00:00Et pour parler de tout cela, c'est Michel Martinez qui est avec nous, le chef économiste Europe de Société
00:05Générale CIB.
00:06Bonjour Michel Martinez. En effet, Yannemagne a annoncé une croissance de 0,3% au quatrième trimestre.
00:13Ça tombe bien parce qu'on a actuellement le chancelier MERS qui est en visite en Chine, en visite officielle,
00:20un petit peu en VRP pour essayer de vendre la technologie, l'industrie allemande en Chine.
00:26Le problème, c'est qu'on le verra dans un instant, la concurrence chinoise est de plus en plus forte.
00:31Quelles sont vos prévisions de croissance pour l'Allemagne cette année ?
00:34L'Allemagne qui finalement n'aura pas connu de récession.
00:38Alors, l'Allemagne n'a pas connu de récession, en tout cas elle n'a pas connu de croissance depuis
00:432021-2022.
00:46On a un profil plutôt plat de l'activité économique.
00:50Et on attend cette année une croissance proche de 1%.
00:54Donc c'est un changement assez notable.
00:56C'est évidemment l'effet du plan de relance allemand.
01:01Le plan de relance qui va injecter un peu moins de 2 points de PIB cette année dans l'économie.
01:08Donc c'est beaucoup.
01:09Et c'est ça qui explique que la croissance devrait passer de zéro à de l'ordre de 1%.
01:14Ce qui est intéressant, c'est que quand on regarde la dynamique des chiffres du quatrième trimestre,
01:20on voit que la demande interne est très dynamique.
01:24Vous mentionnez 0,3% sur le trimestre en soi, ce n'est pas extraordinaire pour le chiffre du PIB.
01:31Mais la demande interne, elle va deux à trois fois plus vite.
01:35Investissement en particulier, mais aussi la consommation.
01:38Les ménages allemands aussi se mettent maintenant à désépargner.
01:42C'est plutôt une bonne nouvelle.
01:44Et donc voilà, 1% de croissance cette année.
01:46Même plus probablement l'an prochain parce que l'impulsion budgétaire ne fait que commencer.
01:52En fait, elle n'a commencé qu'au quatrième trimestre.
01:55Chancelier Maers, qui est donc actuellement à Pékin, qui rencontre Xi Jinping,
01:59que peut-il attendre de la Chine, sachant qu'on a aujourd'hui des partenaires commerciaux
02:05qui voient bien que la Chine peut arriver à se passer de la technologie allemande,
02:10notamment sur le segment automobile ?
02:13Alors, ce qui est intéressant, c'est que l'Europe continue d'avoir un solde commercial positif,
02:20une balance courante excédentaire, largement excédentaire,
02:26et même continue à progresser sur beaucoup de marchés, y compris les États-Unis.
02:35Mais le seul marché où notre balance commerciale se dégrade, c'est la Chine.
02:40Alors, ce qui est aussi intéressant, c'est que ça ne vient pas tellement des importations.
02:45On parle beaucoup d'importations chinoises, mais les importations chinoises ne bougent quasiment pas.
02:50Et là où le bas blesse, ce sont les exportations vers la Chine.
02:55Et vous avez raison de mentionner que la raison pour laquelle nos exportations vers la Chine
03:01baissent et baissent très rapidement, et l'Allemagne est en premier concernée,
03:06c'est dû à la qualité et au prix des produits chinois.
03:10On pense aux voitures électriques, on pense aussi à des machines à outils.
03:15Dans le passé, la Chine n'était pas capable de produire ses biens,
03:19et donc les importait d'Europe, d'Allemagne en particulier maintenant.
03:23Elle en produit en cas de qualité et à bas coût,
03:27et c'est la raison pour laquelle la Chine n'a plus besoin de l'Europe.
03:31Donc ça, c'est une menace structurelle de long terme.
03:36On ne voit pas comment ça pourrait changer à court terme,
03:39à moins d'innovation technologique majeure.
03:44Et la question, c'est quelle peut être la réponse de l'Europe face à ça ?
03:50Eh bien, je dirais essentiellement via l'innovation.
03:56Et ça, comme je le disais, ça ne peut pas se faire de façon immédiate.
04:02Concrètement, les voitures allemandes qui ne sont pas vendues en Chine,
04:05les modèles haut de gamme, comment aujourd'hui l'Allemagne peut trouver de nouveaux débouchés
04:10face à, c'est vrai, cette baisse des exportations qui est durable ?
04:15Il faut prendre le tournant des nouvelles technologies.
04:21L'avenir, c'est effectivement les voitures électriques et hybrides.
04:25Alors, on ne sait pas quand exactement le moment, au débat 2035, au-delà.
04:29Mais je pense qu'il est assez évident qu'à un très long terme, c'est le tournant.
04:35Et il faut spécialiser sur ces produits.
04:40Mais bon, la Chine a un avantage compétitif majeur.
04:43Donc, il y a peut-être d'autres secteurs de l'économie
04:46où l'Europe peut rester très performante que l'automobile.
04:53Je pense par exemple à tout ce qui est lié à la transition climatique,
04:57l'intelligence artificielle ou, par exemple, les produits électriques,
05:04tout ce qu'il faut pour créer des data centers.
05:06L'Europe est aujourd'hui assez bien positionnée.
05:08Donc, elle devrait renforcer cet avantage.
05:12Après, les mesures de rétorsion que vous mentionnez le voyage du chancelier Merz en Chine,
05:20les mesures de rétorsion que l'Europe pourrait prendre sont assez limitées.
05:24Parce que la Chine a, de facto, une capacité de nuisance sur l'Europe
05:30qui est nettement supérieure à ce que pourrait faire l'Europe.
05:34Je pense par exemple à la capacité de la Chine de restreindre ses exportations vers l'Europe
05:41de minéraux critiques, de terres rares, voire de composés électroniques
05:46qui sont utilisés dans toute notre chaîne de production dans le secteur manufacturier.
05:50On a vu l'an dernier que la Chine avait commencé à le faire à l'automne dernier
05:55et qu'immédiatement, il y avait des usines qui avaient dû se fermer temporairement.
06:02Et donc, aujourd'hui, il n'y a pas tellement d'alternatives.
06:05Donc, je dirais qu'un des axes que l'Europe doit explorer,
06:13c'est de demander à la Chine de continuer à ouvrir ses marchés pour nos produits
06:18et pas simplement les produits qu'on exportait dans le passé,
06:23on était meilleurs en qualité et en prix que la Chine,
06:25mais les nouveaux produits, ce dont on a besoin pour les transformations actuelles.
06:31Merci beaucoup Michel Martinez, vous d'avoir accompagné ce matin
06:33pour décrypter ces chiffres allemands.
Commentaires