Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 13 heures
Ce lundi 13 avril, Benjamin Couteau, chercheur au Centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il est revenu sur la défaite de Viktor Orbán aux élections législatives en Hongrie, et les conséquences de la victoire de Péter Magyar pour l'Europe. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:04Le résultat de cette élection est douloureux pour nous, mais il est sans équivoque.
00:08La responsabilité de gouverner ne nous a pas été confiée.
00:11Nous ne savons pas ce que ce résultat électoral signifie pour le destin de notre nation,
00:16ni ce qu'il veut dire profondément.
00:18Seul le temps nous le dira, mais quelle que soit l'issue,
00:21nous continuerons à servir notre pays et la nation hongroise depuis l'opposition.
00:30Peter Orban qui reconnaît ça de fait cette nuit, c'est donc Peter Maguire qui sera le prochain Premier ministre
00:35hongrois.
00:36On en parle avec Benjamin Couteau.
00:37Bonjour, vous êtes chercheur au centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors.
00:42Victoire écrasante, on peut dire ça ce matin ?
00:44Oui, je crois que c'est effectivement le cas.
00:46C'est quelque chose que beaucoup en Europe espéraient, mais qui était quand même des scénarios les plus improbables.
00:51Et là, on a la super majorité, la fameuse majorité de plus de 133 sièges.
00:55Je crois qu'au dernier résultat, à 99% des bulletins dépouillés, on est à 138 sièges.
01:00C'est quand même une victoire qui donne les mains libres à Peter Maguire,
01:03plus que ce qu'on en parlait avant, la Commission européenne aurait pu rêver.
01:0770% des votes à Budapest, c'est énorme.
01:11C'était quelque chose qu'on pouvait attendre à Budapest,
01:15parce que ça reste la capitale et ça reste un bastion pro-européen quand même en Hongrie,
01:20mais surtout dans les campagnes.
01:21On voit que l'auto de participation était record.
01:23C'est une défaite qui est d'autant plus écrasante qu'elle est validée par une participation qui n'a
01:27jamais été vue en Hongrie.
01:29Donc, on voit qu'il y avait quand même, globalement, une vague dégagiste,
01:33puisque le terme est un peu à la mode dans d'autres contextes politiques,
01:35une vague dégagiste anti-urbane qui était majoritaire dans tout le pays.
01:39Et vous, vous dites pro-européen.
01:41Vous dites, ce sont ses premières paroles, vraiment,
01:44il y a un engagement européen où il y a une sorte d'opportunisme pour récupérer des subventions,
01:49pour avoir plus d'influence.
01:50Il y a une vraie vision pro-européenne chez Maguire ?
01:53Alors, je disais que Budapest était un bastion pro-européen.
01:55Ça reste une capitale, et comme dans beaucoup de pays,
01:58il y a une vraie différence entre les capitales et les autres.
02:00On se ressemble entre capitales, mais dans les pays, c'est plus compliqué.
02:03Mais par contre, est-ce que Peter Maia a fait un programme basé sur l'apaisement
02:09avec le relation avec l'Union européenne ?
02:11Absolument.
02:11L'Union européenne et l'OTAN.
02:12Je pense que c'est un pro-européen convaincu qui a des positions divergentes.
02:16On le voit, en fait, quand on est au sein de l'Union européenne,
02:18le but, c'est d'arriver à bâtir des politiques en commun.
02:21Donc, on peut ne pas être d'accord sur les politiques,
02:23mais on peut être d'accord sur le fait qu'on veut les faire ensemble.
02:25Et ce que fait Peter Maia, c'est dire,
02:27je vais arrêter de jouer le jeu du veto qui a toujours joué Viktor Orban.
02:30La Hongrie ne va plus être le paria au sein de l'Union européenne.
02:32La Hongrie va être un élément moteur dorénavant,
02:35sans accepter des compromis.
02:41Elle n'acceptera pas tout, mais en tout cas,
02:43ce n'est pas le veto systématique.
02:43Sans accepter des compromis qui n'iraient pas dans le sens des intérêts hongrois.
02:48Annalisa ?
02:48En revanche, sur les questions sociales, sociétales,
02:50on voit que Peter Maia a gardé le silence.
02:52C'était une manière aussi d'éviter la confrontation directe avec Viktor Orban.
02:56Mais quelle est sa position réellement ?
02:58Il a gardé le silence, plus ou moins, sur l'immigration.
03:01C'est très bien qu'il a des positions au moins aussi dures que Viktor Orban.
03:05Après, quel est son programme politique ?
03:07Déjà, il faut voir quelle est son origine politique.
03:09C'est le Fidesse, c'est le parti de Viktor Orban.
03:10Il a fait partie du parti de Viktor Orban pendant 22 ans, si je ne me trompe pas.
03:14Donc, on sait très bien que sa plateforme politique,
03:16au-delà de la lutte contre la corruption
03:18et du démantèlement du système Orban,
03:21qui ne l'a pas convaincu,
03:23au-delà de ça, il a quand même une plateforme
03:25qui ressemble beaucoup à l'idéologie du Fidesse
03:28et à l'identité de cet électorat historiquement fidèle au Fidesse.
03:33Qu'est-ce qui reste du mandat de Viktor Orban ?
03:36Il y avait un tweet intéressant de Jordan Bardella ce matin
03:38qui se disait triste que Viktor Orban est perdu.
03:41Et il parle de la politique de la natalité
03:44en disant que Viktor Orban était celui qui a permis
03:47de protéger la natalité hongroise.
03:50Si on regarde les chiffres qui sont sortis il y a quelques jours,
03:54je n'ai plus les chiffres récemment en tête,
03:56mais je crois que les chiffres de la natalité hongroise
03:57sont parmi les pires de ces dernières années.
03:59Donc, cette politique nataliste n'a pas fonctionné, premièrement.
04:02Ce qui restera de Viktor Orban, c'est peut-être cette fameuse théorie illibérale,
04:06c'est cette doctrine qui a préfiguré le trumpisme,
04:09qui l'a développée et qui a ensuite irrigué
04:12toutes les extrêmes droites européennes.
04:13Marine Le Pen le disait quand elle était à Budapest le 23 mars,
04:16en soutien à Viktor Orban, justement.
04:18Elle disait Viktor Orban, je la cite,
04:20je crois que c'était les mots qu'elle utilisait,
04:21c'était un visionnaire et un pionnier.
04:23Donc, visionnaire sur la méthode,
04:25pionnier sur l'action au sein des institutions européennes,
04:29et c'est ça qui va rester et qui, encore une fois,
04:32je disais, a inspiré les extrêmes droites européennes.
04:34Ensuite, bien sûr, il y avait des divergences
04:35et on voit que l'arrivée de Donald Trump,
04:37le retour, pardon, de Donald Trump au pouvoir,
04:39divise, fracture les extrêmes droites européennes.
04:42Il y a trois groupes d'extrêmes droites au Parlement européen,
04:44donc on voit bien qu'ils ne se rejoignent pas surtout.
04:46Mais en tout cas, pour ce qui concerne Viktor Orban,
04:48c'est ça qu'il avait insufflé aux institutions européennes,
04:51et il faut rappeler aussi que Marine Le Pen, Jordan Bardella
04:54font partie du même groupe que Viktor Orban
04:56au sein du Parlement européen.
04:58Annalisa ?
04:59On a parlé de démographie.
05:01Un autre axe de la politique de Viktor Orban,
05:02c'était sa proximité avec le Kremlin.
05:05Quelle est la position de Peter Maguire sur ce point ?
05:07Sur ce point, elle est très claire.
05:09Je le répète, position pro-EUE, anti-OTAN,
05:12et l'idée, c'est de démanteler justement
05:14tout ce que Viktor Orban avait fait de cet État
05:18qui, en 2004, à l'époque où la Hongrie rejoint l'Union Européenne,
05:21était un État modèle en réalité sur la voie de l'intégration européenne.
05:24Donc ce que va faire Peter Maguire,
05:26c'est démanteler tout ce qui a été fait par Viktor Orban,
05:29tout ce système corrompu, clientéliste,
05:31y compris les réseaux du Kremlin
05:34qui sont implantables à Budapest,
05:35je pense aux services secrets notamment.
05:37Et donc, Peter Maguire...
05:38Il y a des hauts fonctionnaires et des annonces de limogèges,
05:41en fait, là, dans les prochains jours.
05:43C'est-à-dire qu'il y a des gens qu'il faut faire partir, là, concrètement.
05:46C'est concrètement l'idée.
05:47Parce qu'on sait très bien,
05:48et on a vu les révélations qui sont sorties ce dernier jour,
05:50que la diplomatie hongroise au plus haut niveau,
05:53jusqu'au ministre des Affaires étrangères,
05:55y compris Viktor Orban,
05:56avait des appels réguliers avec le Kremlin.
05:58Et donc, c'est sûr et certain qu'il va falloir faire le ménage un peu.
06:01C'est, encore une fois, ce qu'a répété Peter Maguire, pardon.
06:05Mais enjeu économique aussi, derrière.
06:07Il y a cette histoire de subvention européenne qui pourrait être débloquée.
06:10Et puis, si vous rompez les liens avec la Russie,
06:12il va falloir en créer avec d'autres.
06:14Comment vous voyez l'avenir économique ?
06:15Je pense qu'on peut rompre les liens avec la Russie
06:17quand on est au gros aujourd'hui.
06:18Parce que, bien sûr que Viktor Orban a joué sur
06:21le sentiment de dépendance énergétique qu'il a pu créer.
06:25Elle est réelle, cette dépendance énergétique.
06:27Mais les solutions, elles sont là.
06:28Ce qu'a fait Viktor Orban depuis des années,
06:29c'est ne pas accepter les solutions de la Commission européenne.
06:31qui sont des interconnexions avec la Croatie,
06:34qui sont des achats, à travers la Croatie,
06:38pour des achats de gaz naturel liquéfié américain en plus.
06:40Donc, il y a des solutions qui sont là.
06:43Ce qu'a fait Viktor Orban, c'est s'appuyer sur ses liens russes
06:48pour se maintenir au pouvoir et entretenir sa population
06:51dans l'idée que la Russie défendrait les intérêts des Hongrois.
06:54Aujourd'hui, on voit très bien que ce n'est pas le cas.
06:56Peter Maguire n'a aucun problème à dire
06:57« nous, on va complètement rompre ces liens ».
06:59Et on sait très bien qu'aujourd'hui, notre place, elle est au sein de l'Union européenne.
07:01Je dis qu'on va être un élément moteur au sein de l'Union européenne.
07:04Mais justement, quand vous le mettiez sur l'échec politique européen,
07:07ce que vous disiez, il y a trois groupes d'extrême droite au Parlement.
07:09Là, vous le mettez où ?
07:10Mais Peter Maguire, il est à droite.
07:11Il est dans la droite conservatrice traditionnelle,
07:14qui est celle des Républicains, par exemple,
07:15le parti des Républicains en France qu'on retrouve au Parlement européen.
07:18Et il a des positions qui sont assez modérées globalement
07:23sur la construction européenne.
07:25Bien sûr, là, on va voir plus de pourriste avec l'extrême droite.
07:27C'est sa position anti-immigration très tranchée,
07:29mais qui rejoint peut-être celle des Républicains en France,
07:31qui sont parmi l'aile la plus droitière
07:34du Parti populaire européen en Europe.
07:37Merci beaucoup d'être venu ce matin.
07:38Benjamin Couteau, chercheur au Centre Grande Europe de l'Institut Jacques Delors.
07:42Merci beaucoup d'avoir regardé cette vidéo !
Commentaires

Recommandations