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  • il y a 3 heures
« L’or pillé des pharaons », publié aux éditions Buchet-Chastel, est la nouvelle enquête du journaliste d’investigation Vincent Noce. Il y décrypte le vaste réseau d’intermédiaires impliqués dans les affaires de trafic d’antiquités, qui ont notamment éclaboussé le Metropolitan Museum of Art de New York en 2019, avec la restitution d’un sarcophage doré à l’Égypte, ainsi que le Louvre Abu Dhabi, toujours au cœur d’une enquête judiciaire en cours.

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Transcription
00:04L'or pillé des pharaons aux éditions Boucher-Chastel, c'est la nouvelle enquête du journaliste d'investigation Vincent Noce,
00:11qui est aujourd'hui en plateau pour nous détailler son parcours et apporter son regard sur les affaires qui ont
00:16secoué le Metropolitan Museum à New York et le Louvre.
00:20Vincent Noce, merci beaucoup d'être avec nous.
00:22Bonjour.
00:22Est-ce que tout d'abord vous pouvez nous remettre dans ce contexte sur pourquoi Jean-Luc Martinez a été
00:29mis en examen en 2022 ?
00:31C'est une nouvelle qui a beaucoup secoué le monde de la culture à l'époque.
00:35Oui, ça a été vraiment presque une déflaveration, on pourrait dire.
00:40Jean-Luc Martinez est l'ancien président directeur du Louvre, donc ça a été un personnage considérable.
00:48D'ailleurs, depuis, il est devenu ambassadeur, il a rédigé plusieurs rapports contre le trafic.
00:55Oui, en amont de sa présidence.
00:58Oui, et donc, tout le monde est tombé des nus à ce moment-là, ça a été vraiment un choc.
01:05Et ce qu'on lui a reproché, c'est qu'il y avait une partie de la collection du Louvre
01:15à Abu Dhabi, qui est un musée aux Émirats, un musée des Émirats même, il faut préciser, c'est pas
01:22une antenne du Louvre.
01:23Alors, une partie de la collection a été acquise avec une aide française d'une agence dont il s'est
01:32occupé, il était le président du conseil scientifique de l'agence.
01:36Et donc, si vous voulez, ce qui est terrible, c'est qu'il y a eu après une investigation que
01:47je décrypte dans le livre, qui à mon avis a été menée à charge.
01:53Et avec des erreurs, même de conduite, enfin, pas mal de pépins, de chaos.
02:00Et ce qui est terrible, c'est que, bon, en fin de compte, on l'a mis en examen, lui,
02:06ainsi qu'un autre conservateur, parce que, fondamentalement, ils avaient fait leur travail.
02:11C'est-à-dire qu'ils avaient contribué à trouver des œuvres, rechercher les historiques, rechercher si elles étaient authentiques,
02:22si elles valaient bien l'argent qu'on dépensait, enfin, etc.
02:26– Parce que ce qui lui est reproché au départ, c'est pourquoi est-ce qu'il veut rentrer, vous
02:31le décrivez, c'est la première scène du livre,
02:34il rentre dans les bureaux de l'OCBC, on lui procède à un interrogatoire, parce que, donc, il aurait fait
02:41preuve de négligence sur l'achat, l'acquisition d'œuvres d'art qui se seraient retrouvées au Louvre à Abu
02:48Dhabi.
02:48– Voilà, donc, l'OCBC, c'est l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels.
02:56Donc, c'est la police de l'art, en gros, et c'est un très bon organisme qui a fait
03:01des choses épatantes, enfin, avec des gens qui sont formidables, etc.
03:06En l'occurrence, à mon avis, ils se sont un peu trompés, et ils ont ciblé notamment, enfin, ils ont
03:14ciblé non seulement, disons,
03:16des gens qui sont vraiment fortement suspectés d'être des bandits, si on veut, des trafiquants, des... Bon, après tout,
03:24ils sont encore considérés comme innocents, disons,
03:28pour le moment, en attendant d'un procès, mais aussi des égyptologues, des conservateurs, des... Donc, ils s'en sont
03:38pris aussi, je dirais, aux hommes de science,
03:41et aux hommes de l'art. Et alors, effectivement, en leur reprochant de ne pas avoir vu que les documents
03:48étaient falsifiés.
03:51Ceci dit, c'est pas très facile.
03:54Moi-même, j'ai eu ces documents en main. J'en ai eu un certain nombre.
03:58Alors, vous avez une feuille transparente tapée dans une vieille machine à écrire, en allemand, en arabe, en anglais, en
04:10français, avec des dates,
04:14une facture de galerie du Caire datée des années 1930.
04:19La galerie, elle n'existe plus, il n'y a pas d'archives, enfin.
04:22Bon, c'est pas du tout évident, disons, ça saute pas aux yeux.
04:25Parce que, pour vous, les conservateurs n'auraient pas cette responsabilité-là ?
04:31Alors, les conservateurs ont cette responsabilité, absolument, et ils l'assument.
04:38Le problème, c'est que là, ils se sont fait tromper par des gens qui ont monté des faux historiques
04:46avec des tas de factures de marchands d'art, de transports, des témoignages, des attestations,
04:57des documents d'exportation, évidemment, qui sont très importants, qui, en fait, ont été falsifiés.
05:03Et j'imagine que tout le problème repose, justement, sur ces documents, qui, surtout, à une certaine époque,
05:10sont, on peut très facilement, en fait, faire des faux.
05:12Aujourd'hui, on parle, il y a beaucoup de choses qui sont certifiables à l'heure du digital, etc.
05:17À l'époque, j'imagine que créer un tampon qui soit faux, c'est faisable.
05:23Ah, ça, c'est évidemment une des grandes peurs qu'on doit avoir avec l'intelligence artificielle,
05:30c'est que ça va devenir plus facile.
05:32Encore plus.
05:33Encore plus facile de faire des faux.
05:36C'était pas si facile que ça.
05:38Et en l'occurrence, l'opération a été très bien montée.
05:41En fait, ce qui se passe au départ, c'est que vous avez une famille d'antiquaires
05:45qui vivaient au Caire, qui s'appellent les Simoniennes,
05:49qui sont d'origine arménienne, bien sûr,
05:51et qui, dont le principal personnage, si vous voulez, le parrain de la famille,
06:01vivait en Allemagne.
06:03Et donc, ils ont ramené du Caire, apparemment, des factures vierges.
06:14Ah, d'accord.
06:15Des choses comme ça, des documents d'exportation, des choses comme ça,
06:19qu'ils avaient trouvées pendant qu'ils étaient en activité au Caire.
06:23Et donc, voilà, donc il y a, évidemment, c'est fait pour tromper,
06:28et ça marche assez bien, quoi.
06:29Parce que ce qui est intéressant, c'est que ces noms-là que vous citez,
06:32c'est que ce sont des noms qu'on retrouve déjà dans l'affaire du sarcophage volé,
06:38volé pour le coup, et ça s'est acté, la justice a statué,
06:46dans l'affaire du sarcophage qui a été volé et qui a été retrouvé au Met.
06:48Et ce sont les mêmes noms qu'on retrouve dans ces deux affaires.
06:51Voilà, alors c'est ça qui déclenche aussi, d'ailleurs, l'enquête que j'ai menée pour ce livre.
06:58Donc, il y a un sarcophage doré qui est acheté pour 3,5 millions d'euros,
07:02ce qui n'est pas rien, par la Métropolitaine, qui est très fière, et qui l'expose.
07:07Et à ce moment-là, un des trafiquants, qui l'avait pillé en Égypte,
07:13a dénoncé, par des circuits un peu tortueux que je délivre dans le livre,
07:21a dénoncé le pillage, et avec des photos à l'appui.
07:26Et donc, j'ai vu des photos où on voit le sarcophage sorti de terre,
07:30qui est abîmé, sali, il est posé sur une couverture, donc voilà.
07:34Et on a la date de cette photo, puisqu'elle est horodatée, évidemment,
07:39et que c'est retrouvable par les services d'enquête.
07:42Et donc, à ce moment-là, on s'aperçoit que le vendeur de ce sarcophage
07:50est un certain Cuniqui, Christophe Cuniqui,
07:53qui est un expert très bien établi sur la place parisienne,
07:56un très bon expert, d'ailleurs, il faut le dire.
08:01Et c'est lui qui l'a vendu au Métropolitaine.
08:04Et à ce moment-là, moi, je m'aperçois qu'il a aussi vendu
08:09un certain nombre d'objets au Louvre à Abu Dhabi,
08:12qui sont les objets en question, qui sont mis en cause en France.
08:16Et donc, voilà, je me dis, là, il y a un problème.
08:20Et c'est là qu'on s'aperçoit que ces objets aussi ont pu être pillés.
08:26Et donc, que toute l'enquête, à ce moment-là, s'emballe, si on veut.
08:31Où est-ce qu'on en est aujourd'hui, de l'enquête sur le sujet du Louvre, plutôt ?
08:37Alors, la difficulté de cette enquête, c'est qu'elle accuse des conservateurs
08:44sur la foi de renseignements que nous avons aujourd'hui.
08:48Mais quand ils ont acheté les œuvres, ces renseignements, on ne les avait pas.
08:52On ne savait pas que Christophe Kunicki était un expert problématique.
08:57On ne savait pas que les factures pouvaient être falsifiées.
09:00Il n'y avait aucun doute, il n'y avait pas de problème.
09:02C'est seulement des années après qu'on a su que...
09:06Donc, c'est là qu'il y a, à mon avis, une erreur temporelle gravissime
09:11de la part des enquêteurs qui superposent l'un et l'autre.
09:15Et malheureusement, il y a certains journaux qui sont rentrés dans la boucle
09:19et qui ont dit la même chose.
09:21Qui les ont accusés d'avoir acheté les œuvres,
09:25ou fait acheter les œuvres par les Émirakis, plus exactement,
09:28d'avoir fait acheter les œuvres en connaissance de cause.
09:31en sachant qu'elles pouvaient avoir été pillées.
09:33Ce qui n'a aucun sens.
09:35Pourquoi le président du Louvre ferait ça ?
09:37Ça n'a vraiment aucun sens.
09:38Alors maintenant, le dossier, il est en fouille.
09:41Pour l'instant, il est toujours entre les mains.
09:43Il a changé de juge d'instruction.
09:45D'accord.
09:46Et il est là, sur la pile, qui est une grosse pile, je peux vous dire.
09:51Il y a des juges d'instruction qui ont une centaine de dossiers
09:53à traiter en même temps.
09:55Donc, vous vous imaginez.
09:57Et bon, il n'est pas prioritaire de prioritaire, comme on dit.
10:01Et donc, il est tout au fond de la pile.
10:04Il n'y a pratiquement pas d'audition.
10:07Il n'y a pas d'enquête.
10:09Normalement, l'enquête, elle est à peu près bouclée maintenant.
10:11Et donc, c'est une affaire qui s'enlise comme ça.
10:15Ce qui est terrible.
10:17Et il nous reste une grosse minute.
10:19Est-ce que ce genre de choses, aujourd'hui, ça pourrait encore se passer ?
10:23Notamment depuis la loi du 28 juin dernier,
10:27qui apporte un cadre un peu plus structuré à l'importation d'œuvres d'art en Europe.
10:32Est-ce que ce genre de choses, ça pourrait encore se faire,
10:34vu les garde-fous qui sont mises aujourd'hui ?
10:36Ça peut toujours arriver.
10:37Il n'y a pas de risque zéro.
10:39Maintenant, ce qui est vrai, c'est qu'il y a de plus en plus de précautions qui sont prises.
10:42Les gens, ils apprennent quand même.
10:44Ils prennent conscience.
10:45Et il y a, dans le marché de l'art,
10:47puisque votre émission porte sur le marché de l'art,
10:51notamment, mais aussi dans les musées,
10:53une conscience de plus en plus forte des risques et des précautions à prendre,
10:58notamment pour vérifier les historiques et les documents même.
11:02Et ce qui est intéressant avec le livre,
11:04c'est que justement, on voit vraiment tout le fourmillement,
11:07le nombre d'intermédiaires qu'il y a entre une œuvre d'art
11:11et jusqu'au moment où ça arrive dans un musée.
11:14Justement, peut-être que ça, on prend conscience qu'il faut peut-être être plus direct entre l'œuvre et
11:20son acquisition.
11:23Oui, mais enfin bon, le trafic, c'est comme ça qu'il est fait.
11:26C'est-à-dire, au départ, vous avez quelqu'un qui ne gagne pas grand-chose d'ailleurs,
11:30quelques milieux d'euros, qui déterre quelque chose ou qui fouille,
11:35ou même un paysan qui trouve un objet.
11:37Après, ça va à des trafiquants, des vrais gangsters,
11:41qui sont notamment implantés en Europe de l'Est, en Europe centrale, etc.
11:45Et qui sont des gens assez dangereux.
11:47Bon, et après, ça remonte et puis ça remonte.
11:52Et à un moment donné, ça peut rentrer dans le marché légal.
11:55C'est assez rare, mais pour des pièces de belle qualité et assez chères.
12:00Et à ce moment-là, elles sont blanchies, elles sont lavées.
12:03Et on a oublié que, et malheureusement, très longtemps,
12:07le marché de l'art, et même les musées d'ailleurs,
12:10mais surtout le marché de l'art, n'a pas vérifié les origines suffisamment.
12:14Et donc, c'est ça aussi, c'est le comportement qu'il faut changer, c'est sûr.
12:18En tout cas, tout est bien détaillé dans votre livre
12:22L'Orpillé des pharaons.
12:23Merci beaucoup, Vincent Noz.
12:24Je rappelle que vous êtes journaliste, enquêteur.
12:26Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:28C'était Arré Marché.
12:29Merci à vous.
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