00:00On va continuer à parler énergie et gaz dans cette matinale avec notre invitée ce matin, c'est Leslie Palti
00:05-Guzman.
00:06Bonjour, vous êtes la fondatrice de Vista, vous êtes spécialisée dans l'énergie et le transport maritime,
00:11vous êtes donc la personne qu'il nous faut évidemment ce matin.
00:14On parlait il y a quelques instants de ce que disait l'AIEU avec le patron de l'AIEU qui
00:18nous dit que c'est la pire crise qu'il ait jamais vue entre 73, 79 et 2022.
00:24Attention, il les additionne ces crises en disant que c'est pire aujourd'hui que ces trois crises réunies.
00:29Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ?
00:31Alors il y a bien sûr des tensions sur les marchés de l'énergie, mais il faut quand même distinguer
00:36les expositions selon les pays.
00:39Et ça va aussi dépendre de la durée de la fermeture du détroit d'Hormuz.
00:45Et je pense qu'il ne faut pas non plus trop amplifier ce discours de choc énergétique,
00:51parce que pour moi, si on distingue des différentes énergies, par exemple le gaz, les prix du gaz en Europe,
00:59n'ont pas vraiment augmenté, ils ont augmenté, mais de façon modérée comparée à la crise en Ukraine, par exemple.
01:06Oui, ça n'a rien à voir.
01:07Ça n'a rien à voir.
01:07Mais on a quand même, notamment au Qatar, des infrastructures qui ont été détruites.
01:13Donc là, il y a de la perte de production qui ne sera pas retrouvée avec l'ouverture du détroit
01:19d'Hormuz.
01:20Oui.
01:21Donc pour le moment, on a un mois de guerre.
01:24Tout le monde se demande combien de temps la guerre va durer.
01:26Un mois de guerre pour le Qatar, ça veut dire environ 7 millions de tonnes qui sont parties du marché.
01:35Ça va probablement durer jusqu'en juin.
01:37Donc on peut dire au moins trois mois de perte de production mensuelle pour le Qatar.
01:44En addition, on a eu deux destructions de trains de liquéfaction.
01:49Donc ceux-là, ils ne vont pas revenir à peu près pendant trois ans, selon le Qatar.
01:53On s'attend déjà à 30 millions de tonnes, au moins pour 2026, qui sont perdues.
01:57Oui.
01:58Mais il faut savoir que le marché était long avant.
02:01On allait s'apprêter dans un marché où les acheteurs allaient avoir la main haute sur les négociations, sur les
02:09prix.
02:09C'est-à-dire qu'il y avait trop de gaz ?
02:10Il y avait trop de gaz.
02:12Et le marché du GNL américain est en plein boom.
02:16Beaucoup d'exportations et de nouvelles usines qui s'apprêtent à démarrer de nouveau.
02:20Enfin, à commencer.
02:21Donc tout va dépendre de la durée de cette guerre.
02:26Si en juin, tout repart, je pense que c'est gérable pour l'Europe, par exemple,
02:31qui reçoit de plus en plus de GNL américains.
02:33Et pour le moment, les cargos flexibles vont en Europe, ne vont pas en Asie.
02:38Ce n'est pas encore au plus offrant et hop, on prend un cargo, on le dévie de l'Europe
02:43pour aller en Asie.
02:45Ça s'est vu quand même.
02:46Ça s'est vu, mais les prix du fret maritime ont augmenté.
02:50Et donc, ça ne rend pas économique, ce n'est pas économique pour les cargos américains d'aller en Asie
02:55actuellement.
02:56Mathilde.
02:57Vous mentionnez le GNL américain.
03:00Quelles sont les autres alternatives au GNL Qataris qui sont en train de se développer ces derniers temps ?
03:05Alors, je viens d'écrire une note en regardant le Venezuela et Trinidad, par exemple.
03:11Trinidad a une énorme opportunité actuellement.
03:13C'est de s'associer sur certains champs gaziers qu'ils ont en commun avec le Venezuela.
03:21Et donc, cette association a été retardée depuis des années à cause du régime et de l'instabilité au Venezuela.
03:27Mais maintenant que les sanctions vont s'évaporer et qu'il y aura peut-être plus de stabilité politique au
03:33Venezuela,
03:34il y a au moins trois champs gaziers où il y a des possibilités d'unitisation conjointement de produire et
03:42d'exporter.
03:43Et donc, le Trinidad, qui avait une énorme perte, en fait, de pas assez de gaz domestique pour exporter,
03:53va retrouver potentiellement plus de capacités pour l'export.
04:01Et c'est un marché, l'Europe est un marché naturel pour Trinidad.
04:05Donc, ça, c'est un petit extra qu'on va avoir.
04:10Il y a l'Afrique dont on a parlé pendant des années, le Mozambique, par exemple,
04:14où il y a eu des problèmes d'instabilité, mais Total Energy, par exemple, regarde de près.
04:20Il va y avoir aussi potentiellement un peu plus au Nigeria.
04:24Il y a un peu des éléments dans différents pays, mais c'est vrai que...
04:28Certains sont au taquet, quand même.
04:29Le mois du jour, il va y avoir de la diversité et moins de concentration et trouver différents points de...
04:37Parce que quand on parle de l'Europe du Nord ou de l'Algérie, on est déjà quand même à
04:41des niveaux très élevés.
04:42On ne peut pas aller beaucoup plus loin en termes de production.
04:45Quand on regarde, en fait, ce qui va se passer dans le futur, c'est qu'il y avait deux
04:50pôles
04:50où vraiment les capacités allaient augmenter dramatiquement, le Qatar et les États-Unis.
04:57Là, actuellement, le Qatar, il y a beaucoup d'incertitudes sur le futur de cette expansion qui allait se produire
05:05parce que le Qatar et l'Iran partagent le plus grand champ gazier du monde.
05:11Et aussi, le Qatar dépend du détroit d'Ornose.
05:14Donc, si le nouveau gouvernement qui sera en place décide d'honorer l'accord un peu tacite
05:22qu'il y avait entre le Qatar et l'Iran pour conjointement développer ce gaz, tout ira bien pour le
05:27Qatar.
05:28Mais si on trouve un gouvernement qui veut renégocier cet accord
05:32et ne pas être très satisfait du fait que le Qatar a pu exporter beaucoup toutes ces années
05:36sans que l'Iran puisse exporter autant parce qu'il y avait les sanctions, etc.,
05:40ce sera intéressant à voir.
05:45Situation ambivalente pour le Qatar, entre relations pacifiques avec l'Iran.
05:51Exactement.
05:51Et c'est tout dans l'intérêt pour le Qatar de garder une espèce de statu quo,
05:56de vouloir la négociation, la médiation, la déescalation, etc.,
06:00parce que le Qatar a beaucoup d'intérêt en jeu.
06:03Et c'est aussi la confiance des acheteurs.
06:05Si les acheteurs voient qu'il va y avoir un risque de sécurité constant,
06:12ça ne va pas être jouable de dépendre trop du Qatar, par exemple.
06:16Mathilde ?
06:17Il y a aussi des tensions sur l'approvisionnement en hélium ces derniers jours
06:23qui commencent à se révéler, en partie parce que c'est les mêmes infrastructures énergétiques
06:29qui servent au GNL, qui servent aussi à la fabrication d'hélium au Qatar.
06:33Oui. Alors, il y a, en même temps que ces deux usines de liquefaction qui ont été attaquées,
06:38deux trains qui appartenaient en partie à ExxonMobil et à Qatar Énergie,
06:42il y a eu un, on appelle ça des trains, deux GTL et d'hélium aussi, par Shell.
06:49Mais l'hélium est un by-product, un produit associé aussi.
06:55Et donc, ça tend le marché.
06:59Il y a aussi de la production d'hélium maintenant aux Etats-Unis et à d'autres endroits.
07:03Mais c'est vrai qu'il n'y a pas énormément d'endroits dans le monde où on produit de
07:07l'hélium.
07:08Et l'hélium est de plus en plus, on en a besoin pour certaines industries stratégiques.
07:15À la fin, on a l'impression que c'est les Etats-Unis qui gagnent.
07:17C'est-à-dire qu'à la fin, ils vendent plus de GNL, plus d'hélium et plus de pétrole.
07:21Tout à fait.
07:22Et on voit qu'il y a eu pas mal d'inquiétudes en Europe de trop dépendre des Etats-Unis.
07:30Mais au final, il y a peut-être moins de risques.
07:34Quand on regarde les routes, il n'y a pas de choke point.
07:38Il n'y a pas de...
07:39Au niveau de la mer.
07:41Entre les Etats-Unis et l'Europe.
07:42Et au-delà de la rhétorique, pour le moment, les Etats-Unis ont été un exportateur fiable.
07:51Oui, sauf quand ils nous font un peu de pression sur la question des échanges commerciaux
07:54et qu'ils disent qu'ils vont baisser les arrivées de GNL si on ne signe pas rapidement.
07:59Mais on en reparlera.
08:00Merci beaucoup d'être venue, Leslie Palti-Guzman, fondatrice d'Energie Vista.
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