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  • il y a 22 minutes
Ce jeudi 9 avril, Sandra Gandoin a reçu Stéphane Heliot, fondateur de Shadow, et Marie Tellechea, avocate et fondatrice du cabinet Tellechea Avocats, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

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00:01BFM Entreprises, transmission, les règles. Sandra Gondoy.
00:06Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver pour ce nouveau numéro de BFM Entreprises,
00:11l'émission qui plonge au cœur de vos boîtes tout au long de la semaine.
00:14Vous le savez, le lundi, on parle de leadership, le mardi des outils RH, le mercredi de croissance et le
00:18jeudi de transmission,
00:19comme c'est le cas aujourd'hui, et notamment de reprise des entreprises à la barre du tribunal de commerce.
00:26Quelles sont les conditions ? Quelles sont les entreprises concernées ? Qu'est-ce que ça implique ?
00:31Est-ce que derrière les boîtes survivent ? Et de quelle façon ? On va expliquer tout ça.
00:35Aujourd'hui, dans cette émission, avec mes invités Stéphane Eliaux, vous êtes fondateur de Shadow,
00:40entreprise que vous avez revendue. On va expliquer tout ça. Bonjour, bienvenue dans l'émission.
00:44Bonjour.
00:44Et face à vous, Marie Téléchéa, qu'on connaît bien dans cette émission, sur cette antenne,
00:48vous êtes fondatrice et avocate au cabinet Téléchéa Avocats. Bonjour Marie.
00:51Bonjour Sandra.
00:51Ravie de vous retrouver dans cette émission BFM Entreprises. On parle de transmission. C'est parti.
00:57Le témoignage.
00:59Le témoignage, on commence toujours par présenter l'entreprise. Bonjour Stéphane Eliaux, vous êtes entrepreneur.
01:04Avant de parler de cette entreprise Shadow, j'aimerais savoir quel est votre parcours qui vous a mené à créer
01:11ça ?
01:12Mon parcours, si on le reprend depuis l'origine, j'ai fait une école de commerce, après quoi je suis
01:19devenu avocat.
01:20Je l'ai exercé comme avocat pendant une douzaine d'années en fusion acquisition, dans un cabinet anglo-saxon,
01:26à la suite de quoi j'ai passé deux ans chez Ticket Capital, donc dans une entreprise de finances.
01:33Et après quoi, j'ai créé Shadow, qui est donc une entreprise de tech, avec deux amis,
01:39sans lesquels je ne l'aurais évidemment jamais créé, parce que les techs c'était eux et ce n'était
01:43pas moi.
01:43Oui, c'est ça, effectivement, ça c'était leur partie. Ça c'est 2015, Shadow, et pourquoi effectivement se mettre
01:49dans un domaine
01:49où vous, par exemple, vous n'aviez pas une expertise spécifique, mais vous aviez une expertise justement en tant qu
01:55'avocat aussi ?
01:56Bien sûr. En fait, j'avais cette envie de créer une entreprise qui restait quelque chose d'assez vague pour
02:03moi,
02:04et en fait, c'est l'opportunité très particulière que représentait Shadow qui m'a convaincu.
02:10C'est-à-dire que, si je la présente en un mot, Shadow, c'est un PC dans le cloud.
02:15Donc en gros, on propose à des utilisateurs, par le biais d'un abonnement, d'avoir accès à un PC
02:20qui est entièrement dans le cloud,
02:23en lieu et place de l'acquisition d'une machine physique.
02:25Et le pari, c'était que l'informatique aujourd'hui repose beaucoup sur l'achat de laptops ou d'objets
02:33avec des capacités de calcul importantes à l'intérieur
02:36pour lesquelles on paye, mais qui sont complètement sous-exploitées.
02:38Donc notre idée, c'est la mutualisation de cette puissance de calcul dans le cloud,
02:41pour que finalement chacun puisse la consommer depuis le data center en fonction de ses besoins.
02:48Et donc il y avait ce pari de mutualisation.
02:50Et ça représente en fait une évolution significative dans le monde de l'informatique,
02:55c'est-à-dire qu'on quitterait un peu l'univers du PC avec ses composants à l'intérieur
03:00pour avoir accès à une machine à laquelle on a accès tout le temps depuis n'importe quel écran connecté.
03:06Mais l'écran qu'on a chez soi n'est qu'un terminal, et donc toute la partie chair de
03:09l'ordinateur, elle est mutualisée.
03:10Ça permet de mutualiser, d'économiser en quelque sorte du composant informatique.
03:15Et donc c'est l'ambition de cette vision-là qui m'a conduit à m'y lancer,
03:20alors même qu'effectivement je n'étais peut-être pas le mieux outillé pour comprendre la partie tech.
03:24C'était effectivement vos collaborateurs, les deux autres fondateurs, qui étaient dans cette partie-là ?
03:29C'était quoi leur profil à eux ?
03:30C'était des cofondateurs, ce n'est pas mes collaborateurs, on était associés, on était à parité tous les trois.
03:38Eux ont des profils de développeurs informatiques.
03:41Donc produit destiné à qui ?
03:43Produit destiné avant tout à des adeptes du jeu vidéo.
03:48Ou en tout cas c'est comme ça qu'il a été conçu au départ, parce qu'on cherchait un
03:55produit qui puisse être adopté rapidement par ses utilisateurs.
03:58Et il nous a semblé que plutôt que d'essayer de convaincre une grande entreprise d'aller adopter ce modèle
04:01-là,
04:01il serait plus facile d'aller chercher des gamers qui eux sont à la fois gênés par le coût de
04:09la machine,
04:09c'est-à-dire qu'ils veulent une machine plus puissante et moins chère.
04:12Ils aiment bien adopter des technologies nouvelles, et celle-là en est vraiment une, c'est très très novateur.
04:20Et évidemment, s'ils peuvent avoir mieux pour moins cher et plus vite, ils adopteront évidemment ça.
04:26Donc on s'est lancé avant tout auprès des gamers, on ne s'en éloigne pas parce que ça reste
04:34l'essentiel de nos utilisateurs,
04:35mais on fait des incursions et notamment on a un enjeu aujourd'hui stratégique majeur qui est le développement d
04:44'une offre
04:44destinée à des entreprises qui ont besoin de puissance de calcul pour faire tourner des modèles d'IA sur la
04:51partie inférence.
04:53Ça c'était en 2015, la création en l'occurrence, comment elle évolue cette entreprise dans les années qui viennent
04:59?
04:59Il y a des succès, des succès rapides, comment ça marche ?
05:03Au début ça marche très bien, au début ça marche très bien parce qu'on arrive à mettre au point
05:07un produit qui fonctionne bien assez vite.
05:10Et donc dès 2016-2017, on a nos premiers clients, on a le soutien d'un certain nombre d'influenceurs
05:18du monde du jeu vidéo,
05:19ce qui est très important pour nous parce qu'ils viennent valider à la fois le bon fonctionnement du produit
05:23et le fait qu'on arrive effectivement à jouer sans que l'œil humain perçoive trop de latence,
05:30comme si la machine était en local.
05:34Et assez vite on ouvre une filiale aux Etats-Unis,
05:37et donc on se développe en parallèle à la fois sur le continent américain et en Europe.
05:44Évidemment, on lève des fonds pour permettre cette croissance.
05:50Et en tout, entre fin 2015 et 2019, on doit lever à peu près une centaine de millions d'euros
06:00auprès de plusieurs investisseurs.
06:03Donc des grosses levées de fonds, on fait partie du Next 40, etc.
06:06La trajectoire de succès normale d'une start-up de l'écosystème tech français qui marche bien.
06:12Société qui performe, 100 millions levés, effectivement une ouverture aux Etats-Unis,
06:17tout ça en 4 ans, on a l'impression que tout va bien.
06:20Qu'est-ce qui cloche ? Qu'est-ce qui ne va plus à partir de 2019 ?
06:24C'est là que ça ne va plus ?
06:26Oui, c'est à partir de 2019 que ça ne va plus.
06:28Il y a plusieurs choses qui ne vont plus très bien.
06:31Il y en a une qui tient à l'équation financière de l'entreprise,
06:34qui est qu'on a beau louer des ordinateurs mutualisés dans le cloud,
06:40disons beau être mutualisés, il faut quand même beaucoup d'ordinateurs.
06:43Donc on acquiert et on doit financer un parc de plusieurs dizaines de milliers de cartes graphiques.
06:49Donc c'est un investissement très lourd.
06:53Et quelque part, on essaye de croître très vite,
06:58alors même que les paramètres économiques de notre activité
07:02ne sont pas encore complètement bien fixés.
07:04Et donc on met trop longtemps à déployer nos infrastructures,
07:08on signe trop de contrats pour des data centers dont on doit commencer à payer le loyer,
07:12alors même que les serveurs ne sont pas à l'intérieur.
07:14Et donc il y a un décalage croissant dans le temps
07:18entre une performance sous Excel absolument splendide
07:22et la réalité financière, qui est celle d'un cash burn très significatif,
07:26qui est un premier problème qui est aggravé ensuite par un peu la mise sous perfusion
07:33auprès d'un investisseur financier qui était notre principal actionnaire à l'époque,
07:39qui s'est vécu un peu plus que comme un actionnaire financier,
07:42donc qui a voulu un peu mettre les doigts dans l'organisation de l'entreprise.
07:45Une querelle entre cofondateurs sur le rôle à donner exactement à notre croissance américaine.
07:53Donc la recette parfaite pour une transmission,
07:57non pas choisie mais subie de l'entreprise.
07:59Oui, c'est ça.
08:01On va continuer évidemment sur les difficultés,
08:03ce qui vous a mené à cette situation aujourd'hui,
08:05qui a été cette transmission.
08:07Mais là Marie, vous qui êtes spécialiste des entreprises en difficulté,
08:11est-ce que c'est fréquent de voir ça ?
08:12C'est-à-dire une entreprise qui est vraiment pleine d'avenir,
08:15qui a une super idée à la base,
08:18des cofondateurs ultra motivés,
08:21des fonds levés,
08:23une ouverture aux Etats-Unis,
08:24on a l'impression que tout va bien sur le papier.
08:25Est-ce que ça, ça arrive souvent ?
08:28Oui, alors en effet, en plus,
08:30Shadow, c'était sur le modèle start-up,
08:32donc il nécessite de lever des fonds en permanence.
08:36Et donc, enfin,
08:37il me semble que c'est que tu devais lever des fonds en permanence.
08:40Et effectivement,
08:42il suffit que le modèle prévu
08:44ne fonctionne pas exactement comme ce qui était prévu,
08:46plus des différences de stratégie entre les fondateurs,
08:51ce qui s'est passé,
08:52plus ça peut être un contexte économique ou politique
08:55qui va saboter le business plan qui était prévu.
08:59Et là, effectivement, comme tu l'as dit Stéphane,
09:01on a tous les ingrédients
09:04pour les difficultés que la société va rencontrer.
09:08Et dans ce cas-là,
09:10on peut essayer de passer par un pré-pac-session,
09:13qui reste une procédure, effectivement,
09:15qui est subie par l'actionnaire
09:17et par les dirigeants de la société.
09:20Parce qu'en fait,
09:21un pré-pac-session,
09:23c'est de préparer la session
09:25en amont de la procédure collective
09:28de la société.
09:29Donc pour ça,
09:30on sait qu'on ne va pas trouver de solution
09:33de redressement de la société.
09:35On sait que la seule solution qu'on a,
09:37c'est de trouver un repreneur.
09:38Mais on ne veut pas abîmer la société
09:41et chercher ce repreneur
09:42dans le cadre de la procédure
09:43de redressement judiciaire.
09:46Donc, dans ces cas-là,
09:47on va solliciter l'ouverture
09:48d'une procédure de conciliation
09:50qui est confidentielle.
09:52On va demander au juge
09:53qu'il donne comme mission au conciliateur
09:55d'aller chercher un petit peu confidentiellement
09:58des repreneurs.
09:59Donc, il va lancer un appel d'offres,
10:01au départ, plutôt à des concurrents,
10:04à des industriels ou à des partenaires
10:07qui vont avoir des synergies
10:09avec l'entreprise.
10:11Et il va recueillir des offres
10:14qui portent sur les actifs et activités.
10:16C'est plutôt un asset deal
10:19dans le cadre de la conciliation.
10:22Toutefois, ces offres devront être réitérées
10:25dans le cadre de la procédure collective
10:28qui devra être la plus rapide possible,
10:31justement pour ne pas détruire la valeur.
10:33Donc, l'idéal, par exemple,
10:36c'est le conciliateur a reçu deux belles offres,
10:39ce qui était le cas, je crois,
10:40dans le dossier Shadow.
10:42Et ensuite, il va solliciter l'ouverture
10:45d'une procédure de redressement judiciaire
10:47très rapide pour que les candidats
10:50puissent se repositionner
10:52dans le cadre de cette procédure
10:53de redressement judiciaire.
10:55Et il va devoir quand même lancer
10:56un nouvel appel d'offres.
10:58Donc, il y aura peut-être des candidats,
10:59des nouveaux candidats
11:00qui vont pouvoir quand même rentrer dans le dossier.
11:03Donc, voilà, c'est ça le pré-pac session.
11:06Mais à la fin, ça reste une session
11:08qui va être validée par le tribunal de commerce
11:11dans le cadre d'un redressement judiciaire
11:14de la société.
11:15On va expliquer, effectivement,
11:16la fin de cette procédure.
11:18Ce que j'ai envie de vous demander, Stéphane,
11:19c'est comment on passe de...
11:20Je commence à constater que mon entreprise
11:23est en difficulté à plein de niveaux,
11:25effectivement, la gouvernance,
11:26le business model, le financement,
11:29et se dire, ça y est,
11:30on passe à une procédure.
11:33Est-ce que ça prend du temps, déjà ?
11:35Est-ce qu'on s'en rend compte tout de suite
11:36qu'on va devoir passer à ça ?
11:39Je pense que c'est pour ça
11:40que le sujet intéressant,
11:41c'est que les entrepreneurs
11:42sont des optimistes,
11:45et c'est parce qu'ils sont optimistes
11:46que souvent, ça marche.
11:49Mais c'est pour la même raison
11:51qu'ils sont optimistes
11:51que parfois, ils tardent à réfléchir
11:56au scénario dans lequel
11:57ça ne se passe pas tout à fait aussi bien.
11:59Il y a évidemment
11:59beaucoup, beaucoup d'entreprises
12:02qui ont un modèle similaire au nôtre,
12:03c'est-à-dire, on lève des fonds,
12:05on sait qu'on a besoin
12:06d'une nouvelle levée
12:07pour aller à l'étape d'après,
12:10et on ne passe pas tant de temps que ça
12:11à se dire,
12:12quels sont mes alternatives
12:13si la nouvelle levée n'a pas lieu ?
12:14Et c'est ce qui nous est arrivé,
12:16c'est-à-dire qu'on est partis
12:18en levée aux États-Unis
12:20avec Bank of America
12:21qui nous promettait des valos
12:22de plusieurs milliards,
12:23et donc on rencontre un fond,
12:25deux fonds, dix fonds,
12:26et au bout de dix fonds,
12:27c'est moi qui me suis dit
12:28en fait, ça va nulle part,
12:29ça n'a pas marché.
12:30Et donc, quand on en est là,
12:33évidemment, mon premier effet
12:34que ça n'a pas été
12:35le tribunal de commerce,
12:36ça a été d'essayer de trouver
12:39des investisseurs
12:39sur un modèle
12:42peut-être moins généreux pour nous
12:43en termes de valorisation,
12:44mais qui aurait un peu ménagé
12:45la chèvre et le chou
12:46pour ce qui est des intérêts
12:48des anciens investisseurs,
12:49des créanciers, etc.
12:50L'idée, c'était évidemment
12:52de faire défaut à personne
12:53dans la mesure du possible.
12:54Dans ce cadre-là,
12:55j'ai contacté un certain nombre
12:56de gens, assez grands en fait,
12:59dont Octave Clabat,
13:01donc le fondateur d'OVH,
13:03et dont un certain nombre
13:04de fonds.
13:06J'avais parlé à Scaloway aussi,
13:07la filiale cloud de Free.
13:14Et assez vite,
13:16compte tenu à la fois
13:17de la dégradation
13:19de notre réserve de trésorerie,
13:22ces gens-là me disent
13:23« Waouh, ça peut nous intéresser,
13:24mais malheureusement,
13:25ça ne va pas nous intéresser
13:25une bonne histoire. »
13:27Parce que,
13:28pour que votre entreprise
13:29vous intéresse,
13:30il faut qu'on se débarrasse
13:31d'un certain nombre de contrats
13:32que vous avez conclus.
13:35et notamment,
13:37quand on parle
13:37à des opérateurs de cloud,
13:39ils ont une idée simple,
13:40c'est de dire
13:40« On va arrêter d'essayer
13:41de faire du cloud tout seul
13:42avec vos petites mains.
13:43Nous, c'est notre métier.
13:44Vous allez mettre
13:45vos serveurs chez nous
13:46et on va les opérer. »
13:47Quand vous avez des contrats
13:48de data center
13:50à hauteur de plusieurs millions
13:51d'euros par an
13:53avec des partenaires divers
13:54et variés sur deux continents,
13:57vous ne pouvez pas
13:57y mettre fin comme ça.
13:59Et donc,
14:00c'est en voyant quelque part
14:01la masse de ces loyers à venir
14:04au sein de la société
14:06qu'en particulier Octave Klaba,
14:08qui est celui qui a fini
14:09par reprendre l'entreprise,
14:10a dit « Désolé,
14:12j'ai regardé,
14:12mais ça ne passe pas
14:13sans passer par le tribunal de commerce. »
14:15Oui, c'est ça.
14:16C'est que là,
14:16on est obligé,
14:18effectivement,
14:19finalement,
14:20de passer par cette étape-là, Marie.
14:21Alors, surtout pour les startups
14:22qui ont levé
14:23beaucoup de financements,
14:25donc qui sont souvent endettées.
14:26Il n'y a pas que les startups,
14:27mais le modèle startup,
14:29par définition,
14:29il est endetté.
14:31Donc là,
14:32la cession in bonus
14:34des titres,
14:36elle n'est pas très intéressante
14:38pour une société
14:38qui rencontre des difficultés
14:39parce que le repreneur
14:41va prendre tout l'actif,
14:42mais aussi tout le passif.
14:44Donc,
14:45dans ce cadre-là,
14:47souvent,
14:47les repreneurs
14:48disent « Ok,
14:50mais dans ces cas-là,
14:51je vais reprendre
14:52l'actif
14:53et activité
14:54dans le cadre
14:55d'une reprise
14:55à la barre du tribunal. »
14:58Un convénient
14:58de la reprise
14:59à la barre du tribunal,
15:01c'est qu'il y a
15:02des concurrents.
15:03Donc,
15:04on doit se positionner
15:05dans le cadre
15:06de l'appel d'offres,
15:07faire une offre
15:07de reprise
15:09avec un BP
15:10et dans lequel
15:11on doit démontrer
15:12non seulement
15:12la qualité du repreneur,
15:14donc là,
15:15il y avait des industriels
15:16de top qualité,
15:17la qualité du BP,
15:19est-ce que ce BP
15:20est parfaitement financé ?
15:21Et ensuite,
15:22il y a deux autres paramètres
15:23qui rentrent en jeu,
15:24c'est le nombre
15:25de postes de travail repris,
15:27le maintien de l'emploi,
15:28la reprise des congés payés
15:31de tous les droits
15:32et ensuite,
15:33le prix de cession.
15:34Et donc,
15:35avantage,
15:35on reprend une entreprise
15:37avec que de l'actif,
15:38de l'activité,
15:39on choisit les contrats
15:40qu'on veut reprendre,
15:41on choisit les postes de travail
15:42qu'on veut reprendre.
15:44Inconvénient,
15:45on a une concurrence
15:46et on peut
15:47ne pas avoir le dossier
15:48si on a un concurrent
15:50qui fait une meilleure offre
15:51que nous.
15:52Vous,
15:53en tant que dirigeant,
15:54qu'est-ce qui se passe
15:55pour vous
15:55dans votre activité,
15:57dans finalement la main
15:58que vous avez
15:59sur ces opérations ?
16:01Vous êtes quand même
16:02en train de passer
16:03d'un statut de fondateur
16:06qui cherchait des investisseurs
16:07à un statut de patron
16:09qui va se faire reprendre
16:11son entreprise,
16:12qui va devoir la céder.
16:14Et c'est là que le...
16:17Je pense que c'est pour ça
16:18qu'on ne parle pas tant que ça.
16:20Beaucoup d'entrepreneurs
16:21sont mal préparés
16:21à ce type de procédure
16:23et ils y sont mal préparés
16:24parce qu'on n'en parle pas beaucoup
16:25et on n'en parle pas beaucoup
16:26parce que c'est une discussion
16:27désagréable.
16:27C'est-à-dire que...
16:30Là, en train de vous parler
16:31tout de suite,
16:31je ne vis pas ma meilleure vie.
16:33C'est quand même
16:34le récit d'un échec
16:35là où les entrepreneurs
16:36ils aiment bien raconter
16:37qu'ils volent de succès en succès
16:39et c'est même un peu leur métier.
16:40Oui, mais vous avez sauvé
16:40la société.
16:41Voilà, mais on a sauvé
16:43la société
16:43mais c'est quand même
16:45un moment qui est compliqué
16:46parce que
16:47quand on est entrepreneur
16:48on passe quand même
16:49une bonne partie de nos journées
16:50à expliquer à la terre entière
16:52que tout va bien se passer,
16:53à en être convaincu
16:54et à en convaincre les gens.
16:55Et on en convainc les actionnaires,
16:57on en convainc les partenaires,
16:58on en convainc les banquiers.
16:59Et en fait, à tous ces gens-là,
17:02arrive le moment
17:03où on va leur dire
17:03maintenant en fait
17:03j'en étais convaincu
17:04et je croyais que ça allait marcher
17:05et en fait ça ne marche pas.
17:09Et effectivement,
17:09il faut parvenir à se dire
17:13vis-à-vis des actionnaires
17:15que j'ai fait venir,
17:15vis-à-vis des créanciers,
17:16vis-à-vis des partenaires bancaires,
17:17vis-à-vis de mes partenaires...
17:19Et des salariés
17:19de toute la vie de l'entreprise.
17:21Oui, alors en l'occurrence,
17:22les salariés aussi,
17:23les salariés,
17:24il s'agit plus d'une question
17:25de management
17:25parce qu'en réalité,
17:26on a repris à peu près tout le monde
17:28dans mon cas particulier.
17:30Donc la partie qui consiste
17:33à redécouper ses équipes
17:36dans le cadre de la session,
17:38on ne l'a pas fait
17:39parce que les gens,
17:40dans l'ensemble,
17:41gardaient leur emploi.
17:41mais c'est plus le fait
17:44de se dire
17:45je suis en train de trahir
17:47une promesse
17:48à l'égard de pas mal de gens
17:50et il ne faut pas être
17:52obnubilé par ça,
17:53il faut quand même se dire
17:53le projet économique
17:55de l'entreprise,
17:57le produit,
17:58la technologie
17:58qu'on a développée,
18:00il faut que je consacre
18:01mes efforts
18:02pour les préserver
18:02le mieux que je peux
18:05et quelque part,
18:07il faut saisir cette chance
18:08que donne la réglementation
18:09pour aller
18:11redécouper un peu
18:13les contrats
18:14qu'on a signés
18:14dont on n'est pas très content,
18:15on les arrête.
18:18Éventuellement,
18:19du côté des équipes,
18:20s'il y a
18:21telle ou telle équipe
18:22qui n'aurait plus vocation
18:24à figurer
18:24dans une structure assainie,
18:27on les enlève.
18:28Donc ça demande,
18:28c'est une opportunité
18:30d'en ressortir
18:31avec une entreprise assainie
18:33mais tout en ayant passé
18:34un moment qui est
18:35quand même très pénible.
18:35Oui, c'est pénible,
18:36effectivement,
18:37il faut lâcher
18:37la barre aussi,
18:39lâcher le contrôle
18:40sur certaines choses,
18:41deux questions
18:42auxquelles vous allez répondre,
18:43le temps passe très vite.
18:45Où en est la société
18:46aujourd'hui ?
18:46Dans quel état elle est ?
18:48Et vous,
18:49vous en êtes où
18:50par rapport à cette société ?
18:51Est-ce que vous êtes
18:51toujours en lien ?
18:52Ou est-ce que
18:53vous faites votre vie
18:54à côté ?
18:55Comment ça se passe ?
18:56Moi, je t'y suis toujours.
18:58Je n'ai plus de fonction
19:00de direction générale,
19:01je suis secrétaire général.
19:03J'y suis toujours
19:04et donc j'ai accompagné
19:05le repreneur
19:06au moment de la reprise
19:07et au-delà depuis.
19:09Aujourd'hui,
19:10l'essentiel de mes fonctions
19:11se concentre plus
19:12sur des domaines
19:13qui correspondent
19:13à mon métier antérieur,
19:15c'est-à-dire qu'on fait
19:15des opérations
19:16de haut de bilan.
19:17On a constitué un groupe
19:18au sein duquel
19:19on a intégré
19:19la société Quant
19:20en 2023
19:21et donc on a
19:22une holding fêtière
19:24qui s'appelle Symphonium
19:25qui regroupe Quant
19:25et Shadow
19:27au sein de laquelle
19:28la case des dépôts
19:28a pris 25%.
19:29Donc je fais
19:30un peu d'autre chose
19:32mais je m'occupe
19:33toujours de l'entreprise
19:34et l'entreprise elle-même
19:35elle va bien.
19:37C'est-à-dire qu'on a
19:40conservé le cœur
19:41de notre activité,
19:42on a continué
19:43à innover,
19:44on a continué
19:45à acquérir des clients
19:47le produit
19:47demeure assez unique
19:49en son genre
19:50c'est-à-dire que
19:51un PC Windows
19:52complet dans le cloud
19:53on reste aujourd'hui
19:54les seuls à l'offrir
19:55avec ce niveau
19:56de puissance de calcul
19:57ce niveau de qualité.
20:00On a comme je le disais
20:01tout à l'heure
20:02des enjeux
20:02pour aller développer
20:03de nouvelles offres
20:04en particulier
20:05destinées
20:07aux entreprises
20:08qui ont besoin
20:08d'intelligence artificielle
20:10c'est-à-dire
20:10à peu près
20:11toutes les entreprises.
20:13Donc on est plutôt
20:14dans une situation
20:15assainie
20:16je pense que
20:17c'est cette nouvelle offre
20:17qui nous mettra
20:19véritablement au niveau
20:19de rentabilité
20:20qu'on souhaite atteindre
20:21pour pouvoir ensuite
20:22grossir et grossir encore.
20:23C'est intéressant
20:24parce qu'en soi
20:25je comprends que ce soit
20:26difficile à raconter
20:27forcément quand on part
20:28du début de l'aventure
20:29mais en soi
20:29l'entreprise est sauvée
20:31le business model
20:33est assaini
20:33le projet
20:35en lui-même
20:36c'est vraiment
20:36ce sur quoi
20:37vous avez développé
20:38cette entreprise
20:38est maintenu
20:39donc ça permet ça
20:40quand même
20:40cette formule Marie.
20:42Alors oui
20:43ça permet ça
20:44il y a toujours
20:44effectivement la déception
20:46quand même
20:46de l'actionnaire
20:47du fondateur
20:48parce que là
20:49c'est un adossement
20:50à un industriel
20:51donc la création
20:52de valeur
20:53va aller plutôt
20:54au nouvel actionnaire
20:55majoritaire
20:56donc au fondateur
20:57donc il y a cette déception
20:59aussi moi ce que j'ai constaté
21:00parce que j'ai beaucoup
21:01de start-up dans mes clients
21:03c'est des profils
21:04grande école
21:05donc c'est des personnes
21:06qui ont toujours
21:07tout réussi
21:08et l'entrepreneuriat
21:10c'est la meilleure
21:11entre guillemets
21:13leçon d'humilité
21:14parce que pour eux
21:15c'est à la fois
21:16extrêmement difficile
21:17mais à la fois
21:18moi ce que j'ai constaté
21:19et c'est le cas
21:20de Stéphane
21:21qui est également un ami
21:22c'est que c'est aussi
21:23ils réussissent quand même
21:25dans cette
21:26moi je trouve que
21:27c'est pas un échec
21:27mais dans cet échec
21:28parce qu'en fait
21:29pas forcément
21:29ils ont une grosse déception
21:30donc ils ont du mal
21:32c'est vrai
21:32à aller voir
21:33les avocats
21:34au structuring
21:34à aller au tribunal
21:35ils ont un petit peu
21:35de difficulté
21:36c'est très difficile
21:37ils pensent qu'ils vont
21:37réussir sans passer par là
21:39comme ils ont toujours réussi
21:40en revanche
21:41ce sont des entrepreneurs
21:42qui ont une très grosse
21:42capacité de résilience
21:44et donc lorsqu'ils ont décidé
21:45que ça sera le pré-pac session
21:47et bien ils vont réussir
21:49leur pré-pac session
21:50avec un adosement
21:51à un vrai industriel
21:51un vrai BP
21:52et une vraie suite
21:53pour l'entreprise
21:54c'est ce qui est le cas
21:55de Shadow
21:56on va tout de suite
21:58donner sur le temps
21:59qui nous reste
21:59les conseils de l'expert
22:01le conseil de l'expert
22:03souvent dans cette partie
22:04je demande
22:05ce que vous referiez pareil
22:07surtout ce que vous
22:07ne referiez pas pareil
22:09ce que vous regrettez
22:10dans ce dossier là
22:11Stéphane
22:13je ne sais pas
22:14ce que je ferais
22:15exactement différemment
22:17en revanche
22:18je sais que
22:18si une telle aventure
22:20devait arriver à nouveau
22:21je serais content
22:22de l'aborder
22:23avec la connaissance
22:24que j'en ai aujourd'hui
22:24parce que
22:26comme je disais
22:27on n'en parle pas tant que ça
22:27et il faut bien voir
22:28que le dirigeant
22:29dans cette procédure là
22:32sa vie continue
22:32c'est à dire
22:33qu'il continue d'avoir
22:33des partenaires
22:34des fournisseurs
22:36un P&L à gérer
22:37une activité à développer
22:39et en même temps
22:40il y a tout à coup
22:42le monde
22:42qui lui tombe sur la tête
22:43tout à coup
22:44il se trouve entouré
22:46de tout un tas de gens
22:47qui ont l'air de savoir
22:47ce qu'ils sont en train
22:48de faire entre eux
22:49parce qu'ils le font
22:49entre eux toute la journée
22:50donc un avocat
22:51qui est spécialisé
22:52en procédures collectives
22:54un administrateur judiciaire
22:56qui va être nommé conciliateur
22:58tout à coup
22:59son banquier sympa
23:00devient les affaires spéciales
23:01des banques
23:01et donc ils n'ont plus
23:02tout la même chose
23:02tous ces gens
23:04semblent parler le même langage
23:05et se comprendre entre eux
23:06et avoir une sorte
23:08de notion très claire
23:09de ce qui va arriver
23:10à l'entreprise
23:11et donc
23:13on est à moitié dépossédé
23:15un peu décontenancé
23:16par le fait
23:17que tout à coup
23:18dans la pièce
23:18au moment de décider des choses
23:19il y a 10 personnes de plus
23:21qui semblent discuter entre elles
23:23et décider pour vous
23:24alors même qu'on est encore
23:25le dirigeant
23:25et qu'on est encore
23:26la responsabilité des entreprises
23:27et donc je pense que
23:29en théorie
23:30j'aurais dû être très préparé
23:31à ça en tant qu'ancienne avocat
23:33en pratique
23:35je pense que
23:35tant qu'on ne l'a pas vécu
23:36c'est difficile de mesurer
23:38l'entreprise
23:38c'est son bébé
23:39tout le monde le dit
23:40est-ce que c'est pas ça aussi
23:42finalement
23:42la leçon
23:43de cet exemple-là
23:44Marie
23:45c'est finalement
23:47dire aux entrepreneurs
23:48de se faire accompagner
23:49le plus tôt possible
23:50et d'envisager
23:51ces solutions-là
23:52le plus tôt possible
23:53alors effectivement
23:54déjà essayer
23:55parce que c'est facile à dire
23:56mais de ne pas être
23:57dans le déni
23:59voilà
23:59donc non
24:00quand on a des tensions trésorées
24:01et quand on commence
24:02à trouver que le chiffre d'affaires
24:03a beaucoup diminué
24:04et qu'on ne sait pas trop
24:05comment payer
24:06les prochaines échéances bancaires
24:07on n'attend pas
24:08parce que moi souvent
24:09on m'appelle
24:09et puis on me mandate
24:103-4 mois après
24:11avoir dépensé encore
24:12150 000 euros de cas
24:14ça aggrave la situation
24:14très vite
24:15et en fait
24:16ça vous force
24:17à vendre
24:18très rapidement
24:18parce que du coup
24:19vous allez être dans
24:19une contrainte de trésorerie
24:22très courte
24:23et du coup
24:23vous allez vendre
24:24très rapidement
24:24et donc dans des conditions
24:26les moins bonnes
24:26pour finalement
24:28l'actionnaire
24:28et la société
24:30donc il faut anticiper
24:31et effectivement
24:32se faire entourer
24:33rapidement
24:34le mieux possible
24:35c'est souvent ce qu'on dit
24:35dans cette émission
24:36merci à tous les deux
24:37d'être venus témoigner
24:38pour cette entreprise
24:40Shadow, Marie Téléchère
24:41fondatrice et avocate
24:42au cabinet Téléchère
24:43avocat
24:44et Stéphane Elio
24:45fondateur de Shadow
24:46merci d'être venus
24:48dans cette émission
24:49vous pouvez aussi
24:50retrouver en podcast
24:51et en replay
24:51sur notre appli
24:52sur notre site
24:53passez une très bonne journée
24:54sur BFM Business
24:56BFM Entreprises
24:57transmission
24:58les règles
24:59sur BFM Business
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