Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 14 minutes
Ce mercredi 1er avril, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l'IRIS, était l'invité de Mathilde Chaminade dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les prix des engrais ainsi que sur la répercussion de cette situation sur l’agriculture mondiale. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Notre invité ce matin c'est Sébastien Abys, directeur du club des métiers et chercheur associé à l'IRIS.
00:04Bonjour Sébastien, on va refaire un petit focus avec vous sur la question des engrais et de ses possibles hausses
00:10de prix à venir sur l'alimentaire,
00:12évidemment en raison de la guerre au Moyen-Orient.
00:14Il faut revenir quand même sur l'augmentation des prix.
00:16Sur l'urée, on a pris 15% les premiers jours.
00:20Là aujourd'hui, on en est où ? On est resté sur ces 15% ou on a continué de
00:23monter ?
00:24Non, sur l'urée, on est plutôt à 50% sur le mois qui vient de s'écouler.
00:28Et puis l'urée a grosso modo doublé de prix par rapport à il y a un an, un an
00:35et demi.
00:36On a des engrais qui étaient structurellement déjà plus chers depuis l'invasion de l'Ukraine à grande échelle
00:43parce qu'en engrais azotés et en urée, vous avez des grands fournisseurs qui sont d'abord des producteurs de
00:50gaz,
00:51donc la Russie pour bien la nommer.
00:53Et c'est vrai que depuis un mois, ce conflit en Iran intensifie le prix des engrais
00:57parce que l'Iran est un grand producteur exportateur d'engrais azotés,
01:00le Qatar également fournisseur de gaz.
01:03Et donc nous avons, avec la fermeture du détroit d'Hormuz,
01:06des problématiques à la fois logistiques et de renchérissement de prix
01:09de manière similaire et concomitante avec l'évolution du prix du pétrole
01:14qui a tendance quand même à tirer à la hausse beaucoup d'autres matières premières et ces questions-là.
01:19On était hier avec la FNSEA qui disait, oui mais c'est scandaleux, on a délocalisé,
01:24on a envoyé notre production d'engrais dans d'autres pays, donc maintenant on n'a plus que nos yeux
01:27pour pleurer.
01:28On n'est pas en capacité aujourd'hui d'avoir une production d'engrais en Europe ?
01:32On a une double problématique, on a à la fois une dépendance à la ressource en tant que telle,
01:36et donc on importe des matières premières, on importe des engrais,
01:40puis on a des usines de fabrication d'engrais parfois sur le sol européen et français.
01:44Ces usines ont tendance à être de moins en moins nombreuses parce que les coûts de production
01:48et les normes aussi qui s'empilent au niveau européen et français font que ces sites industriels
01:54qui sont des sites sensibles aussi, parce que souvent classer Céveso ça peut être problématique,
02:00donc il faut pouvoir les gérer.
02:01On a une acceptabilité qui tend à être difficile, et puis vraiment encore une fois avoir des industries
02:06aujourd'hui sur le sol européen, on sait que c'est difficile parce qu'un certain nombre de paramètres
02:11économiques et fiscaux dissuadent parfois les investisseurs, et donc on a des zones de production
02:19qui parfois nous fournissent des matières premières, mais nous n'avons pas les possibilités
02:23de les retravailler sur le sol européen.
02:24J'entends quand même dans ce que vous dites Sébastien qu'il y a un côté quand même pollution
02:27qu'on a extériorisé, que c'est compliqué de faire des engrais et qu'on préfère le faire ailleurs.
02:32Oui c'est un peu ça, et puis quand on a une dépendance en engrais azoté et en gaz,
02:36on sait qu'on dépend en fait mécaniquement soit de la Russie, soit du Golfe, soit des Etats-Unis.
02:41Pour faire simple, les Etats-Unis n'ont jamais vendu autant de gaz et d'engrais azotés
02:45non plus à l'Union Européenne depuis quatre ans, donc ça il faut le souligner.
02:48Donc on a des dépendances structurelles, mais qui peuvent s'intensifier dans un monde
02:52où logistiquement on sent quand même que depuis le Covid, on a des années de plus en plus difficiles,
02:57un commerce qui s'arsenalise par certaines puissances, et puis un renchérissement des coûts,
03:02ce qui fait que quand on n'a pas les ressources à domicile, et qu'on n'a pas non
03:05plus les outils
03:06de stockage ou de traitement industriel de ces ressources ensuite sur le sol européen,
03:11vous êtes encore plus dépendant d'une fourniture du produit fini qu'il faut acheter au prix fort
03:16sur la scène internationale.
03:17Mathilde.
03:18Si le détroit d'Hormuz était rouvert aujourd'hui, les conséquences de ces perturbations sur les engrais
03:24seraient encore répercutées sur l'économie et sur l'agriculture mondiale pendant des mois à venir ?
03:30Oui, c'est toujours la question de l'effet durable d'une inflation, soit énergétique, soit prise des engrais,
03:38soit prise des semences, qui font que quand les agriculteurs du monde entier ont besoin de ces intrants agricoles
03:43pour préparer leurs semis, préparer leurs cultures, développer leur itinéraire technique,
03:50les récoltes se font plusieurs mois plus tard.
03:52Et donc si les conditions de départ ne sont pas bonnes, parce qu'on va moins utiliser d'engrais,
03:56donc on va faire peut-être moins de volume, on va faire moins de qualité,
04:00on a besoin d'engrais azotés pour faire de la protéine, par exemple, dans les produits céréaliers.
04:04Vous pouvez avoir des conséquences sur les récoltes plutôt de l'année prochaine,
04:07et donc sur le consommateur, des conséquences qui viendront plutôt d'ici un à deux ans.
04:12Et le prix très fort des engrais aujourd'hui, par exemple, en Europe,
04:16dit soit des agriculteurs de poursuivre leur travail agricole,
04:21et on sait qu'on a des cultures comme le blé, ça fait 3-4 ans qu'aujourd'hui en
04:25France,
04:25pour produire du blé, on perd de l'argent, parce que les coûts de production ont fortement augmenté,
04:31et le prix des céréales est aujourd'hui en dessous des coûts de production,
04:36ce qui fait qu'en France aujourd'hui, incroyable paradoxe, grande nation productrice de blé,
04:41on fait partie de ces pays aussi qui exportent du blé parce que c'est un produit très consommé dans
04:45le monde,
04:46ça fait 3-4 ans que les producteurs de blé en France perdent de l'argent à faire leur travail,
04:50ce qui est quand même quelque chose sur lequel nous devons attirer l'attention.
04:53Mais sur la question du prix, si je comprends bien, la question des engrais, ça poussera les prix dans deux
04:58ans,
04:58alors que la question de l'essence et du gaz, elle, elle va pousser les prix là, dans les prochains
05:03mois,
05:03donc ça fait une espèce de double vague d'inflation.
05:05Oui, et d'ailleurs l'inflation alimentaire, elle est déjà là, on va avoir des coûts qui...
05:10On ne parle pas dans deux ans, il y a une partie du monde qui est déjà en inflation alimentaire,
05:14encore une fois, parce qu'entre Covid, Ukraine, tout ça cascade dans le temps.
05:17Mais nous, c'était redescendu chez nous en Europe.
05:19C'était un peu redescendu parce qu'on a été moins haut non plus dans les pics inflationnistes par rapport
05:23à certains pays.
05:24En revanche, on a des effets cette année qui doivent être regardés mécaniquement et de manière combinatoire.
05:30On a aussi un phénomène El Niño qui risque d'être là, assez intense.
05:34Donc climatiquement, 2026, on peut avoir une année difficile.
05:38Et encore une fois, tout ça se fera sentir progressivement dans les semaines et mois qui viennent,
05:43mais aussi sur 2027.
05:44D'où l'inquiétude aussi des agences internationales.
05:47Parce que climatiquement, on va avoir 26, une année compliquée.
05:51On a la guerre en Ukraine qui n'est pas terminée.
05:54On a ce qui se passe dans le golfe Persique.
05:56Les problématiques logistiques et énergétiques.
05:58Et vous rajoutez un autre point dont on parle assez peu.
06:01C'est la réduction assez importante de l'aide internationale humanitaire au plan alimentaire.
06:07Le programme alimentaire mondial a ses budgets qui ont été divisés par deux.
06:10Parce que les États-Unis étaient un grand contributeur.
06:12Et l'administration Trump a décidé de couper un peu dans l'aide internationale multilatérale.
06:17Ce qui fait que pour certains pays d'Asie et certains pays africains,
06:21toute cette combinaison de choc sera évidemment ressentie violemment.
06:25Mathilde.
06:25Et quelles seront les cultures qui vont être les plus impactées par tous ces dérèglements ?
06:31Les céréales, encore une fois, parce que quand on parle de l'agriculture mondiale,
06:35il faut toujours rappeler que les céréales, c'est la moitié des surfaces cultivées dans le monde
06:38et la moitié des produits alimentaires qu'on consomme sur la planète.
06:40Donc évidemment, vigilance sur blé, riz, qui sont les céréales humaines très consommées.
06:45Après, vous pouvez avoir des distorsions aussi par la logistique.
06:49Je lisais hier que le Brésil est très préoccupé.
06:52Il envoie une partie de ses poulets, grands exportateurs mondiaux de poulets.
06:55Les poulets brésiliens, très prisés dans le golfe Persique.
06:59On mange beaucoup de viande blanche.
07:01Parce qu'il n'y a pas de problème religieux, parce que c'est un peu moins cher.
07:04Pour les entrants, c'est compliqué.
07:05Évidemment, le poulet brésilien prend la mer.
07:07Il ne prend pas l'avion.
07:09Et le poulet brésilien, aujourd'hui, il ne rentre pas dans le golfe Persique.
07:12Et donc, on a un Brésil qui se dit,
07:13qu'est-ce que je vais faire de toutes ces exportations de poulets ?
07:16Et donc, il regarde le marché européen,
07:18puisqu'en plus, on a signé un accord de libre-échange
07:20en cours avec les pays du Mercosur.
07:22Merci beaucoup Sébastien Abyss d'être venu ce matin dans la Matinat de l'économie.
Commentaires

Recommandations