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  • il y a 1 jour
Marwan Lahoud, associé chez Messier et Associés, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 17 mars. Il a abordé la note de 8/10 attribuée par Donald Trump à la France pour la sécurisation du détroit d'Ormuz, les navires bloqués dans cette zone, la tension sur les stocks de munitions français, ainsi que la destruction par la France de drones iraniens, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin c'est Marwan Laud. Bonjour, vous êtes associé chez Messier et associés.
00:04Vous siégez toujours au comité d'investissement du fonds Tikeo dédié à l'aéronautique,
00:08grand spécialiste des questions aéronautiques et militaires sur le plan industriel.
00:11Vous avez longtemps travaillé chez Airbus et chez MBDA.
00:14Quand vous entendez ce matin, Donald Trump nous mette 8 sur 10, une note à notre réaction,
00:19alors qu'on est quasiment les seuls finalement à dire qu'on serait prêt à aller sécuriser le détroit d
00:23'Hormuz.
00:24Comment vous réagissez ?
00:25C'est bien mieux que la moyenne, donc je suis très heureux.
00:27Non, plus sérieusement, la France a déjà participé à plusieurs missions de sécurisation d'Hormuz,
00:33parce que Hormuz est très important pour le commerce mondial,
00:37mais aussi pour l'activité économique dans beaucoup de pays du monde et en particulier dans le nôtre.
00:43En 87, pendant la guerre Iran-Irak, la France avait déjà débloqué Hormuz une première fois
00:49et régulièrement la menace sur Hormuz a amené la marine française notamment à intervenir
00:55et à participer à des missions de sécurisation.
00:59Aujourd'hui, 80% des navires sont bloqués.
01:02Certains passent, c'est très clair, les Iraniens disent c'est fermé pour les ennemis.
01:07C'est une question de menace.
01:10Le détroit n'est pas fermé au sens « le passage est impossible », on y passe à ces risques
01:16et périls,
01:18ce qui a un impact très sérieux sur la chaîne d'approvisionnement de toutes les entreprises dans le monde
01:23et en particulier les plus petites d'entre elles.
01:25En Europe, on est particulièrement sensible.
01:27On est très très sensible.
01:30L'essentiel des approvisionnements en matériaux stratégiques qui viennent de cette partie-là du monde,
01:36c'est-à-dire de l'Est, passe par Hormuz.
01:38Alors il y a la question des munitions.
01:40Il y a des rafales qui sécurisent le ciel au Moyen-Orient.
01:44On dit qu'on manquerait de munitions, qu'on n'en aurait pas assez.
01:47Il y avait une réunion ce matin qui était prévue sur l'armement.
01:50Elle est annulée mais il y a un conseil de défense cet après-midi.
01:52Donc ceci explique peut-être cela.
01:54Est-ce qu'il faut accélérer sur l'économie de guerre ?
01:57La question du passage de la faible intensité à la haute intensité,
02:03je ne suis pas le plus qualifié, il faut parler aux militaires,
02:05mais nécessite beaucoup d'adaptation.
02:08Et en particulier les stocks, la disponibilité des moyens est très importante.
02:15Il faut constater une chose au cours de ces 17 jours de conflit.
02:21La prééminence de la défense aérienne et de la supériorité aérienne
02:26sur le reste.
02:27Si vous regardez, il y a une asymétrie complète entre ce qui se passe
02:31dans les pays du Golfe qui sont attaqués par des milliers d'objets
02:36où très très peu d'objets rentrent et où finalement ce qui va au sol
02:40c'est les débris et les dégâts sont faits par les débris.
02:42Ça c'est la situation d'un côté.
02:44Et le ciel est maîtrisé ?
02:46Le ciel est maîtrisé, la défense aérienne est étanche, quasiment.
02:50À peu près, oui.
02:50Et de l'autre côté, ce qui se passe au Liban et en Iran,
02:54où les armes sont extrêmement précises, tout arrive au but.
02:58Tout arrive au but.
03:00Malheureusement, les cibles sont parfois entourées de civils.
03:03Donc il y a une précision de frappe, une efficacité de frappe à 100%
03:09et les dommages collatéraux viennent du fait qu'on ne peut pas distinguer
03:15dans une zone de guerre entre civils et militaires.
03:18Tout le monde est ensemble.
03:20Mais en 4 ans, ne serait-ce qu'en France, on a déjà amélioré les cadences,
03:23on a des process qui sont beaucoup plus simples, des financements qui sont arrivés.
03:27Quand vous étiez venu il y a 18 mois, vous avez dit oui,
03:28mais sur les commandes publiques, on attend encore de les voir.
03:31Est-ce que là-dessus, il y a eu une amélioration ?
03:33À l'évidence, les choses se sont améliorées en 18 mois.
03:37C'est toujours pas assez, vous voyez.
03:41C'est normal.
03:43Quand vous êtes l'intensité dans laquelle vous allez vous engager,
03:46vous ne pouvez pas la définir à l'avance.
03:48Et quand, j'écoutais tout à l'heure, 24 Rafales sont déployées en Iran
03:55et aux Émirats Arabes Unis, ils sont là en mission.
03:59Les pilotes, les équipages ne se posent pas la question
04:03de savoir est-ce que j'ai des stocks ou est-ce que je n'ai pas de stocks.
04:05Ils vont intercepter jusqu'à épuisement des stocks.
04:09Et donc, il faut accélérer, il faut être capable.
04:12La chaîne de fournisseurs doit être capable de fournir les maîtres d'oeuvre
04:16pour que les maîtres d'oeuvre produisent.
04:17Et tout ça dans un rythme beaucoup plus accéléré qu'en temps de paix.
04:21Et aujourd'hui, ça fonctionne ?
04:22C'est-à-dire qu'on arrive à...
04:23On y arrive, mais on est tendu.
04:26Tout est tendu.
04:27On a aussi changé d'échelle sur certaines industries.
04:29Par exemple, sur les drones, on est monté largement en capacité.
04:33Est-ce qu'aujourd'hui, on est arrivé à un point pivot ?
04:36On a des entreprises classiques qui ont changé leur de braquets.
04:43On a des entreprises plus jeunes, des choses pas qualifiées de start-up
04:49puisqu'elles sont déjà en production depuis un certain nombre d'années.
04:53Mais des entreprises moins traditionnelles.
04:55Je pense à Delair en particulier, qui réussit très bien
04:58et qui produit des objets volants autonomes,
05:02pour ne pas appeler ça des drones, pour ne pas tomber dans la mode.
05:05Mais oui, on y arrive, mais on est en guerre.
05:10Donc, à partir du moment...
05:11En guerre, en tout cas, économiquement en guerre.
05:13Quand on est en guerre, on essaye de faire au mieux
05:16et on court toujours après la production.
05:20Sur les questions de financement,
05:22toutes les banques que j'ai reçues ici sur ce plateau
05:25m'ont dit qu'elles n'avaient jamais failli à leurs devoirs
05:27et qu'elles avaient toujours financé les questions d'armement.
05:29On sait que ça a parfois été beaucoup plus complexe que ça.
05:32Aujourd'hui, on voit émerger des financements
05:34de la part de fonds qui se spécialisent.
05:36Il y a eu un changement là aussi.
05:37Le changement est sensible.
05:40Le changement est très important.
05:41C'est un changement d'attitude.
05:43C'est un changement d'intention.
05:45Il y a quelques années...
05:48On ne va pas dater ça.
05:49Avant l'Ukraine, en gros ?
05:50Oui, autour de l'Ukraine.
05:53La défense était un peu honteuse pour certains.
05:57Dans les exclusions, il y avait des projets d'exclusion
06:00où la défense était classée dans les activités peu recommandables.
06:04Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas.
06:06C'est clair que tout le monde est prêt à faire de la défense.
06:09Après, il y a l'exécution, il y a les situations particulières,
06:13mais la situation s'est singulièrement améliorée.
06:16Certains font encore la différence entre les armes de défense,
06:19les armes d'attaque, en disant
06:19« Nous, on ne finance que les armes de défense. »
06:21Est-ce que ça a un sens ?
06:22Ou c'est juste un moyen de se cacher un petit peu ?
06:26C'est un moyen de se cacher.
06:29Pardonnez-moi, c'est des prétextes ou c'est des excuses.
06:33Il n'y a pas d'arme de défense, il n'y a pas d'arme d'attaque.
06:35Celui qui attaque ou celui qui défend, c'est celui qui manie l'arme.
06:39Nous sommes dans une logique de défense en France.
06:43Nous avons déployé nos forces dans le Golfe.
06:46Aujourd'hui, pour défendre nos intérêts, pour défendre nos alliés, surtout.
06:52Et il n'y a pas d'arme de défense, d'arme d'attaque.
06:54Il y a des armes, et ce sont les gens qui les manient,
06:58qui sont soit offensifs, soit défensifs, soit agresseurs, soit protecteurs.
07:04L'enjeu, c'est aussi de faire en sorte qu'on ait des gens européens,
07:06qu'on arrive à travailler ensemble entre acteurs.
07:09Vous avez travaillé chez Airbus.
07:10Comment vous regardez, vous, l'échec du SCAF aujourd'hui ?
07:15C'est une situation malheureuse.
07:19Pour l'Européen que je suis, c'est une situation malheureuse,
07:23parce que travailler ensemble est normalement plus efficace
07:28que travailler chacun pour soi.
07:31Je dis normalement, dès lors qu'on se met d'accord sur comment on compte le faire.
07:34C'est un processus long, c'est un processus parfois pénible,
07:38mais il faut être persévérant pour y arriver.
07:43Tout seul, ça sera beaucoup plus difficile qu'à plusieurs,
07:48avec un esprit de coopération.
07:51Être à plusieurs dans le désordre, c'est moins bien qu'être tout seul.
07:56Mais être tout seul, être ensemble, avec une idée,
08:00avec un partenariat, avec une approche, j'allais dire efficace,
08:07c'est bien meilleur que tout seul.
08:08Mais c'est un problème politique, un problème industriel,
08:11ou un problème pur de gouvernance,
08:12où si tout le monde veut être le chef, on n'y arrive pas en fait.
08:14C'est un problème de bascule entre la dimension politique d'un programme.
08:21À un moment donné, on dit on veut faire ensemble,
08:23puis après, il faut passer au détail.
08:25Et quand on passe au détail, il ne s'agit pas seulement de dire
08:29mais oui, mais on veut faire ensemble, donc on veut tout faire tous.
08:32Il faut être capable de se répartir correctement les work packages,
08:38comme on dit, et se répartir correctement les responsabilités.
08:42Et ça, malheureusement, on n'y arrive pas en ce moment.
08:47Mais, étant un Européen convaincu, je suis quand même optimiste.
08:51Un jour, enfin un jour, rapidement, je pense que la raison prévaudra.
08:56Merci beaucoup Marwan Laoud d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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