00:02BFM Business et la Tribune présente le 18-19 Stéphanie Collot
00:1118h34 sur BFM Business, vous êtes toujours dans le 18-19 où l'énergie éthique vend d'incertitude.
00:17C'est comme ça que s'appelle la toute dernière note de prévision de l'OFCE.
00:21L'économie française va-t-elle tenir le cap ? On va voir ça avec vous Éric Ayer. Bonsoir.
00:25Bonsoir.
00:26Vous êtes directeur du département analyse et prévision de l'OFCE. Malgré la flambée des prix de l'énergie, malgré
00:32les efforts budgétaires à fournir en 2026, vous nous dites, oui, la croissance française va tenir le coup.
00:39Alors ça va tenir. C'est vrai qu'en rythme annuel, on a l'impression que ça tient dans le
00:43sens où on devrait avoir, selon certains scénarios d'escalade des prix, bien entendu, on pourra revenir dessus, 0,8
00:51de croissance.
00:51Donc on peut dire 0,8, finalement, c'est pas si mal que ça. Mais en fait, il faut s
00:56'entrer dans la technique. Il y a un effet d'acquis, c'est-à-dire que globalement, la croissance économique
01:00en France a été bien supérieure aux attentes en fin d'année.
01:03Donc ça donne un rythme annuel un peu faussé. Si on le regarde en glissement et trimestre par trimestre, on
01:09va voir qu'au cours du deuxième et troisième trimestre, on devrait avoir zéro croissance.
01:14Donc, vous voyez, il y a un petit effet tout de même de la fin d'année et du début
01:18d'année 2026 qui était relativement dynamique.
01:22Mais donc, il faut s'attendre quand même à un coup de frein sous une hypothèse qui est peut-être
01:25un peu optimiste, mais c'est notre scénario central, d'une désescalade assez rapide du conflit et donc des prix
01:31de l'énergie qui devraient refluer assez rapidement.
01:35Autour de combien, selon vous, dans ce scénario-là ? On a un baril ?
01:38Dans ce scénario, on monte jusqu'à 93 dollars le baril au cours du deuxième trimestre. Et puis, petit à
01:44petit, on descend et on finirait en fin d'année aux alentours de 75 dollars le baril.
01:49Donc, on revient assez rapidement. C'est peut-être un peu optimiste. Donc, c'est pour ça qu'on a
01:53fait un deuxième scénario.
01:55C'est un scénario où finalement, le prix du baril augmente un peu plus et frôle les 150 dollars et
02:02se maintient aux alentours de 100 dollars le baril tout au long de l'année 2026 et 2027.
02:07Et là, si on est dans ce scénario-là, et il y a aussi un scénario de gaz, alors là,
02:12on est à zéro de croissance économique.
02:14Donc, vous voyez, là, on frôle la récession. Et en rythme annualisé, on serait deux trimestres en récession.
02:21Donc, attention, vous voyez, vraiment l'hypothèse que l'on doit faire sur le prix du baril et du gaz
02:27et donc de l'inflation et donc de la répercussion sur les taux d'intérêt,
02:30parce qu'on se doute bien que si le baril devait rester à des niveaux assez élevés, ça ferait une
02:35inflation qui serait deux points au-dessus de notre scénario central.
02:38Et donc, les banques centrales réagiraient avec des hausses de taux, ce qui provoquerait aussi une récession.
02:43Donc, attention, on ne dit pas aujourd'hui que tout va bien.
02:47Mais c'est vrai que la fin d'année 2025 et le début d'année 2026 donnent un acquis de
02:52croissance suffisant pour être dans un scénario positif en termes de croissance.
02:57Attention, tout de même, ce qu'on indique, c'est une baisse, même dans le scénario sans escalade, une baisse
03:03du pouvoir d'achat jamais observée en France depuis dix ans.
03:06Alors, c'est ça, c'est vraiment le point de cette note de prévision, c'est que ce sont les
03:11ménages français qui vont finalement, est-ce qu'on peut dire ça ?
03:15Est-ce qu'ils vont, ce sont eux qui vont payer le prix de cette guerre au Moyen-Orient ?
03:19Des conséquences de la guerre au Moyen-Orient ?
03:21Alors, pas que des conséquences, même s'il n'y avait pas eu cette guerre en Iran, il y aurait
03:27eu une perte de pouvoir d'achat.
03:28Alors ça, c'est lié à la fois au fait que le budget est beaucoup moins expansionniste et il y
03:34a un effort de consolidation budgétaire.
03:36Il y a également le fait qu'on voit les gains de productivité revenir, mais ça veut dire des gains
03:42de productivité sans trop de croissance, ça fait des destructions d'emplois.
03:45Et on met énormément de destructions d'emplois et donc vous perdez en revenus lorsque vous perdez en emplois.
03:51Et à cela se rajoute en plus l'inflation énergétique et donc ces trois chocs qui font que le pouvoir
03:57d'achat devrait être à des niveaux très faibles
04:01puisque par unité de consommation, c'est-à-dire en tenant compte de la structure du ménage, on devrait connaître
04:07une baisse de 0,7 points en moyenne de pouvoir d'achat en France cette année.
04:12Sur l'année ?
04:13En moyenne sur l'année 2026, oui.
04:15Donc le pouvoir d'achat des ménages va reculer. Pour revenir au conflit au Moyen-Orient et à cette problématique
04:22autour des prix du pétrole,
04:24en combien de temps la normalisation va se faire selon vous entre le moment où ça se détend dans l
04:31'étroit d'Hormuz, même si la trêve est quand même très fragile,
04:34et le moment où on va voir les prix à la pompe baisser ?
04:37Alors, il y a plusieurs questions dans votre question.
04:41D'abord, ce qu'il faut vraiment être très clair, c'est qu'on a fait un scénario de prix
04:45du baril et entre nous, ce n'est pas notre grande spécialité,
04:48donc on s'est calé sur un scénario de l'Agence internationale de l'énergie qui fixe cela.
04:53Et donc là, l'idée, c'est de dire le conflit finalement et le détroit d'Hormuz se libère au
04:58cours du deuxième trimestre
05:00et donc il y a un prix du baril et un prix du gaz qui reviennent à des niveaux précités.
05:05Mais attention, ce n'est pas une prévision, c'est qu'on prend le scénario un peu exogène.
05:10Ensuite, une fois que vous avez un prix du baril qui baisse, ça peut aller assez rapidement sur le prix
05:18à la pompe.
05:19Vous voyez, généralement, c'est en à peu près trois semaines, mais là, ça peut être un peu plus rapide
05:24si c'est anticipé.
05:26Et donc, grâce à ces anticipations-là, on a bien vu que lorsque les prix avaient augmenté, c'était assez
05:31rapide au prix à la pompe.
05:32Donc, il peut y avoir un effet symétrique, même si on sait que l'effet symétrique est plus long.
05:37Oui, c'est ce qu'on dit souvent.
05:38Oui, mais en gros, allez, on peut considérer qu'autour du mois, en un mois, les prix peuvent commencer à
05:44baisser à la pompe.
05:45C'est ce que dit Sébastien Lecornu, il espère un retour, enfin une baisse des prix de 5 à 10
05:50centimes, ça c'est Lucie qui le dit, pour le milieu de la semaine prochaine.
05:55Aux incertitudes internationales s'ajoutent aussi les problématiques internes en France, avec la nécessité de ramener le déficit sous les
06:035% du PIB.
06:04Et ça aussi, ça va coûter cher à la croissance.
06:07Oui, alors, effectivement, il y a un effort, donc il y a un budget qui a été voté.
06:11On considère que le budget va être respecté.
06:14Et donc, ça nous permettrait, effectivement, s'il devait être respecté, de passer en dessous des 5% puisqu'on
06:21devrait atteindre 4,8% du déficit cet allant 2026.
06:26Mais oui, ça va amputer, bien entendu, la croissance d'à peu près un demi-point de PIB.
06:31C'est-à-dire, dit autrement, vous voyez, on est à 0,8% avec cet effort-là.
06:35Sans cet effort-là, on serait sans doute aux alentours de 1,2%, 1,3%, donc plus de croissance.
06:40Mais on aurait un déficit qui serait au-dessus.
06:42Donc, il y a bien, effectivement, un effort que l'on demande.
06:45Et cet effort est porté par les entreprises.
06:48Et donc, ce qui fait que, globalement, il y a un peu moins d'emplois et un peu moins d
06:51'investissements.
06:52Mais au bout du compte, c'est quand même le salarié qui paye.
06:55Parce que, vous voyez, soit c'est directement par des baisses de dépenses publiques,
06:59soit c'est indirectement parce qu'il perd son emploi.
07:02Vous parlez de l'emploi.
07:03Il va y avoir une dégradation aussi du marché du travail.
07:05C'est ce que vous prévoyez aussi pour 2026 ?
07:07Oui.
07:07Alors, ça, c'est globalement soit une bonne nouvelle, soit une mauvaise nouvelle.
07:12C'est-à-dire que, vous voyez, notre diagnostic, c'était que la bonne tenue du marché du travail était
07:16un peu artificielle.
07:17C'est-à-dire qu'effectivement, depuis 2019, on a créé énormément d'emplois sans trop de croissance économique.
07:23Et donc, c'était une...
07:24Soit on disait, super, maintenant, sans croissance économique, on crée beaucoup d'emplois.
07:29Et donc, on dit, on a enrichi la croissance en emplois.
07:31Donc, ça, c'est le côté positif.
07:32Mais je peux dire la même chose, de côté un peu plus négatif, c'est la productivité a baissé.
07:37Et vous voyez, quand la productivité baisse, c'est un peu une catastrophe à moyen-long terme.
07:41Parce que c'est ça qui vous fait la croissance de votre long terme.
07:44C'est ça qui vous permet de financer votre modèle social.
07:46Ce que l'on observe depuis quelques trimestres, c'est un retour de la productivité.
07:51Donc, soit on le voit de côté négatif.
07:54Alors, autour de la productivité, ça veut dire qu'à croissance donnée, vous créez moins d'emplois, même vous en
07:58détruisez.
07:59Et donc, c'est ce que l'on indique ici.
08:01Soit vous considérez ça tout de même comme une bonne nouvelle, c'est que ces gains de productivité vont permettre
08:06tout de même à la croissance de tenir à moyen terme
08:10et aux entreprises de verser un peu de pouvoir d'achat à leurs salariés qui seront restés en place.
08:16Donc, attention aux inégalités, parce qu'il y en a qui vont perdre leur emploi, qui vont perdre en pouvoir
08:19d'achat.
08:20Et ceux qui vont le garder, qui vont maintenir, voire même accroître leur pouvoir d'achat.
08:25À l'approche de l'élection présidentielle 2027, vous nous dites aussi que les incertitudes sur la politique économique restent
08:33élevées pour cette année, pour 2026.
08:36Oui, pour 2026 et pour 2027.
08:39C'est-à-dire que globalement, vous voyez que la prévision pour 2027, qui est un taux de croissance aux
08:45alentours de 1%,
08:46on a été obligé de faire aussi une hypothèse de quel budget va être voté.
08:50Et donc là, on s'est mis sous l'hypothèse qu'on respectait les règles européennes.
08:55Et vous voyez, respecter les règles européennes, aujourd'hui, ça veut dire faire un effort plus important dans le budget
09:012027
09:01que l'on a fait au cours du budget de 2026.
09:04Donc, est-ce qu'il y aura une majorité politique pour faire voter ce budget, qui sera un budget impopulaire
09:11?
09:11Impopulaire, on peut le dire.
09:12Parce qu'il faut bien que quelqu'un paye.
09:13Et déjà, là, on a vu que ça avait un peu grondé.
09:17Et puisque globalement, il y a quelque part des impôts exceptionnels,
09:21comme l'impôt que payent les entreprises,
09:24ça veut dire que si vous les supprimez, ça veut dire que là, il va falloir le compenser par un
09:27autre impôt.
09:28Donc, vous voyez que le budget de 2027 va être très difficile,
09:32très dur en termes d'efforts que l'on va demander aux Français.
09:35Et donc, très dur à faire voter dans un contexte où il n'y a pas de majorité
09:39et où on est à la veille d'élections présidentielles.
09:42Donc, peut-être que là, notre hypothèse est une hypothèse.
09:44Peut-être, je ne sais pas si c'est optimiste ou pessimiste,
09:47ça dépend de quel côté on regarde,
09:49mais peut-être un peu optimiste dans la réduction des déficits
09:51et peut-être un peu pessimiste sur l'effort qu'on va demander aux Français.
09:55Une dernière question sur notre rapport à nos voisins européens.
10:00Comment se situe par rapport à l'Allemagne, par exemple, à l'Italie ou encore à l'Espagne ?
10:04Alors, si on regarde la croissance économique,
10:07en fait, on est dans une moyenne de la zone euro depuis 2019.
10:10C'est-à-dire qu'on a des taux de croissance un peu comparables.
10:12Alors, quand on regarde vraiment les statistiques de près,
10:14on est un peu en dessous.
10:16Pourquoi ? Parce qu'il y a l'Irlande, en Europe,
10:18qui a une croissance extraordinaire,
10:20mais même qui a une croissance qui n'est pas raisonnable.
10:22Ils font plus de 48% de croissance.
10:25Comment ça s'explique, ça ?
10:26Ça s'explique parce que vous avez des entreprises américaines,
10:30notamment, qui vont placer leur siège social à Dublin.
10:34Et donc, c'est du PIB pour les Irlandais.
10:39Mais en fait, c'est un peu de l'optimisation.
10:41Donc, si vous corrigez de l'Irlande,
10:43en fait, on est même légèrement mieux que la moyenne européenne.
10:46Donc, de ce point de vue-là.
10:47Et dans cette moyenne européenne, ça, c'est traditionnel.
10:49Ce qui n'est pas traditionnel, c'est qu'habituellement,
10:51c'est les Allemands qui font mieux que nous,
10:52et les Italiens, les Espagnols, moins bien.
10:54Et bien là, c'est inversé.
10:55C'est bien le retour du pays du Sud,
10:58donc l'Italie, l'Espagne,
10:59qui surperforment par rapport à la France,
11:01mais l'Allemagne qui sous-performe.
11:03Parce qu'il faut le rappeler, en fait,
11:04ils sont en stagnation depuis maintenant 6 ans.
11:06Pas de croissance économique, même en légère récession.
11:09Pas de croissance économique,
11:10mais ils ont lancé un grand plan de relance de 500 milliards d'euros.
11:16Même de 1000 milliards,
11:17parce que c'est 500 sur les infrastructures,
11:19500 dans la défense,
11:20donc 1000 milliards en 10 ans.
11:22Donc c'est 100 milliards par an.
11:25Est-ce qu'ils vont les faire ?
11:26Vous voyez, c'est une des grandes interrogations.
11:29Nous, on y croit, d'accord ?
11:30Et on pourra en bénéficier aussi de la France.
11:33Une partie, bien entendu, de ce plan
11:36bénéficiera à la France et aux autres partenaires,
11:39mais soit un tout petit peu,
11:41via des effets justes de diffusion standard,
11:43soit de façon considérable si on considère, d'accord,
11:47qu'on doit faire une défense européenne
11:49et que globalement,
11:50ces dépenses militaires allemandes
11:52iraient plutôt à de l'industrie française, italienne,
11:56plutôt qu'américaine.
11:58Ça, c'est loin d'être gagné.
11:59Et on verra ça, évidemment.
12:01Merci beaucoup, Éric.
12:02Et hier, je rappelle que vous êtes directeur du département
12:04analyse et prévision de l'OFCE.
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