00:00Dans un instant, nous regarderons en détail la séance du jour avec Mathieu Serone.
00:04Juste avant, un petit focus macroéconomique avec Fabien Bossy qui nous accompagne ce matin,
00:09chef économiste franche chez Société Générale CIB.
00:11Bonjour Fabien Bossy, merci de nous accompagner ce matin afin de revenir à chaud sur les différentes statistiques
00:17qui ont pu être publiées ces dernières heures.
00:20A commencer notamment par l'inflation en Allemagne qui est confirmée à 2% sur la période de février.
00:27Oui, alors effectivement, l'inflation allemande a été confirmée à 2% en février.
00:32Ça va de pair, c'est en ligne grosso modo avec le chiffre européen qui était à 1,9%
00:37sur la même période.
00:38Pour rappel, la BCE a une cible d'inflation proche mais en dessous de 2%.
00:44En pratique, 1,9%, c'est l'idéal pour la BCE.
00:50Malheureusement, ce chiffre est évidemment daté.
00:53Maintenant, on sait que l'inflation va monter en mars dans la foulée de la hausse des prix du pétrole
01:00et de la hausse des prix de l'essence.
01:02Alors le chiffre exact de mars, ça dépendra des mouvements journaliers sur le marché pétrolier.
01:11Mais le mouvement sera à la hausse et assez nettement à la hausse.
01:14Après, pour la BCE, la question principale, ce ne sera pas vraiment le chiffre de mars lui-même.
01:20Ce sera quelle implication à moyen terme sur les perspectives d'inflation si c'est un choc temporaire ?
01:26Le mot est un petit peu maudit maintenant chez les banquiers centraux depuis l'expérience de 2022.
01:32Mais ça reste vrai.
01:33Si le choc est temporaire, il n'y a pas de raison d'y réagir.
01:36Mais si le choc est assez important et s'il prend part dans une économie où l'activité est assez
01:44dynamique,
01:45on peut craindre des effets de second tour et c'est ça qui pourrait amener la BCE à s'en
01:49inquiéter.
01:50Dans un contexte de très forte volatilité des matières premières,
01:52il est bien sûr compliqué de faire des projections, des prévisions d'inflation pour cette année.
01:57Néanmoins, quand vous regardez un petit peu dans le rétroviseur,
02:00dans quelles conditions se rentraient les principaux pays européens dans cette crise,
02:03comment vous regardez notamment l'industrie en Allemagne, les niveaux d'inflation ou encore de croissance ?
02:10Alors effectivement, j'ai dit qu'un choc d'inflation, c'est particulièrement dangereux
02:15lorsque l'économie est déjà proche de son potentiel, lorsqu'elle est déjà en train d'aller à un bon
02:20rythme
02:21parce que grosso modo, vous mettez un nouveau coup d'accélérateur
02:24et là, le risque, c'est que le cycle des dépenses s'accélère
02:27et qu'on ait une inflation qui accélère encore plus que ce que ne l'indiqueraient les cours du pétrole.
02:35Dans le cas allemand, on espère, tous les prévisionnistes espèrent,
02:38une accélération assez nette de la croissance en 2026
02:41grâce au stimulus fiscal qui est massif.
02:46On parle de plus d'un point de PIB de dépense supplémentaire en 2026.
02:50Ça va se transmettre à l'activité.
02:53Mais c'est vrai que pour l'instant, on reste toujours un peu sur notre faim.
02:57Ça fait plusieurs mois que le stimulus allemand est un peu l'arlésienne des données économiques
03:03et on a eu des données industrielles allemandes ce lundi
03:07qui ont été plutôt décevantes avec des commandes industrielles
03:11qui ont fortement baissé de presque 11% sur le mois
03:14mais c'est des données particulièrement volatiles.
03:16Donc on ne va pas trop s'en formaliser.
03:17Ce qui est un peu plus embêtant, c'est la production industrielle
03:20qui était attendue en hausse sur le mois de janvier
03:23et qui finalement recule légèrement de 0,5%.
03:26Malheureusement, on reste sur l'image d'une industrie allemande
03:30qui a probablement passé sa phase de déclin
03:33mais est donc plutôt encore dans une phase de stagnation.
03:36Ça patine et on n'a pas encore d'accélération nette.
03:40Les effets du stimulus fiscal, en tout cas sur le secteur industriel,
03:43restent limités.
03:45Et dans ce contexte-là, un choc sur les prix de l'énergie,
03:49c'est effectivement quelque chose d'un petit peu inquiétant.
03:52Un petit peu inquiétant, en tout cas à suivre.
03:53Pour l'instant, les prévisionnistes restent optimistes
03:56et on se classe dedans.
03:59Mais c'est vrai que pour l'instant,
04:00l'industrie allemande n'était pas aussi dynamique
04:02que ce qu'on aurait pu espérer.
04:04Voilà pour le cas de l'Allemagne.
04:06En France, cette fois, ce matin,
04:07le gouverneur de la Banque de France,
04:09François Villeroy de Gallo, a estimé
04:11qu'au vu du contexte, il fallait s'attendre
04:12à un petit peu plus d'inflation
04:14et un peu moins de croissance.
04:16Ça tombe mal car on était plutôt mieux partis
04:18ces dernières semaines.
04:19Bien partis, c'est peut-être un peu trop s'emballer,
04:21mais mieux parti dans le sens où
04:22on avait un déficit commercial
04:24qui commençait à se réduire
04:26sous l'effet notamment d'un euro
04:28qui se reprenait et de matières premières
04:30qui étaient relativement basses.
04:32Oui, alors effectivement,
04:34la France, peut-être de façon assez étonnante,
04:37alors que tout le monde attendait
04:39une accélération en Allemagne
04:40et était un petit peu plus prudent en France,
04:42ce qu'on a vu, c'est un début d'année
04:44plutôt positif pour la France
04:46avec une hausse de la production industrielle,
04:49notamment en janvier,
04:51et qui fait suite à une bonne dynamique
04:53dans le secteur industriel français
04:55tout au long du second semestre
04:56de l'année précédente.
04:58Et ça, ça se traduit effectivement
05:00dans des chiffres de commerce
05:01plutôt rassurants,
05:03avec des exportations en hausse
05:05et un déficit commercial
05:06qui continue de se réduire
05:08et continue de se réduire
05:09à tel point que si on prend le compte courant
05:11qui ont en quelque sorte
05:13la balance commerciale élargie,
05:15c'est la véritable balance des paiements,
05:18eh bien on était en surplus
05:19en décembre et en janvier.
05:22Donc quelque chose de plutôt positif.
05:24Et d'ailleurs, hier soir,
05:27la Banque de France a publié
05:28son enquête de conjoncture
05:29qui a été menée dans les tout derniers jours
05:31avec une bonne partie
05:32qui a été menée
05:33après le déclenchement du conflit
05:34et ça montre des industriels
05:36qui restaient encore assez optimistes
05:38pour les perspectives.
05:39Alors il est beaucoup trop tôt
05:40pour qu'ils aient eu le temps
05:42de se faire une bonne idée du choc,
05:43mais pour l'instant,
05:44le début d'année était bon en France.
05:46Alors un petit bémol
05:48sur ce chiffre de déficit commercial,
05:50un déficit commercial qui se réduit,
05:53c'est bien lorsque ça reflète
05:55une bonne tenue des exportations.
05:57C'est un peu moins encourageant
05:58lorsque ça reflète aussi
06:00une certaine atonie des importations
06:02parce que les importations,
06:03c'est une bonne partie
06:06qui va être consommée,
06:07qui va être investie
06:08et ça reflète probablement encore
06:12une certaine atonie
06:13de la demande intérieure française.
06:15Ça fait plusieurs années maintenant
06:17que la croissance française
06:18est avant tout tirée
06:20en plus de la demande publique
06:21par la demande extérieure
06:23avec la consommation des ménages,
06:25l'investissement des entreprises
06:26qui patinent un petit peu
06:28et pour l'instant,
06:29on reste un peu sur notre faim
06:30de ce côté-là
06:31et la baisse du déficit commercial
06:34est un signal un petit peu ambivalent
06:37de ce point de vue-là.
06:38Donc, un début d'année
06:40plutôt rassurant
06:41pour l'économie française
06:42avec toujours une petite faiblesse
06:44à craindre du côté
06:45de la demande intérieure
06:46mais la hausse des prix du pétrole arrive
06:49et on ne va pas pouvoir y échapper.
06:51Encore une fois,
06:52le résultat de l'enquête
06:53de la Banque de France
06:54était rassurant
06:54mais il est beaucoup trop tôt
06:55pour avoir une idée
06:57de l'impact du choc.
07:00Effectivement, l'impact
07:01il est assez évident.
07:02C'est hausser sur l'inflation
07:03et baisser sur l'activité.
07:05Savoir de quelle ampleur
07:06ça va dépendre avant tout.
07:08Je pense que tout le monde le rappelle
07:10mais malheureusement
07:11c'est l'évidence
07:12et que tout va dépendre
07:13de la durée de ce choc
07:15autant que de l'amplitude
07:17sur les mouvements de prix.
07:19Et bien sûr du prix du baril de pétrole
07:21qui est à 89 dollars ce matin.
07:23Merci beaucoup Fabien Bossy
07:24nous a raccompagné
07:25chef économiste France
07:26de Société Générale CIB
07:27pour revenir sur cette inflation
07:29en Allemagne
07:30et sur les différents indicateurs
07:32macroéconomiques
07:33de ces dernières heures
07:34que ce soit du côté de l'Allemagne
07:35mais également du côté de la France.
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