00:00Notre invité ce matin c'est Marwan Laud. Bonjour, vous êtes associé chez Messier et associés.
00:04Vous siégez toujours au comité d'investissement du fonds Tikeo dédié à l'aéronautique,
00:08grand spécialiste des questions aéronautiques et militaires sur le plan industriel.
00:11Vous avez longtemps travaillé chez Airbus et chez MBDA.
00:14Quand vous entendez ce matin, Donald Trump nous mette 8 sur 10, une note à notre réaction,
00:19alors qu'on est quasiment les seuls finalement à dire qu'on serait prêt à aller sécuriser le détroit d
00:23'Hormuz.
00:24Comment vous réagissez ?
00:25C'est bien mieux que la moyenne, donc je suis très heureux.
00:27Non, plus sérieusement, la France a déjà participé à plusieurs missions de sécurisation d'Hormuz,
00:33parce que Hormuz est très important pour le commerce mondial,
00:37mais aussi pour l'activité économique dans beaucoup de pays du monde et en particulier dans le nôtre.
00:43En 87, pendant la guerre Iran-Irak, la France avait déjà débloqué Hormuz une première fois
00:49et régulièrement la menace sur Hormuz a amené la marine française notamment à intervenir
00:55et à participer à des missions de sécurisation.
00:59Aujourd'hui, 80% des navires sont bloqués.
01:02Certains passent, c'est très clair, les Iraniens disent c'est fermé pour les ennemis.
01:07C'est une question de menace.
01:10Le détroit n'est pas fermé au sens « le passage est impossible », on y passe à ces risques
01:16et périls,
01:18ce qui a un impact très sérieux sur la chaîne d'approvisionnement de toutes les entreprises dans le monde
01:23et en particulier les plus petites d'entre elles.
01:25En Europe, on est particulièrement sensible.
01:27On est très très sensible.
01:30L'essentiel des approvisionnements en matériaux stratégiques qui viennent de cette partie-là du monde,
01:36c'est-à-dire de l'Est, passe par Hormuz.
01:38Alors il y a la question des munitions.
01:40Il y a des rafales qui sécurisent le ciel au Moyen-Orient.
01:44On dit qu'on manquerait de munitions, qu'on n'en aurait pas assez.
01:47Il y avait une réunion ce matin qui était prévue sur l'armement.
01:50Elle est annulée mais il y a un conseil de défense cet après-midi.
01:52Donc ceci explique peut-être cela.
01:54Est-ce qu'il faut accélérer sur l'économie de guerre ?
01:57La question du passage de la faible intensité à la haute intensité,
02:03je ne suis pas le plus qualifié, il faut parler aux militaires,
02:05mais nécessite beaucoup d'adaptation.
02:08Et en particulier les stocks, la disponibilité des moyens est très importante.
02:15Il faut constater une chose au cours de ces 17 jours de conflit.
02:21La prééminence de la défense aérienne et de la supériorité aérienne
02:26sur le reste.
02:27Si vous regardez, il y a une asymétrie complète entre ce qui se passe
02:31dans les pays du Golfe qui sont attaqués par des milliers d'objets
02:36où très très peu d'objets rentrent et où finalement ce qui va au sol
02:40c'est les débris et les dégâts sont faits par les débris.
02:42Ça c'est la situation d'un côté.
02:44Et le ciel est maîtrisé ?
02:46Le ciel est maîtrisé, la défense aérienne est étanche, quasiment.
02:50À peu près, oui.
02:50Et de l'autre côté, ce qui se passe au Liban et en Iran,
02:54où les armes sont extrêmement précises, tout arrive au but.
02:58Tout arrive au but.
03:00Malheureusement, les cibles sont parfois entourées de civils.
03:03Donc il y a une précision de frappe, une efficacité de frappe à 100%
03:09et les dommages collatéraux viennent du fait qu'on ne peut pas distinguer
03:15dans une zone de guerre entre civils et militaires.
03:18Tout le monde est ensemble.
03:20Mais en 4 ans, ne serait-ce qu'en France, on a déjà amélioré les cadences,
03:23on a des process qui sont beaucoup plus simples, des financements qui sont arrivés.
03:27Quand vous étiez venu il y a 18 mois, vous avez dit oui,
03:28mais sur les commandes publiques, on attend encore de les voir.
03:31Est-ce que là-dessus, il y a eu une amélioration ?
03:33À l'évidence, les choses se sont améliorées en 18 mois.
03:37C'est toujours pas assez, vous voyez.
03:41C'est normal.
03:43Quand vous êtes l'intensité dans laquelle vous allez vous engager,
03:46vous ne pouvez pas la définir à l'avance.
03:48Et quand, j'écoutais tout à l'heure, 24 Rafales sont déployées en Iran
03:55et aux Émirats Arabes Unis, ils sont là en mission.
03:59Les pilotes, les équipages ne se posent pas la question
04:03de savoir est-ce que j'ai des stocks ou est-ce que je n'ai pas de stocks.
04:05Ils vont intercepter jusqu'à épuisement des stocks.
04:09Et donc, il faut accélérer, il faut être capable.
04:12La chaîne de fournisseurs doit être capable de fournir les maîtres d'oeuvre
04:16pour que les maîtres d'oeuvre produisent.
04:17Et tout ça dans un rythme beaucoup plus accéléré qu'en temps de paix.
04:21Et aujourd'hui, ça fonctionne ?
04:22C'est-à-dire qu'on arrive à...
04:23On y arrive, mais on est tendu.
04:26Tout est tendu.
04:27On a aussi changé d'échelle sur certaines industries.
04:29Par exemple, sur les drones, on est monté largement en capacité.
04:33Est-ce qu'aujourd'hui, on est arrivé à un point pivot ?
04:36On a des entreprises classiques qui ont changé leur de braquets.
04:43On a des entreprises plus jeunes, des choses pas qualifiées de start-up
04:49puisqu'elles sont déjà en production depuis un certain nombre d'années.
04:53Mais des entreprises moins traditionnelles.
04:55Je pense à Delair en particulier, qui réussit très bien
04:58et qui produit des objets volants autonomes,
05:02pour ne pas appeler ça des drones, pour ne pas tomber dans la mode.
05:05Mais oui, on y arrive, mais on est en guerre.
05:10Donc, à partir du moment...
05:11En guerre, en tout cas, économiquement en guerre.
05:13Quand on est en guerre, on essaye de faire au mieux
05:16et on court toujours après la production.
05:20Sur les questions de financement,
05:22toutes les banques que j'ai reçues ici sur ce plateau
05:25m'ont dit qu'elles n'avaient jamais failli à leurs devoirs
05:27et qu'elles avaient toujours financé les questions d'armement.
05:29On sait que ça a parfois été beaucoup plus complexe que ça.
05:32Aujourd'hui, on voit émerger des financements
05:34de la part de fonds qui se spécialisent.
05:36Il y a eu un changement là aussi.
05:37Le changement est sensible.
05:40Le changement est très important.
05:41C'est un changement d'attitude.
05:43C'est un changement d'intention.
05:45Il y a quelques années...
05:48On ne va pas dater ça.
05:49Avant l'Ukraine, en gros ?
05:50Oui, autour de l'Ukraine.
05:53La défense était un peu honteuse pour certains.
05:57Dans les exclusions, il y avait des projets d'exclusion
06:00où la défense était classée dans les activités peu recommandables.
06:04Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas.
06:06C'est clair que tout le monde est prêt à faire de la défense.
06:09Après, il y a l'exécution, il y a les situations particulières,
06:13mais la situation s'est singulièrement améliorée.
06:16Certains font encore la différence entre les armes de défense,
06:19les armes d'attaque, en disant
06:19« Nous, on ne finance que les armes de défense. »
06:21Est-ce que ça a un sens ?
06:22Ou c'est juste un moyen de se cacher un petit peu ?
06:26C'est un moyen de se cacher.
06:29Pardonnez-moi, c'est des prétextes ou c'est des excuses.
06:33Il n'y a pas d'arme de défense, il n'y a pas d'arme d'attaque.
06:35Celui qui attaque ou celui qui défend, c'est celui qui manie l'arme.
06:39Nous sommes dans une logique de défense en France.
06:43Nous avons déployé nos forces dans le Golfe.
06:46Aujourd'hui, pour défendre nos intérêts, pour défendre nos alliés, surtout.
06:52Et il n'y a pas d'arme de défense, d'arme d'attaque.
06:54Il y a des armes, et ce sont les gens qui les manient,
06:58qui sont soit offensifs, soit défensifs, soit agresseurs, soit protecteurs.
07:04L'enjeu, c'est aussi de faire en sorte qu'on ait des gens européens,
07:06qu'on arrive à travailler ensemble entre acteurs.
07:09Vous avez travaillé chez Airbus.
07:10Comment vous regardez, vous, l'échec du SCAF aujourd'hui ?
07:15C'est une situation malheureuse.
07:19Pour l'Européen que je suis, c'est une situation malheureuse,
07:23parce que travailler ensemble est normalement plus efficace
07:28que travailler chacun pour soi.
07:31Je dis normalement, dès lors qu'on se met d'accord sur comment on compte le faire.
07:34C'est un processus long, c'est un processus parfois pénible,
07:38mais il faut être persévérant pour y arriver.
07:43Tout seul, ça sera beaucoup plus difficile qu'à plusieurs,
07:48avec un esprit de coopération.
07:51Être à plusieurs dans le désordre, c'est moins bien qu'être tout seul.
07:56Mais être tout seul, être ensemble, avec une idée,
08:00avec un partenariat, avec une approche, j'allais dire efficace,
08:07c'est bien meilleur que tout seul.
08:08Mais c'est un problème politique, un problème industriel,
08:11ou un problème pur de gouvernance,
08:12où si tout le monde veut être le chef, on n'y arrive pas en fait.
08:14C'est un problème de bascule entre la dimension politique d'un programme.
08:21À un moment donné, on dit on veut faire ensemble,
08:23puis après, il faut passer au détail.
08:25Et quand on passe au détail, il ne s'agit pas seulement de dire
08:29mais oui, mais on veut faire ensemble, donc on veut tout faire tous.
08:32Il faut être capable de se répartir correctement les work packages,
08:38comme on dit, et se répartir correctement les responsabilités.
08:42Et ça, malheureusement, on n'y arrive pas en ce moment.
08:47Mais, étant un Européen convaincu, je suis quand même optimiste.
08:51Un jour, enfin un jour, rapidement, je pense que la raison prévaudra.
08:56Merci beaucoup Marwan Laoud d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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