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  • il y a 2 heures
Retrouvez Le 18/19 de Stéphanie Coleau en replay et en podcast.

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00:00Le 18-19 sur BFM Business.
00:05La guerre au Moyen-Orient et la flambée du pétrole a une fois de plus montré la nécessité d'accélérer
00:12l'électrification du pays.
00:14Mais si la France produit suffisamment d'électricité bas carbone, l'industrie ne s'électrifie pas assez vite.
00:20Bonsoir Raphaël Schellenberger.
00:22Bonsoir.
00:22Vous êtes député d'hiver droite du Haut-Rhin et le ministre de l'économie vous a confié une mission
00:28en tout début janvier, bien avant la guerre donc.
00:32Vous avez rendu un rapport intermédiaire hier après avoir rencontré une trentaine d'auditions,
00:38après avoir mené une trentaine d'auditions et de visites dans les ports industriels par exemple ou dans la région
00:44Grand Est.
00:45D'abord, est-ce que la guerre et la crise autour du pétrole va selon vous permettre d'accélérer le
00:52mouvement d'électrification dans l'industrie ?
00:55Alors malheureusement oui et j'aurais préféré qu'on ne soit pas dans une situation où l'urgence dicte des
01:02décisions nécessaires structurelles
01:04parce que les décisions d'électrifier le pays, que ce soit l'industrie, que ce soit les transports, l'habitation,
01:11ce sont des décisions qui nécessairement prennent du temps.
01:14Chaque particulier sait qu'on ne change pas un système de chauffage en quelques jours.
01:18Il faut du temps pour réussir ça.
01:21Pour l'industrie, c'est décupler le temps qu'il faut pour électrifier un procédé.
01:26Donc le choc de pétroliers, la guerre en Iran réaffirme la nécessité de se désensibiliser de l'importation d'hydrocarbures
01:39de zones du monde qu'on ne maîtrise pas.
01:42C'est la question de la souveraineté énergétique.
01:45Donc oui, évidemment, ça remet sur le devant de la scène cette question de la maîtrise de notre souveraineté énergétique.
01:52Alors comment expliquer que, alors qu'on bénéficie d'une électricité bas carbone,
01:56comment expliquer que, quels sont les freins finalement aujourd'hui à l'électrification dans l'industrie ?
02:01Il y en a différents.
02:02D'abord, on a mené des politiques publiques depuis dix ans qui n'étaient pas des politiques publiques qui visaient
02:06à l'électrification.
02:07On s'est beaucoup préoccupé de la question de la production d'électricité.
02:11C'est en train de changer.
02:12Le paradigme est en train de changer.
02:14Et fin d'année dernière, une prise de conscience s'est révélée à tout le monde.
02:19Elle est partagée.
02:19Il ne faut pas seulement mener des politiques d'offres en matière d'électricité.
02:23Il faut aussi travailler sur la demande.
02:25Et c'est bien la raison pour laquelle on m'a confié cette mission.
02:28C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, le gouvernement travaille à un plan d'électrification
02:32qu'il entend présenter dans les tout prochains temps.
02:35Donc voilà, il y a un changement de paradigme qui est en cours.
02:38La difficulté, c'est que c'est des actions en profondeur et que ça prend toujours du temps.
02:42Et c'est du long terme ? Ça prend beaucoup de temps ?
02:44Je ne sais pas si c'est du long terme.
02:45Ça peut être du moyen terme.
02:47Ça peut aller plus vite qu'il n'y paraît, mais clairement, ça ne peut pas être de l'immédiat.
02:51Ce n'est pas parce qu'on annonce début du mois de mars ou début du mois d'avril un
02:55plan d'électrification
02:56que c'est réglé au mois de mai.
02:58Voilà, ça c'est clair.
02:59Par contre, en prenant des décisions aujourd'hui, disons avant l'été,
03:04dans deux ans, lorsqu'une nouvelle crise géopolitique se produira,
03:09parce que dans le fond, la situation du monde, l'instabilité du monde, on doit s'y préparer,
03:14notre pays sera plus résilient encore.
03:17Et je tiens à dire qu'on a des atouts, vous l'avez évoqué,
03:20on a de l'électricité décarbonée en quantité qui est disponible,
03:24on a aussi un pays qui est globalement plus électrifié que la moyenne,
03:28grâce aux choix que nous avons déjà faits dans les années 70.
03:31Dans votre rapport, vous dites qu'il y a deux méthodes à mettre en place.
03:34Vous séparez l'électrification des gros sites industriels
03:38avec celle de l'industrie en général, les plus petits sites en quelque sorte.
03:43Concernant les 50 plus gros sites industriels,
03:46vous dites que l'électrification relève de la haute couture.
03:49Ça veut dire quoi concrètement ?
03:50Ça veut dire qu'on a des procédés assez exceptionnels.
03:54C'est du cas par cas ?
03:54C'est du cas par cas et on le voit, les ingénieurs, les industriels ont optimisé leurs procédés.
04:00Et ça fait des années que la question énergétique pour ces gros sites est centrale.
04:04Et donc, dans l'industrie pétrochimique par exemple, dans l'industrie chimique,
04:08si on touche à un bout du procédé, ça a des conséquences en cascade jusqu'au bout.
04:13Et il ne suffit pas de dire qu'on va remplacer un four dans un coin pour commencer à électrifier,
04:18parce que ça va avoir des conséquences en cascade.
04:20Sur l'acier par exemple, sur la production d'acier primaire,
04:23c'est pareil, aujourd'hui, quand on produit de l'acier primaire,
04:25on a un procédé à base de charbon, à base de coque.
04:30Et sortir du charbon dans l'acier primaire, c'est complètement changé.
04:34Ce qui a été fait, par exemple, ce qui a été annoncé par ArcelorMittal à Dunkerque,
04:39ça n'est pas l'électrification d'un haut fourneau,
04:42c'est la substitution de la production d'acier primaire, d'acier carbone primaire,
04:47par du recyclage de ferraille.
04:50Alors c'est très intéressant, c'est de la décarbonation,
04:53c'est plus de souveraineté, parce qu'on va utiliser de la ressource qu'on a déjà là,
04:57mais c'est pas tout à fait la même production.
04:59Donc on a besoin, site par site, procédé industriel par procédé industriel,
05:04d'imaginer les solutions de décarbonation par l'électrification.
05:07Et vous dites aussi que c'est à l'état de piloter la première usine, en quelque sorte,
05:12parce que ça serait trop lourd à supporter pour un acteur privé ?
05:16Il y a un risque énorme à prendre.
05:18Aujourd'hui, je pense à l'acier, il y a des projets,
05:22il y a un projet en France qui existe, dans le sud, sur le port de Fosse-Marseille,
05:28mais on voit bien la difficulté à prendre la décision de construire une usine
05:32de réduction du minerai de fer par l'hydrogène.
05:35C'est tellement capitalistique, c'est tellement incertain sur les marchés aval,
05:41qu'il faut amorcer la pompe.
05:42Il faut que quelqu'un prenne la première décision.
05:44Alors, on va travailler, j'ai encore trois mois pour faire des propositions concrètes,
05:48et on va essayer de travailler à faire des propositions sur des filières stratégiques comme celle-là.
05:52Je pense à l'acier, je pense à l'ammoniaque aussi, et aux engrais.
05:56Et on l'a vu, les Français pensent au pétrole, au gaz,
06:00parce que c'est leur consommation de tous les jours,
06:02mais notre agriculture dépend de notre capacité à produire de l'engrais,
06:08et à ne pas l'importer de pays qui sont aujourd'hui les mêmes pays qui nous exportent du pétrole.
06:14Donc, comment est-ce qu'on produit de l'engrais décarboné en France ?
06:18Là aussi, c'est des ruptures industrielles.
06:20Alors, vous l'avez dit, c'est dans trois mois que vous allez rendre ce rapport définitif.
06:24Vous allez faire des propositions.
06:25Ça va coûter cher si l'État doit mettre en place, par exemple, la première usine pilote.
06:33Étant donné le contexte budgétaire aujourd'hui,
06:362026-2027, n'en parlons pas, en plus avec l'élection présidentielle à venir,
06:40selon vous, l'État a-t-il les moyens aujourd'hui de mettre sur la table des milliards d'euros
06:46pour accélérer l'électrification dans l'industrie ?
06:50Dans le rapport intermédiaire, d'abord, je dis,
06:52effectivement, il y a cette haute couture pour les plus gros sites,
06:56l'industrie la plus visible, celle qui fait aussi la fierté de la France.
07:00Il y a aussi des choses plus simples et plus rapides à mettre en œuvre
07:03pour l'industrie diffuse.
07:04Qu'on peut standardiser.
07:05Qu'on peut standardiser.
07:07Beaucoup de la consommation énergétique dans notre pays
07:09sert dans des entreprises de taille intermédiaire,
07:13des PME, à produire de la vapeur sur des procédés agroalimentaires,
07:17sur du traitement de surface métallurgique.
07:20Et là, on peut imaginer des systèmes de garantie, par exemple,
07:24qui permettent de standardiser des solutions, d'accélérer très vite,
07:27sans que ça coûte très cher à l'État,
07:28parce que des solutions sont disponibles
07:31et sont parfois même compétitives,
07:33voire plus rentables que le gaz dans les conditions économiques actuelles.
07:37Donc, toute l'électrification ne va pas coûter de l'argent à l'État.
07:41Ce que je dis, c'est que l'État stratège,
07:44il doit se positionner correctement sur les filières de rupture
07:48et que oui, il y a une part de risque qu'il doit porter.
07:50C'est un investissement d'avenir.
07:52Voilà, il y a des risques qu'on a pris par le passé.
07:55Sur le nucléaire, ça a été des grandes aventures qui ont suivi.
07:59Sur l'hydrogène, on a fait des choix
08:02qui n'étaient pas très malins, je pense, ces dernières années.
08:06Et je propose qu'on aille faire des choses plus opérationnelles, plus concrètes.
08:10On aura toujours besoin d'acier.
08:12Il n'y a pas trop de risques à se dire qu'il faut aller construire
08:16un moyen de production d'acier décarboné dans notre pays.
08:18Et il y a aussi les contraintes technologiques et l'enjeu des filières.
08:24On a un problème de souveraineté à ce niveau-là de la filière.
08:28Est-ce qu'il faut, selon vous, construire une filière française d'équipement ?
08:32Alors, c'est quelque chose que je vais encore expertiser dans les prochaines semaines.
08:36Mais on le voit bien, le monde entier est en train de basculer vers l'électrification.
08:42Si on avait un raisonnement franco-français,
08:45on pourrait se dire qu'aux portes de la France,
08:46on arrivera toujours à avoir des équipements.
08:49Mais quand tout le monde, sur la plaque européenne,
08:52quand sur la plaque européenne un peu large,
08:55va vouloir s'équiper en transformateur,
08:57la capacité de production des pays amis,
09:01elle va très vite se tendre.
09:02Elle va être en concurrence avec l'électrification qui est en cours en Chine aussi.
09:06Et il va falloir qu'on soit capable de continuer à livrer nos industries
09:09dans ces équipements qui sont stratégiques.
09:11Donc, il n'est pas encore trop tard.
09:13Moi, ce que je dis, c'est exactement le moment
09:16pour se dire qu'on va renouer, avec notre capacité à produire en France,
09:20ces équipements stratégiques liés à l'électrification.
09:23Vous voulez aussi donner plus de pouvoir à RTE, gestionnaire du réseau.
09:28Plus de pouvoir pour faire quoi ?
09:29Alors aujourd'hui, c'est vrai que la question de l'électricité dans notre pays,
09:33de façon générale en Europe, on la gère en bon père de famille.
09:36C'est-à-dire qu'on a un beau réseau qui est là.
09:39On s'assure de ne surtout pas trop dépenser d'argent
09:41pour ne pas prendre de risques,
09:43parce qu'on ne sait jamais si on construit un câble et qu'il n'est pas utilisé,
09:46c'est de l'argent qu'on aurait gaspillé.
09:48Ça marche bien quand il n'y a pas de croissance.
09:51On entre dans une logique de croissance.
09:53Il va falloir prendre des risques pour que l'infrastructure anticipe les besoins,
09:58parce que si l'infrastructure n'est pas là,
10:00quand l'entreprise demande à tirer de l'électricité, on perd une opportunité.
10:04Donc aujourd'hui, il faut un peu changer le cadre régulatoire.
10:09On a des discussions avec la CRE, notamment la Commission de régulation de l'énergie,
10:13pour dire qu'il faut prendre des risques.
10:14Il faut construire un peu plus de postes sources, un peu plus de câbles,
10:18pour que ce soit prêt quand les industriels,
10:21quand les collectivités territoriales qui veulent développer des transports en commun électriques,
10:27par exemple, ou quand les particuliers veulent s'électrifier,
10:29il faut que ce soit là et qu'on n'ait pas à attendre.
10:32Donc voilà, il faut faire des investissements en avance de phase.
10:35Je veux être rassurant.
10:38RTE, Comenedis sont les entreprises de gestion de réseau
10:41les plus performantes qu'on ait en Europe.
10:43peut-être même au monde.
10:45Mais aujourd'hui, il faut que notre cadre réglementaire
10:47anticipe que le monde est en train de changer
10:49et qu'on passe d'une logique de gestion administrative
10:53à l'audace du développement.
10:55C'est le titre que j'ai donné à mon rapport.
10:56Merci beaucoup Raphaël Schellenberger.
10:58Je rappelle que vous êtes député d'Hiverdroite du Haut-Rhin,
11:01auteur de ce rapport sur l'électrification de l'industrie.
11:04Rendez-vous dans trois mois pour la remise du rapport.
11:08Merci beaucoup.
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