00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Et ce matin un patron qui veut concurrencer Microsoft, vous savez qu'on aime bien ça les ambitieux.
00:07Nous sur BFM Business, Sébastien Lescope, bonjour, vous êtes le directeur général de Claude Temple.
00:13Vous vous êtes candidat à l'appel d'offre lancé par l'État pour l'hébergement complet des données de
00:17santé.
00:18Jusqu'ici c'est géré par Microsoft, ça fait partie des dossiers sur lesquels l'État veut changer de fournisseur.
00:24Est-ce que vous êtes bien parti ?
00:26Écoutez, pour parler du dossier, la base de données médicales française dont nous parlons,
00:33qui est l'objectif d'intégrer la plateforme de données de santé, concerne 99% de la population française.
00:41Aussi important.
00:42Et aujourd'hui c'est l'une des bases de données les plus importantes au monde.
00:46Donc on est sur un dossier qui est extrêmement stratégique, qui est critique également,
00:49car sur le marché noir, la donnée de santé vaut à peu près 10 à 20 fois plus que la
00:55carte bancaire.
00:57Vous, vous êtes un acteur, vous faites 55 millions d'euros de chiffre d'affaires, vous n'êtes pas un
01:02petit poussé non plus,
01:03vous avez 350 ingénieurs, vous travaillez déjà avec le SAMU, avec l'établissement français du sang,
01:08mais vous n'êtes pas Microsoft.
01:10C'est-à-dire que, est-ce que vous avez les reins solides, la capacité pour vous occuper, vous nous
01:14disiez,
01:15des données de santé, dossiers éminemment importants ?
01:18Alors en 2017, nous avons fondé Cloud Temple avec une conviction simple.
01:23Nous avions la conviction que certaines infrastructures numériques auraient besoin de rester sous juridiction européenne,
01:30et avec un niveau de sécurité accru.
01:33Et aujourd'hui, de nombreux clients majeurs de la santé, du SAMU, de l'industrie,
01:38il y a Suez, Veolia, EDF, de la finance, Banque de France, le CCF, nous font confiance.
01:43Et 80% du portefeuille client de Cloud Temple n'a pas été choisi pour des critères de souveraineté,
01:49mais pour des critères de performance et de compétitivité.
01:52Donc oui, aujourd'hui, on a des armes à revendre, et c'est tout le sujet du dossier.
01:56Alors il y a un premier pan qui est de l'État de montrer qu'ils sont capables de reprendre
02:00la maîtrise
02:00sur leurs technologies critiques, mais il y a également un pan qui est le challenge,
02:04de challenger la filière tech française et européenne,
02:07pour qu'elle prouve qu'elle est en capacité de gérer également ses infrastructures nationales stratégiques.
02:12Oui, parce que si l'argument, c'est le seul argument de la souveraineté, ça ne fonctionne pas.
02:16Vous ne gagnez pas de part de marché avec ce seul argument.
02:18Il faut être au moins aussi fort.
02:20Compétitif, performant, oui, c'est la base en tout cas aujourd'hui de nos produits.
02:25Vous connaissez Octave Claba d'OVH Cloud, ça fait des années qu'il s'époumonne sur cette question,
02:31parfois avec difficulté de convaincre les acteurs français de ne pas aller justement vers les acteurs américains.
02:36Il se passe vraiment quelque chose là ces dernières semaines ?
02:39Alors vous savez, quand la majorité de votre économie tourne avec des technologies
02:45dont vous n'avez pas la maîtrise, naturellement il y a une perte de liberté.
02:50La souveraineté, c'est juste cette capacité à être libre de ses décisions.
02:54Aujourd'hui, quand on parle du cloud, 80% du marché est donné aux Américains.
02:58Au niveau européen, on parle de 250 milliards d'euros qui sont donnés chaque année
03:02pour acheter de la technologie américaine.
03:04Donc il y a tout un pan économique à la souveraineté.
03:07Et on se rend compte aujourd'hui que la valeur économique se déplace vers ceux qui conçoivent la technologie.
03:13Si on regarde le produit intérieur brut des services numériques,
03:17il pèse 5% en France et en Europe et plus du double en Chine et aux Etats-Unis.
03:22Mais souvent on dit qu'on n'a pas les acteurs pour répondre aux appels d'offres.
03:25En fait, vous dites que c'est faux.
03:27Alors aujourd'hui, et le rapport Draghi le dit très bien,
03:29ce qui manque en Europe, ce n'est pas des talents, ce n'est pas des industriels,
03:33ce qui manque des investissements.
03:35Le rapport Draghi parle de 800 milliards d'euros qu'il faut injecter dans l'économie européenne
03:40pour rester dans la course numérique.
03:42Mais quand on a dit ça, on se déprime.
03:44C'est-à-dire que quand on se dit 800 milliards d'euros,
03:46on se dit qu'on n'y arrivera pas, que c'est trop et qu'autant arrêter tout de suite.
03:49On parle d'un combat générationnel.
03:50En fait, c'est ça qu'on ne comprend pas.
03:51On a l'impression que parce qu'on va prendre une décision,
03:53on va avoir des réponses extrêmement rapides.
03:57Mais là, on est sur un combat générationnel.
03:59Et quand on parle de souveraineté, ce n'est pas uniquement se protéger des autres.
04:03On parle de souveraineté offensive, c'est développer de la tech française,
04:07de la tech européenne qui va irriguer le montre.
04:09C'est faire de la France, faire de l'Europe, de créer avec le numérique de la puissance économique.
04:15Et vous dites qu'il va nous falloir 20 ans, 25 ans, c'est ça une génération.
04:17C'est l'ordre de grandeur.
04:18Alors si on regarde dans le monde du cloud que je connais bien,
04:22aujourd'hui, on a à peu près 30% des infrastructures numériques qui sont passées dans le cloud.
04:26Donc 70% n'y est pas.
04:27Donc il y a de la place.
04:28On est sur un marché en croissance de l'ordre de 20 à 30% par an.
04:32Donc ça va prendre du temps.
04:33C'est un combat générationnel.
04:35Ce dont on a besoin, c'est d'avoir des orientations politiques qui soient pérennes et qui ne changent pas.
04:39Des orientations politiques ou des décisions business ?
04:42Est-ce que là, vous avez...
04:43Moi, j'entends des banques aujourd'hui se poser la question,
04:45je suis avec Microsoft, est-ce qu'il ne ferait pas que je bouge ?
04:47C'est ça dont on a besoin ?
04:48Alors si on regarde aujourd'hui les cadres dirigeants, en effet, on se rend compte que les critères prix performance
04:53ne sont plus les seuls critères.
04:54Il y a des critères sur la localisation de la donnée, sur la juridiction, sur qui va accéder aux données.
04:58Et aujourd'hui, on se rend compte également que le baril centre de décision s'est déplacé de la direction
05:03informatique et s'est invité à la table des COMEX.
05:06La réponse sur l'appel d'offres pour les données de santé, c'est quand ?
05:10Alors, en toute franchise, je n'ai pas le planning.
05:13Il est sous la responsabilité du gouvernement qui gère le planning.
05:18La seule responsabilité aujourd'hui que moi j'ai, c'est de prouver que la filière française de la tech
05:23est capable de répondre à ces enjeux d'infrastructure nationale stratégique
05:28avec le plus haut niveau de performance et le plus haut niveau de sécurité.
05:31Il y a du monde quand même sur cet appel d'offres.
05:32Ça intéresse Overwatch Cloud, ça intéresse Outscale qui appartient à Dassault.
05:36Donc, il y a des acteurs qui ont répondu en masse pour pouvoir récupérer ce contrat, ce qui est déjà
05:40une bonne nouvelle en soi.
05:41Il y a de la compétition, naturellement, comme dans tout dossier intéressant du marché.
05:45Mais ce qui est intéressant sur ce dossier, c'est le revers symbolique.
05:49C'est que la France va prouver qu'il est capable de reprendre la main sur des infrastructures nationales stratégiques.
05:56Merci beaucoup d'être venu ce matin, Sébastien.
05:58Les scopes pour Claude Temple.
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