00:00Juste avant, on va se poser un petit peu sur cette réaction très forte du marché obligataire,
00:06que ce soit aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, notamment sur les taux longs,
00:09avec Valentin Bissa, chef économiste et stratège chez Mirabeau Asset Management.
00:12Bonjour Valentin.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous ce matin en plateau.
00:16Alors ce matin, on a une petite détente sur le disant britannique.
00:20Néanmoins, on est toujours à la porte des 5%.
00:22Hier, cette barre symbolique a été touchée pour la première fois depuis 2008.
00:26Le disant américain est toujours proche des 4,4%.
00:29Quand le disant français est proche des 3,7%.
00:32Ce sont des signaux faibles à suivre de près quand même, aujourd'hui,
00:36cette remontée des taux longs, Valentin Bissa.
00:39Oui, tout à fait. C'est un sujet vraiment important.
00:41On a des déficits américains, des déficits européens qui sont extrêmement élevés.
00:45Donc dans un environnement de ralentissement de la croissance économique,
00:48la Banque centrale européenne, la semaine dernière,
00:50encore réduit ses prévisions de croissance pour 2026.
00:53Je le disais, d'endettement élevé, ça va être un coût important supplémentaire pour les Etats.
00:58La grande crainte aujourd'hui, c'est que les banques centrales remonquent leurs taux.
01:02On est quand même passé d'un extrême à l'autre, dans le sens où, en début d'année,
01:05le marché pensait que les banques centrales allaient baisser leurs taux,
01:08notamment en Europe.
01:09Et là, maintenant, on est sur des scénarios de hausse de taux.
01:11Pourquoi pas avoir parfois deux, voire trois hausses de taux, notamment pour la BCE ?
01:15Bien sûr, tout dépend des prix du pétrole qui, là aussi, comme le marché obligataire,
01:19sont très volatiles.
01:20Oui, alors évidemment, pour une banque centrale en choc énergétique,
01:23un choc sur l'os, c'est vraiment le scénario du pire.
01:26Les banques centrales font face, finalement, à un choc énergétique
01:29sur lequel elles ont très peu d'impact.
01:30Resserrer une politique monétaire n'a relativement peu d'impact sur les prêts de l'énergie.
01:34Mais en même temps, leur mandat est principalement basé sur l'inflation.
01:38Donc, elles sont, d'une certaine manière, presque obligées de réagir à cette situation.
01:41Néanmoins, la situation peut être vulnérable, inquiétante pour certains États,
01:46dans le sens où cette remontée des matières premières peut peser sur la croissance.
01:50Et dans le même temps, si vous avez des États qui s'endettent à des coûts plus élevés,
01:53l'impact ne sera pas négligeable, quand même, pour l'expérience publique.
01:57Oui, je crois qu'il y a une vraie différence entre les États-Unis et l'Europe.
01:59Aux États-Unis, la Banque centrale américaine a un double mandat, inflation-croissance.
02:03Donc, ça va lui permettre, finalement, selon nous, en tout cas,
02:06d'éviter les hausses de taux pour 2026.
02:08Aussi, les taux d'intérêt aux États-Unis sont déjà relativement élevés, 3,5%,
02:13supérieurs à ce qu'on appelle les taux d'intérêt d'équilibre pour l'économie américaine.
02:17Donc, on reste relativement confiant sur le fait que la Banque centrale américaine
02:20pourra ne pas resserrer sa politique monétaire cette année.
02:23En Europe, la situation est contraire et à l'opposé.
02:26On a un objectif unique sur l'inflation.
02:29Les taux d'intérêt en Europe sont déjà à leur niveau neutre.
02:32Donc, effectivement, la flexibilité est plus faible pour la Banque centrale européenne.
02:36Elle pourrait être obligée, dans le cadre de son mandat, de resserrer assez vite sa politique monétaire.
02:40D'après JP Morgan, ces derniers chocs pétroliers ont entraîné des récessions dans 4 cas sur 5.
02:46Alors, j'ai compris que les États-Unis étaient moins dépendants des prix de l'énergie,
02:50qui résistaient mieux dans ces phases troubles.
02:52Quand vous regardez la situation européenne, vous pensez qu'une récession est possible ?
02:57Elle est possible parce qu'effectivement, pour 2026, la croissance attendue était de 1,2%.
03:01Maintenant, on a des anticipations inférieures à 1%.
03:04Donc, si cette situation sur les prix de l'énergie se poursuit,
03:07ça pourrait effectivement peser encore plus sur la croissance européenne.
03:11On parle déjà éventuellement d'une récession technique sur le troisième trimestre.
03:14Donc, pas une récession définie par les économistes,
03:18mais un trimestre durant lequel la croissance européenne serait inférieure à 0%.
03:22Donc, c'est évidemment un risque qu'on observe.
03:25Et si on fait la comparaison avec 2021-2022,
03:28qu'on a eu la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine,
03:32le PIB européen a perdu 2,5% de croissance.
03:36Donc, on voit bien que si cette crise se poursuit,
03:39si cette guerre se poursuit et le choc énergétique se poursuit,
03:42la croissance européenne sera à risque.
03:44Avec ce matin un baril de pétrole qui est à 102 dollars quand le WTI,
03:48est repassé sous les 90 dollars, 89 dollars à l'instant pour le baril américain.
03:53En ce moment, les marchés, si je résume un petit peu la situation,
03:55on regarde trois choses.
03:56Les tweets de Donald Trump, la séance d'hier l'a bien montré.
03:59Le marché obligataire, les taux, et puis également le pétrole.
04:03Chez Mirabeau, Asset Management, quels sont les signaux faibles,
04:05les points d'attention en ce moment que vous suivez ?
04:07Alors, évidemment, comme tous les investisseurs,
04:09on regarde ce qui se passe dans le détroit d'Hormeau.
04:11Ça va être quand même un des signal importants pour savoir
04:13si on passe d'une phase de prolongation du conflit à plutôt une résolution.
04:18Mais ce qui est vraiment important à nos yeux,
04:19c'est que maintenant la guerre dure depuis au moins plus de quatre semaines.
04:23Donc les effets vont être persistants sur le marché de l'énergie.
04:25Et c'est pour ça que nous avons assez rapidement
04:27et nous continuons de réduire le risque dans les portefeuilles.
04:30Avec une exposition moindre à l'Europe ?
04:32Moindre à l'Europe, moindre sur les pays émergents également,
04:36qui souffrent d'autant plus de ce choc énergétique
04:39et également sur la partie obligataire.
04:41Et le retour du cash, c'est vrai que quand on regarde les statistiques
04:45des différents brokers, visiblement, c'est le retour du cash en portefeuille
04:47depuis le début du mois.
04:49Vous mentionnez l'or, l'or qui est considéré souvent
04:51comme un actif refuge à fortement baisser.
04:54Actuellement, si on regarde la totalité des classes d'actifs,
04:56à part le secteur énergétique, il n'y a à peu près rien qui a augmenté.
05:00Tous les actifs ont recorrélé à la baisse.
05:02Donc effectivement, on construit une poche importante de cash,
05:05de liquidités dans les portefeuilles pour la réinvestir
05:08lorsque les incertitudes se relèveront.
05:10Et in fine, les États-Unis résistent plutôt bien.
05:13Wall Street baisse beaucoup moins depuis le début du mois
05:15que les marchés émergents et que les marchés européens,
05:19avec peut-être d'autres allocataires qui, comme vous,
05:21préservent un petit peu cette poche américaine.
05:23C'est vrai que la tech américaine est pour l'instant un petit peu immunisée
05:26à cette guerre au Moyen-Orient.
05:28Avant le début de cette guerre, c'était vraiment le sujet pour 2026.
05:31Est-ce que l'on est dans une bulle de l'IA ?
05:33Est-ce que les hyperscalers investissent trop dans les centres de données notamment ?
05:38C'est vrai que ce sujet maintenant est passé au deuxième plan.
05:41On se focalise beaucoup plus maintenant sur les fondamentaux de l'économie américaine
05:44qui sont moins touchés que ceux en Europe ou dans les pays émergents.
05:47Et en termes sectoriels, ça donne quoi sur cette poche américaine Action ?
05:50Sectoriel, on est toujours positif sur le secteur communication services,
05:53services aux communications.
05:55Au niveau de la tech, on est un peu moins positif évidemment sur les softwares.
05:58On a vu les logiciels baisser fortement en début d'année sur les craintes liées à Anthropik
06:03et tout ce qui pouvait mettre sous pression finalement le secteur des logiciels.
06:07Mais toujours positif sur le hardware, également sur les semi-conducteurs.
06:10Merci beaucoup Valentin Vissat nous a raccompagné ce matin en plateau.
06:13Je rappelle que vous êtes chef économiste et stratège chez Mirabo Asset Management.
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