00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invité ce matin c'est Sébastien Chauffeau, bonjour.
00:06Vous êtes le directeur général de Limagrin, on est dans l'univers des semences évidemment pour les cultures.
00:11Avant de parler des négociations commerciales de votre actualité à vous,
00:16je voyais une chronique politique sur BFM TV qui s'intitulait
00:21« Où est passé le salon de l'agriculture ? »
00:23Vous avez l'impression qu'on n'en parle pas cette année, que c'est passé au second plan ?
00:27Alors au contraire, bonjour, je trouve que le salon de l'agriculture a une caisse de résonance
00:31encore un peu plus particulière cette année et c'est nécessaire.
00:34C'est un grand rendez-vous annuel qui met à l'honneur l'agriculture,
00:37qui tente aussi de rapprocher les Français de l'agriculture.
00:40Donc je pense qu'il y a beaucoup de choses à rappeler lors de ce salon.
00:44C'est peut-être un rendez-vous moins politique, non ? Je ne sais pas.
00:46C'est toujours un peu politisé, le plus important c'est qu'il y ait des prises de conscience
00:50pour nos concitoyens qui ressortent de ces sujets-là sur les préoccupations agricoles,
00:54parce que les préoccupations agricoles sont celles de notre société en vrai.
00:58Alors vous qui êtes sur les semences, expliquez-nous bien ce que vous faites.
01:02Vous êtes un groupe coopératif, 1300 agriculteurs adhérents,
01:05avec des marques comme Jaquet, comme Brossard, comme Villemorin.
01:09Vous êtes l'un des premiers semenciers au monde.
01:12Alors quatrième semencier mondial en effet.
01:14La particularité, Limagrin, société 100% détenue par ses agriculteurs,
01:18comme toutes les coopératives agricoles en France.
01:20Deux branches, une première où on vient transformer le grain issu des champs de nos agriculteurs
01:25pour le transformer effectivement en pain de bille, en pain burger sous la marque Jaquet,
01:29en produits de pâtisserie également sous la marque Brossard, le savane de Brossard.
01:32Et puis l'objectif donc c'est de ramener de la valeur à nos agriculteurs
01:36avec des chartes qu'on vient rajouter pour pouvoir apposer plus de primes.
01:40Et le deuxième sujet, vous l'avez effectivement rappelé,
01:43semencier international, donc premier maillon de la chaîne en termes d'intrants pour avoir des récoltes.
01:46– Sur la question des marques dans les relations commerciales,
01:51alors hier on était avec l'ANIA qui disait ça se passe très mal,
01:53vous avez les distributeurs qui disent ça se passe très bien,
01:55ça se passe comme chaque année, quel est-vous votre point de vue ?
01:58– Alors je suis d'accord sur le fait que c'est comme tous les ans ultra compliqué,
02:01comme tous les ans à cette date, tout le monde est effectivement très concentré, très concerné.
02:05Les demandes de déflation sont trop difficiles pour nous,
02:09on nous demande 5 à 4% de baisse.
02:12– Donc vous aussi vous dites ça, on vous demande des baisses de prix clairement ?
02:14– Bien sûr, bien sûr, parce qu'on nous dit que les cours des matières premières ont baissé,
02:18sauf que la réalité c'est que moi j'ai des agriculteurs céréaliers,
02:21pas que ceux l'imagrains, c'est la réalité avec des cours marchés tels qu'ils sont,
02:24qui perdent de l'argent en 2025, scoop, pour 2026 ils vont encore perdre de l'argent.
02:28Et on nous dit qu'il faut baisser les prix,
02:30tout en n'oubliant pas qu'une coopérative agricole qui est détenue par ces agriculteurs,
02:33de fait, c'est ces outils de transformation, les industries agroalimentaires,
02:37qui doivent se retrouver en négociation avec la GMS.
02:40Donc oui c'est un vrai problème bien sûr.
02:41– Avec de la menace de déréférencement ?
02:42– On a toujours ces techniques un petit peu habituelles, effectivement,
02:46de pression dans les discussions pour amener à ce qui est demandé en tout cas en face.
02:52– Sur la question des semences, vous avez une nouvelle usine de semences en Auvergne,
02:56un investissement de 113 millions d'euros.
03:00Vous nous dites que les prix des matières premières ont baissé.
03:02Aujourd'hui le choix d'une usine en France, en termes de coût du travail,
03:07ça s'est fait en compétition avec d'autres pays, vous avez vu le marché comment ?
03:10– Alors c'est très simple, l'objectif d'investir, c'est un objectif de compétitivité,
03:16et ça je crois qu'il faut qu'on le martèle, en France, l'agriculture,
03:19ça doit être de la productivité, et ça ne doit plus être un gros mot la productivité,
03:22parce que nous sommes sur des marchés mondiaux, et c'est la compétitivité,
03:25donc des coûts de revient qui permettent d'être dans la course.
03:27Donc il faut des investissements, il y a des plans qui ont été mis en place,
03:31le sujet il est quels investissements pour être capable de rester sur les marchés.
03:34– Et avec une usine comme ça, vous pouvez baisser les coûts ?
03:37Parce que c'est ça le sujet dans la productivité.
03:38– L'objectif c'est de consommer moins d'énergie,
03:40c'est d'avoir la pérennité sur nos outils en effet.
03:42– Vous avez quel regard sur aujourd'hui les évolutions de politique autour de la PAC ?
03:48Il y a des agriculteurs qui comptent dans les nouveaux contours de la politique européenne,
03:53vous vous en dites quoi ?
03:53– Alors la PAC, il faut se rappeler d'où elle vient,
03:55à l'origine le projet de la PAC c'était finalement un projet très européen,
03:59soutenu complètement par l'agriculture,
04:01c'était le premier budget d'ailleurs de l'Europe,
04:03la PAC elle est ultra indispensable,
04:05mais je crois qu'il faut se rappeler que si à l'origine c'était un soutien des prix,
04:09aujourd'hui c'est devenu un outil finalement où on impose à des agriculteurs
04:13d'aller pas forcément dans le sens de ce qu'ils auraient fait naturellement.
04:16Et il faut le mettre en comparaison de ce qui se fait dans d'autres pays,
04:18je vais vous donner un chiffre comme ça, ça permet de comprendre,
04:22les aides au travers de la PAC,
04:23on les estime aux alentours de 12 000 dollars par agriculteur en Europe,
04:26quand l'équivalent de la PAC, qui n'a pas du tout le même profil,
04:29mais on parle bien de subventions sur les exploitations agricoles,
04:32on est sur 45 000, c'est 4 fois plus d'aides pour un agriculteur américain
04:36que pour un européen.
04:38– Oui mais c'est intéressant ce que vous dites sur le choix en fait
04:39de certains agriculteurs pour recevoir les subventions,
04:42c'est-à-dire que ça n'a pas toujours bien orienté l'agriculture française ou européenne ?
04:45– Eh bien vous avez un certain nombre d'États qui sont,
04:48je parle des États-Unis, qui sont des productivistes,
04:50qui sont vraiment obsédés par des coûts de revient
04:52qui vont être les plus faibles possibles,
04:53pour pouvoir assumer des coûts et des cours qui sont faibles,
04:56là où nous on a des enjeux qui sont vus autrement en Europe effectivement,
04:59avec des aspects plus environnementaux et très très exclusivement environnementaux.
05:02– Vous êtes très exposé aux droits de douane américains ou pas ?
05:05– Alors sur nos métiers, nous le sommes,
05:06dès lors que nous avons des flux, nous sommes présents dans 53 pays,
05:09au niveau de la semence, donc on y est confronté,
05:11le plus important c'est les effets indirects en fait,
05:14c'est une déconsommation aux États-Unis,
05:16et donc une baisse aussi des exportations des pays
05:18sur lesquels nous travaillons vers les États-Unis.
05:20Donc on opère aux États-Unis et sur d'autres pays limitrophes,
05:22le Mexique notamment,
05:23et ces deux pays voient effectivement une baisse de consommation assez marquée actuellement.
05:26– Vous voyez une baisse de consommation aux États-Unis ?
05:28– Sur les potagères, pour être très précis avec vous.
05:31– Alors quand vous dites potagères, vous mettez quoi dedans ?
05:33– Tous les légumes, une quarantaine de légumes,
05:35tomates, melons, concombres, courgettes…
05:37– Mais parce que c'est trop cher ?
05:38– Parce qu'il y a un effet inflationniste tout simplement,
05:42qui est issu de ces tarifs qui ont été appliqués.
05:45– Donc là clairement, parce que vous êtes le premier à me dire ça,
05:48parce que dans l'industrie, ils ne disent pas ça,
05:49ils disent qu'ils ont augmenté les prix,
05:50mais qu'ils n'ont pas vu de baisse de volume,
05:52enfin pas de baisse des ventes.
05:54Vous, vous voyez une baisse des ventes ?
05:55– On a haussé les prix, et on a une baisse des ventes aux États-Unis
05:58et sur notre unité mexicaine,
06:00qui vend à des agriculteurs qui eux-mêmes exportent vers les États-Unis.
06:04Donc en fait, j'ai deux éléments tout à fait parallèles
06:06qui disent la même chose, oui.
06:07– Très intéressant.
06:08Merci beaucoup d'être venu ce matin,
06:09dans la matinale de l'économie.
06:10Sébastien Chauffeau, le directeur général de l'Imagrin.
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