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Le Rassemblement national est arrivé en tête du premier tour des élections législatives dimanche dernier. Nos reporters sont allés sur le terrain en France pour rencontrer les Français qui votent RN. Cet épisode de Code source est raconté par les journalistes du Parisien Elsa Mari, Robin Korda et Armelle Camelin.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Camille Ruiz - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le RN devrait avoir au moins deux fois plus de députés que dans la précédente Assemblée,
00:17après le second tour des législatives anticipées le 7 juillet.
00:21Un sondage Harris pour RTLM6 et Challenges dévoilé le 3 juillet
00:26le crédit de 190 à 220 sièges de députés,
00:30une enquête réalisée après les désistements de candidats de gauche ou du parti présidentiel
00:35destinés à faire barrage au Rassemblement National.
00:38Le 3 juillet, le Parisien a consacré un dossier à la France qui vote RN.
00:43Quelles sont les motivations de ces électeurs et électrices ?
00:46Quelles sont leurs préoccupations, leurs attentes ?
00:49Carnet de reportages aujourd'hui dans Codesources avec Elsa Marie et Romain Cordat
00:53en renfort en ce moment au service politique.
00:55et Armel Camelin de notre édition de l'Oise.
01:05Elsa Marie, vous êtes à Nice pour le premier tour des élections législatives anticipées
01:09le dimanche 30 juin.
01:10C'est le fief d'Éric Ciotti, le LR rallié au RN pendant la campagne.
01:15Ralliement qu'il a mis au banc du parti qu'il préside encore pourtant officiellement.
01:19Le soir à 20h à Nice, le constat est clair, ses électeurs l'ont suivi.
01:24Oui, Éric Ciotti arrive largement en tête avec 41% des suffrages.
01:30Il fait même beaucoup mieux qu'aux dernières législatives il y a deux ans
01:33où il était à environ à près de 32%.
01:36C'est quand même un très bon score et c'est la preuve que les électeurs ont validé
01:41le mariage avec le Rassemblement National.
01:44Et on l'avait senti quelques heures avant lorsqu'on l'avait suivi.
01:48Les Niçois étaient très chaleureux avec Éric Ciotti.
01:51Ils lui tendaient volontiers la main, l'appelaient Monsieur Ciotti.
01:55Lui-même présageait un bon score le soir des élections.
02:01Dans votre article, le lendemain, il y a la photo d'un couple d'électeurs d'Éric Ciotti,
02:06Stéphanie, 49 ans, et son mari, Christophe, la cinquantaine.
02:09Est-ce que vous pouvez nous les présenter en quelques mots ?
02:12Alors on les rencontre à la sortie d'un bureau de vote de l'école des Beaumettes.
02:16Elle, c'est une aide à domicile, elle a 49 ans, et son mari était boueur, il a 52 ans.
02:22Et ce que nous dit Stéphanie, c'est qu'elle n'en peut plus de voir ces personnes âgées
02:27qui vivent de plus en plus mal.
02:29Elle nous dit qu'ils ont du mal même à se nourrir, à tel point qu'une personne âgée
02:33lui a confié qu'elle se faisait prescrire des crèmes et des yaourts aux compléments alimentaires
02:38alors qu'elle n'en a pas besoin pour pouvoir se nourrir.
02:41Lui, il est éboueur et donc il balaye les rues de Nice à l'aube
02:45et il voit de plus en plus de familles dormir dans leurs voitures
02:50et les deux, finalement, observent la pauvreté gagner du terrain dans notre pays.
02:56Aujourd'hui, pourquoi est-ce qu'ils votent Rassemblement National ?
02:59Éric Ciotti, mais donc il s'est allié au ARN.
03:01Parce qu'ils veulent que ça change, à peu près comme tous les électeurs du Rassemblement National.
03:06Ils nous disent aussi qu'eux-mêmes ont des difficultés,
03:09alors qu'ils ont plutôt un bon salaire à eux deux, ils gagnent 3 700 euros, ils n'ont pas
03:14de loyer.
03:15Mais malgré ça, la vie est dure, même pour eux.
03:19Ils nous racontent par exemple qu'ils ont 96 euros d'électricité par mois
03:23et qu'ils viennent de recevoir une facture de réajustement de 502 euros
03:28et qu'à chaque fois, ils ont toujours des choses à payer
03:31et que cette vie-là, à se serrer la ceinture, ils n'en veulent plus.
03:34Dans le même reportage, un autre sympathisant d'Éric Ciotti et du RN, un certain François, 70 ans,
03:40se présente comme un ancien électeur de gauche.
03:43Oui, c'est un ancien socialiste qui, pour la première fois, a voté pour le RN aux élections européennes.
03:50Il nous raconte qu'il s'est décidé la veille parce qu'il s'est fait agresser dans la rue.
03:55Il était enrôleur et il a frôlé en fait un livreur qui foudra.
03:58Il a poursuivi sur 40 mètres et l'a poussé violemment.
04:02Lui ne l'a pas vue mais les témoins lui racontent qu'il était d'origine maghrébine
04:06et cet homme lui a cassé le bras.
04:07Et quand on le rencontre, en fait, il brandit son attel, il a des trémolos dans la voie,
04:11il est fou furieux et il nous dit « mais comment c'est possible ? »
04:15Et donc, il pense que le RN peut ramener de la sécurité dans le pays
04:19et finalement, lui qui a voté toujours à gauche dit
04:22« mais en fait, on est tellement à voter pour le RN, à un moment, on est 40%,
04:25on n'est pas 40% d'imbéciles dans le pays. »
04:29Robin Cordat, le mardi 2 juillet, vous publiez un reportage en Corrèze,
04:34là où l'ancien président François Hollande compte se faire élire député dimanche.
04:38Mais la candidate RN, une ancienne sarkoziste, a terminé deuxième, 7 points derrière lui.
04:43Pendant ce reportage, une électrice RN vous dit qu'elle est bien déterminée à aller voter au second tour.
04:49Alors, elle s'appelle Cathy, elle a 60 ans, c'est une ancienne femme de ménage
04:52et elle habite dans des HLM, sur les hauteurs d'une petite commune de Corrèze qui s'appelle Userche.
04:59Au premier tour, elle n'a pas pu aller voter parce que personne ne pouvait l'emmener.
05:03En fait, elle est en situation d'obésité et à un kilomètre qui la séparait de son bureau de vote,
05:09c'était trop fatigant pour elle.
05:11Pour le deuxième tour, elle a vraiment beaucoup d'espoir.
05:13Elle me dit, j'espère vraiment qu'elle va passer, Marine Le Pen, il faut que ça change.
05:18Et elle s'est déjà mise d'accord avec sa belle-fille pour qu'elle vienne la chercher
05:21et qu'elle puisse cette fois aller voter.
05:23D'un mot, elle dit pourquoi elle veut voter RN ?
05:25C'est un peu le cumul de toutes les petites colères du quotidien.
05:29Elle parle de la vie qui augmente, le prix des cigarettes qui augmente.
05:32Quand je la croise, elle est justement partie acheter un paquet.
05:36Son impression générale, c'est que les politiciens seraient des menteurs,
05:41des hypocrites qui ne tiendraient pas leurs promesses
05:43et qu'il y a vraiment aujourd'hui besoin de changement.
05:49Armel Camelin, vous êtes journaliste à l'édition de l'Oise du Parisien
05:53dans la région des Hauts-de-France.
05:54Vous aussi, vous allez à la rencontre de ces Français qui votent RN.
05:58Vous vous postez à la sortie d'un intermarché à Moivillet,
06:01une petite commune de 700 habitants.
06:03Et vous rencontrez une femme âgée de 62 ans, Martine.
06:07Elle vous explique qu'elle a déjà voté FN par le passé.
06:10C'était uniquement au premier tour des élections présidentielles ou législatives.
06:16Martine n'a jamais passé le cap de voter RN au second tour.
06:23Si elle vote RN au premier tour, c'est comme un coup de gueule
06:26parce qu'elle est en colère, qu'elle en a marre.
06:28Elle veut montrer qu'elle n'est pas d'accord avec les politiques en cours.
06:32Mais cette fois-ci, elle vous explique qu'elle va voter RN aussi au second tour.
06:36Pourquoi ?
06:36Elle va voter RN parce qu'elle a des difficultés avec sa retraite.
06:42Elle a une retraite de 1040 euros par mois.
06:45Elle paye 636 euros de loyer et une grosse facture d'électricité.
06:50Ce lundi matin, à la sortie de l'intermarché, elle a fait des courses,
06:54mais ce n'est pas pour elle, c'est pour ses enfants.
06:56Et en fait, si elle vote RN au second tour, c'est pour ses enfants, pour ses gosses,
07:00qu'elle est obligée d'aider financièrement alors qu'ils sont actifs.
07:03Ils ont 25 ans, son fils est électricien.
07:06Mais elle est obligée de leur venir en aide, de faire un petit peu de course pour eux,
07:10pour qu'ils puissent vivre décemment.
07:11Elle me dit qu'elle est écœurée de voir que son fils, alors qu'il travaille,
07:16ne réussit pas à joindre les deux bouts et qu'elle est obligée de l'aider.
07:20Elle me dit que les politiques l'écœurent.
07:22Vous échangez aussi avec un homme de 49 ans, Franck, et sa mère, Gisleine, qui a 69 ans.
07:28Gisleine va voter RN, mais ça va à l'encontre de son histoire familiale.
07:33Gisleine a toujours voté socialiste.
07:37Elle vient d'une famille où on vote socialiste, une famille d'ouvriers.
07:40D'ailleurs, sur le parking de l'intermarché, quand elle me dit qu'elle a voté pour le Rassemblement national,
07:47elle est honteuse.
07:49Ce qu'elle me dit, c'est si mon père savait que je vote ça aujourd'hui, qu'est-ce
07:53qu'il dirait ?
07:54Et donc, pourquoi elle vote RN aujourd'hui ?
07:56Gisleine vote RN aujourd'hui, surtout pour des raisons économiques.
08:00Elle m'explique qu'elle a une retraite qu'elle estime confortable, 1600 euros par mois,
08:04mais qu'elle trouve ça terrible de voir que certains retraités ont du mal à joindre des debouts
08:11et ne peuvent pas s'acheter un biftec.
08:14Autre électeur rencontré à Moivillet, Mathieu, un paysagiste âgé de 37 ans.
08:18Lui, c'est un électeur convaincu du RN.
08:21Oui, effectivement, Mathieu me raconte qu'il vote RN depuis qu'il a le droit de vote,
08:27à toutes les élections.
08:28Il est totalement convaincu par les arguments du RN.
08:35Mais ce que je trouve intéressant dans le témoignage de Mathieu,
08:38c'est qu'il a beaucoup de mal à me dire quels sont les changements concrets
08:44qu'il aimerait voir si le RN devait entrer au gouvernement.
08:51Mais il est plutôt dans une attitude d'attente.
08:55C'est-à-dire qu'il attend beaucoup du Rassemblement national.
08:58Et il me dit que c'est le moment pour le RN de prouver qu'il peut le faire, qu
09:03'il peut gouverner.
09:04Armel Camelin, dans votre reportage publié le mercredi 3 juillet dans Le Parisien,
09:09il y a aussi un agent de sécurité de 52 ans.
09:11Il ne dit pas pour qui il vote, mais il met en avant des problèmes très précis de pouvoir d
09:16'achat.
09:17Oui, c'est Patrick qui a 52 ans
09:19et qui, contrairement aux autres électeurs du RN avec qui j'ai pu discuter,
09:25me donne des arguments très concrets sur ce qu'il aimerait voir changer dans sa vie.
09:30Il me dit, par exemple, qu'il en a assez de devoir changer régulièrement
09:35les pneus de sa voiture à cause des routes qui sont défoncées.
09:39Il me dit aussi qu'il voudrait ne pas avoir besoin d'attendre 6 mois
09:44pour avoir un rendez-vous chez le Dermato à 100 km de chez lui.
09:48Il m'a aussi beaucoup parlé de l'éducation nationale.
09:51Il a enlevé ses enfants de l'école publique pour les inscrire dans une école privée
09:57parce qu'il considérait que l'éducation nationale ne leur apportait pas ce dont ils avaient besoin.
10:02Armel Camelin, ses électeurs, ses électrices, est-ce qu'ils vous parlent aussi d'immigration, par exemple ?
10:07Oui, ils en parlent tous.
10:10Je pense notamment à Franck, le fils de Gisleine,
10:14qui, lui, me parle tout de suite de l'islamisation quand je lui demande pour qui il a voté.
10:21Il me dit que même depuis les campagnes, il voit que l'islamisation est en train d'arriver chez nous,
10:30dit-il.
10:30Et il m'explique d'ailleurs que sur ce sujet, le RN lui redonne foi en la politique.
10:35Il me dit, j'ai espoir que mon vote paye pour une fois.
10:41Robin Corda, le mercredi 3 juillet, vous signez avec Elsa Marie un long reportage intitulé
10:46« Plongé dans la France qui vote RN », vous êtes en Champagne, auprès de viticulteurs.
10:52D'un mot d'abord, dans la circonscription où vous êtes,
10:54le plus vieux député de France, celui qui est élu depuis le plus longtemps,
10:58est en ballotage défavorable face à un candidat du RN.
11:02Oui, c'est Charles de Courson.
11:03Charles de Courson, il est député depuis plus de 30 ans.
11:06Il est entré à l'Assemblée nationale en 1993.
11:10Il est en danger face à un candidat RN que personne n'avait vu venir
11:14et qui s'est hissé en tête du premier tour des élections législatives.
11:18Vous citez Maxime, 31 ans, qui conduit son tracteur au milieu des vignes à Blancoteau dans la Marne
11:24et Jordan Bardella lui inspire confiance. C'est ce qu'il vous dit.
11:26Ce qu'il me dit, c'est qu'il en a assez de ne pas être écouté.
11:31Il me dit, on est dans une république où le peuple n'est jamais pris en compte.
11:35Il me parle par exemple des réformes menées grâce au 49-3 par le gouvernement.
11:40Il me cite la réforme des retraites.
11:42Lui-même n'était pas particulièrement contre cette réforme.
11:46Mais il me dit, mais pourquoi l'avoir fait comme ça ?
11:48Sous-entendu, pourquoi l'avoir fait sans l'accord du peuple ?
11:52Au milieu des vignes, vous rencontrez Anthony, 39 ans, sécateur à la main.
11:56Et avec lui, vous parlez du mouvement de colère des agriculteurs
11:59qu'a connu la France fin 2023 et en janvier 2024.
12:03Oui, ça l'a beaucoup marqué.
12:05Il me dit, six mois plus tard, on les laisse encore mourir de faim.
12:08Il faut se rappeler qu'à la suite de ce mouvement, le gouvernement avait annoncé une série de mesures.
12:14Les agriculteurs avaient été en partie entendus.
12:16Mais ça, on dirait que c'est passé totalement à la trappe.
12:20Beaucoup d'électeurs que je rencontre ont l'impression qu'il n'y a rien eu à ce moment-là.
12:25Qu'est-ce que vous entendez d'autre pour expliquer le vote RN pendant ce reportage en Champagne ?
12:29Il y a vraiment toute une batterie de colère, de frustration.
12:34On peut parler des confinements, du Covid, du vaccin obligatoire.
12:38Et puis, il y a aussi l'Europe qui semble mal comprise, mal aimée,
12:43entre ces normes qui seraient trop contraignantes pour les agriculteurs.
12:47Il y a aussi José qui est un retraité charpentier de 62 ans.
12:51Lui, il ne comprend pas pourquoi est-ce qu'on envoie de l'argent en Ukraine, par exemple,
12:54alors qu'il y a tellement de familles qui en manquent en France.
12:57José qui dénonce ce qu'il appelle l'Europe de l'assistanat.
13:01Vous citez aussi dans ce même reportage un propriétaire viticole, Stéphane, 42 ans.
13:06Lui, estime au contraire avoir besoin de l'Europe aujourd'hui.
13:09Oui, exactement.
13:10Lui, il est propriétaire de raisins de chardonnay avec lequel il fait du vin, du champagne.
13:15Donc, il me dit qu'on a besoin de l'Europe, on a besoin de frontières ouvertes, de libre commerce.
13:20Et on le sent vraiment exaspéré.
13:22Il me dit que les gens pensent qu'on peut tout changer en un claquement de doigts,
13:26qu'il suffit de dire qu'on va changer les choses pour que les choses changent.
13:30On voit que lui, il n'y croit pas du tout.
13:37Elsa Marie, de votre côté, vous êtes dans le sud-est.
13:40Toujours, vous parcourez les rues de Menton, à une dizaine de kilomètres de la frontière italienne.
13:44Dans cette circonscription, la députée RN a été réélue dès le premier tour avec 56% des suffrages exprimés.
13:51Dans l'ensemble, quel argument vous entendez le plus souvent pour expliquer cette large victoire ?
13:56L'immigration, ça revient sans arrêt.
13:58Comme si tous les habitants qui votent RN s'étaient donné le mot et nous disent
14:02« Voilà, nous on habite à côté de la frontière italienne, il y a des vagues migratoires et les gens
14:06en ont peur ».
14:07Une dame me raconte, il y a quelques années, sur la plage, elle voyait des migrants courir,
14:12croyant qu'ils étaient poursuivis par la police.
14:15Alors aujourd'hui, ce n'est plus le cas depuis des années, puisque les frontières ont été renforcées,
14:20mais il y a quand même cette peur.
14:22Et lorsqu'on dit aux habitants « Mais on ne voit pas de migrants dans les rues »,
14:24ils nous répondent « Mais si, on en voit de temps en temps passer ».
14:27Et finalement, ce vote RN, c'est un grand nom à l'immigration.
14:31Ils nous disent qu'ils ont vraiment peur que le pays soit envahi
14:35et que les Français doivent, selon eux, rester la priorité.
14:38Vous avez été frappé par la violence de certains propos.
14:41Oui, au marché, on a rencontré un groupe de retraités qui d'emblée utilisait des mots très violents,
14:47très insultants, pour désigner les personnes d'origine maghrébine et les migrants.
14:52Notamment, l'un d'eux me disait que c'était tous des violeurs.
14:56Et devant mon air un peu estomaqué, il m'a rétorqué « Mais vous verrez, ça vous arrivera à vous
15:02aussi ».
15:02Ça vous a étonné de voir des gens tenir des propos ouvertement racistes, comme ça ?
15:06J'ai fait plusieurs reportages auprès des électeurs RN et jusqu'alors, j'avais déjà entendu des propos racistes,
15:12mais jamais d'une telle violence.
15:21Les électeurs RN que vous avez croisés, Romain Cordat, ils le disent facilement, qu'ils votent Rassemblement National aujourd'hui
15:27?
15:27Pas toujours, pas toujours. Parfois, il faut creuser. Au début, les gens vont dire que tout ce qu'ils peuvent
15:34dire,
15:34c'est qu'ils veulent que ça change, ou qu'en tout cas, ce qu'ils ne veulent surtout pas,
15:39c'est voir l'extrême gauche au pouvoir.
15:41Et puis, au fur et à mesure de la discussion, ils finissent par se confier et par dire que oui,
15:45ils votent Rassemblement National.
15:47Robin Cordat, vous, qu'est-ce qui vous a marqué en faisant plusieurs journées de reportages comme ça,
15:51en allant parler aux électeurs du Rassemblement National ?
15:55Je crois que ce qui m'a vraiment frappé, c'est que les électeurs RN ne votent pas forcément pour
16:00un programme,
16:01mais plutôt parce qu'ils ont l'impression que le Rassemblement National partage le même constat qu'eux.
16:07C'est le constat d'une France qui serait submergée par l'immigration, qui serait sur le déclin,
16:13et qu'ils ont du mal à reconnaître. Donc ce n'est même pas pour des solutions, finalement, qu'ils
16:18votent,
16:19mais parce qu'ils ont l'impression d'être compris.
16:21Et du coup, ils votent RN, même s'ils ne connaissent pas forcément le candidat au niveau local dans la
16:25circonscription ?
16:26Exactement. Il y a un bon exemple. C'est la candidate RN qui est face à François Hollande.
16:31Elle s'appelle Maïté Pouget. Elle a 70 ans et elle est encartée au RN depuis seulement 3 ans.
16:36Elle n'a, pour ainsi dire, presque pas fait campagne.
16:39Elle a d'ailleurs snobé le seul débat qui était organisé pendant les 3 semaines précédant le scrutin.
16:44Et elle a quand même récolté 30% des voix, parce que finalement, au-delà de leurs candidats,
16:49ce que veulent les gens, c'est de voter pour Jordan Bardella, Premier ministre,
16:53et pour un gouvernement, un rassemblement national.
16:58Elsa Marie, au-delà de ces élections législatives, ces sympathisants RN,
17:02est-ce qu'ils ont le sentiment que leur parti va forcément, un jour, arriver au pouvoir ?
17:08Est-ce qu'ils parlent de la prochaine présidentielle de 2027, par exemple ?
17:11Oui, ils sont confiants, mais ils sont très agacés par le jeu des désistements.
17:16Ils sentent qu'il y a un barrage qui s'opère contre eux.
17:19On rencontre notamment Bernard, qui est attablé à une terrasse d'un village qui s'appelle Saint-Martin-Vésubie,
17:25et qui nous dit, mais voilà, ça y est, c'est le jeu des alliances,
17:28tout le monde se retourne contre nous, on est les refoulés de la France.
17:32Et ça, ce discours revient souvent en disant, mais il faut arrêter de toujours vouloir s'opposer à nous.
17:36Nous, si on perd, on accepte le vote, on ne fait pas comme la gauche, on ne va pas manifester,
17:43on ne casse pas tout.
17:44Et Bernard nous dit que si jamais le RN ne passe pas à ses législatives,
17:48eh bien, son parti fera mieux à la présidentielle.
17:57Merci à Elsa Marie, Romain Cordat et Armelle Camelin.
18:01Côte source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
18:04Cet épisode a été produit par Barbara Gouy, Camille Ruiz et Raphaël Pueyo.
18:09Réalisation, Alexandre Ferreira.
18:11Pour suivre en temps réel toute l'actualité politique, rendez-vous sur leparisien.fr.
18:16Et puis n'oubliez pas les deux autres podcasts du Parisien,
18:19Le Sacre, jusqu'au jeu de Paris 2024,
18:22chaque mercredi les confidences de médaillés d'or olympiques ou paralympiques,
18:26et Crime Story, chaque samedi, une grande affaire criminelle.
18:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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