00:01Et pourtant les craintes d'inflation sont là, mais ce matin elle se dissipe, il suffit de regarder le marché
00:05obligataire avec une nette détente sur les taux longs, sur les taux courts, le 10 ans français perd plus de
00:1010 points de base à 3,6%.
00:13Bonjour Paul Chollet, merci de nous accompagner ce matin, vous êtes chef économiste de Crédit Mutuel Arkea, membre du comité
00:19stratégique de BSI Economics.
00:21Bon, à chaud là, comment vous regardez un petit peu cette volatilité et puis dans un instant on reviendra sur
00:24les données d'inflation qui ont été publiées hier en zone euro.
00:28Bonjour Etienne, bonjour à tous.
00:30Eh bien oui, d'abord on peut se montrer ce matin extrêmement ravi évidemment que les marchés corrigent assez massivement
00:35et à la hausse après les annonces hier des présidents iraniens et du président Donald Trump.
00:40Ce soir il doit intervenir dans la presse à 21h devant les américains, donc dans la nuit pour nous, probablement
00:47pour confirmer les propos qu'il a tenu hier qui vont donc faire de l'apaisement.
00:51Mais on est aussi par ailleurs habitué au revirement de Donald Trump et la situation israélienne, je le rappelle, est
00:57un petit peu différente de la volonté américaine et du côté d'Israël.
01:02On souhaite encore massivement en tous les cas chercher à bombarder l'Iran pour aller évidemment le plus loin possible
01:07dans la destruction du régime.
01:09Donc on sent quand même que ce jeu géopolitique pourrait de nouveau connaître un virage à 90 voire 180 degrés
01:17dans les prochaines heures.
01:18Mais pour le moment, ce matin évidemment, le marché reçoit cette excellente nouvelle.
01:22Avec notamment une nette baisse pour les cours du pétrole, que ce soit pour le WTI mais également pour le
01:27baril de Brent, le Brent qui redescend sous les 100 dollars.
01:30Donc ça forcément, c'est une bonne nouvelle pour le marché qui depuis un mois est inquiet sur les conséquences
01:37de ce conflit et sur notamment l'inflation.
01:40Ça tombe bien, hier on a eu des chiffres d'inflation en zone euro.
01:44Forcément, avec les remontées des prix à la pompe, l'inflation a bondi à 2,6% en mois de
01:50mars.
01:51Eh bien oui, l'inflation hier a surpris quelque part par sa vigueur.
01:55Elle a progressé de 0,6 point sur le mois de mars d'après le mois de février.
01:59Donc sur un an, elle progresse de 2,5%.
02:02C'était 1,9 en février.
02:04Et le constat, c'est ce que vous avez dit, c'est que le pétrole et le gaz ont connu
02:09leur plus forte progression historique sur un mois.
02:13Le pétrole hier soir clôturait à 118 dollars le baril.
02:17Donc une progression sur un mois de 63%.
02:19C'est plus que lors de l'invasion de l'Irak au Koweït en septembre 1990.
02:25À l'époque, le pétrole avait progressé de 46%.
02:28Et le gaz, lui, sur le mois de mars, a progressé de 60%.
02:32Donc sans surprise, on a retrouvé ces effets très haussiers dans les prix de l'énergie.
02:39Les prix de l'énergie sur le mois de mars, ils ont progressé de 4,9% sur un an,
02:44alors qu'ils étaient en contraction de 3% en février.
02:49Alors ce qui est intéressant après, c'est de regarder pays par pays.
02:52Et ce qui est très, très remarquable, c'est que 10 États membres de la zone euro ont une progression
02:59des prix supérieurs à 3%.
03:00Les pires d'entre eux, c'est la Croatie et la Lituanie.
03:03Mais on peut aussi citer l'Espagne qui a une progression de ses prix de 3,3%.
03:06Et à l'inverse, on n'a que 3 pays sur les 21 de la zone euro qui ont une
03:11progression des prix inférieurs à 2%.
03:13Et dans ces pays, on trouve l'Italie, la France et Chypre, évidemment, plus petits.
03:18Donc voilà, ce constat, il est évidemment relativement intéressant.
03:22Et par ailleurs, ce qu'il faut regarder, c'est est-ce qu'il y a une transmission,
03:25une diffusion de ces hausses de prix aux autres composantes de l'inflation,
03:28à savoir les biens et les services et l'alimentaire.
03:31En ce qui concerne les biens et les services, eh bien non, c'est presque une bonne surprise.
03:35L'évolution des prix sur un an montre une modération par rapport à la situation de février.
03:40Les prix des biens progressent de 0,5 après 0,7 et le prix des services de 3,2 après
03:453,4 en février.
03:48Néanmoins, aujourd'hui, à partir de ces données,
03:50est-ce que vous vous attendez à une hausse de l'inflation dans les prochaines semaines,
03:55dans le sens où certains industriels vont devoir répercuter les hausses de prix
04:00et ainsi peut-être créer un effet boule de neige ?
04:02Quelles sont vos prévisions aujourd'hui chez Crédit Mutuel Arkea, Paul Chollet ?
04:06Oui, alors nous, nos prévisions, c'est quand même que l'inflation dans les prochains mois
04:10devrait continuer à progresser.
04:12Je le redis, mais cette déclaration de Donald Trump hier soir qui rassure les marchés,
04:17eh bien nous, en tous les cas, dans notre scénario central,
04:20on a plutôt tendance à estimer que le conflit pourrait encore durer avec des allers-retours.
04:25Évidemment, plus le conflit dure et plus l'inflation durablement s'installe dans l'économie.
04:30On n'est pas sur quelque chose de linéaire.
04:32En plus, ce n'est pas parce que le conflit dure un mois de plus que l'inflation va progresser
04:36d'autant en avril qu'en mars.
04:37Au contraire, c'est plutôt des phénomènes dits d'accélération.
04:41Et donc nous, ce qu'on va regarder, eh bien c'est la transmission du coup
04:45de cette envolée des prix de l'énergie vers le reste des composantes.
04:48Et là, on a été très attentifs aux données PMI, les enquêtes qui sont adressées aux directeurs d'achat.
04:54Et du côté de ces enquêtes, ce qui est très important, c'est de voir que les prix payés
05:00par les directeurs d'achat, eh bien, sont déjà en très forte hausse.
05:03Mais par contre, les prix facturés, eux, ne progressent pas encore.
05:07Et ce qui est aussi intéressant, c'est de regarder cette corrélation sur le long terme
05:10entre ces deux variables et aller proche de 100%, cette corrélation.
05:13Donc aujourd'hui, si le conflit venait à durer, eh bien les prix facturés
05:17et dans tous les secteurs d'activité dans les prochains mois
05:20viendraient être impactés positivement par ces hausses de prix payées aujourd'hui.
05:25Et donc l'inflation se transmettrait à l'ensemble de l'économie.
05:30Dernier mot sur la situation aux Etats-Unis.
05:32Hier soir, Nike a publié ses résultats.
05:34Le titre était en baisse de 9% en après-bourse,
05:36avec des ventes qui étaient en deçà des attentes.
05:40Alors, si la consommation tient très bien aux Etats-Unis,
05:42c'est plus compliqué en Europe, mais surtout en Chine.
05:45En tout cas, hier, le groupe dit, malgré la guerre en Iran,
05:48la consommation tient aux Etats-Unis.
05:50Ça, c'est quand même un message important à retenir.
05:52Et quand vous regardez typiquement, je ne sais pas,
05:54la confiance des consommateurs, Paul Chollet,
05:56il y a de quoi se dire une nouvelle fois que,
05:58bah oui, en fait, l'économie américaine est robuste.
06:02Oui, alors là, je ne suis plus partagé sur le chiffre qu'on a eu hier.
06:05Effectivement, les données de consommation,
06:06le conférencement d'hier a surpris légèrement à la hausse,
06:09avec une progression, finalement, de la confiance des ménages
06:13au mois de mars par rapport au mois de février.
06:15Mais après, quand on regarde un peu dans le détail de ces chiffres,
06:19on constate qu'ils ne sont pas si bons.
06:20Les ménages sont restés pessimistes, par exemple,
06:22quant à l'évolution du marché du travail.
06:24Ils anticipent évidemment une inflation plus élevée
06:27au cours des 12 prochains mois.
06:28Je rappelle que le galon d'essence,
06:29encore hier, était dépassé le 4 dollars le galon.
06:33Il a progressé de plus d'un dollar depuis un mois.
06:35Donc ça, ça se retrouve évidemment dans la confiance des ménages
06:38et dans l'inflation anticipée.
06:40Et par ailleurs, certes, les marchés d'action ont fortement rebondi
06:43aux États-Unis dès hier soir,
06:44mais ils s'étaient contractés assez massivement sur le mois de mars.
06:47Et on a des effets richesses qui jouent aussi contre la population,
06:53en partie, la plus aisée aux États-Unis.
06:56Et elles aussi, quand on l'interroge,
06:58elles se montrent moins enclines, d'après les données d'enquête,
07:01à réaliser des achats importants dans les prochains mois.
07:04Donc sur les données de consommation,
07:06vraiment cette donnée hier qui était positive,
07:09je tiens vraiment à la nuancer.
07:11Et quand on regarde par ailleurs l'évolution du marché du travail,
07:14on peut rester inquiet.
07:16Hier, le nombre d'offres d'emploi,
07:18qui est un indicateur de la demande de main d'œuvre,
07:20il a diminué de 358 000 et il s'est établi aujourd'hui à 6,9 millions.
07:25Et les embauches, elles, ont diminué de 498 000 postes sur le mois de mars,
07:31pour s'établir autour de 4,8 millions.
07:33Et ça, c'est le niveau le plus bas depuis mars 2020,
07:36c'était le début du Covid.
07:38Et si vous retirez le Covid, il faut revenir à août 2014.
07:41Donc Jérôme Powell, il doit faire avec ce cocktail,
07:43finalement, où la croissance vraiment ralentit.
07:46Le T4, c'était quand même catastrophique aux Etats-Unis,
07:490,7% de croissance sur un an.
07:52C'est inférieur à la croissance de la zone euro, par exemple,
07:55alors qu'évidemment, la croissance américaine
07:57était bien plus soutenue que la zone euro ces derniers trimestres.
08:00Et donc, pour moi, ces données confirment plutôt
08:02le ralentissement de l'économie américaine.
08:05Mais ce matin, de nouveau, une lueur d'espoir.
08:08Et si les marchés actions venaient à rebondir,
08:09la confiance aux Etats-Unis pourrait rebondir encore plus massivement
08:13qu'en Europe.
08:13On sait que ça va un peu plus vite chez eux.
08:15Merci beaucoup, Paul Schley, de nous avoir accompagné ce matin,
08:17chef économie chez Crédit Mutuel Arkea
08:18et membre du comité stratégique du Think Tank BSI Economy.
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