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Ce que nous faisons à la Terre dépasse tout ce qu’on imaginait !

Dans cette conférence exceptionnelle organisée par la chaîne France Nature Environnement Haute Savoie, l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau, professeur à l’Université Grenoble Alpes et directeur du Centre de physique théorique Grenoble Alpes, explore les conséquences réelles et mesurables de nos activités sur la planète.
Il explique comment la fonte des glaces, l’exploitation massive des nappes phréatiques et l’usage intensif des énergies fossiles modifient jusqu’à l’axe de rotation de la Terre.
Il revient sur la notion d’anthropocène, sur la chute de la biodiversité et sur la manière dont nos choix déterminent les futurs possibles entre décroissance subie et transformation choisie. Son intervention interroge profondément notre modèle économique, notre rapport au vivant et la nécessité d’une création sous contrainte face aux limites planétaires.

#ecologie #climat #environnement #biodiversite #barrau

Réponses au quiz de fin :
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Quel élément fondamental de l’organisation de la vie sur Terre dépend directement de l’inclinaison de l’axe terrestre ?
➡ Les saisons.

Quel terme philosophique est évoqué pour décrire une planète façonnée par l’existence humaine ?
➡ Anthropocène.

Quel concept énergétique est mentionné pour indiquer que la moitié des ressources fossiles a déjà été utilisée ?
➡ Le peak oil.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00Est-ce qu'on pourra savoir dans 100 millions d'années que les êtres humains ont existé ?
00:06Alors, ça ne sera pas facile, parce que nos cathédrales, nos centrales nucléaires,
00:09tout ça, ça sera entièrement remanié, heureusement, ça aura totalement disparu.
00:13Nous, on aura disparu, ça c'est sûr aussi.
00:15Et donc, qu'est-ce qui restera ?
00:17On ne pourra pas voir ça par les carottages dans les glaces, parce qu'il n'y aura plus de glace,
00:21on aura tout fait fondre.
00:22Mais en revanche, ce qu'on observera, c'est une chute drastique des populations vivantes dans les fossiles.
00:28Donc, en fait, vraisemblablement, la trace que l'humanité va laisser pour l'éternité, c'est ça.
00:35Donc, finalement, si vous voulez, notre marque, notre signe, notre vestige pour l'éternité, c'est ça.
00:41Nous serons ceux qui ont tout détruit.
00:50L'axe de la Terre se déplace.
00:53Alors, est-ce que c'est lié à un fantastique mouvement cosmique ou à un phénomène beaucoup plus terre-à-terre ?
00:58Alors, c'est effectivement quelque chose qui a été mis à jour par une étude récente.
01:07Alors, là, je vais prendre 10 secondes, ma casquette d'astrophysicien.
01:12En tant que telle, dire que l'activité humaine, parce que c'est effectivement la réponse à votre question, sinon vous ne me la poseriez pas,
01:20a légèrement infléchi l'axe de rotation de la Terre, ça ne veut pas dire grand-chose.
01:24Parce que si moi, je fais ça avec ma main, ça va changer l'axe de rotation de la Terre.
01:27Donc, n'importe quoi qui se passe sur Terre va changer l'axe de rotation de la Terre.
01:31Donc, ce qui est remarquable, c'est que cet effet ait pu avoir lieu dans des proportions qui sont mesurables.
01:39C'est ça qui est très extraordinaire.
01:40Parce que que l'axe de rotation de la Terre dépend de ce qui se passe sur Terre, quelque part, c'est normal.
01:44Quand un éléphant marche, il change l'axe de rotation de la Terre.
01:47Mais on ne peut pas le mesurer.
01:48Alors, c'est un phénomène qui existe de façon naturelle, avec une cyclicité d'environ un peu plus de 40 000 ans.
01:54Donc, l'axe de rotation de la Terre bouge un peu.
01:57Il est très important, parce que c'est grâce à lui qu'on a des saisons.
02:00Donc, toute l'organisation de la vie sur Terre dépend de cette inclinaison.
02:04Et en fait, ce qui est tout à fait incroyable, c'est que,
02:06eu égard à la fois au réchauffement climatique,
02:09qui induit donc une fonte des glaciers en particulier,
02:12mais pas seulement, bien sûr, dans l'hémisphère nord,
02:14et à cause du pompage absolument draconien dans les nappes phréatiques,
02:20eh bien, il y a eu une petite disparité induite sur la répartition des masses à la surface,
02:28et en l'occurrence, à l'intérieur même de la Terre,
02:31qui a effectivement engendré un léger déplacement de l'axe de rotation de la Terre.
02:38Alors, en tant que tel, ce phénomène pourrait avoir quelques conséquences.
02:42Il est assez vraisemblable que les conséquences restent marginales.
02:45C'est-à-dire qu'il est quand même avant tout symbolique.
02:48Mais cette symbolique, elle n'est pas neutre,
02:50parce que c'est en quelque sorte l'effraction à l'échelle globale,
02:54à l'échelle vraiment géologique,
02:56de ce que certains appellent, peut-être à tort d'ailleurs,
02:59mais on peut l'emprunter comme une première approximation philosophique,
03:01l'anthropocène, c'est-à-dire ce moment de notre histoire
03:04où la planète commence à être façonnée par l'existence des humains.
03:09Plutôt que de l'anthropocène, moi, j'aime bien donner un exemple
03:13qui consisterait à se demander
03:15est-ce qu'on pourra savoir dans 100 millions d'années
03:18que les êtres humains ont existé ?
03:21Alors, ça ne sera pas facile, parce que nos cathédrales,
03:24nos centrales nucléaires, tout ça, ça sera entièrement remanié.
03:26Heureusement, ça aura totalement disparu.
03:28Nous, on aura disparu, ça c'est sûr aussi.
03:31Et donc, qu'est-ce qui restera ?
03:32On ne pourra pas voir ça par les carottages dans les glaces,
03:36parce qu'il n'y aura plus de glace, on aura tout fait fondre.
03:38Mais en revanche, ce qu'on observera,
03:40c'est une chute drastique des populations vivantes dans les fossiles.
03:45Donc, en fait, vraisemblablement, la trace que l'humanité va laisser
03:49pour l'éternité, c'est ça.
03:51C'est une chute draconienne de la vie sur Terre,
03:55sans cause météoritique ni géologique.
03:58Et c'est de cette manière qu'une araignée géologue,
04:01dans son million d'années, pourra vraisemblablement savoir
04:03qu'une espèce superprédatrice ait existé.
04:08Donc, finalement, si vous voulez, notre marque, notre signe,
04:10notre vestige pour l'éternité, c'est ça.
04:14Nous serons ceux qui ont tout détruit.
04:17Alors, juste pour finir sur ce point,
04:19ce qui est aussi terrible avec cette histoire
04:21de petits déplacements d'axes de rotation de la Terre,
04:24c'est qu'en fait, il signe quand même quelque chose d'assez grave.
04:28C'est le caractère non renouvelable de ce qui est en train d'advenir
04:34au niveau du pompage de l'eau.
04:36Le non renouvelable, comme je viens de le dire juste avant,
04:38ce n'est pas un critère que j'aime beaucoup
04:40quand on parle de l'impact sur les populations animales,
04:43parce que ce sont quand même des êtres vivants sensibles.
04:46Et donc, le fait que ce soit renouvelable ou non
04:48ne me semble pas être une question pertinente.
04:51En revanche, pour ce qui est de l'utilisation de l'eau
04:53ou de l'énergie, ou effectivement des effets de pollution
04:57ou d'émissions de gaz à effet de serre,
04:59là, bien sûr, elle se pose, la question de la durabilité.
05:02Et il se trouve que ces eaux profondes sont très peu renouvelées
05:05et que donc on est en train de mettre en place, si vous voulez,
05:10un processus qui ne pourra avoir lieu qu'une fois.
05:14Donc ça, c'est quand même un peu inquiétant,
05:15puisque c'est en train de se passer
05:17et on ne pourra pas continuer ce qui est en train de se faire.
05:19Alors, ça, on le voit, en l'occurrence, avec l'eau.
05:23C'est ce que révèle ce déplacement de l'axe de rotation.
05:27On le voit aussi, bien sûr, avec les énergies fossiles.
05:29Vous savez qu'on est vraisemblablement à peu près au peak oil,
05:32c'est-à-dire qu'on a utilisé à peu près la quantité,
05:36la moitié de la quantité totale disponible.
05:38Et donc, vraisemblablement, les extractions vont commencer à diminuer.
05:42Donc la question de la décroissance, elle ne se pose même pas.
05:44La question n'est pas de savoir si on veut ou pas la décroissance.
05:47La question est de savoir comment on va gérer sa survenue.
05:50C'est la seule question intéressante.
05:52Et là, précisément, je trouve que ça devrait nous enjoindre
05:55à une pensée politique un peu profonde,
05:57parce qu'il y a essentiellement deux choix.
06:00Il y a le bon choix, c'est celui des artistes.
06:04Vous savez, les artistes savent qu'on ne peut créer que sous la contrainte.
06:08S'il n'y a pas de contrainte, il n'y a pas de création.
06:10En fait, la contrainte, elle est bienvenue.
06:12La contrainte, c'est une belle chose.
06:14Imaginez un peintre qui devrait faire un tableau infiniment grand.
06:17Ça n'a aucun sens.
06:18Il doit avoir un nombre fini de couleurs et une toile de taille finie.
06:22Heureusement que nous n'avons qu'un certain nombre de notes
06:24dans la gamme chromatique et moins encore dans la gamme diatonique.
06:28Heureusement que le corps humain est limité
06:30et que les chorégraphes s'en servent.
06:32Les artistes créent sous contrainte.
06:35Et la contrainte est un moteur de la création,
06:38c'est l'incohétif de l'invention.
06:40Et on pourrait faire aujourd'hui exactement la même chose,
06:43parce que les contraintes de finitude de la planète
06:46nous imposent pour le meilleur de revoir notre mode de vie.
06:50Et on pourrait être, pour une fois, un peu intelligents et intelligentes,
06:54c'est-à-dire comprendre que cette opportunité extraordinaire
06:58qui nous est offerte n'est pas triste.
07:01Cessons un peu d'être géniaires.
07:02C'est au contraire une invite, en quelque sorte,
07:05de l'environnement dans lequel nous nous trouvons
07:07à déconstruire nos valeurs nécrosées.
07:12Mais ce n'est pas exactement ce qu'on est en train de faire.
07:14Si on ne le fait pas,
07:16ça veut dire qu'on reste accro à ce qu'on a jusqu'au bout.
07:20Alors ça, c'est très embêtant.
07:21D'abord parce que ça signifie que la décroissance,
07:24on va quand même la subir,
07:26mais on ne va pas la choisir.
07:27Et ça, l'histoire nous montre que ça s'accompagne généralement
07:30de génocides, de régimes totalitaires,
07:33de dictatures, de guerres,
07:35et de tout un tas de choses qui ne sont pas extraordinairement agréables.
07:40Cela dit, ils sont d'ailleurs d'ores et déjà à l'œuvre,
07:42même si ce n'est pas en France.
07:44Par ailleurs, si on ne fait pas ça,
07:47si on ne fait pas la création sous contrainte
07:49que j'évoquais tout à l'heure,
07:51ça signifie qu'on va quand même rester accro
07:53à ce qu'on a jusqu'à la fin.
07:54Alors certes, on est au picoil,
07:56ça veut dire que les stocks commencent à s'épuiser,
07:58mais ça veut quand même dire qu'il en reste à peu près autant
08:00que ce qu'on a utilisé.
08:02Ce qui veut quand même dire que du point de vue du réchauffement climatique,
08:04qui n'est qu'un petit aspect de la question,
08:06comme vous le savez,
08:07on va aller dans les pires scénarios du GIEC.
08:10Donc vous voyez que c'est à la fois une catastrophe éthique,
08:13puisqu'on ne se saisit pas de cette opportunité
08:15pour dépasser notre modèle
08:18qui est absolument déliquescent.
08:20C'est une catastrophe politique,
08:21parce qu'on va vers des régimes contraints,
08:25c'est-à-dire des régimes autoritaires,
08:26et on le voit déjà à l'échelle du monde.
08:28Ce n'est pas exactement les grands démocrates
08:31qui sont en train de gagner toutes les élections
08:33aujourd'hui dans l'univers,
08:34au moins dans l'univers de la Terre.
08:36Et c'est aussi une catastrophe à l'échelle environnementale,
08:40puisqu'on se trouve alors dans le pire scénario extractiviste,
08:44qui est fondamentalement auto-incohérent.
08:46Sous-titrage Société Radio-Canada
08:51Sous-titrage Société Radio-Canada
09:21Sous-titrage Société Radio-Canada
09:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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