00:04Le résultat de cette élection est douloureux pour nous, mais il est sans équivoque.
00:08La responsabilité de gouverner ne nous a pas été confiée.
00:11Nous ne savons pas ce que ce résultat électoral signifie pour le destin de notre nation,
00:16ni ce qu'il veut dire profondément.
00:18Seul le temps nous le dira, mais quelle que soit l'issue,
00:21nous continuerons à servir notre pays et la nation hongroise depuis l'opposition.
00:30Peter Orban qui reconnaît ça de fait cette nuit, c'est donc Peter Maguire qui sera le prochain Premier ministre
00:35hongrois.
00:36On en parle avec Benjamin Couteau.
00:37Bonjour, vous êtes chercheur au centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors.
00:42Victoire écrasante, on peut dire ça ce matin ?
00:44Oui, je crois que c'est effectivement le cas.
00:46C'est quelque chose que beaucoup en Europe espéraient, mais qui était quand même des scénarios les plus improbables.
00:51Et là, on a la super majorité, la fameuse majorité de plus de 133 sièges.
00:55Je crois qu'au dernier résultat, à 99% des bulletins dépouillés, on est à 138 sièges.
01:00C'est quand même une victoire qui donne les mains libres à Peter Maguire,
01:03plus que ce qu'on en parlait avant, la Commission européenne aurait pu rêver.
01:0770% des votes à Budapest, c'est énorme.
01:11C'était quelque chose qu'on pouvait attendre à Budapest,
01:15parce que ça reste la capitale et ça reste un bastion pro-européen quand même en Hongrie,
01:20mais surtout dans les campagnes.
01:21On voit que l'auto de participation était record.
01:23C'est une défaite qui est d'autant plus écrasante qu'elle est validée par une participation qui n'a
01:27jamais été vue en Hongrie.
01:29Donc, on voit qu'il y avait quand même, globalement, une vague dégagiste,
01:33puisque le terme est un peu à la mode dans d'autres contextes politiques,
01:35une vague dégagiste anti-urbane qui était majoritaire dans tout le pays.
01:39Et vous, vous dites pro-européen.
01:41Vous dites, ce sont ses premières paroles, vraiment,
01:44il y a un engagement européen où il y a une sorte d'opportunisme pour récupérer des subventions,
01:49pour avoir plus d'influence.
01:50Il y a une vraie vision pro-européenne chez Maguire ?
01:53Alors, je disais que Budapest était un bastion pro-européen.
01:55Ça reste une capitale, et comme dans beaucoup de pays,
01:58il y a une vraie différence entre les capitales et les autres.
02:00On se ressemble entre capitales, mais dans les pays, c'est plus compliqué.
02:03Mais par contre, est-ce que Peter Maia a fait un programme basé sur l'apaisement
02:09avec le relation avec l'Union européenne ?
02:11Absolument.
02:11L'Union européenne et l'OTAN.
02:12Je pense que c'est un pro-européen convaincu qui a des positions divergentes.
02:16On le voit, en fait, quand on est au sein de l'Union européenne,
02:18le but, c'est d'arriver à bâtir des politiques en commun.
02:21Donc, on peut ne pas être d'accord sur les politiques,
02:23mais on peut être d'accord sur le fait qu'on veut les faire ensemble.
02:25Et ce que fait Peter Maia, c'est dire,
02:27je vais arrêter de jouer le jeu du veto qui a toujours joué Viktor Orban.
02:30La Hongrie ne va plus être le paria au sein de l'Union européenne.
02:32La Hongrie va être un élément moteur dorénavant,
02:35sans accepter des compromis.
02:41Elle n'acceptera pas tout, mais en tout cas,
02:43ce n'est pas le veto systématique.
02:43Sans accepter des compromis qui n'iraient pas dans le sens des intérêts hongrois.
02:48Annalisa ?
02:48En revanche, sur les questions sociales, sociétales,
02:50on voit que Peter Maia a gardé le silence.
02:52C'était une manière aussi d'éviter la confrontation directe avec Viktor Orban.
02:56Mais quelle est sa position réellement ?
02:58Il a gardé le silence, plus ou moins, sur l'immigration.
03:01C'est très bien qu'il a des positions au moins aussi dures que Viktor Orban.
03:05Après, quel est son programme politique ?
03:07Déjà, il faut voir quelle est son origine politique.
03:09C'est le Fidesse, c'est le parti de Viktor Orban.
03:10Il a fait partie du parti de Viktor Orban pendant 22 ans, si je ne me trompe pas.
03:14Donc, on sait très bien que sa plateforme politique,
03:16au-delà de la lutte contre la corruption
03:18et du démantèlement du système Orban,
03:21qui ne l'a pas convaincu,
03:23au-delà de ça, il a quand même une plateforme
03:25qui ressemble beaucoup à l'idéologie du Fidesse
03:28et à l'identité de cet électorat historiquement fidèle au Fidesse.
03:33Qu'est-ce qui reste du mandat de Viktor Orban ?
03:36Il y avait un tweet intéressant de Jordan Bardella ce matin
03:38qui se disait triste que Viktor Orban est perdu.
03:41Et il parle de la politique de la natalité
03:44en disant que Viktor Orban était celui qui a permis
03:47de protéger la natalité hongroise.
03:50Si on regarde les chiffres qui sont sortis il y a quelques jours,
03:54je n'ai plus les chiffres récemment en tête,
03:56mais je crois que les chiffres de la natalité hongroise
03:57sont parmi les pires de ces dernières années.
03:59Donc, cette politique nataliste n'a pas fonctionné, premièrement.
04:02Ce qui restera de Viktor Orban, c'est peut-être cette fameuse théorie illibérale,
04:06c'est cette doctrine qui a préfiguré le trumpisme,
04:09qui l'a développée et qui a ensuite irrigué
04:12toutes les extrêmes droites européennes.
04:13Marine Le Pen le disait quand elle était à Budapest le 23 mars,
04:16en soutien à Viktor Orban, justement.
04:18Elle disait Viktor Orban, je la cite,
04:20je crois que c'était les mots qu'elle utilisait,
04:21c'était un visionnaire et un pionnier.
04:23Donc, visionnaire sur la méthode,
04:25pionnier sur l'action au sein des institutions européennes,
04:29et c'est ça qui va rester et qui, encore une fois,
04:32je disais, a inspiré les extrêmes droites européennes.
04:34Ensuite, bien sûr, il y avait des divergences
04:35et on voit que l'arrivée de Donald Trump,
04:37le retour, pardon, de Donald Trump au pouvoir,
04:39divise, fracture les extrêmes droites européennes.
04:42Il y a trois groupes d'extrêmes droites au Parlement européen,
04:44donc on voit bien qu'ils ne se rejoignent pas surtout.
04:46Mais en tout cas, pour ce qui concerne Viktor Orban,
04:48c'est ça qu'il avait insufflé aux institutions européennes,
04:51et il faut rappeler aussi que Marine Le Pen, Jordan Bardella
04:54font partie du même groupe que Viktor Orban
04:56au sein du Parlement européen.
04:58Annalisa ?
04:59On a parlé de démographie.
05:01Un autre axe de la politique de Viktor Orban,
05:02c'était sa proximité avec le Kremlin.
05:05Quelle est la position de Peter Maguire sur ce point ?
05:07Sur ce point, elle est très claire.
05:09Je le répète, position pro-EUE, anti-OTAN,
05:12et l'idée, c'est de démanteler justement
05:14tout ce que Viktor Orban avait fait de cet État
05:18qui, en 2004, à l'époque où la Hongrie rejoint l'Union Européenne,
05:21était un État modèle en réalité sur la voie de l'intégration européenne.
05:24Donc ce que va faire Peter Maguire,
05:26c'est démanteler tout ce qui a été fait par Viktor Orban,
05:29tout ce système corrompu, clientéliste,
05:31y compris les réseaux du Kremlin
05:34qui sont implantables à Budapest,
05:35je pense aux services secrets notamment.
05:37Et donc, Peter Maguire...
05:38Il y a des hauts fonctionnaires et des annonces de limogèges,
05:41en fait, là, dans les prochains jours.
05:43C'est-à-dire qu'il y a des gens qu'il faut faire partir, là, concrètement.
05:46C'est concrètement l'idée.
05:47Parce qu'on sait très bien,
05:48et on a vu les révélations qui sont sorties ce dernier jour,
05:50que la diplomatie hongroise au plus haut niveau,
05:53jusqu'au ministre des Affaires étrangères,
05:55y compris Viktor Orban,
05:56avait des appels réguliers avec le Kremlin.
05:58Et donc, c'est sûr et certain qu'il va falloir faire le ménage un peu.
06:01C'est, encore une fois, ce qu'a répété Peter Maguire, pardon.
06:05Mais enjeu économique aussi, derrière.
06:07Il y a cette histoire de subvention européenne qui pourrait être débloquée.
06:10Et puis, si vous rompez les liens avec la Russie,
06:12il va falloir en créer avec d'autres.
06:14Comment vous voyez l'avenir économique ?
06:15Je pense qu'on peut rompre les liens avec la Russie
06:17quand on est au gros aujourd'hui.
06:18Parce que, bien sûr que Viktor Orban a joué sur
06:21le sentiment de dépendance énergétique qu'il a pu créer.
06:25Elle est réelle, cette dépendance énergétique.
06:27Mais les solutions, elles sont là.
06:28Ce qu'a fait Viktor Orban depuis des années,
06:29c'est ne pas accepter les solutions de la Commission européenne.
06:31qui sont des interconnexions avec la Croatie,
06:34qui sont des achats, à travers la Croatie,
06:38pour des achats de gaz naturel liquéfié américain en plus.
06:40Donc, il y a des solutions qui sont là.
06:43Ce qu'a fait Viktor Orban, c'est s'appuyer sur ses liens russes
06:48pour se maintenir au pouvoir et entretenir sa population
06:51dans l'idée que la Russie défendrait les intérêts des Hongrois.
06:54Aujourd'hui, on voit très bien que ce n'est pas le cas.
06:56Peter Maguire n'a aucun problème à dire
06:57« nous, on va complètement rompre ces liens ».
06:59Et on sait très bien qu'aujourd'hui, notre place, elle est au sein de l'Union européenne.
07:01Je dis qu'on va être un élément moteur au sein de l'Union européenne.
07:04Mais justement, quand vous le mettiez sur l'échec politique européen,
07:07ce que vous disiez, il y a trois groupes d'extrême droite au Parlement.
07:09Là, vous le mettez où ?
07:10Mais Peter Maguire, il est à droite.
07:11Il est dans la droite conservatrice traditionnelle,
07:14qui est celle des Républicains, par exemple,
07:15le parti des Républicains en France qu'on retrouve au Parlement européen.
07:18Et il a des positions qui sont assez modérées globalement
07:23sur la construction européenne.
07:25Bien sûr, là, on va voir plus de pourriste avec l'extrême droite.
07:27C'est sa position anti-immigration très tranchée,
07:29mais qui rejoint peut-être celle des Républicains en France,
07:31qui sont parmi l'aile la plus droitière
07:34du Parti populaire européen en Europe.
07:37Merci beaucoup d'être venu ce matin.
07:38Benjamin Couteau, chercheur au Centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors.
07:42Merci beaucoup d'avoir regardé cette vidéo !
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