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Ce jeudi 19 mars, Sandra Gandoin a reçu Yves Tevonian, repreneur de Mallo Bois, et Christophe Piton, président de l'Association 60 000 Rebonds Grand Est, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:00BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, transmission, les règles.
00:11Sandra Gondoyne.
00:11Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver pour ce numéro de BFM Entreprises.
00:16Vous le savez, tous les jours à 12h30 sur BFM Business,
00:18on plonge au cœur des entreprises, de leur vie, de leur croissance.
00:22Le lundi, on parle leadership, le mardi des outils RH,
00:25le mercredi de croissance et le jeudi de transmission.
00:27On va parler de transmission aujourd'hui, justement, d'une histoire d'entreprise,
00:32mais aussi de carrière avec mes invités, Yves Thébonian, repreneur de Malobois.
00:37Bonjour Yves.
00:38Bonjour.
00:38Ravi de vous avoir sur le plateau.
00:39En face de vous, il y a Christophe Piton, le président de 60 000 rebonds Grand Est.
00:44Vous êtes coach également.
00:45Bonjour Christophe.
00:46Bonjour.
00:47Ravi de vous avoir tous les deux sur le plateau.
00:49Vous pouvez nous écrire, bien sûr, BFM Entreprises.
00:52BFM Business.fr pour réagir aux émissions, nous poser vos questions.
00:56BFM Entreprises, la transmission.
00:58C'est jeudi, c'est parti.
01:00Le témoignage.
01:02On commence effectivement par cette rubrique témoignage.
01:06Yves, vous êtes entrepreneur depuis vos 18 ans.
01:10Vous avez un sacré parcours.
01:11On va y revenir.
01:12Bien sûr, vous avez été typographe.
01:14Vous avez été dans les télécoms.
01:15Vous avez été dans l'e-commerce.
01:17C'est de la curiosité ?
01:18C'est de l'insatisfaction de passer d'un job à l'autre ?
01:23Ou il y a une cohérence dans tout ça ?
01:24Il y a une vraie cohérence depuis le départ.
01:27L'imprimerie, c'est la passion des outils informatiques que, malgré mon âge, j'ai
01:32découvert au milieu des années 80.
01:34Et l'imprimerie, parce que c'était dans mon quartier, il y a eu l'alliance des deux.
01:38Et c'est magnifique parce qu'on était quand même les maîtres du savoir.
01:42C'est nous qui mettions un contenu sur un support et qui cherchions à le mettre en valeur.
01:47Et donc, j'ai beaucoup appris.
01:49Et puis, c'est un métier de technique.
01:51C'est un métier de savoir-faire.
01:52C'est un métier où on fait travailler ses mains et sa tête.
01:55Et puis, les télécoms, c'était la suite logique.
01:57Il n'y avait plus de papier.
01:58Donc, il fallait bien faire passer le savoir par d'autres canaux.
02:02Et donc, j'ai fait des télécoms ensuite.
02:04Et puis, l'e-commerce, c'était un peu la suite logique de l'Internet.
02:06La suite logique aussi, le numérique.
02:08Et il n'y a que le bois qui, finalement, est une sortie de parcours heureuse
02:14puisque, finalement, j'y ai trouvé beaucoup de plaisir et de stabilité.
02:17On va y revenir, bien sûr, à ce retour à la matière.
02:20Mais entrepreneur à 18 ans, on se sait déjà entrepreneur à 18 ans.
02:24On a déjà envie de se lancer.
02:26Je vais le dire, on reçoit beaucoup de patrons dans les responsabilités,
02:30dans le risque, dans les difficultés, à cet âge-là, si jeune.
02:33Non, mais on n'a pas conscience du risque et des difficultés, sinon on ne le ferait pas.
02:37Il y a un monsieur qui a été fort décrié.
02:40Mais moi, j'ai souvenir d'enfants, je ne sais pas, 15, 16 ans,
02:43d'un monsieur qui s'appelait Bernard Tapie, qui passait à la télé.
02:46Et je crois que c'est à ce moment-là qu'il s'est passé quelque chose.
02:49Il y a des gens qui sont contents d'avoir des héros dans les footballeurs et dans les acteurs.
02:54Et moi, en fait, je trouvais que ce monsieur, il avait une panache, une superbe.
02:58Et il avait l'air content et heureux de faire ce qu'il faisait.
03:00Et je me suis dit, tiens, ça a l'air d'être un job sympa.
03:03Donc, entrepreneur à 18 ans, vous avez commencé exactement
03:06par faire quoi à cet âge-là ?
03:08Eh bien, je maîtrisais l'outil informatique et je connaissais l'industrie graphique.
03:11Donc, j'ai marié de savoir-faire et j'ai mis ma technologie au service des imprimeurs.
03:18Et donc, j'ai commencé par mettre en page des documents avec des ordinateurs.
03:22Et voilà, c'est le début de tout le reste.
03:26Vous avez toujours été patron dans tous les domaines que j'ai cités,
03:29dans tous les secteurs que j'ai cités.
03:30Vous êtes passé un petit peu par le salariat pour voir ce que ça donnait.
03:32Mes périodes salariales, c'est des accidents de parcours.
03:37Effectivement.
03:38En tout cas, il y a une logique là-dedans, dans ce que vous avez fait jusqu'à ces années.
03:42Et puis, vous l'avez mentionné, il y a le retour à la matière, au concret.
03:46En 2024, vous reprenez mal au bois.
03:49Pourquoi vous vous intéressez à cette entreprise, après avoir été justement dans des activités abstraites numériques ?
03:59D'abord, parce qu'il y a un certain ras-le-bol de l'abstrait et envie de retourner au
04:03concret.
04:03J'ai eu la chance de vivre dans un village de montagne.
04:06Donc, je suis environné de forêts et de gens qui travaillent la terre et dehors toute la journée.
04:11Et puis, en fait, quand on m'a dit de donner des trucs à ceux qui veulent reprendre,
04:16en fait, les cases que j'avais cochées, c'était de dire, je veux que ce soit une entreprise industrielle.
04:21Je veux que ce soit du B2B.
04:22Je veux des carences en matière de digital.
04:25Il y a des valeurs ajoutées.
04:26Il y a des choses dans lesquelles je me sens à l'aise, compétent.
04:29Je sais que ma présence dans la reprise aura du sens.
04:36Et en fait, je ne voulais pas cocher de secteur.
04:39J'avais globalement défini les cibles, mais ça aurait pu être une entreprise qui aurait fait de l'alimentaire sec
04:46ou de la transformation de métaux.
04:48Le hasard a fait que c'est tombé sur une série.
04:50Pour vous laisser toutes les chances, en fait.
04:52Vous avez ratissé assez large.
04:55Je pense qu'en fait, il faut qu'il y ait un repreneur, c'est un passeur.
05:02Donc, je vais quand même y passer 7-8 ans de ma vie.
05:07C'est long.
05:09Donc, pourquoi irais-je dans un environnement dans lequel je sais que ça va être compliqué et difficile ?
05:14J'ai lu que votre réflexion s'était déroulée pendant le Covid.
05:17Pas tout seul, d'ailleurs.
05:18Vous en avez discuté avec des proches.
05:20Et c'est important, cette période-là, pour se poser, réfléchir à ça, réfléchir à l'avenir,
05:26changer complètement de milieu et de direction ?
05:29C'est une grande pause dans la vie de plein de gens.
05:31On a quand même passé un an.
05:33Alors, pour certains, dans des deux pièces à Paris, pour d'autres, dans des maisons à la montagne.
05:36Et on s'embêtait.
05:38Donc, heureusement, les télécoms que j'avais construits quelques années avant ont permis à tous ces gens-là de se
05:43parler.
05:43Et oui, on s'est dit, mais on va faire quoi ?
05:47On savait quand ça avait commencé, mais personne n'imaginait quand ça allait terminer.
05:52C'est vrai.
05:52C'était une pause incroyable.
05:54Et on a pu réfléchir.
05:55Et vous qui voyez des patrons, souvent, Christophe, c'est vrai que c'est intéressant, cette période-là.
06:00Vous avez vu un changement après ça ?
06:01Vous avez vu affluer des gens que vous ne voyiez pas avant ?
06:05Ou finalement émerger des réflexions que vous n'aviez pas entendues avant ?
06:10Alors, assez peu, à vrai dire.
06:12En revanche, la période Covid a été pour nous une période au cours de laquelle on s'est fait connaître,
06:16puisque 60 000 rebonds a pris sa part et a participé à l'accompagnement,
06:20dans le soutien des entrepreneurs en difficulté, puisque c'était des moments où les entreprises étaient à l'arrêt.
06:26Et 60 000 rebonds a déployé une opération sur le territoire national
06:30qui permettait d'accompagner justement les patrons qui étaient en sous-activité.
06:33Et pour un entrepreneur, être en sous-activité, ce n'est pas naturel.
06:36Donc, il y a particulièrement besoin d'accompagnement et nos coachs ont fait leur part,
06:40ont pris leur part de l'effort national pour accompagner les entrepreneurs dans ces difficultés.
06:45On va revenir évidemment sur ce coaching que vous avez fait là et dans ce cas précis.
06:49Donc, vous reprenez Malobois, on est en 2024. C'est quoi Malobois déjà ?
06:53Alors, Malobois, c'est une entreprise qui a fêté ses 60 ans le 1er février.
06:56C'est le père du Cédan qui l'a créé en vendant des grumes de chêne aux Allemands,
07:02puisqu'on est en Alsace, on est à la frontière allemande.
07:04Et puis, progressivement, l'entreprise s'est développée.
07:07Elle a longtemps été un gros importateur de bois exotiques, des bois africains, des bois amazoniens.
07:11Et puis, en 2018, l'entreprise a encore subi une mutation.
07:16Je crois que le point commun à tous les dirigeants, c'est qu'en fait, on se remet en cause
07:20en permanence.
07:21On suit ce que nos clients nous demandent, le marché.
07:25Et donc, en 2018, c'est devenu une Syrie, alors que c'était majoritairement un importateur de bois.
07:29Et aujourd'hui, on est une des dernières grosses Syries, pour ne pas dire la grosse dernière Syrie de frêne
07:34en France.
07:35Le frêne étant un bois malade, ce qui m'oblige d'ailleurs à préparer un futur changement.
07:39C'est que cette essence aura disparu dans 3, 4, 5 ans.
07:42Donc, mon rôle, c'est de trouver les ressources, d'aller dans les forêts,
07:46de comprendre ce qui va sortir dans 3, 5 ans.
07:50Et donc, voilà, c'est une entreprise vivante.
07:54Dans quel état elle est, d'un point de vue économique, quand vous la récupérez ?
07:59Elle est en bon état économique.
08:02Mais comme beaucoup d'entreprises, quand on est en bon état économique, c'est qu'on a stocké beaucoup d
08:06'argent.
08:06Et c'est que forcément, on a fait des économies.
08:09Et moi, j'ai hérité d'un outil industriel qui a 30 ans.
08:12Donc, je suis en train de le rénover.
08:15Et Dieu sait que c'est compliqué de financer de l'investissement industriel en France,
08:20de le rénover et puis de le numériser.
08:22Parce qu'aujourd'hui, on est obligé de mettre de l'IA à la sortie de notre CIE.
08:26On est obligé de mettre de l'informatique pour comprendre nos rendements.
08:30On ne peut plus se contenter de bout de papier ou d'une feuille Excel.
08:33Il faut aller au-delà.
08:34Et puis surtout, on est exposé à une clientèle internationale.
08:3795% d'export.
08:38Donc, il faut se rendre visible, rendre nos stocks visibles à nos industriels de clients.
08:43Vous étiez, on l'a dit, spécialisé dans le numérique.
08:48La data, ça devient quelque chose d'important dans cette entreprise-là, cette CIE basée sur le bois, sur une
08:57industrie.
08:57C'est du physique.
08:59On ne peut pas améliorer ce qu'on ne mesure pas.
09:01Donc, quelle que soit l'entreprise, si vous n'avez pas une source, un médecin va mesurer votre poux, votre
09:10oxygène dans le sang.
09:11Et il va déterminer si ces signes vitaux font que vous êtes en bonne ou mauvaise santé ou que ça
09:16dérive.
09:16Une entreprise, c'est pareil.
09:18Les données, c'est une manière d'avoir le poux et de savoir où on en est, en retard, en
09:22avance.
09:23Et qu'est-ce qu'on doit changer pour éviter de se planter ?
09:25Il y en avait de la data avant ?
09:27Non.
09:27Non ? Zéro ? Zéro avant 2024 ?
09:29Non, il y avait zéro 2024.
09:30On m'a présenté un ERP.
09:32C'était un cahier avec des lignes de Madame Malot qui écrivait ses livres de comptes.
09:40À l'ancienne.
09:41J'ai trouvé le registre du personnel.
09:43La semaine dernière, on a finalisé une embauche.
09:45C'est un cahier qui existe depuis 1966.
09:49Et notre dernier emploi, je parle des employés, pas des intérimaires, c'est le 270e emploi qu'on crée en
09:5460 ans.
09:55Et c'est encore en registre papier.
09:57Alors moi, j'aimerais bien savoir si vous avez eu le réflexe tout de suite de vous faire accompagner.
10:02C'est une entreprise familiale que vous reprenez.
10:04Vous ne venez pas du tout du milieu.
10:05Vous êtes dans le numérique.
10:06Vous prenez une entreprise industrielle.
10:09Est-ce qu'on se dit, j'y vais, je suis mon instinct, je vais bien voir ?
10:13Ou est-ce qu'on se dit, dès le départ, il faut que je sois accompagné par des pros de
10:17la reprise, par des pros du secteur ?
10:18Enfin, vraiment que je sois entouré pour ça.
10:20Alors, oui, il faut se faire accompagner.
10:24Ensemble, on va plus loin.
10:25Et l'idée, ce n'est pas d'aller très vite, c'est d'aller loin.
10:28La promesse aux actionnaires, et j'en ai, qui m'accompagnent, ils viennent avec de l'argent, mais ils viennent
10:32avec des compétences.
10:34Derrière ça, il y a des réseaux.
10:3660 000 rebonds ont su m'accompagner au moment où je m'étais mis les pieds dans le tapis, où
10:40il fallait que je reconstruise ma personne.
10:41Là, ce n'est plus ma personne, c'est une famille, c'est 12 salariés plus les intérimaires.
10:48C'est les intérêts des actionnaires, dont le principal est mon humble personne.
10:52Donc, vous ne pouvez pas faire ces choses-là qu'avec de l'intuition.
10:57Donc, mes actionnaires arrivent avec de l'argent et des compétences.
11:00J'ai été accompagné par 60 000 rebonds, je le suis aussi par Réseau Entreprendre.
11:05Je suis accompagné par la BPI dans le cadre de l'accélérateur bois.
11:08Oui, on doit mettre toutes les chances avec nous, parce que les compétences...
11:15Je crois qu'il y a un truc.
11:17Quand vous créez votre propre emploi, quand vous êtes plombier ou chauffagiste,
11:23qui est un métier plein, moi je respecte ces gens-là, c'est physique, c'est dur.
11:28Mais finalement, ils emploient eux-mêmes éventuellement un aide, un apprenti, un employé.
11:34Donc, vous avez peu d'enjeux, sinon que de chercher à maximiser votre temps.
11:39Quand vous avez une très grande entreprise, vous avez plein de personnes auprès desquelles vous allez pouvoir déléguer.
11:44Mais quand vous êtes dans une entreprise de taille moyenne, entre 10 et 20,
11:49vous devez cumuler la totalité des problèmes.
11:53Vous êtes face à du juridique, vous êtes face à de la finance, vous êtes face à du commerce international,
11:57vous êtes face à du financement de BFR, vous êtes face à du marketing, vous êtes face à du management,
12:02vous avez tout.
12:06Et pour la santé mentale du dirigeant, il est nécessaire et important de se faire accompagner,
12:13sinon vous ne vous tenez pas.
12:14C'est très souvent, avec Philippe Fourquet, le président des associations 60 000 rebonds,
12:19qu'on parle de santé mentale du dirigeant.
12:21Elle s'est fait quand, cette rencontre entre vous ?
12:24Est-ce que c'était au moment pile de cette transmission, en 2024, ou ça s'est fait un petit
12:29peu avant, Christophe ?
12:30En fait, c'est juste avant.
12:31C'est-à-dire que quand Yves nous a rencontrés,
12:34c'était parce que la précédente société était allée au tapis,
12:39et que dans ces situations-là, nous on aime à véhiculer le message
12:43que la fin d'une société, ce n'est pas la fin d'une aventure entrepreneuriale,
12:46mais que c'est un passage difficile, et que pour passer à l'étape suivante,
12:50et Yves le montre bien, il n'y a pas besoin de rester dans le même métier,
12:52mais pour passer à l'étape suivante, il y a besoin d'un coup de pouce,
12:55il y a besoin de quelqu'un, il y a besoin de professionnels,
12:57en l'occurrence nous on a des coachs, on a des parrains, des marraines, des experts,
13:00qui permettent à l'entrepreneur de reprendre l'aventure,
13:04plus avisé, plus conscient, plus aguerri,
13:08et avec une autre vision sur l'échec.
13:11Le tout pourquoi ? Pour vitaliser nos territoires,
13:14pour les dynamiser économiquement,
13:16et pour faire en sorte que ces entreprises qui existent aujourd'hui,
13:19et qui n'ont pas forcément de repreneurs,
13:21trouvent parmi les personnes qui sont les plus naturelles pour les reprendre,
13:23c'est-à-dire les entrepreneurs, de potentiels candidats.
13:26Donc voilà, c'est un peu dans ces conditions-là que ça s'est fait,
13:30et comme l'a souligné Yves, en lien avec tous les autres acteurs
13:34qui accompagnent les entrepreneurs à tous les stades de l'aventure entrepreneuriale,
13:38depuis le projet jusqu'au financement et potentiellement au rebond.
13:43Ça veut dire qu'on range un peu la chambre,
13:45on met chacun à la place où il doit être, dans sa mission,
13:50et en même temps on s'occupe du mental du patron,
13:54on lui redonne confiance après un échec.
13:55Vous étiez dans quel état à ce moment-là,
13:57quand vous avez rencontré 60 000 rebonds, Yves ?
14:00J'ai voulu à la terre entière.
14:01Oui.
14:02C'est forcément de la fausse de l'autre.
14:03Oui.
14:05Bien sûr.
14:06Quand je disais l'ennemi est bête,
14:08il croit que l'ennemi c'est nous alors que c'est lui,
14:10et bien vous êtes dans un schéma où vous vous dites
14:12tout ce qui est arrivé, c'est forcément de la faute à quelqu'un d'autre.
14:17Et non.
14:18En fait, ce qui nous amène à comprendre, à réaliser,
14:23c'est qu'on a notre part de responsabilité.
14:25Une fois qu'on a mis la colère derrière nous,
14:28on peut passer à autre chose.
14:30Mais c'est nécessaire.
14:31Qu'est-ce qui était intéressant, Christophe, dans le profil de Yves ?
14:34Qu'est-ce qui fait qu'on rebondit sur certaines choses ?
14:37Parce qu'évidemment, tous les patrons sont intéressants,
14:39mais ils n'ont pas tous les mêmes atouts.
14:40Qu'est-ce qui, là, était finalement prometteur ?
14:44Une envie d'entreprendre chevillée au corps,
14:47qui est dans son ADN.
14:48C'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont salariés,
14:51entreprennent, parfois connaissent l'échec,
14:54et puis retournent dans le salariat.
14:56Yves, il ne pouvait pas y rester dans le salariat.
14:58C'était clair qu'à un moment donné, il y retournerait.
15:01Et qu'il avait juste besoin de faire un peu le ménage,
15:05de faire son ménage émotionnel,
15:07de se redonner l'espace dans lequel créer un nouveau projet.
15:12Et voilà, c'est des gens qu'on détecte,
15:14on a une petite proportion.
15:15Alors d'habitude, c'est vrai, il y a des coupables,
15:18c'est le comptable qui n'a pas conseillé,
15:20l'Ursaf 4 au prix, voilà, c'est comme ça.
15:22Et puis d'habitude, ils ont juste un problème d'argent,
15:23juste un problème de caution.
15:24En réalité, il y a un travail un peu plus profond à faire,
15:27mais on repère tout de suite, en faisant ce travail,
15:30que certains repartiront vers de l'entreprise.
15:34Et là, c'est une belle histoire,
15:35parce qu'il y a une histoire de reprise
15:36qui permet de pérenniser le patrimoine économique du bassin d'emploi.
15:41Et c'est un grand plaisir de voir ce type de résultat.
15:43Et ça y est, elle est reprise, ça fait deux ans qu'elle est reprise.
15:47Et ce qui est intéressant, Yves,
15:49c'est que vous avez une idée très précise de croissance en tête,
15:52et même, on va y revenir, mais de durée.
15:54C'est-à-dire, vous allez y vivre tant d'années,
15:56et après, vous repasserez le bébé.
15:58C'est ça qui est intéressant, c'est que vous ne vous dites pas,
16:00bon, je vois ce que je peux faire,
16:02je ne sais pas à peu près, je ne sais pas combien de temps ça va me prendre,
16:04mais de toute façon, je suis dedans maintenant.
16:06Non, c'est, attention, c'est cadré, en fait.
16:08Alors, c'est cadré pour plusieurs raisons.
16:10D'abord, parce qu'encore une fois, il y a des actionnaires.
16:13Ces actionnaires nous confient des capitaux pour qu'on les investisse,
16:16et ils veulent à un moment réaliser leur investissement.
16:19Donc, il y a un pacte d'actionnaires qui dit,
16:20ben voilà, on investit, on a un moment de liquidité
16:23qui sera dans 7, 8, 9 ans.
16:25Ensuite, parce que je ne suis plus tout à fait jeune,
16:28j'ai 56 ans, donc je ne veux pas devenir un patron toxique.
16:31Moi, j'ai vu des gars accrocher leur business à 80 ans,
16:34parce qu'ils avaient, et d'ailleurs, des enfants qui auraient aimé reprendre
16:38et à qui on n'a pas laissé la possibilité de le faire
16:41et qui sont partis écœurer.
16:42Donc, je dois être au service de mon entreprise,
16:45pas au service de mes seuls et uniques intérêts.
16:49Et donc, c'est peut-être aussi, d'ailleurs,
16:52les choses qu'on apprend chez 60 000 rebonds,
16:55à apprendre que, finalement, l'entreprise est quelque chose
16:58de bien plus grand que son dirigeant.
17:03Comment s'est passée la transmission en interne ?
17:06Vous devez encore le sentir là aujourd'hui,
17:08mais comment ça s'est passé ?
17:10C'était une entreprise familiale ?
17:12C'était une culture d'entreprise depuis très longtemps ?
17:14Vous arrivez, vous avez une stratégie,
17:16vous avez des projets sur un certain terme
17:19qui est finalement assez court.
17:20Comment ça a été pris en interne ?
17:22Alors, il y a du très bon et du très mauvais.
17:26D'abord, quand vous signez ce type de deal,
17:30vous avez votre prédécesseur qui vous accompagne ou pas,
17:33pour une durée ou pas.
17:35Chez moi, ça s'est passé de manière assez moyenne.
17:37Finalement, l'accompagnement ne s'est pas fait.
17:40D'un commun accord, on s'est dit,
17:41on va vivre nos vies chacun de notre côté.
17:45J'ai pris les rênes.
17:46J'avais un numéro 2 qui était une personne
17:47qui avait 35 ans d'entreprise,
17:48qui était un bonhomme exceptionnel,
17:50qui malheureusement a eu des soucis de santé.
17:52Donc, il a dû s'arrêter.
17:53Et à un moment, je me suis retrouvé avec les clés et seul.
17:57Et là, tout bon dirigeant fait ce qu'il a à faire.
18:00C'est qu'en fait, il apprend à déléguer
18:03et à recruter des gens plus compétents que lui-même.
18:07Donc, j'ai embauché des jeunes.
18:09Je continue à embaucher des jeunes.
18:11Et je fais un énorme travail de fond
18:13qui est de former mes équipes,
18:15de les faire monter en compétence.
18:17Il faut qu'ils apprennent à travailler d'eux-mêmes.
18:19Avant de passer au conseil
18:21que vous allez donner aux personnes qui nous regardent,
18:24quel type de problème vous avez concrètement réglé ?
18:28Je sais qu'on a des problèmes quotidiens,
18:30des problèmes tous les jours,
18:31que c'est la vie d'un patron
18:32et que ça ne s'arrête pas.
18:34Mais qu'est-ce que vous avez déjà accompli
18:37que vous vous étiez fixé ?
18:40Je pense qu'on est avec une matière vivante
18:44qui est du bois
18:45et qui dépend de ce que Dame Nature veut bien nous laisser.
18:50Et on a un environnement qui est malmené de toutes parts.
18:54Peu importe la quota qui cesse, ce n'est pas le débat.
18:56Mais je dois faire évoluer mon outil industriel
19:00pour travailler d'autres essences
19:01que celles que je travaille aujourd'hui.
19:03Ça a été certainement le premier sujet que j'ai eu à traiter
19:05et je pense l'avoir résolu.
19:08Le deuxième sujet a été de me dire
19:12qu'est-ce que je dois changer dans mon outil industriel
19:15pour qu'il soit en capacité de continuer
19:18à travailler avec des essences de bois différentes
19:22pour les 10 ou 15 prochaines années.
19:24C'est des investissements qui durent 30 ans dans une série.
19:26Il ne faut pas se planter.
19:27Donc c'est la compréhension du métier,
19:31de ces contraintes.
19:32Et peut-être que justement, en arrivant de l'extérieur
19:34et en n'ayant pas d'idées préconçues,
19:36on peut se permettre de faire des raccourcis
19:38qu'on ne ferait pas si on vivait avec les dogmes du passé.
19:42Christophe, je parlais tout à l'heure d'une entreprise familiale.
19:44Ça pose des problèmes particuliers comme ça
19:45quand c'est un entrepreneur extérieur qui reprend.
19:49Je parlais de la culture, je parlais du fait
19:50qu'il y a les embauches, il y a tout ça.
19:52Il y a beaucoup de nouveautés qui arrivent en fait
19:53à cette occasion-là.
19:55Est-ce que c'est spécifique aux entreprises familiales ?
19:58Alors, les entreprises familiales, clairement,
20:01ont un attachement souvent très fort
20:03entre les salariés et le dirigeant.
20:06Il est important de conduire un bon travail de deuil,
20:10en réalité, quand le patron charismatique
20:12qu'on a toujours vu depuis 30 ans s'en va.
20:15Et en fait, c'est un des challenges de l'entrepreneur
20:18qui reprend une entreprise familiale
20:20que d'avoir la finesse d'introduire la nouveauté à petite dose
20:24et de faire preuve d'une diplomatie
20:27qui va permettre d'abord d'entrer dans les marchés,
20:32dans les pas du dirigeant précédent
20:33avant d'introduire des changements.
20:34Je pense que c'est vraiment l'élément le plus important
20:37quand on reprend une boîte familiale.
20:38Éviter la stratégie du bulldozer.
20:40On y va en douceur.
20:41On y va en douceur.
20:42Allez, on passe au conseil de l'expert.
20:44Le conseil de l'expert.
20:47Oui, on y va en douceur.
20:48Non, effectivement, c'est une entreprise.
20:50Il faut la faire tourner.
20:51Il y a quand même des choses obligatoires à faire.
20:53Je vois bien votre petit signe.
20:55J'ai vu que vous disiez que l'échec,
20:56c'est mieux qu'une levée de fonds pour vous, Yves.
20:58La levée de fonds, c'est du cash.
21:00Le cash, c'est le sang.
21:02Mais l'échec, ça structure le squelette, la musculature.
21:08Donc, il faut les deux.
21:09Et je pense que si vous n'avez que du cash,
21:13mes amis, mes soutiens, mes investisseurs
21:16ont toujours préféré investir sur une personne
21:19parce qu'il était capable d'exécuter
21:21plutôt que sur une idée.
21:22Parce qu'un bon exécutant peut se sortir d'une mauvaise idée
21:27alors qu'avec une bonne idée, un mauvais exécutant,
21:30on va forcément au désastre.
21:31Donc, je pense qu'en fait, ça amène une forme d'humilité.
21:38Et Dieu sait que dans le monde des start-up,
21:39on en manque un peu.
21:42De se dire, oui, mais attention, tu vois, là, il y a un danger.
21:46T'as touché, t'as vu, ça brûle.
21:48Il évite d'y retourner.
21:49Donc, on fonctionne différemment.
21:52On court moins.
21:55On réfléchit.
21:57On regarde de loin devant soi.
21:59Alors que dans une start-up, en fait,
22:01on ne regarde pas vraiment, on fonce.
22:03Et on se prend des murs et on se relève.
22:07Mais c'est épuisant.
22:09Il y a une forme de sagesse qui s'installe.
22:13Alors, peut-être que c'est l'âge aussi, mais ne le dites pas.
22:16Moi, j'ai entendu, ce n'est pas que dans les start-up,
22:18cette peur de l'échec dès le départ,
22:19quand on est dans une entreprise.
22:21Christophe, vous travaillez là-dessus,
22:24en grande partie, pour expliquer au patron
22:27et finalement généraliser cette idée
22:29que l'échec fait partie de l'entrepreneuriat,
22:31fait partie de la vie professionnelle
22:34et qu'on rebondit après, comme dit Yves.
22:36On apprend.
22:37On apprend, oui.
22:38Effectivement, c'est la mission sociétale de 60 000 rebonds
22:41que de changer le regard de la société sur l'échec
22:43et de véhiculer l'idée que l'échec, c'est une étape,
22:48ça n'est pas une fin,
22:49et qu'on repart après l'échec,
22:51plus aguerri, plus sage,
22:53et on reprend plaisir à courir la chance,
22:56comme on dit au Québec.
22:59Déculpabiliser l'échec,
22:59c'est aussi un moyen de libérer l'énergie créative
23:01de l'économie et de la création d'entreprises.
23:06Donc oui, l'échec, ce n'est pas si grave.
23:0860 000 rebonds accompagnent sur le tard
23:11les entreprises qui, justement,
23:13identifient les problèmes,
23:14mais c'est presque trop tard,
23:16alors que si ça avait été pris peut-être avant,
23:19envisager dès la création ou les premières années,
23:21ce serait moins embêtant,
23:23moins terrifiant de se retrouver face à ces difficultés.
23:25Est-ce qu'il ne faudrait pas que les patrons
23:27soient accompagnés dès la création, en fait ?
23:28Alors oui, il faut qu'ils soient accompagnés
23:31dès la création.
23:31Moi, je dis souvent que j'aimerais vivre dans un monde
23:33où les gens n'auraient plus besoin de 60 000 rebonds
23:34parce qu'ils sauraient s'arrêter à temps,
23:36parce qu'ils ne seraient plus mal
23:38à la fin d'une aventure entrepreneuriale.
23:41Donc ça, c'est un conseil très central
23:44de la vie de l'entrepreneur.
23:45Il faut s'entourer à tous les moments
23:47de la vie de l'entreprise,
23:48depuis la création,
23:49le montage du financement,
23:51la difficulté, l'échec, la recréation.
23:54Il y a des associations
23:55avec lesquelles nous travaillons en lien
23:58chez 60 000 rebonds,
24:00qui sont des interlocuteurs privilégiés,
24:02des lieux de rencontre
24:03qui rompent la solitude du dirigeant,
24:05qui est encore plus grande d'ailleurs
24:06quand l'échec pointe le bout de son nez.
24:09Et ça, c'est probablement
24:11une des leçons cardinales
24:12que les entrepreneurs doivent apprendre
24:15à s'entourer.
24:16Et peut-être aussi, dès le début,
24:17à savoir comment ça fonctionne l'échec.
24:20Souvent, on explique aux entrepreneurs
24:22comment créer, comment développer,
24:24mais on ne leur dit pas attention.
24:25Si ça va mal, tu sais, ça va se passer comme ça.
24:27Il y aura un monsieur qui s'appelle le liquidateur.
24:29Ce n'est pas grave,
24:30mais il faut savoir quoi en faire.
24:31Et je pense que le fait de connaître
24:35les procédures en vigueur
24:37à ce moment-là
24:38font que l'expérience de l'échec
24:40est beaucoup moins douloureuse
24:41et qu'on peut repartir d'autant plus facilement après.
24:43Ne faites pas l'autruche,
24:44plus on sait ce qui va se passer
24:46et moins c'est compliqué à passer.
24:48Il reste 30 secondes.
24:50Qu'est-ce que vous diriez, Yves,
24:52à un patron qui se pose des questions,
24:54qui est dans le doute ?
24:57Ouvre ton carnet d'adresse
24:58et appelle un autre patron.
25:00Et on ne se parle pas assez.
25:04Il faut qu'on apprenne à partager
25:06nos expériences respectives.
25:08Et des fois, dans des secteurs très éloignés.
25:11On vit les mêmes choses.
25:14Il faut qu'on partage nos expériences.
25:17Ce n'est pas un combat d'égo
25:19pour savoir qui a la plus grosse entreprise
25:21ou qui a le plus gros BFR.
25:23C'est comment tu as fait
25:24quand tu étais face à ça, humblement.
25:26Moi, j'essaie de le faire
25:27en réunissant des amis dirigeants
25:30où un vendredi par mois,
25:31le dernier vendredi du mois,
25:33on fait ce qu'on appelle en Alsace
25:34un stomp-tisch.
25:35On se met autour d'une table
25:36et on mange.
25:37Et on boit un coup.
25:38Et on papote.
25:39Et on apprend à partager
25:41de nos succès et de nos échecs.
25:43Et voilà.
25:44Rencontrez vos pères.
25:45Discutez avec d'autres patrons.
25:47Vous apprendrez les uns des autres.
25:49Et c'est vrai que les montagnes
25:50sont peut-être un petit peu moins hautes.
25:52C'était BFM Entreprises.
25:53La transmission.
25:54Merci, messieurs.
25:55Yves Thébonian,
25:55repreneur de Malobois.
25:57Christophe Piton,
25:58président de l'association
25:5960 000 rebonds Grand Est
26:00et coach pour les entrepreneurs.
26:03Yves, oui.
26:03Si j'ai un dernier message.
26:04Il y a plein d'entreprises
26:05industrielles en France,
26:06pas que dans la filière bois,
26:08qui cherchent aujourd'hui
26:09des repreneurs et des capitaux
26:11investissés dans ces entreprises-là.
26:13C'est moins rentable
26:16qu'une start-up,
26:17mais certainement
26:17beaucoup moins risqué.
26:18Voilà, le message est passé.
26:19Merci à tous les deux
26:21et passez une très bonne après-midi
26:22sur BFM Business.
26:23Merci.
26:23BFM Entreprises.
26:25Transmission les règles
26:27sur BFM Business.
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