00:00Une grande partie de nos comportements ne viennent pas d'un fonctionnement rationnel,
00:03c'est Kahneman et Tversky, et avant eux, un chercheur qui s'appelle Herbert Simon,
00:07dans les années 50, qui a dit, en fait, pendant longtemps,
00:09on pensait qu'on était ce qu'on appelle des homo economicus,
00:12des êtres qui réfléchissent en faisant des sortes de balances coûts et bénéfices,
00:16et Herbert Simon a très vite expliqué que ce n'est pas du tout le cas.
00:19On fonctionne selon ce que font nos potes, qu'est-ce qui est disponible.
00:24Encore une fois, il faut tout le temps se dire, un cerveau dans un corps, dans un environnement,
00:27quel est le bon niveau explicatif, quel est le bon niveau d'intervention pour arriver où je veux aller.
00:33Et ce n'est pas tout le temps, je sais que c'est un réflexe qu'on a qui est hyper ancré en nous,
00:36de vouloir tout le temps aller sur ce réflexe pédagogique.
00:40Je dois expliquer, mais ce n'est pas tout le temps la bonne...
00:43Il suffit de manipuler, vous avez bien compris.
00:46On est tous en train de se manipuler, de toute façon, les uns les autres.
00:55Qu'est-ce qu'on peut faire quand on a les cours anxiété ?
00:57Est-ce qu'il y a trois trucs à faire par ordre d'importance ?
01:00Oui. Alors, je dirais, le premier truc, ça ne sert à rien d'y penser tout le temps.
01:04Ne pas être envahi, se protéger.
01:06Moi, j'étais secouriste à la Croix-Rouge quand j'étais au Liban.
01:09Et dans le secourisme, on a trois principes hyper importants qui s'appellent PAS,
01:12protéger, alerter, secourir, dans cet ordre-là.
01:15Et le protéger, ce n'est pas protéger la victime, c'est protéger soi-même, protéger le secouriste.
01:20Parce que s'il y a eu un attentat et l'immeuble est en feu, et moi, je veux rentrer sauver des personnes,
01:26et je rentre et l'immeuble s'écroule sur moi, il faut maintenant une ambulance pour les victimes et une ambulance pour moi.
01:30Donc, c'est la même chose pour l'éco-anxiété.
01:31Il faut commencer par se protéger soi-même.
01:33Y penser tout le temps, se pourrir la vie, se disputer avec ses potes, etc.
01:36Ce n'est pas ça qui va avancer le chemin de vie.
01:38Peut-être que ça me donne une bonne conscience que je suis une personne bien, mais c'est en train de vous abîmer.
01:41Donc, un, se protéger, deux, je dirais, se fédérer, être à plusieurs.
01:46Ce n'est pas un truc qu'on fait seul, venir à l'Académie du Climat, aller à Césure, aller à la Grande Coco,
01:51il y a des tonnes de tiers-lieux dans Paris, il y a les Arches Citoyennes juste à côté aussi,
01:56des tonnes de lieux où on peut se mettre à plusieurs.
02:00Et trois, systématiser autant que possible les actions que vous voulez faire.
02:04Oublier la grille individuelle, sauf si c'est pour un signal social.
02:07Donc, moi, par exemple, je ne vais pas aller en vacances au Pérou, pas parce que je pense que si je prends l'avion,
02:12je suis en train de faire du mal au climat.
02:13Je sais que ce n'est pas un sac, mais je suis en train d'envoyer un signal social qui est délétère,
02:20si mon idée, c'est qu'il y ait moins d'accessibilité pour des comportements qui sont délétères pour le climat.
02:26Et donc, voir comment est-ce qu'on peut systématiser.
02:28Et systématiser, ce n'est pas directement aller sur l'échelle de toute la ville.
02:32Je ne sais pas faire un compost dans son immeuble.
02:35Voir, est-ce qu'on ne peut pas faire quelque chose.
02:37Moi, j'habite dans le 10e, et on a une sorte de collectif du quartier,
02:42le quartier de la rue du Faubourg-Saint-Martin, pour ceux qui sont intéressés.
02:45On est potes tous ensemble, le fromager, la libraire, etc.
02:48On essaye de faire ensemble des choses pour rendre le quartier plus vertueux.
02:52Le canal est devenu piéton.
02:53On a signé des conventions citoyennes pour avoir plus d'air de jeu.
02:59Aujourd'hui, d'ailleurs, je ne sais pas si je vais avoir le temps,
03:01on a piétonisé une partie de la rue Louis-Blanc pour que les enfants puissent se réapproprier l'espace public.
03:07Parce que les rues ont été accaparées par des voitures, alors que c'est l'espace public.
03:12Donc, se fédérer, se protéger, ne pas se disputer avec des proches,
03:16et tout, ça ne va servir à rien, ça va juste vous pourrir la vie.
03:20Se fédérer et essayer de faire en sorte que ça systématise.
03:23Comment est-ce qu'on peut expliquer et comment réagir
03:26quand on a justement des gens qui sont dans ce déni, dans le backlash dont on a parlé tout à l'heure,
03:32et quand on essaie d'expliquer des choses, de partager de l'émotion,
03:36on partage des arguments rationnels,
03:38et qu'en face, on vous sape tout avec le côté bobo écologique qui nous gâche la vie.
03:44Comment on répond à ça ? Comment on fait ?
03:47Alors, il y a plusieurs choses dans votre question.
03:49La première, c'est que vous voulez leur expliquer pourquoi.
03:52Pourquoi vous voulez leur expliquer le truc ?
03:53Parce qu'il faut comprendre quelque chose qui est très contre-intuitif,
03:56c'est que savoir ne suffit pas.
03:59Donc, si vous pensez que si vous leur expliquez,
04:01ils disent « ok, ils vont changer leur comportement »,
04:04vous allez être très, très, très, très, très, très déçus.
04:08Donc, la question commence par la motivation.
04:09Vous voulez leur expliquer pourquoi ?
04:10Est-ce que vous voulez leur expliquer pour qu'ils le comprennent
04:13et qu'ils ne changent pas de comportement,
04:15vous, votre but, c'est que les gens changent de comportement ?
04:17Donc, tout commence par votre objectif.
04:19Moi, personnellement, j'ai parfois réussi
04:23à changer le comportement de certains individus
04:26sans même dire le mot climat, sans leur expliquer rien du tout.
04:30Juste en leur disant « je ne sais pas, j'ai un pote,
04:33il mange tout le temps du fast-food,
04:36des trucs qui ne sont pas bons ni pour la planète,
04:37ni pour sa santé. »
04:40Je ne peux pas venir lui dire « ah, mais tu sais, le droit des animaux,
04:43il ne va pas être antispéciste d'un coup, je ne vais pas me faire d'illusion,
04:47mais je vais peut-être lui faire découvrir un restaurant végétarien qui est hyper bon. »
04:51Sans lui dire « on va aller à un restaurant végétarien »,
04:52je vais lui dire « j'ai trouvé un super resto, tu veux venir avec moi ? »
04:55Il vient avec moi et après, deux semaines plus tard,
04:56lui, il me dit « ah, j'ai bien envie d'aller essayer ce resto que tu as vu. »
04:59Je dis « ok, viens, on va découvrir de nouvelles cuisines. »
05:01La question de pourquoi, si j'ai un enfant,
05:04évidemment que je vais lui expliquer le cycle de l'eau,
05:06lui expliquer les émissions,
05:07mais si j'ai une personne qui a 65 ans,
05:10c'est mon oncle, il n'a pas changé d'avis depuis 40 ans,
05:12je vais venir lui parler de Marine Tondelier,
05:16ça ne va pas bien se passer.
05:18Ça ne va pas bien se passer.
05:20Si je vais aller voir ma tante qui organise des barbecues
05:24depuis je ne sais pas combien de temps,
05:25lui dire que les barbecues, c'est masculiniste,
05:27elle ne va pas le comprendre.
05:28Il faut adapter le message à la personne
05:32et comprendre pourquoi est-ce que je veux faire cette chose.
05:34Comprendre n'est pas suffisant.
05:36Une grande partie de nos comportements,
05:37on les a changés sans avoir aucune idée
05:39de la motivation qui nous a poussés à le changer.
05:43Quand tout le monde s'est mis,
05:44je ne sais pas si je vais faire dans des stéréotypes un peu bobos
05:46vu qu'on est tous ensemble,
05:50quand tout le monde s'est mis à manger le chemin de la quinoa,
05:53tout le monde s'en foutait des valeurs nutritionnelles
05:55ou je ne sais pas quoi.
05:56C'était juste une sorte de norme, un effet de mode.
05:59Quelqu'un s'est dit, on va mettre de la quinoa partout,
06:00puis on se dit, ah non, pas la quinoa,
06:01ça va être le chou kale.
06:04Et là, c'est le chou pak choy.
06:06Il faut juste aller dans un biocope
06:07et vous allez voir les tendances débarquer.
06:09Une grande partie de nos comportements
06:10ne viennent pas d'un fonctionnement rationnel.
06:13C'est Kahneman et Tversky.
06:14Et avant eux, un chercheur qui s'appelle Herbert Simon,
06:16dans les années 50,
06:18qui a dit, en fait, pendant longtemps,
06:19on pensait qu'on était ce qu'on appelle des homo economicus,
06:21des êtres qui réfléchissent
06:23en faisant des sortes de balances, coûts et bénéfices.
06:25Et Herbert Simon a très vite expliqué
06:27que ce n'est pas du tout le cas.
06:28On fonctionne selon ce que font nos potes,
06:32qu'est-ce qui est disponible.
06:34Je ne sais pas, j'imagine qu'ici,
06:36quand vous étiez enfant, tous,
06:37moi, en tout cas, ma fille,
06:38elle a mangé au début, je ne sais pas,
06:40une pomme ou des bananes.
06:41Pas un fruit du dragon.
06:43Parce qu'il n'y en avait pas.
06:44Pas parce que je ne suis pas assez informé
06:46et peut-être que le fruit du dragon est incroyable.
06:47Mais encore une fois, il faut tout le temps se dire
06:49un cerveau dans un corps, dans un environnement,
06:51quel est le bon niveau explicatif,
06:53quel est le bon niveau d'intervention
06:55pour arriver où je veux aller.
06:57Et ce n'est pas tout le temps.
06:58Je sais que c'est un réflexe qu'on a
06:59qui est hyper ancré en nous
07:00de vouloir tout le temps aller
07:02sur ce réflexe pédagogique.
07:04Je dois expliquer.
07:06Mais ce n'est pas tout le temps la bonne...
07:07Il suffit de manipuler, vous avez bien compris.
07:08Oui !
07:09On est tous en train de se manipuler
07:11de toute façon les uns les autres.
07:12Musique jazz
07:55...
Commentaires