Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 minutes
Patrick Martin, président du Medef et de Martin Belaysoud Expansion, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 24 mars. Il évoque les conséquences de la guerre en Iran sur les entreprises, l'impact des résultats des municipales sur ces dernières, et les défis auxquels elles sont confrontées face à l'IA, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Le grand entretien ce matin c'est avec Patrick Martin.
00:05Bonjour, vous êtes le président du MEDEF. On ne sait ce que de répéter, il ne faut pas que le
00:10conflit dure.
00:11Tous les chefs d'entreprise nous disent la même chose, mais on sait déjà que la croissance potentiellement française
00:15pourrait être amputée entre 0,2 et 0,4. On n'est pas Madame Irma évidemment, on ne sait pas.
00:19Donc on ne sait pas qu'elle sera directement à l'impact. Qu'est-ce qu'on vous remonte aujourd
00:23'hui
00:23des chefs d'entreprise avec lesquels vous parlez ? Est-ce que c'est le prix du carburant ?
00:28Est-ce que c'est le fret qui inquiète le plus ? Où en sont nos chefs d'entreprise ?
00:32C'est assez ambivalent parce que d'un côté il n'y a pas de panique d'une manière générale.
00:37On a des capteurs absolument partout dans tous les secteurs d'activité, tous les territoires, toutes les tailles d'entreprise.
00:42Donc il n'y a pas de panique. En revanche, on voit au fil des jours une pression augmentée sur
00:47le prix du carburant,
00:48bien sûr, sur le prix d'un certain nombre d'intrants. Ça peut être l'hélium, ça peut être le
00:53polyéthylène.
00:55Et donc par contagion, par capillarité, ça impacte un nombre croissant de secteurs.
01:00Alors il y a des secteurs plus particulièrement immédiatement touchés.
01:03Le transport, vous l'avez évoqué, c'est vrai du tourisme également.
01:08Donc il faut qu'on soit très attentif à ça. Mais je le redis, il n'y a pas d
01:11'effet de sidération.
01:13Est-ce qu'il y a aujourd'hui une bonne réponse du côté du gouvernement ?
01:16Hier, les taux à 10 ans sont montés à 3,87. C'est des niveaux qu'on n'avait pas
01:20connus depuis 20 ans quand même,
01:21même si on est redescendu un peu. Donc la marge de manœuvre, les caisses sont vides d'un côté,
01:24on ne peut pas augmenter la dette. Donc le gouvernement ne peut pas faire grand-chose.
01:28Est-ce que c'est une bonne nouvelle parce que ça évite les âneries ?
01:32Ou est-ce qu'il faudrait aider plus les entreprises qui en ont besoin ?
01:35Je veux dire, les âneries, elles ont déjà été faites.
01:38Elles ont déjà été faites parce que si on était au niveau de déficit de l'Italie ou de l
01:43'Espagne,
01:43je ne parle même pas du Portugal ou de la Grèce, qui sont maintenant en excédent budgétaire,
01:47on aurait des marges de manœuvre, à l'instant, des marges de manœuvre de l'ordre de 80-90 milliards
01:52d'euros
01:53pour faire face à ce choc.
01:54À l'automne dernier, au moment de l'examen des lois de finances et lois de finances à la sécurité
01:58sociale,
01:58j'avais pointé du doigt le fait qu'on ne saurait pas faire face à un choc.
02:02Alors je ne suis pas Madame Irma, je vous le confirme,
02:04mais il se trouve que ce sombre pronostic se concrétise avec cette crise au Moyen-Orient.
02:08Donc il n'y a plus un sou dans les caisses.
02:10Et que les mêmes qui, à l'époque, je parle des politiques, ont refusé toutes mesures d'économie
02:15pour tant bien que mal essayer de rééquilibrer nos finances publiques,
02:18soient les premiers aujourd'hui à demander des mesures d'aide, je trouve ça un peu irresponsable.
02:22Bon, l'État réfléchit malgré tout un certain nombre de mesures,
02:25qui seraient plutôt des mesures de trésorerie, et il le faut.
02:28J'évoquais le transport routier.
02:30L'année dernière, plus de 3200 défaillances d'entreprises dans le transport routier.
02:33C'est vrai de l'hôtellerie-restauration, un peu lié au tourisme, plus de 9000 défaillances l'an passé.
02:38On commence maintenant à toucher des tailles d'entreprises plus importantes,
02:41notamment dans le transport.
02:42Donc il faut pouvoir accompagner ces secteurs, accompagner les agriculteurs
02:46qui sont directement impactés, en particulier par le prix du carburant,
02:49mais sur des mesures de trésorerie, comme ça a pu se faire dans le passé, sur l'échelonnement.
02:54Il ne faut pas aller plus loin.
02:55Non, on ne peut pas aller plus loin.
02:57Le roi est nu, c'est l'épreuve de vérité.
02:59Et à nouveau, moi je ne prête aucune préscience.
03:02Il n'y a pas besoin d'être grand clair à l'époque, il y a quelques mois encore,
03:04et c'était vrai les années précédentes,
03:06pour dénoncer cette dérive des finances publiques,
03:08cette forme d'irresponsabilité qui a conduit les uns et les autres,
03:12à de rares exceptions près, à laisser filer les déficits, à laisser filer la dette.
03:16On y est.
03:17Donc on ne peut plus rien faire.
03:18Comment vous avez regardé les débats politiques sortant des municipales ?
03:21Là, on se prépare aux présidentielles.
03:24Est-ce que vous avez trouvé, vous êtes souvent très critique,
03:26sur le niveau du débat politique qui manque justement d'économie ?
03:29Comment vous avez trouvé le niveau des débats ?
03:30D'abord, le MEDEF s'est beaucoup impliqué dans les élections municipales,
03:34parce que les communes en particulier sont des acteurs, par exemple,
03:39essentiels de l'investissement public.
03:40Donc on a été au contact, on a diffusé des propositions, des demandes,
03:45on a fait signer des chartes d'ailleurs.
03:47C'est très contrasté, d'une commune à l'autre, d'une agglomération, d'une métropole à l'autre.
03:52En moyenne des cas, comme ça avait été le cas pour les législatives précédentes,
03:57ou d'autres élections encore, on n'a pas suffisamment parlé d'économie.
04:00Et on retombe toujours sur ce même sujet.
04:02On a trop de responsables, je n'en fais pas une généralité,
04:05qui considèrent que l'économie n'est pas un sujet, qu'elle tourne toute seule.
04:09Eh bien non, ça n'est pas le cas.
04:10Donc on a pris des positions fortes, par exemple à Toulouse, j'espère d'une certaine manière.
04:15Il y avait une inquiétude très forte sur la montée d'un candidat LFI,
04:17qui potentiellement s'attaquerait sur l'attractivité du territoire,
04:21notamment sur les questions aéronautiques.
04:22Bien sûr, bien sûr.
04:24Nous on souhaite être en confiance, en proximité avec les élus, à quelque niveau que ce soit.
04:29Mais a fortiori, compte tenu des circonstances économiques et géopolitiques,
04:33je pense que ça serait bien que les élus, comme certains le font, j'insiste là-dessus,
04:37soient beaucoup plus à l'écoute des entreprises.
04:39Je prends le cas du MEDEF.
04:40Le cas du MEDEF, 240 000 entreprises, par définition, c'est toutes les tailles,
04:44tous les secteurs et tous les territoires, qui portent 12 millions de salariés.
04:49On est quand même un petit peu concerné par ce qui se passe.
04:51Donc il faut nous écouter.
04:53Mais comment on fait pour être écouté, passer des messages,
04:56en même temps ne pas aller jusqu'à « je mets un tampon sur tel candidat,
04:59celui-là il est MEDEF compatible, pas celui-ci ? »
05:03Parce que ce n'est pas ça votre rôle, ce n'est pas de dire pour qui il faut voter.
05:05Donc comment vous arrivez à sortir de cette difficulté-là ?
05:08Écoutez, c'est un mal nécessaire.
05:09Je m'explique.
05:10On est quand même dans un pays où il y a 57% du PIB en dépense publique.
05:15Donc quand bien même on ne veut pas faire de politique,
05:17ce qui est notre cas, on est obligé de faire de la politique.
05:20Parce que chaque matin, on se lève en étant tributaire,
05:22en étant dépendant de décision.
05:24Donc il ne faut plus se cacher, parce que ça n'a pas été le discours ambiant
05:27de dire qu'il fallait que les entrepreneurs fassent de la politique, s'engagent.
05:31Vous, vous avez changé quand même un peu ça, en disant « il faut y aller ».
05:33Non, dans le passé, il y a eu de la part de mes prédécesseurs, des prises de parole,
05:37souvent assez fermes d'ailleurs, pour plutôt dénoncer des programmes qui nous paraissaient
05:42dangereux pour l'économie, pour les entreprises, donc pour l'emploi et les salariés et les salaires.
05:47Mais quand tout le monde était pro-politique de l'offre, c'était plus simple ?
05:49C'est-à-dire qu'aujourd'hui c'est quand même plus compliqué ?
05:50Tout le monde ne l'était pas, plus beaucoup de monde ne l'est,
05:54et c'est désolant, parce que finalement ça a donné d'excellents résultats,
05:58mais nous on est en train de se préparer en perspective bien sûr
06:01des élections présidentielles et des législatives qui immanquablement en suivront,
06:05pour qu'on réintroduise beaucoup plus puissamment dans le débat public
06:09et donc dans les décisions publiques, cet impératif de prise en compte
06:12de l'économie et de l'international.
06:14Moi je suis très frappé par ça.
06:15On a beaucoup de décideurs politiques qui, soit par méconnaissance, soit par déni,
06:21ne prennent pas en compte la situation internationale.
06:23Les événements des derniers jours nous confortent dans la conviction
06:26que ce serait pas mal quand même de regarder ce qui se passe en Chine,
06:28pas seulement au Moyen-Orient, en Chine, aux Etats-Unis.
06:30Donc on va pilonner sur ces sujets-là.
06:33Et comment vous regardez l'ensemble des mouvements qui ont émergé,
06:35les 300 pour la France, tout ça, ces entrepreneurs qui commencent à prendre la parole,
06:39c'est des concurrents, ils doivent s'insérer dans un mouvement global
06:42de lobbying entrepreneurial, vous regardez ça comment ?
06:45Moi je le regarde, si je puis dire, avec bienveillance.
06:47On est évidemment en contact étroit avec la plupart de ces mouvements,
06:51qui prennent différentes formes d'ailleurs.
06:53Si vous voulez, moi j'ai une responsabilité singulière,
06:55parce que d'abord le MEDEF a un rôle statutaire,
06:59notamment en matière de négociation sociale.
07:01C'est une maison, le MEDEF, où on travaille sérieusement,
07:04et donc je me dois au cas par cas une certaine retenue.
07:07Je pense que sur le fond, c'est quand même bien le MEDEF qui est en flèche
07:10pour dénoncer, pour proposer, et pour essayer de contribuer à l'avenir de la France.
07:15Sur les négociations sociales, où en sont vos relations avec les syndicats ?
07:19On a entendu certaines relations houleuses,
07:21il y avait encore François Mouril qui disait,
07:22on n'a pas très envie de faire plaisir au MEDEF quand on voit qu'ils ont claqué la porte,
07:24par exemple, sur les retraites.
07:26Vous êtes ouvert aux discussions ou pas ?
07:29Écoutez, sauf erreur de ma part,
07:31on a signé il y a quelques jours encore un accord chômage.
07:34On est en cours de discussion, c'est compliqué, c'est tendu, j'en conviens,
07:37sur les contrats courts.
07:39On a un agenda social autonome qui s'est enclenché,
07:42par exemple, pour le suivi d'accords qu'on a pu signer antérieurement.
07:45Donc c'est dans l'ordre des choses, il y a des postures.
07:48Enfin, ne comptez pas sur moi pour alimenter les polémiques.
07:50Mais vous ne voulez pas sur les contrats courts du système de bonus-malus ?
07:54On n'en veut pas, ce n'est pas une posture,
07:56ce n'est pas une attitude de principe.
07:57C'est qu'à l'usage, il apparaît qu'il est inefficace.
08:01Donc si on pouvait, nous y compris partenaires sociaux,
08:03se départir de ces espèces de postures,
08:06je reprends le terme,
08:06ça serait pas mal parce que notre pays a besoin d'apaisement,
08:09il a besoin de rationalité,
08:10il a besoin qu'on co-construise après chacun
08:12avec sa sensibilité et ses objectifs.
08:14Juste avant qu'on parle des questions du numérique,
08:16l'inflation, ça vous fait peur ?
08:17Là, vous avez peur qu'on reparte dans une vague
08:19où c'est plutôt maintenu,
08:20on n'est pas dans la même situation qu'en 2022 ?
08:22Si je peux me permettre, je suis comme vous,
08:23suspendu à l'actualité géopolitique en l'occurrence.
08:27Notre pronostic, c'est qu'il n'y aura pas d'explosion de l'inflation,
08:32mais il y aura une moindre croissance,
08:36une inflation qui pourrait être augmentée
08:38selon les circonstances de quelques dixièmes de points.
08:41Ce qui nous préoccupe beaucoup plus,
08:42ce sont les taux d'intérêt.
08:44Et singulièrement dans le cas de la France,
08:45je ne reviens pas sur tout ce que je viens de dire
08:47avec beaucoup d'insistance s'agissant de l'état de nos finances publiques.
08:50C'est gravissime.
08:5213e édition de la REF numérique,
08:54c'est demain, mercredi 25 mars.
08:57Vous allez parler d'intelligence artificielle dans les entreprises,
09:00avec évidemment cette question du bouleversement de l'emploi.
09:04On a parfois des études,
09:05alors c'est très compliqué,
09:05parce qu'il y a beaucoup d'études contradictoires
09:07sur la prise en main de l'IA dans les entreprises françaises.
09:09Vous les sentez, vous, en avance ?
09:12Vous avez l'impression que le sujet est vraiment pris en main,
09:15que les salariés travaillent aujourd'hui avec l'IA,
09:17ou qu'on a ce retard avec les autres pays ?
09:20Alors de fait, les salariés, beaucoup d'entre eux,
09:21travaillent avec l'IA, les chefs d'entreprise aussi,
09:23mais moins que dans d'autres pays.
09:25Premier point.
09:26Deuxième point, et c'est malheureusement souvent vrai en France
09:29quand on parle de progrès, en l'occurrence de progrès technologique,
09:31il y a une forme d'appréhension qui fait qu'on ne voit que les risques.
09:36Il existe des risques, mais on ne voit pas suffisamment les opportunités.
09:39Donc nous, au MEDEF, on est très engagé sur ces sujets-là.
09:43Typiquement, on va tenir notre 13e REF numérique,
09:46rencontre des entrepreneurs de France.
09:47Bref, c'est la 13e.
09:49Donc on ne découvre pas ce sujet-là.
09:51Il y a quelques mois, on a fait un tour de France
09:53de l'intelligence artificielle,
09:54précisément pour sensibiliser tous les chefs d'entreprise,
09:58quel que soit leur secteur d'activité,
09:59quelle que soit là aussi la taille de leur entreprise,
10:02aux opportunités qu'offre l'intelligence artificielle.
10:04Mais à contrario, leur dire,
10:05si vous ne vous emparez pas de ces sujets-là,
10:08vous risquez de passer à côté.
10:09Mais vous leur dites, testez,
10:10quitte à ce que tout ne soit pas un investissement
10:13avec un ROI derrière,
10:14mais il faut essayer de voir où est-ce que ça peut être utile.
10:16Bien sûr, et puis selon les cas,
10:18selon la taille, selon le secteur d'activité,
10:20l'implémentation de l'intelligence artificielle
10:22est un sujet plus ou moins lourd.
10:24Moi, dans ma propre entreprise,
10:25bientôt bicentenaire,
10:26qui est une ETI, 3000 salariés,
10:28je suis très déterminé,
10:29dans un secteur assez classique aux yeux de certains,
10:32je suis très déterminé sur l'intelligence artificielle,
10:34notamment parce que je pense
10:36que ça va apporter aux salariés
10:37beaucoup plus d'intérêt,
10:39beaucoup plus de valeur ajoutée
10:40dans l'exécution de leur travail.
Commentaires

Recommandations