00:00Thomas Bonnet voulait revenir sur ces images avec une portée symbolique et politique.
00:05Ah oui, les milliers de supporters rassemblés dans le Pas-de-Calais nous ont rappelé une réalité parfois oubliée.
00:10Oui, il est possible de fêter un événement sans que ça dégénère.
00:14On peut rassembler des milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes même,
00:18sans dégradation et sans que les forces de l'ordre ne soient contraintes d'intervenir.
00:22À Lens, la fête a été totale, des tribunes du Stade de France,
00:26à la pelouse de Bollard, jusqu'aux rues de la ville recouverte des couleurs sang et or de ce club
00:31mythique.
00:32On peut aussi citer d'autres événements qui sont tenus ce week-end
00:35et qui, là encore, ont rassemblé des milliers de personnes.
00:37Le pèlerinage de Chartres, la victoire de Bordeaux en Coupe d'Europe de rugby, par exemple.
00:42Dans des registres différents, des scènes similaires de communion
00:45qui ont fait dire à notre cher Eliott Deval que tout n'est peut-être pas foutu.
00:49Eh bien, je crois qu'il a raison.
00:50Ça nous renvoie aux images de violences qui ont suivi les matchs du PSG en Ligue des Champions.
00:55Quel contraste, en effet, dans les rues de Lens comme dans celle de la capitale.
00:58On a célébré une victoire du football, mais pourtant, tout sépare les deux célébrations.
01:03Il faut donc analyser les raisons qui expliquent cette différence.
01:06D'abord, évacuons le coupable idéal, désigné un peu rapidement par certains médias.
01:11Non, ce n'est pas le foot en tant que tel qui engendre de la violence.
01:14Il faut évidemment se pencher sur la sociologie de ceux qui participent à tel ou tel événement.
01:19On en arrive rapidement à l'argument préféré de ceux qui ne veulent pas voir le problème
01:23et qui vont se référer aux catégories sociales des protagonistes avec cette idée désastreuse
01:28qui consiste à expliquer, voire à excuser les comportements délinquants par la pauvreté.
01:33Mais là encore, cet argument vole en éclat quand on repense aux images de Lens.
01:37Ville minière, ouvrière, dans un territoire déclassé et désœuvré.
01:41Le Pas-de-Calais est parmi les départements qui abritent le plus de difficultés.
01:44On ne grandit pas plus aisément à Lens que dans les cités de la région parisienne.
01:48Alors l'explication est donc à chercher ailleurs.
01:51Et on en vient à l'éléphant au milieu de la pièce qu'il est parfois difficile de nommer,
01:54de peur d'être accusé de tous les maux.
01:56Les images de violences dans les rues de Paris et les profils des interpellés jugés en comparution immédiate
02:01donnent un aperçu des parcours des jeunes parfois bien ancrés dans la délinquance
02:05et qui n'ont jamais subi de coup d'arrêt de la part d'une justice souvent trop clémente.
02:10Il s'agit aussi de jeunes dont la relation avec le bien commun est très questionnable.
02:14Beaucoup ne s'inscrivent pas dans une logique d'adhésion nationale quand ils s'en prennent aux forces de l
02:19'ordre.
02:19C'est aussi une façon pour eux de jeter un pavé au visage de la France.
02:24C'est ce malaise latent qui réapparaît de façon récurrente les soirs de match donc,
02:28mais aussi lors de la soirée d'Halloween, lors du Nouvel An et tant d'autres événements,
02:32sans parler bien sûr des émeutes de juin 2023.
02:35Pour résumer, on pourrait dire qu'à Lens, à Chartres ou ailleurs,
02:38la notion d'enracinement commande aux instincts primaires et conduit au respect de l'autre.
02:43Quant à Paris, en région parisienne, c'est tout l'inverse.
02:45Le football n'est donc pas la raison de ces violences.
02:48En revanche, il est le reflet de nos fractures, cette archipélisation qui fait qu'on ne célèbre plus à Lens
02:53ou à Bordeaux
02:54comme on le fait en région parisienne.
02:56C'est en soi une indication politique majeure qu'il s'agirait d'analyser pour ce qu'elle est,
03:00ce qu'elle dit de notre pays, surtout avant la finale de la Ligue des Champions samedi prochain,
03:04qui va demander le déploiement massif des forces de sécurité intérieure dans notre pays.
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