00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04On a tendance à ce conflit qui est en train de rebattre les cartes et de déjouer les stratégies de
00:08marché, les scénarios.
00:09On le voit aujourd'hui sur le CAC 40 qui perd d'un coup 3,5% après une baisse
00:12de plus de 2,5% hier.
00:14Le Nasdaq aussi aujourd'hui en portée, le S&P moins 2,4%.
00:17Paul Chollet est avec nous, chef économiste pour Crédit Mutuel Arkea.
00:20Bonjour Paul, ravi de vous retrouver.
00:22Bonjour Guillaume.
00:23Membre du comité stratégique de Bessie Economics.
00:25On a des cours du pétrole qui s'envolent.
00:2628% de hausse désormais le pétrole depuis le début de l'année.
00:29Là en à peine deux mois, on a Baril de Brent à 84 dollars.
00:32Les cours du gaz européens, incroyable.
00:34En une semaine, les cours du gaz européens ont doublé parce que certaines usines de production de gaz là-bas
00:40dans la région du Golfe sont fermées désormais face aux attaques iraniennes.
00:43La plus grande usine de production de GNL au monde, elle est au Qatar, elle est fermée également.
00:48Et puis on a aussi le fret maritime dont les coûts sont en train de s'envoler parce que beaucoup
00:51d'acteurs veulent désormais contourner cette région du Moyen-Orient.
00:53Bref, est-ce qu'on s'oriente Paul vers un retour de l'inflation mondiale dans ce contexte ?
01:00Eh bien oui, c'est un vrai risque que l'inflation rebondisse dans les mois à venir.
01:05Ce qu'on constate, comme vous l'avez dit, c'est que le prix du pétrole rebondit de près de
01:1030%, le prix de l'électricité européenne de près de 100% depuis une semaine.
01:14Et on sait d'ores et déjà que la Banque centrale européenne se focalise, on le sait depuis toujours, sur
01:19l'inflation.
01:20Mais dans son exercice de décembre, la BCE avait livré un exercice alternatif où elle disait que si les prix
01:27du pétrole augmentaient de 15% par rapport à son scénario central et de l'électricité de 20%,
01:34eh bien l'inflation pourrait rebondir de 0,5 point.
01:37Donc on voit qu'on est déjà bien au-dessus de ça.
01:40Alors c'est sur un temps très court, mais si ce temps venait à durer, évidemment que la BCE devrait
01:44changer son fusil d'épaule.
01:46Donc l'inflation de manière mondiale risque de rebondir dans les temps qui viennent, plus fortement en Europe qu'aux
01:52États-Unis,
01:53puisque les États-Unis sont producteurs d'énergie et notamment de pétrole et de gaz.
01:58Donc nous, on sera même en Europe plus impactés que du côté des États-Unis.
02:01Mais les taux bougent très fortement partout à cause de cette anticipation de changement d'inflation.
02:06Voilà, on voit effectivement les taux européens progresser, les taux américains aussi progresser.
02:11Peut-être un changement du régime d'inflation.
02:13Enfin là-dessus, est-ce qu'on ne doit pas relativiser aussi ?
02:15Parce que c'est de l'inflation importée, c'est la partie la plus volatile de l'inflation qui est
02:19impactée.
02:19L'inflation cœur, elle, ne sera pas concernée.
02:22Autrement dit, est-ce qu'on ne fait pas un peu peur, exagérément quand même,
02:27sur cette question de l'inflation ?
02:28Oui, les prix énergétiques vont progresser.
02:30Pour autant, il n'y aura pas de boucle prix-salaire.
02:32L'inflation, c'est la boucle prix-salaire.
02:33Est-ce que de ce point de vue-là, on ne doit pas essayer malgré tout de rester un peu
02:36calme
02:36et on va dire confiant dans l'avenir, Paul ?
02:40Oui, alors à court terme, vous avez complètement raison.
02:43Effectivement, si l'inflation venait à rebondir uniquement à cause des composantes énergétiques ou agricoles,
02:49effectivement, l'inflation cœur ne serait pas concernée.
02:51Alors la question, c'est combien de temps va durer le conflit entre l'Iran
02:56et l'ensemble maintenant du Proche-Orient et les États-Unis.
03:00Et si on s'en tient à ce que dit Donald Trump, 4-5 semaines,
03:03c'est évidemment quelque chose qui est gérable par les banques centrales dans leur ensemble,
03:07avec les niveaux de taux actuels,
03:08surtout que les taux restaient sur des environnements qui étaient soit neutres,
03:13soit légèrement restrictifs.
03:15Mais si le conflit venait à durer plus longtemps,
03:18à l'image quelque part de ce qu'on a connu en 2022,
03:21où quand les Russes ont envahi l'Ukraine,
03:24les prix de l'électricité et de l'énergie dans leur ensemble ont explosé en Europe,
03:27dans un premier temps, on a pensé que c'était transitoire.
03:29Et puis finalement, ça a duré tellement longtemps que ça s'est diffusé.
03:33Et là, c'est évidemment quelque chose à craindre.
03:35Oui, mais Paul, entre-temps, il y a une réforme du marché de l'énergie qui est en cours en
03:38Europe,
03:39visant justement à rendre les prix de l'électricité moins dépendants de l'évolution des cours du gaz.
03:43Parce que c'est vrai qu'on se dit que les cours du gaz qui impactent les prix d'électricité,
03:45c'est quand même très paradoxal.
03:46Mais il y a des raisons, bien sûr.
03:48Et donc, cette réforme, elle est en cours.
03:49Elle n'empêchera pas, malgré tout, un impact de la hausse des cours du gaz
03:53sur les prix de l'électricité, nos factures d'électricité.
03:55Vous le voyez venir, vous l'anticipez d'ores et déjà.
03:59Oui, on n'est pas complètement à l'abri de ça.
04:00Alors, effectivement, il y a cette réforme.
04:03On ne sait pas encore si elle est parfaite.
04:04Finalement, elle n'a pas été testée.
04:05Alors, aujourd'hui, pour tous,
04:07mais le marché de gros de l'électricité dépend de la dernière centrale électrique qui fonctionne.
04:12Donc, on sait qu'on est encore en hiver.
04:14Donc, cette dernière centrale électrique mise en circulation est forcément une centrale au gaz.
04:19Donc, aujourd'hui, au niveau du marché de gros,
04:21on est dépendant du marché des prix du gaz.
04:24Donc, le marché de gros devrait voir son prix progresser.
04:26Après, il y a le système d'amortissement qu'on a mis en place en France,
04:31le versement nucléaire universel qui est mis en place depuis le 1er janvier dernier
04:35et qui consistera, du coup, pour l'État français, à analyser les comptes d'EDF.
04:42Et si jamais EDF réalise des bénéfices extraordinaires
04:45en profitant quelque part de ce prix de gros européen,
04:48eh bien, ces bénéfices seront redistribués aux ménages,
04:51aux entreprises et aux collectivités.
04:53Mais alors, à quelle vitesse ?
04:55C'est des questions qu'on peut encore se poser.
04:57Et il est à craindre que, dans un premier temps,
05:00on subisse quelque part la hausse des prix actuel.
05:03C'est peut-être une clé de la sous-performance des small caps.
05:07Parce qu'on se dit souvent, quand la géopolitique tangue,
05:09il y a un refuge, les small caps qui sont moins internationalisés.
05:12Au contraire, depuis hier, les small caps souffrent énormément.
05:14Elles aussi, peut-être parce que, justement,
05:16elles vont davantage subir la hausse des cours des matières premières
05:19et l'électricité, la facture d'électricité,
05:21que les large caps, on en reparlera.
05:23Comment voir les small caps en période de guerre ?
05:26Et quels small caps semblent immunes ?
05:28Lesquels sont les moins énergivores, en quelque sorte,
05:29vont au moins subir la hausse de la facture d'électricité ?
05:31On en parlera, ce sera à la fin de l'émission,
05:33avec Benjamin Rousseau.
05:34Spécial small cap à venir pour vos portefeuilles boursiers,
05:36vous tous qui nous suivez.
05:38Aude.
05:39Oui, Paul, sur les taux obligataires,
05:41puisqu'on a quand même passé le 4% hier sur le 10 ans américain,
05:454,06%.
05:48Alors, est-ce que vous mettez ça seulement sur le dos du fly to quality,
05:53donc les investisseurs qui se ruent vers les actifs de qualité,
05:58ou est-ce qu'il y a quand même une vraie inquiétude des investisseurs
06:02sur un horizon plus long terme, maintenant ?
06:04Non, non, c'est plutôt l'horizon qui prend le dessus.
06:08Effectivement, on en parlait tout à l'heure,
06:10mais le fait que l'inflation puisse rebondir,
06:12ça se voit quand même un petit peu dans le 5 ans dans 5 ans.
06:14Quand vous regardez les anticipations de hausses,
06:16enfin de mouvements de taux de la part des banques centrales,
06:19en ce qui concerne la BCE, maintenant, à horizon fin d'année,
06:23les investisseurs commencent à croire à une hausse de taux,
06:26alors qu'il y a encore deux jours, on pensait,
06:28quasiment pour moitié, qu'il y aurait une baisse de taux cette année
06:30du côté de la BCE.
06:31Et du côté de la Fed, on anticipait plus de deux baisses de taux
06:34et maintenant, c'est seulement 1,5 baisse de taux.
06:37Donc, ces mouvements, quelque part, justifient les 20 centimes
06:40que vous avez de part et d'autre de l'Atlantique
06:42de hausse sur les taux longs.
06:44Donc, c'est plutôt cette prime inflationniste qui joue
06:47plutôt que le fly to quality, donc la valeur refuge.
06:51Oui, la crainte d'un retour d'inflation,
06:52peut-être d'une surréaction, on verra,
06:54des banquiers centraux avec cette hausse des cours des matières premières,
06:56peut-être un impact en ricochet sur les prix d'électricité,
06:59on en parlait.
07:00On apprend cet après-midi qu'en Irak,
07:02l'usine de fabrication de pétrole,
07:06le champ pétrolier, on va dire plutôt comme ça,
07:09Roumaïla, a été fermé.
07:11C'est le deuxième plus grand champ au monde
07:13de production de pétrole à Roumaïla,
07:15qui produit 1,5 million de barils par jour
07:18en raison de l'escalade militaire.
07:20Voilà.
07:20Et les cours du pétrole qui donc progressent toujours,
07:22le baril de Brent actuellement,
07:23on le suit minute par minute,
07:24il est à 84 dollars ce baril de Brent,
07:27le baril de brut, les Américains aussi progressent
07:28à 77 dollars aujourd'hui.
07:30Est-ce que tout ça ne nous fait pas un peu oublier
07:32les autres risques de marché,
07:33les autres actualités de marché ?
07:35C'est vrai que quand il y a du vacarme,
07:36on finit par ne plus entendre les mini-bruits,
07:38mais c'est parfois des mini-bruits que viennent les signaux
07:40les plus importants.
07:41Il se trouve que sur le marché du crédit,
07:42on a une alerte là.
07:43C'est Etienne Braque,
07:44avec qui on discutait ce matin dans la rédac,
07:45qui nous disait,
07:46regarde, cette banque britannique,
07:48banque hypothécaire MFS,
07:49qui a été placée en défaut,
07:51en défaut là-bas au Royaume-Uni.
07:52Un signal de plus négatif pour le marché du crédit,
07:55une banque qui ferme au Royaume-Uni.
07:57Est-ce que l'arbre de la guerre,
08:00le bruit de la guerre,
08:01ne nous fait pas oublier d'autres risques
08:02qui restent peut-être à moyen long terme
08:04les plus profonds,
08:05les plus structurels pour l'avenir des marchés,
08:07à savoir les risques de crédit notamment.
08:08Et ces banques qui, les unes après les autres,
08:11envoient des signaux de faiblesse ou de fragilité,
08:12là, Paul ?
08:14Oui, alors le crédit privé,
08:15c'est effectivement un vrai facteur de risque
08:17qui est souligné à la fois par les superviseurs,
08:20on peut penser à la BCE,
08:21on peut penser régulièrement aussi
08:23à la Banque des Règlements Internationaux
08:25ou à la Banque d'Angleterre
08:26qui récemment aussi a publié un rapport de stabilité
08:29qui mettait en avant le risque lié au crédit privé.
08:32Donc si on prend un peu de recul avant MFS,
08:35seulement en octobre dernier,
08:36vous aviez aussi deux gros acteurs américains,
08:38tricoleurs et first brand qui avaient fait défaut.
08:41Et à l'époque, ça avait conduit Jamie Dimon,
08:44le PDG de JP Morgan que tout le monde connaît maintenant,
08:47à déclarer quand on voit un cafard,
08:49c'est qu'il y en a probablement d'autres.
08:50Et donc là, quelque part,
08:52on voit qu'il y en avait au moins un autre avec MFS.
08:55Et quand on parle de crédit privé,
08:57on parle quand même d'une taille maintenant
08:58qui commence à être conséquence.
09:00Selon la Banque des Règlements Internationaux,
09:01c'est près de 2 500 milliards de dollars de crédit privé
09:05qui sont distribués à travers le monde.
09:08Et finalement, ces crédits privés,
09:10ils arrangent les banques,
09:11puisque ça leur permet aussi de se défausser
09:13d'une partie de leurs risques.
09:15Et en plus, ça leur permet de générer des effets de levier
09:19en finançant aussi ce crédit privé.
09:21Donc vous avez quelque part un monde circulaire
09:24qui est dessiné pour une partie opaque,
09:27assez mal supervisée,
09:28et puis l'autre presque trop supervisée
09:29et donc qui met une partie de ces risques
09:32sur la partie la plus opaque.
09:34Et par ailleurs,
09:35vous avez des agences de notation
09:37qui font office d'autorité de contrôle
09:42puisqu'il y a peu de contrôle
09:43sur la partie de crédit privé.
09:44Et ces agences de notation
09:45pour la partie de crédit privé
09:47sont peu connues.
09:47Ce n'est pas Moody's,
09:48ce n'est pas Fitch,
09:49ce n'est pas une S&P.
09:50Ce sont des petites agences
09:51et le constat qui est fait,
09:52c'est que par exemple,
09:53il y en a une,
09:54la plus connue d'entre elles,
09:55c'est Hagan Jones
09:56qui a seulement 20 salariés
09:57et qui, pour chacun de ces salariés,
09:59fait 250 analyses par an,
10:01juste pour un ordre de grandeur.
10:03Chez Fitch ou Moody's,
10:04vous avez plusieurs milliers de salariés
10:05qui chacun mènent
10:06une quarantaine de notations par an.
10:10Donc, vous avez 20 salariés
10:11et 250 notations par salarié,
10:13des milliers
10:14et 40 notations par salarié.
10:16Donc, on sent quand même
10:17qu'il y a du risque aussi
10:19sur l'analyse faite
10:20par les agences de notation
10:22et vous construisez quelque chose
10:24qui apparaît dangereux
10:25et qui donne quelque part raison
10:27à Jamie Dimon.
10:28Attention,
10:29il pourrait y avoir
10:29d'autres risques dans la salle.
10:32Oui,
10:32d'autres cadavres
10:33dans les placards.
10:34On va suivre ça,
10:35évidemment.
10:35Merci Paul,
10:36nous alertez régulièrement.
10:37Bessie Economics,
10:38vous êtes chef économiste
10:39d'Arkea,
10:40Crédit Mutuel Arkea,
10:41c'est votre nouveau nom maintenant.
10:42Merci Paul.
10:42Merci.
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