00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Retour sur les négociations commerciales qui doivent s'achever au 1er mars.
00:06On est avec Jean-François Loiseau. Bonjour, vous êtes le président de l'Agnat.
00:11Vous étiez auditionné le 12 février dernier au Sénat.
00:14Vous nous avez dit quand même que ça se passait assez mal avec la grande distribution, même très mal.
00:18Vous parlez d'impunité totale d'un secteur qui tire les prix vers le bas et fragilise l'agroalimentaire.
00:25J'étais avec Michel-Edouard Leclerc la semaine dernière, en milieu de semaine Leclerc.
00:28Il m'a dit que tout se passe bien, c'est comme d'habitude, il n'y a rien de
00:32différent cette année par rapport aux autres années.
00:35Qu'est-ce que vous répondez, vous ?
00:36Moi, je réponds que tout se passe plutôt mal.
00:38Alors pour lui, oui, ça se passe bien. Pour la grande distribution, ça se passe certainement bien.
00:42Mais en tout cas, pour les 23 000 entreprises que je représente, ça se passe mal.
00:45Et je ne parle pas que des très grandes entreprises, parce que souvent on se focalise sur les très grandes
00:50entreprises.
00:51Non, je parle des PME qui malheureusement, elles aussi, on leur retire des produits à la vente,
00:58parce que ces entreprises petites, moyennes, ne satisfassent pas les demandes des distributeurs
01:07avec des baisses systématiques qui ne sont pas du tout justes.
01:10Donc là, clairement, les distributeurs demandent des baisses de prix, pas ne pas augmenter les prix.
01:14On est sur une demande déflationniste.
01:16On est vraiment sur une baisse de prix, n'est-ce pas ?
01:18Comme si l'alimentaire devait régler le problème du pouvoir d'achat des consommateurs.
01:22Il y a beaucoup de dépenses maintenant au-delà de l'alimentaire.
01:25L'alimentaire, c'est 12% à peu près du panier moyen aujourd'hui.
01:29Il y a 15 ans, c'était entre 15 et 22%.
01:32Aujourd'hui, c'est 12%.
01:33Donc on ne peut pas demander à l'alimentaire, donc aux petites entreprises, aux grandes entreprises,
01:38et donc en amont aux agriculteurs, d'être un peu la variable d'ajustement
01:41et de baisser les prix systématiquement.
01:44Alors c'est quoi l'issue ?
01:45Parce que si ça se passe mal, alors j'imagine qu'il y a des déréférencements,
01:47puisque c'est la première menace en fait, le déréférencement.
01:50C'est ce qui fonctionne le mieux presque.
01:53Après c'est quoi ? On arrive quand même à s'accorder, il reste quelques jours.
01:57Oui, alors moi j'ai entendu il y a quelques jours que finalement c'était une pièce de théâtre
02:00et que tout ça, ça allait se terminer correctement.
02:02Non, ce n'est pas du tout une pièce de théâtre.
02:04Parce que pendant ce temps-là, les entreprises, elles ne peuvent pas payer correctement leurs salariés,
02:07elles ne peuvent pas investir dans la décarbonation, on en parle tous les jours en ce moment,
02:11elles ne peuvent pas aller à l'international
02:12et elles décapitalisent.
02:14Ces entreprises, ce sont avant tout des familles.
02:16Des familles qui pendant 30 ans ont travaillé pour élaborer des produits
02:20et finalement se retrouvent avec un appauvrissement.
02:22Alors l'issue, nous ce que nous demandons,
02:24c'est que le ministre du pouvoir d'achat et des petites entreprises,
02:30M. Serge Papin, fasse son travail.
02:32C'est-à-dire qu'en fait qu'il procède à des contrôles.
02:34Il a l'autorité pour aller dans les magasins de la grande distribution
02:39et faire des contrôles, des relevés de prix.
02:41Et d'ailleurs, nous sommes prêts aussi, nous, à ouvrir nos livres.
02:44– Ah oui, parce que c'est ce que demande la grande distribution.
02:46– Oui, oui, il veut les livres.
02:47– Nous, on ouvre tout.
02:48Et de toute façon, ils le savent très bien.
02:51Et Serge Papin le sait très bien que le problème,
02:52il est du côté de la grande distribution.
02:54Donc nous, ce que nous demandons, ce sont des contrôles pour vérifier
02:57si les entreprises ou la grande distribution
03:00respectent bien les fameuses lois EGALIM, n'est-ce pas ?
03:02La matière première agricole qui doit être payée aux agriculteurs.
03:05Et donc, nous observons qu'aujourd'hui, 75% des contrats signés
03:09par la grande distribution avec les entreprises
03:12ne respectent pas la matière.
03:13– 75% ?
03:14– 75%, c'est énorme.
03:16– Tous distributeurs confondus ?
03:18– En moyenne, tous distributeurs.
03:20Alors peut-être que les plus importants appuient un peu plus fort.
03:22On a 520 000 emplois sur le terrain, dans tous les départements.
03:26Je veux dire, est-ce qu'on veut sacrifier au titre
03:28de 12% du panier du consommateur, finalement,
03:32cette espèce d'économie qui est la première industrie du pays ?
03:35La qualité alimentaire mérite autre chose.
03:38Moi, je pense que d'avoir systématiquement des baisses de prix
03:41depuis 15 ans maintenant.
03:43– Et là, vous voyez clairement des baisses de prix
03:46qui ont été acceptées sous pression ?
03:48– Alors, c'est un très bon point, parce que malheureusement,
03:51les petites entreprises, quelquefois,
03:53elles n'ont plus le choix à un moment donné.
03:55Donc, elles signent.
03:55Elles signent avec des baisses de prix.
03:57Alors, ça va être moins 6, ça peut être moins 2,
03:59ça peut être 0, mais en tout cas, c'est jamais plus 3.
04:01Ça, c'est clair.
04:02Les grandes entreprises, elles retiennent,
04:04elles ont un petit peu plus de cash pour l'instant.
04:06Et elles, de toute façon,
04:07elles ne vont pas avoir de prise de commande.
04:09Vous avez dit tout à l'heure, déréférencier,
04:11ça veut dire quand même enlever du produit.
04:12– Oui, ça c'est violent, évidemment.
04:13– Et puis, d'ici un mois, bien après la fin des négociations,
04:17d'ici deux mois, il y aura, je dirais,
04:20de nouvelles négociations entre la grande distribution
04:23et les entreprises.
04:24Mais finissons-en une bonne fois pour toutes.
04:26Il n'y a qu'en France que ça se passe comme ça.
04:27En Italie, en Allemagne, en Espagne, ça ne se passe pas comme ça.
04:30– Et c'est pas, pourquoi il n'y a qu'en France ?
04:33C'est-à-dire que c'est le fonctionnement des galimes
04:34qui ne marche pas, c'est la concentration des acteurs ?
04:36– Alors, oui, vous avez 500 000 agriculteurs en France,
04:3923 000 entreprises de l'agroalimentaire
04:40et vous avez à peu près 3-4 acteurs de la grande distribution.
04:45Nous en avons besoin de la grande distribution.
04:47Je ne dis surtout pas qu'il ne faut pas, bien au contraire,
04:49mais il faut que ce soit beaucoup plus respectueux.
04:52Leclerc, il fait 53 milliards d'euros de chiffre d'affaires,
04:552% de résultats nets, je ne vous raconte pas,
04:58je pense que c'est facile de faire l'addition
05:00et même la multiplication.
05:01Donc, il y a un vrai problème aujourd'hui
05:03de sauvegarde du tissu agroalimentaire.
05:06On a sacrifié le textile,
05:09on est en train malheureusement un peu de sacrifier l'automobile,
05:12on va sacrifier l'agroalimentaire
05:14pour quelques petits points, quelques centimes
05:16qui peuvent sauver des entreprises et de l'emploi.
05:19Moi, je dis non.
05:19– Vous me parlez du ministre qui vous défend,
05:21mais vous me parlez de Serge Papin.
05:22Alors Serge Papin, il vient de Système U,
05:23mais c'est Annie Gennevard qui aujourd'hui a pris le dossier sous le bras.
05:28– Annie Gennevard, elle est ministre de l'agriculture et de l'agroalimentaire
05:32et moi, je n'ai pas à distribuer des bons points,
05:35mais en tout cas, elle a fait le job et elle est courageuse.
05:37Mais Serge Papin, c'est lui qui a l'autorité sur la DGCCRF.
05:41– Donc les contrôles, c'est lui ?
05:43– Les contrôles, c'est lui.
05:44Il le sait très bien.
05:45Nous lui avons dit, je lui ai dit, je lui rappelle à chaque fois.
05:47– Et qu'est-ce qu'il dit ?
05:49– Il dit que ça va peut-être se faire.
05:51Il dit qu'il faudrait se mettre autour de la table et discuter.
05:54Non, qu'il fasse les contrôles.
05:55Ça va très vite, on peut faire des contrôles,
05:57on peut observer que la grande distribution ne respecte pas.
06:01Ce qu'il faut, c'est respecter.
06:02On ne demande pas des hausses de prix abusées.
06:05Non, nous ce qu'on veut, ce que nous voulons,
06:07c'est pouvoir payer correctement les salariés,
06:10décarboner, innover, investir, occuper le territoire.
06:12– Merci beaucoup Jean-François Loiseau d'être venu ce matin
06:15dans la matinale de l'économie.
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