00:00Et ce matin c'est François Cazor, président et cofondateur de Kepler, qui est avec nous dans la matinale de
00:05l'économie,
00:06entreprise fournisseur de données en temps réel sur les marchés des matières premières.
00:11Merci d'être en direct avec nous François Cazor.
00:14Première question, le détroit d'Hormuz, épicentre du risque énergétique mondial en ce moment,
00:19ça fait six semaines qu'il est bloqué, contrôlé par les gardiens de la révolution et les Etats-Unis.
00:24On suit quotidiennement ce statu quo grâce à vos cartes en temps réel.
00:29Est-ce que déjà, pour avoir une idée, vous savez combien de personnes vous suivent, en ce moment, vos cartes
00:36dans le monde ?
00:37Bonjour, merci. Écoutez, on a plusieurs millions de visiteurs chaque heure sur Marine Trafic, un site ouvert.
00:45Et après on a plusieurs applications qui sont sous souscription et pour lesquelles on a les professionnels du marché qui
00:51regardent ça tous les jours.
00:52Mais il y a beaucoup de gens qui sont obsédés par les bateaux en ce moment.
00:55Oui, qui sont vos clients concrètement ? Parce que finalement, le spectre est assez large.
01:01Oui, écoutez, on a commencé cette entreprise, on l'a créée il y a 12 ans.
01:07Initialement, c'était vraiment pour donner de la transparence à des marchés qui étaient opaques.
01:11Donc le shipping, les matières premières, tout ce dont on voit depuis six semaines en permanence à la télévision.
01:18Et donc initialement, on a offert ça aux clients, aux marchés qu'on suit.
01:22C'est-à-dire que c'est les pétroliers, c'est les maisons de trading,
01:26c'est les banques qui vont financer les cargaisons, qui vont financer les bateaux,
01:29qui regardaient ce qui se passait sur ce marché et qui ont souscrit à Kepler.
01:32Et puis progressivement, ça a étendu un nombre de contreparties différentes.
01:38Maintenant, on travaille pour des gouvernements, on travaille pour des ministères,
01:42on travaille pour des entreprises de grande consommation
01:46qui ont besoin d'utiliser les lignes de shipping pour envoyer les containers un peu partout dans le monde
01:51et qui ont besoin de suivre un peu leurs actifs.
01:54Tout ça, c'est une agrégation de plein plein de données finalement que vous arrivez à récolter,
01:58les routes qui sont empruntées, les positions satellites, les chargements des bateaux.
02:03C'est absolument passionnant.
02:04Alors habituellement, il y a 120 navires qui empruntent ce détroit d'Hormuz tous les jours.
02:09Aujourd'hui, il y en a très peu.
02:11Ces données, en ce moment, ça a un impact direct sur les décisions des propriétaires de ces bateaux,
02:16sur les décisions des États aussi, sur les stratégies.
02:20Ça va presque redessiner les routes maritimes mondiales.
02:24Oui, là, je pense qu'il faut bien comprendre, c'est que tout le monde est obsédé par
02:29est-ce que les bateaux sont passés, est-ce que le détroit est ouvert ou pas.
02:33Mais à la fin, on parle d'un marché qui reçoit un choc qui est du jamais vu.
02:40Et finalement, même si le détroit réouvre et que les bateaux se remettent à passer,
02:45donc en temps normal, c'est à peu près 100 à 130 tankers qui passent,
02:48donc qu'à ce soit du gaz ou du pétrole par jour,
02:51là, même si ça réouvre, derrière, vous avez l'intégralité des installations du marché
02:56qui sont endommagées ou parfois détruites.
02:59Donc de toute façon, la capacité de production derrière, elle est entamée.
03:03Et donc on ne va pas revenir à la normale avant longtemps,
03:06même si c'est une résolution du conflit et de l'ouverture du détroit qui arrive bientôt.
03:11On l'a dit, le monde est rivé sur vos données, sur vos cartes en temps réel.
03:16Le monde, tous les États, dont l'Iran notamment,
03:19qui est important évidemment dans ce conflit au Moyen-Orient,
03:22est-ce que vous considérez que vous avez, d'une certaine partie,
03:24vous faites partie des données de ce conflit, d'une certaine façon ?
03:29Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'une des sources de données principales pour nous,
03:33c'est un réseau propriétaire d'antennes qu'on a implanter partout dans le monde
03:37et qui récupère les signaux des bateaux.
03:40Donc en fait, chaque bateau émet un signal qui dit où il est, où il va, et sa vitesse, etc.
03:45C'est un signal qui est émis comme le signal radio ou télévision.
03:50Donc avoir un émetteur, ça vous permet d'écouter ce que quelqu'un est en train de dire,
03:56mais ça ne fait pas de vous le propriétaire de cette information.
03:58Donc on est clairement le plus grand réseau sur Terre pour récupérer ces informations,
04:03mais c'est encore des informations qui sont des zones publiques.
04:07Et c'est vrai qu'on va dire pour la sphère privée, on est clairement le leader.
04:12Maintenant, il y a des réseaux gouvernementaux qui existent aussi.
04:15Donc je pense qu'on est la source la plus visible.
04:17On a beaucoup de visibilité sur Internet, mais il y en a d'autres.
04:21J'imagine qu'il y a des bateaux, des flux qui ne veulent pas être suivis.
04:26Quelle part ça représente dans la masse de données que vous avez
04:29et des bateaux que vous suivez, par exemple ?
04:31Et qu'est-ce qui bloque, qu'est-ce qui fait qu'il y a un bateau qu'on n
04:35'arrive pas à suivre ?
04:36Alors, il y a des bateaux militaires déjà qui n'émettent pas et qui ne sont pas censés être suivis.
04:42Après, on a ce qu'on a appelé pendant longtemps la flotte fantôme.
04:46Donc avant le conflit, c'était essentiellement tous les bateaux qui sont sanctionnés,
04:49toutes les cargaisons qui sont sanctionnées, que ce soit l'Iran, le Venezuela, la Russie.
04:53Et là, c'est 1 000 à 2 000 bateaux qui essentiellement coupent tous leurs transpondeurs,
04:59n'émettent rien et essaient d'être invisibles.
05:02Et maintenant, c'est plus en fait, parce qu'il y a des bateaux qui sont totalement clean,
05:08on va dire, qui n'ont rien fait de mal, qui cachent aussi leur position
05:11pour essayer de ne pas être visibles peut-être du régime iranien
05:15ou des potentiels opérateurs de drones.
05:18Donc on a beaucoup plus de travail maintenant encore
05:20parce qu'il y a une plus grande partie de la flotte qui essaie de se cacher.
05:23Vos données ont été particulièrement scrutées pendant les crises.
05:27Alors il y a eu le Covid avec le chaos que ça a causé dans le commerce mondial,
05:30le blocage du canal de Suez et puis cette crise aujourd'hui.
05:34Qu'est-ce que l'entreprise tire à chaque fois de ces crises en termes d'innovation,
05:39en termes d'amélioration des outils que vous utilisez ?
05:43Je pense que ce qu'il faut voir, c'est que c'est un nouveau type de risque
05:47qui émerge dans l'économie mondiale.
05:51Jusqu'ici, on a le risque crédit, le risque de contrepartie,
05:54le risque que le prix change de ce qu'on achète.
05:57Et je crois que les entreprises privées, les gouvernements
06:01sont en train de se rendre compte que ce qu'on appelle la globalisation,
06:04c'est en fait quelque chose d'assez fragile
06:06et qui peut impacter énormément d'entreprises,
06:09pas du tout uniquement les pétroliers ou les entreprises du secteur énergie ou logistique.
06:13Mais en fait, l'intégralité de l'économie repose sur une suite de lignes maritimes.
06:1990% des marchandises sont les dans le monde, c'est par voie maritime.
06:23Et donc, ce qu'on voit au sein de Kepler, c'est de plus en plus d'entreprises dans le
06:28monde
06:28et d'organismes publics aussi qui réalisent que c'est un risque majeur qu'il faut monitorer.
06:35Au même titre que vous avez pendant longtemps regardé le prix des actions,
06:39le prix des taux, le niveau de l'inflation,
06:41je pense qu'il va falloir se faire à l'idée qu'il va falloir suivre
06:47vraiment la qualité et l'état de santé de la chaîne d'approvisionnement.
06:52Merci François Cazor d'avoir été avec nous ce matin dans la matinale de l'économie,
06:56président et cofondateur de Kepler.
06:59Merci François Cazor.
06:59Merci.
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