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  • il y a 2 jours
Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, était l'invitée de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 20 mai. Elles sont revenues sur la sérénité affichée après deux mois de conflit concernant l'approvisionnement en gaz en Europe, ainsi que sur son rachat d'UK Power Network pour 18 milliards d'euros, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invitée ce matin c'est Catherine Magrégor.
00:04Bonjour, vous êtes la directrice générale d'ENGIE, premier fournisseur d'électricité verte et de gaz naturel en France,
00:10acteur majeur évidemment de la transition énergétique en Europe. On va commencer avec l'actualité internationale.
00:16Vous êtes depuis deux mois plutôt sereine sur les questions d'approvisionnement de gaz en Europe.
00:20Au bout de deux mois de conflit, vous ne voyez pas de questions de rupture d'approvisionnement,
00:26mais est-ce que vous voyez des prix monter dans les prochains mois ?
00:29Alors, peut-être remettre le sujet en perspective.
00:36Donc évidemment la crise au Moyen-Orient a des enjeux et des impacts majeurs, des impacts évidemment humains,
00:41des impacts sur un certain nombre de produits de matières premières.
00:44Et sur le plan énergétique, c'est effectivement d'abord et avant tout une crise du pétrole et une crise
00:51du gaz naturel liquéfié.
00:54La crise du pétrole a énormément d'impact et je ne vais pas revenir sur les sujets carburants, etc.
00:58Ensuite, quand on regarde le sujet du GNL, du gaz naturel liquéfié, il faut bien le remettre en perspective.
01:05C'est à peu près 20% du marché mondial de GNL qui est concerné par les sujets au Moyen
01:10-Orient, d'abord d'une part.
01:11Et ensuite le GNL, c'est une partie finalement assez petite du marché du gaz mondial.
01:17Donc bien remettre les choses en perspective.
01:18Après, pour l'Europe, le GNL joue un rôle important.
01:22Le GNL est évidemment un marché mondial et donc l'Europe en 2025 reposait quand même beaucoup sur ses approvisionnements
01:28sur le GNL.
01:29Donc effectivement, c'est un sujet très important.
01:31Donc ce que nous avons dit nous et ce que nous continuons à dire, c'est qu'aujourd'hui, le
01:35marché se rééquilibre.
01:37Il se rééquilibre pourquoi ?
01:39Parce que d'abord, il y a ces sujets de diversification, d'approvisionnement que l'Europe a pu faire au
01:45cours de ces dernières années.
01:47D'une part...
01:48Notamment auprès des États-Unis.
01:49Auprès des États-Unis, d'une part, et puis avec d'autres fournisseurs.
01:52Et d'autre part, il y a évidemment une demande qui s'ajuste quand même un petit peu.
01:57Parce que les prix, quand les prix augmentent, vous avez aussi une demande qui baisse.
02:00Avec en particulier en Asie, jusqu'à présent, l'Asie a pu changer un petit peu leur mix énergétique en
02:08s'appuyant malheureusement un peu plus sur le charbon.
02:09Donc il y a eu une certaine elasticité.
02:11Et donc effectivement, aujourd'hui, nous, on n'envisage pas du tout de rupture d'approvisionnement sur le gaz.
02:16En revanche, bien sûr, de la volatilité sur les prix, volatilité qu'on a vu dans une bien moindre mesure
02:22que ce qu'on avait vu en 2022.
02:24Donc on a vu les prix du gaz qui ont augmenté jusqu'à 50.
02:27En ce moment, on est à peu près sur 50 euros du mégawatt-heure.
02:30Donc à surveiller, mais effectivement, aujourd'hui...
02:32Rien à voir entre les deux situations, entre aujourd'hui et en 2022, parce qu'on a diversifié nos approvisionnements.
02:38Parce qu'on a diversifié, et effectivement, donc on est dans une situation différente.
02:41En revanche, encore une fois, on a une certaine attente sur la volatilité des prix qui peuvent réaugmenter un petit
02:46peu.
02:47Mais on est, disons, relativement, en relatif, plus serein que ce qu'on était en 2022.
02:51On a diversifié, mais on est aujourd'hui sur le GNL quand même très dépendant des États-Unis.
02:55Ça, ça ne vous inquiète pas ?
02:56Alors, on a augmenté nos importations des États-Unis.
03:01Aujourd'hui, les États-Unis sont un partenaire fiable en ce qui concerne les exportations de GNL.
03:07Il faut bien regarder le prix du gaz naturel aux États-Unis, qui est, lui, plutôt très bas.
03:12Et donc, ce qui nous rend assez confiants sur la capacité des États-Unis à continuer à exporter,
03:17puisqu'ils ont suffisamment de gaz naturel.
03:19Mais il faut bien surveiller que, effectivement, le prix du gaz naturel aux États-Unis est un indicateur important
03:25pour s'assurer que nous continuons à avoir ces approvisionnements qui nous viennent des États-Unis et d'autres.
03:30Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que nous, chez Engie, par exemple,
03:33on se repose sur le gaz naturel liquéfié à hauteur d'environ 20 %.
03:37Donc, ça a augmenté.
03:38Et puis, on a les États-Unis, on a d'autres partenaires, l'Algérie, par exemple, de qui on importe.
03:43Et sinon, on importe également beaucoup encore de gaz via les gazoducs de producteurs européens.
03:49Les Anglais, les Norvégiens, les Hollandais, par exemple, sont des fournisseurs importants pour le portefeuille d'Engie.
03:56La clé, c'est la diversification.
03:58Et pardon, je vais quand même aussi parler du biométhane.
04:01Le biométhane, c'est du gaz.
04:04C'est du gaz qui est produit localement, en France, sur nos territoires.
04:09Et donc, développer au maximum le potentiel du biométhane.
04:12C'est de la souveraineté énergétique.
04:13Exactement.
04:14C'est absolument critique.
04:15Et s'il y a un message, moi, que je voudrais passer aujourd'hui.
04:17C'est accéléré sur le biométhane.
04:18C'est accéléré sur le biométhane.
04:20Il y a des mécanismes régulatoires dont on a besoin.
04:23Le gouvernement travaille dessus.
04:25Il y a une consultation qui est en cours.
04:26Je ne peux qu'encourager le gouvernement à continuer dans cette voie.
04:30Les agriculteurs ont besoin de visibilité pour s'engager sur les projets de biométhane.
04:36Et je vous rappelle, le biométhane, c'est la même molécule que le gaz naturel.
04:39Et qu'est-ce que le biométhane produit en même temps ?
04:43C'est des engrais.
04:44Le digesta, qui est un produit secondaire de la production de biométhane.
04:49Donc, double sujet de souveraineté.
04:51Double sujet de souveraineté, avec des engrais qui ne sont pas des engrais chimiques.
04:56Ce sont des engrais presque organiques.
04:59Et surtout, qui sont produits localement et qui sont immunisés par rapport aux prix
05:04qui sont en train d'augmenter des engrais importés.
05:07En un mot, Catherine Magrégor, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps,
05:11inquiétude sur les stocks de gaz, non.
05:12On a des stocks suffisants, on est à 35% et on remplit.
05:14On est en train de remplir les stockages, effectivement.
05:17Alors, on est à des niveaux un petit peu moins élevés que l'année dernière.
05:20Donc, il faut bien qu'on continue de remplir ces stockages.
05:23Aujourd'hui, pas d'inquiétude.
05:24Et on moniteur, évidemment, la situation attentivement.
05:27Dans les grosses opérations, vous venez d'en réaliser une majeure.
05:3012 milliards d'euros en Grande-Bretagne.
05:33Vous avez racheté UK Power Network.
05:36Je ne sais pas si on peut dire que c'est une sorte d'Enedis, un petit peu, là-bas
05:38que vous avez racheté.
05:40C'est quoi l'objectif de cette opération ?
05:42Exactement.
05:43Donc, c'est un actif de distribution d'électricité.
05:46Donc, un Enedis, alors plus petit parce qu'il ne couvre que trois régions en Angleterre.
05:51Mais ça comprend la région de Londres.
05:53Donc, nous sommes désormais distributeurs d'électricité à tous les londoniens.
05:59Donc, un rôle absolument majeur.
06:00Donc, c'est un actif, ce qu'on appelle un actif régulé.
06:03Et c'est complètement en ligne avec la stratégie d'ENGIE qui est de se développer dans l'électrique, bien
06:09sûr,
06:09et également dans les actifs régulés qui vient renforcer ce profil d'utility qu'on aime bien chez ENGIE,
06:15qu'on assume complètement.
06:17Et donc, très, très important, très en ligne avec la stratégie du groupe de s'électrifier.
06:22En Belgique, vous avez vendu vos activités dans le nucléaire au gouvernement belge.
06:27Quand on voit qu'on accélère dans le nucléaire en Europe,
06:30est-ce que ce n'est pas à contre-courant de ce qui se fait aujourd'hui ?
06:34Alors, on n'a pas encore vendu.
06:36Il y a un projet qui est en discussion et donc la route est longue.
06:40Et on va voir si, effectivement, on arrive à mener à bien ce projet.
06:44Donc, encore une fois, là, on est très en ligne avec notre stratégie
06:47qui était de dire que le fait nucléaire aujourd'hui est un fait qui nous paraît plus un fait national,
06:55un fait étatique, simplement parce que les projets d'investissement dans le nucléaire
06:59sont des projets qui sont très longs, très complexes,
07:02avec beaucoup d'incertitudes sur le calendrier et sur les risques associés,
07:06notamment autour de la gestion des déchets.
07:09Donc, lorsque le gouvernement, il y a quelques années, belge, avait décidé de sortir du nucléaire,
07:13nous avions pris cette décision, effectivement, d'arrêter tout nouveau investissement dans le nucléaire.
07:18Aujourd'hui, nous accompagnons le gouvernement belge,
07:21à la fois dans ses décisions de sortie du nucléaire, lorsqu'elles ont été prises à l'époque,
07:25et ensuite de vouloir prolonger deux nouvelles centrales.
07:29Donc, ça, c'est l'accord aujourd'hui qui est en œuvre, que nous mettons en œuvre aujourd'hui.
07:33C'est de prolonger deux centrales sur les sept que nous opérons.
07:37Et puis, là, tout récemment, une nouvelle demande du gouvernement belge,
07:40qui, effectivement, s'est dit intéressé à reprendre l'ensemble des activités nucléaires,
07:46donc celles que nous opérons, celles que nous démantelons,
07:49pour s'assurer, finalement, un futur dans le long terme sur le nucléaire,
07:54sujet sur lequel nous n'étions pas intéressés.
07:55Donc, finalement, un accord, si on arrive à le trouver,
07:59qui est, encore une fois, cohérent avec, à la fois, notre stratégie,
08:01et puis la nouvelle stratégie du gouvernement belge.
08:04On voit bien, quand même, que ces sujets énergétiques doivent absolument s'inscrire dans le long terme,
08:10qu'il ne faut pas faire du stop and go, s'arrêter, que c'est très compliqué.
08:14Donc, aujourd'hui, on va...
08:16Alors, justement, vous dites qu'il ne faut pas faire du stop and go sur les politiques énergétiques.
08:20Quand vous voyez, aujourd'hui, des partis en France, comme le Rassemblement National,
08:23avec lequel vous avez discuté, parce que vous étiez au dîner des patrons et du Rassemblement National,
08:28il y a quelques semaines, quand vous entendez qu'ils veulent faire un moratoire sur le renouvelable,
08:33qu'ils veulent même démanteler certains parcs éoliens,
08:37qu'est-ce que vous leur répondez ?
08:39Quel argumentaire vous mettez en avant ?
08:40Est-ce que vous êtes écoutés ?
08:42Alors, d'abord, nous, on parle à tous les partis politiques,
08:46et effectivement, un des messages clés, c'est qu'on a besoin de stabilité,
08:50on a besoin de visibilité,
08:51il ne faut pas opposer les énergies les unes aux autres.
08:56On ne va pas pouvoir faire relever l'enjeu de la décarbonation,
09:00de l'électrification avec uniquement le nucléaire.
09:03On le sait très bien, puisque le nouveau nucléaire, important pour la France,
09:06n'arrivera qu'à partir de 2038, je crois.
09:09On va donc avoir besoin de tous les nouveaux moyens de production,
09:13notamment puisqu'on insiste et on pousse sur l'électrification.
09:17Si vous augmentez la demande d'électricité, il faut évidemment accompagner cette hausse de la demande
09:23avec le développement de nouveaux moyens de production.
09:27Or, aujourd'hui, à court terme, seuls les renouvelables électriques peuvent apporter cette solution.
09:33Donc ça, c'est vraiment un point très important.
09:35On n'a pas le luxe, aujourd'hui, de dire
09:37« Ah ben moi, c'est telle une technologie, je ne vais faire que cette technologie ».
09:40Non, il faut équilibrer le mix électrique
09:43et évidemment accompagner cette électrification
09:46et ces nouveaux moyens de production électriques
09:48avec, bien sûr, la décarbonation du gaz.
09:51Et là, j'insiste encore, le gaz vert, le biométhane.
09:54Mais vous lui avez dit tout ça à Marine Le Pen ?
09:56Alors, nous, on dit ça à tout le monde.
09:57Oui.
09:57Voilà, on dit ça à tout le monde.
09:58Mais ils ne sont pas tous anti-renouvelables.
09:59C'est-à-dire qu'il y a un parti en France qui l'est particulièrement.
10:04Le moratoire qui a été discuté début juillet
10:06n'a pas été porté uniquement par un parti.
10:09Ce qui était intéressant, c'est qu'il y avait eu un certain succès
10:11derrière cette idée qui nous a paru absolument mauvaise.
10:15Et en même temps, en regard de cette mauvaise idée,
10:17il y a eu aussi une très forte mobilisation, pareil,
10:21de plusieurs...
10:22C'était même pas une mobilisation politique, j'allais dire,
10:24de plusieurs institutions, corps sociaux,
10:28les agriculteurs qui ont dit, mais enfin, on ne peut pas aujourd'hui dire
10:32qu'on va arrêter le développement de nouveaux moyens de production.
10:36On ne peut pas faire une politique énergétique en stop and go.
10:39On ne peut pas, puisqu'on a besoin de développer des nouvelles filières.
10:42Et ça, ce n'est pas bon.
10:43Et encore une fois, je reviens sur les discussions que j'ai eues hier.
10:46J'étais en visite dans la Somme.
10:47J'ai discuté avec des agriculteurs qui sont très impliqués sur le biométhane.
10:50La chose numéro une qu'il nous demande, et qu'il demande au gouvernement,
10:53c'est donner-nous la visibilité.
10:55On a besoin de visibilité.
10:57Visibilité, c'est stabilité.
10:58On ne peut pas changer la politique énergétique.
11:02Voilà, tous les ans, on a besoin de stabilité.
11:04C'est très important.
11:05Dernier point, Catherine Magrégor, parce qu'on a largement explosé le timing.
11:09Vous voyez revenir le débat sur la question de surtaxer les profits de Total Energy.
11:14Alors là, vous ne seriez pas dans la même situation,
11:15parce que Total Energy profite de la hausse du cours du pétrole.
11:18C'est spécifique, mais quand vous voyez le débat revenir,
11:20vous avez déjà payé, vous, ce type de taxes dans le passé.
11:24Quel est le message que vous avez envie de faire passer ?
11:27Le message, c'est que les entreprises sont une chance pour la France, pour l'économie.
11:35Nous investissons, nous payons des taxes.
11:38Nous avons des collaborateurs engagés.
11:40Vous avez vu, il y a eu une étude qui est sortie ce matin,
11:42qui montrait à quel point les collaborateurs, les salariés en France sont quand même très engagés.
11:46Ils aiment leurs entreprises.
11:47Les entreprises font travailler un nombre très important de fournisseurs.
11:51Donc, il y a tout un écosystème associé aux grandes entreprises.
11:54Les grandes entreprises sont aujourd'hui assez pénalisées en France.
11:58Donc, il ne faut pas en rajouter.
12:00Il faut protéger et aimer les grandes entreprises en France.
12:03Merci beaucoup Catherine Magrégor d'être venue dans la matinale de l'économie.
12:05Merci.
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