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  • il y a 3 heures
Ce mardi 3 mars, Paul Chollet, chef économiste chez CM Arkéa et membre du comité stratégique de BSI Economics, a abordé l'économie mondiale menacée par l'escalade en Iran, l'Union européenne tentant de rassurer sur ses stocks de gaz, la remontée des taux obligataires aux États-Unis et en Europe avec la guerre en Iran, ainsi que le MFS ravivant les tensions autour de la dette privée, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04On a tendance à ce conflit qui est en train de rebattre les cartes et de déjouer les stratégies de
00:08marché, les scénarios.
00:09On le voit aujourd'hui sur le CAC 40 qui perd d'un coup 3,5% après une baisse
00:12de plus de 2,5% hier.
00:14Le Nasdaq aussi aujourd'hui en portée, le S&P moins 2,4%.
00:17Paul Chollet est avec nous, chef économiste pour Crédit Mutuel Arkea.
00:20Bonjour Paul, ravi de vous retrouver.
00:22Bonjour Guillaume.
00:23Membre du comité stratégique de Bessie Economics.
00:25On a des cours du pétrole qui s'envolent.
00:2628% de hausse désormais le pétrole depuis le début de l'année.
00:29Là en à peine deux mois, on a Baril de Brent à 84 dollars.
00:32Les cours du gaz européens, incroyable.
00:34En une semaine, les cours du gaz européens ont doublé parce que certaines usines de production de gaz là-bas
00:40dans la région du Golfe sont fermées désormais face aux attaques iraniennes.
00:43La plus grande usine de production de GNL au monde, elle est au Qatar, elle est fermée également.
00:48Et puis on a aussi le fret maritime dont les coûts sont en train de s'envoler parce que beaucoup
00:51d'acteurs veulent désormais contourner cette région du Moyen-Orient.
00:53Bref, est-ce qu'on s'oriente Paul vers un retour de l'inflation mondiale dans ce contexte ?
01:00Eh bien oui, c'est un vrai risque que l'inflation rebondisse dans les mois à venir.
01:05Ce qu'on constate, comme vous l'avez dit, c'est que le prix du pétrole rebondit de près de
01:1030%, le prix de l'électricité européenne de près de 100% depuis une semaine.
01:14Et on sait d'ores et déjà que la Banque centrale européenne se focalise, on le sait depuis toujours, sur
01:19l'inflation.
01:20Mais dans son exercice de décembre, la BCE avait livré un exercice alternatif où elle disait que si les prix
01:27du pétrole augmentaient de 15% par rapport à son scénario central et de l'électricité de 20%,
01:34eh bien l'inflation pourrait rebondir de 0,5 point.
01:37Donc on voit qu'on est déjà bien au-dessus de ça.
01:40Alors c'est sur un temps très court, mais si ce temps venait à durer, évidemment que la BCE devrait
01:44changer son fusil d'épaule.
01:46Donc l'inflation de manière mondiale risque de rebondir dans les temps qui viennent, plus fortement en Europe qu'aux
01:52États-Unis,
01:53puisque les États-Unis sont producteurs d'énergie et notamment de pétrole et de gaz.
01:58Donc nous, on sera même en Europe plus impactés que du côté des États-Unis.
02:01Mais les taux bougent très fortement partout à cause de cette anticipation de changement d'inflation.
02:06Voilà, on voit effectivement les taux européens progresser, les taux américains aussi progresser.
02:11Peut-être un changement du régime d'inflation.
02:13Enfin là-dessus, est-ce qu'on ne doit pas relativiser aussi ?
02:15Parce que c'est de l'inflation importée, c'est la partie la plus volatile de l'inflation qui est
02:19impactée.
02:19L'inflation cœur, elle, ne sera pas concernée.
02:22Autrement dit, est-ce qu'on ne fait pas un peu peur, exagérément quand même,
02:27sur cette question de l'inflation ?
02:28Oui, les prix énergétiques vont progresser.
02:30Pour autant, il n'y aura pas de boucle prix-salaire.
02:32L'inflation, c'est la boucle prix-salaire.
02:33Est-ce que de ce point de vue-là, on ne doit pas essayer malgré tout de rester un peu
02:36calme
02:36et on va dire confiant dans l'avenir, Paul ?
02:40Oui, alors à court terme, vous avez complètement raison.
02:43Effectivement, si l'inflation venait à rebondir uniquement à cause des composantes énergétiques ou agricoles,
02:49effectivement, l'inflation cœur ne serait pas concernée.
02:51Alors la question, c'est combien de temps va durer le conflit entre l'Iran
02:56et l'ensemble maintenant du Proche-Orient et les États-Unis.
03:00Et si on s'en tient à ce que dit Donald Trump, 4-5 semaines,
03:03c'est évidemment quelque chose qui est gérable par les banques centrales dans leur ensemble,
03:07avec les niveaux de taux actuels,
03:08surtout que les taux restaient sur des environnements qui étaient soit neutres,
03:13soit légèrement restrictifs.
03:15Mais si le conflit venait à durer plus longtemps,
03:18à l'image quelque part de ce qu'on a connu en 2022,
03:21où quand les Russes ont envahi l'Ukraine,
03:24les prix de l'électricité et de l'énergie dans leur ensemble ont explosé en Europe,
03:27dans un premier temps, on a pensé que c'était transitoire.
03:29Et puis finalement, ça a duré tellement longtemps que ça s'est diffusé.
03:33Et là, c'est évidemment quelque chose à craindre.
03:35Oui, mais Paul, entre-temps, il y a une réforme du marché de l'énergie qui est en cours en
03:38Europe,
03:39visant justement à rendre les prix de l'électricité moins dépendants de l'évolution des cours du gaz.
03:43Parce que c'est vrai qu'on se dit que les cours du gaz qui impactent les prix d'électricité,
03:45c'est quand même très paradoxal.
03:46Mais il y a des raisons, bien sûr.
03:48Et donc, cette réforme, elle est en cours.
03:49Elle n'empêchera pas, malgré tout, un impact de la hausse des cours du gaz
03:53sur les prix de l'électricité, nos factures d'électricité.
03:55Vous le voyez venir, vous l'anticipez d'ores et déjà.
03:59Oui, on n'est pas complètement à l'abri de ça.
04:00Alors, effectivement, il y a cette réforme.
04:03On ne sait pas encore si elle est parfaite.
04:04Finalement, elle n'a pas été testée.
04:05Alors, aujourd'hui, pour tous,
04:07mais le marché de gros de l'électricité dépend de la dernière centrale électrique qui fonctionne.
04:12Donc, on sait qu'on est encore en hiver.
04:14Donc, cette dernière centrale électrique mise en circulation est forcément une centrale au gaz.
04:19Donc, aujourd'hui, au niveau du marché de gros,
04:21on est dépendant du marché des prix du gaz.
04:24Donc, le marché de gros devrait voir son prix progresser.
04:26Après, il y a le système d'amortissement qu'on a mis en place en France,
04:31le versement nucléaire universel qui est mis en place depuis le 1er janvier dernier
04:35et qui consistera, du coup, pour l'État français, à analyser les comptes d'EDF.
04:42Et si jamais EDF réalise des bénéfices extraordinaires
04:45en profitant quelque part de ce prix de gros européen,
04:48eh bien, ces bénéfices seront redistribués aux ménages,
04:51aux entreprises et aux collectivités.
04:53Mais alors, à quelle vitesse ?
04:55C'est des questions qu'on peut encore se poser.
04:57Et il est à craindre que, dans un premier temps,
05:00on subisse quelque part la hausse des prix actuel.
05:03C'est peut-être une clé de la sous-performance des small caps.
05:07Parce qu'on se dit souvent, quand la géopolitique tangue,
05:09il y a un refuge, les small caps qui sont moins internationalisés.
05:12Au contraire, depuis hier, les small caps souffrent énormément.
05:14Elles aussi, peut-être parce que, justement,
05:16elles vont davantage subir la hausse des cours des matières premières
05:19et l'électricité, la facture d'électricité,
05:21que les large caps, on en reparlera.
05:23Comment voir les small caps en période de guerre ?
05:26Et quels small caps semblent immunes ?
05:28Lesquels sont les moins énergivores, en quelque sorte,
05:29vont au moins subir la hausse de la facture d'électricité ?
05:31On en parlera, ce sera à la fin de l'émission,
05:33avec Benjamin Rousseau.
05:34Spécial small cap à venir pour vos portefeuilles boursiers,
05:36vous tous qui nous suivez.
05:38Aude.
05:39Oui, Paul, sur les taux obligataires,
05:41puisqu'on a quand même passé le 4% hier sur le 10 ans américain,
05:454,06%.
05:48Alors, est-ce que vous mettez ça seulement sur le dos du fly to quality,
05:53donc les investisseurs qui se ruent vers les actifs de qualité,
05:58ou est-ce qu'il y a quand même une vraie inquiétude des investisseurs
06:02sur un horizon plus long terme, maintenant ?
06:04Non, non, c'est plutôt l'horizon qui prend le dessus.
06:08Effectivement, on en parlait tout à l'heure,
06:10mais le fait que l'inflation puisse rebondir,
06:12ça se voit quand même un petit peu dans le 5 ans dans 5 ans.
06:14Quand vous regardez les anticipations de hausses,
06:16enfin de mouvements de taux de la part des banques centrales,
06:19en ce qui concerne la BCE, maintenant, à horizon fin d'année,
06:23les investisseurs commencent à croire à une hausse de taux,
06:26alors qu'il y a encore deux jours, on pensait,
06:28quasiment pour moitié, qu'il y aurait une baisse de taux cette année
06:30du côté de la BCE.
06:31Et du côté de la Fed, on anticipait plus de deux baisses de taux
06:34et maintenant, c'est seulement 1,5 baisse de taux.
06:37Donc, ces mouvements, quelque part, justifient les 20 centimes
06:40que vous avez de part et d'autre de l'Atlantique
06:42de hausse sur les taux longs.
06:44Donc, c'est plutôt cette prime inflationniste qui joue
06:47plutôt que le fly to quality, donc la valeur refuge.
06:51Oui, la crainte d'un retour d'inflation,
06:52peut-être d'une surréaction, on verra,
06:54des banquiers centraux avec cette hausse des cours des matières premières,
06:56peut-être un impact en ricochet sur les prix d'électricité,
06:59on en parlait.
07:00On apprend cet après-midi qu'en Irak,
07:02l'usine de fabrication de pétrole,
07:06le champ pétrolier, on va dire plutôt comme ça,
07:09Roumaïla, a été fermé.
07:11C'est le deuxième plus grand champ au monde
07:13de production de pétrole à Roumaïla,
07:15qui produit 1,5 million de barils par jour
07:18en raison de l'escalade militaire.
07:20Voilà.
07:20Et les cours du pétrole qui donc progressent toujours,
07:22le baril de Brent actuellement,
07:23on le suit minute par minute,
07:24il est à 84 dollars ce baril de Brent,
07:27le baril de brut, les Américains aussi progressent
07:28à 77 dollars aujourd'hui.
07:30Est-ce que tout ça ne nous fait pas un peu oublier
07:32les autres risques de marché,
07:33les autres actualités de marché ?
07:35C'est vrai que quand il y a du vacarme,
07:36on finit par ne plus entendre les mini-bruits,
07:38mais c'est parfois des mini-bruits que viennent les signaux
07:40les plus importants.
07:41Il se trouve que sur le marché du crédit,
07:42on a une alerte là.
07:43C'est Etienne Braque,
07:44avec qui on discutait ce matin dans la rédac,
07:45qui nous disait,
07:46regarde, cette banque britannique,
07:48banque hypothécaire MFS,
07:49qui a été placée en défaut,
07:51en défaut là-bas au Royaume-Uni.
07:52Un signal de plus négatif pour le marché du crédit,
07:55une banque qui ferme au Royaume-Uni.
07:57Est-ce que l'arbre de la guerre,
08:00le bruit de la guerre,
08:01ne nous fait pas oublier d'autres risques
08:02qui restent peut-être à moyen long terme
08:04les plus profonds,
08:05les plus structurels pour l'avenir des marchés,
08:07à savoir les risques de crédit notamment.
08:08Et ces banques qui, les unes après les autres,
08:11envoient des signaux de faiblesse ou de fragilité,
08:12là, Paul ?
08:14Oui, alors le crédit privé,
08:15c'est effectivement un vrai facteur de risque
08:17qui est souligné à la fois par les superviseurs,
08:20on peut penser à la BCE,
08:21on peut penser régulièrement aussi
08:23à la Banque des Règlements Internationaux
08:25ou à la Banque d'Angleterre
08:26qui récemment aussi a publié un rapport de stabilité
08:29qui mettait en avant le risque lié au crédit privé.
08:32Donc si on prend un peu de recul avant MFS,
08:35seulement en octobre dernier,
08:36vous aviez aussi deux gros acteurs américains,
08:38tricoleurs et first brand qui avaient fait défaut.
08:41Et à l'époque, ça avait conduit Jamie Dimon,
08:44le PDG de JP Morgan que tout le monde connaît maintenant,
08:47à déclarer quand on voit un cafard,
08:49c'est qu'il y en a probablement d'autres.
08:50Et donc là, quelque part,
08:52on voit qu'il y en avait au moins un autre avec MFS.
08:55Et quand on parle de crédit privé,
08:57on parle quand même d'une taille maintenant
08:58qui commence à être conséquence.
09:00Selon la Banque des Règlements Internationaux,
09:01c'est près de 2 500 milliards de dollars de crédit privé
09:05qui sont distribués à travers le monde.
09:08Et finalement, ces crédits privés,
09:10ils arrangent les banques,
09:11puisque ça leur permet aussi de se défausser
09:13d'une partie de leurs risques.
09:15Et en plus, ça leur permet de générer des effets de levier
09:19en finançant aussi ce crédit privé.
09:21Donc vous avez quelque part un monde circulaire
09:24qui est dessiné pour une partie opaque,
09:27assez mal supervisée,
09:28et puis l'autre presque trop supervisée
09:29et donc qui met une partie de ces risques
09:32sur la partie la plus opaque.
09:34Et par ailleurs,
09:35vous avez des agences de notation
09:37qui font office d'autorité de contrôle
09:42puisqu'il y a peu de contrôle
09:43sur la partie de crédit privé.
09:44Et ces agences de notation
09:45pour la partie de crédit privé
09:47sont peu connues.
09:47Ce n'est pas Moody's,
09:48ce n'est pas Fitch,
09:49ce n'est pas une S&P.
09:50Ce sont des petites agences
09:51et le constat qui est fait,
09:52c'est que par exemple,
09:53il y en a une,
09:54la plus connue d'entre elles,
09:55c'est Hagan Jones
09:56qui a seulement 20 salariés
09:57et qui, pour chacun de ces salariés,
09:59fait 250 analyses par an,
10:01juste pour un ordre de grandeur.
10:03Chez Fitch ou Moody's,
10:04vous avez plusieurs milliers de salariés
10:05qui chacun mènent
10:06une quarantaine de notations par an.
10:10Donc, vous avez 20 salariés
10:11et 250 notations par salarié,
10:13des milliers
10:14et 40 notations par salarié.
10:16Donc, on sent quand même
10:17qu'il y a du risque aussi
10:19sur l'analyse faite
10:20par les agences de notation
10:22et vous construisez quelque chose
10:24qui apparaît dangereux
10:25et qui donne quelque part raison
10:27à Jamie Dimon.
10:28Attention,
10:29il pourrait y avoir
10:29d'autres risques dans la salle.
10:32Oui,
10:32d'autres cadavres
10:33dans les placards.
10:34On va suivre ça,
10:35évidemment.
10:35Merci Paul,
10:36nous alertez régulièrement.
10:37Bessie Economics,
10:38vous êtes chef économiste
10:39d'Arkea,
10:40Crédit Mutuel Arkea,
10:41c'est votre nouveau nom maintenant.
10:42Merci Paul.
10:42Merci.
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