif,
05:48donc économique en coût et qui soit décarboné,
05:51il faut se poser des questions.
05:52C'est quoi ? Quel doit être notre mix ?
05:54Donc quelle part de nucléaire ?
05:55Quelle part de renouvelable ?
05:56On sait que le renouvelable, il est intermittent,
05:59donc il faut une part de stockage.
06:00Il faut conserver un petit peu de gaz
06:02le temps qu'on n'en ait plus besoin.
06:04Donc ça, ça se construit dans le temps.
06:06Donc moi, je n'ai pas de problème de vitesse.
06:07J'ai surtout une question de...
06:10Il ne faut pas changer d'avis sur le nucléaire,
06:12sur la base des renouvelables ?
06:13Et d'ailleurs, les sujets où on a gardé une cohérence forte
06:17sur le renouvelable ou sur la fibre, par exemple,
06:20et même sur les data centers,
06:21on a été assez performants.
06:23Donc nous, évidemment, on est un investisseur de long terme.
06:26Donc ça nous permet de dire,
06:26on investit dans le renouvelable depuis 20 ans,
06:28dans les data centers depuis 10 ans,
06:30dans le stockage d'énergie depuis 5 ans,
06:32aujourd'hui dans les métaux,
06:33et on sait qu'on va faire ça dans les 15 prochaines années.
06:35Donc ça nous donne cette liberté-là.
06:38Merci beaucoup d'être venu ce matin, Vincent Lévita pour Infravia.
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