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Après sa large victoire aux élections européennes, le RN semble en bonne position pour remporter une majorité relative à l’Assemblée nationale selon les sondages. Code source revient sur l’histoire d’un parti marginal qui a réussi à séduire une grande partie de l’électorat en France.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier Amouroux, Camille Ruiz - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA, TF1.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après sa victoire aux Européennes le 9 juin, le Rassemblement National est arrivé en position de force aux législatives anticipées
00:19des 30 juin et 7 juillet.
00:21Codesource vous raconte aujourd'hui l'histoire de ce parti, cofondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen,
00:27avec des militants néofascistes du groupuscule Ordre Nouveau.
00:31A l'époque, Jean-Marie Le Pen, 44 ans, ancien député du mouvement populiste de Pierre Poujade,
00:37avait été choisi comme président car il était plus présentable que les militants turbulents d'Ordre Nouveau.
00:43Ce parti, au départ marginal, a réussi en 5 décennies à séduire une grande partie de l'électorat en France.
00:51Quelle est l'histoire du FN devenu RN en 2018 ? Pourquoi et comment est-il devenu incontournable aujourd'hui
00:57?
00:58Réponse avec un spécialiste, le politologue Jean-Yves Camus, co-directeur de l'Observatoire des Radicalités Politiques,
01:04chercheur rattaché à l'IRIS, l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques.
01:18Jean-Yves Camus, vous êtes l'un des meilleurs spécialistes du RN en France.
01:22Vous étudiez ce parti depuis le début des années 1980. D'abord, pourquoi ?
01:27Pourquoi ? Parce que ce parti qui n'intéressait personne, dont on pensait qu'il était un phénomène purement protestataire,
01:35a fini par s'installer dans le temps, en particulier à partir de 1983-84.
01:41J'ai toujours été persuadé, pour ma part, que c'était bien davantage qu'un parti protestataire.
01:49Beaucoup d'observateurs se sont trompés. Ce n'est pas qu'un vote de protestation.
01:52C'est aussi un vote d'adhésion. Alors, un certain nombre d'items qui ne sont pas extrêmement sophistiqués.
01:57La volonté de reprendre la souveraineté nationale, la volonté de limiter, voire d'arrêter l'immigration,
02:05le fait de sentir une déconnexion profonde entre le peuple et les élites, etc.
02:09Mais tout ça, quand on le met bout à bout, forme un corpus.
02:14C'est peut-être comme ça que le populisme xénophobe acquiert un public durable.
02:22Alors, on a choisi de commencer ce podcast en 1972, l'année de fondation du Front National.
02:28Qui est Jean-Marie Le Pen ? À ce moment-là, il a 44 ans, en 1972.
02:32Jean-Marie Le Pen est un homme qui est né à la fin des années 20, en Bretagne.
02:37Il est un homme de son milieu, des préjugés de son temps.
02:41Trop jeune pour s'engager dans la résistance.
02:44Trop jeune aussi, effectivement, pour collaborer de manière active.
02:48Il monte à Paris pour faire des études de droit.
02:50Il est issu d'un milieu modeste, voire très modeste.
02:54Il croit en l'ascenseur social par les études.
02:57Et il en fait d'assez bonne.
02:59Il a une grande culture générale.
03:02Il fraye un petit peu avec les étudiants monarchistes qui vendent Aspect de la France sur les marchés.
03:09Fin des années 40, il devient président de la Corporation des étudiants en droit.
03:15Et en 1956, après un passage par la guerre d'Indochine, où il s'engage volontairement,
03:23il est élu le plus jeune député de France sous l'étiquette du mouvement poujadiste.
03:28Mais le mouvement poujadiste, ce n'est pas le Front National.
03:30Parce qu'il est créé en 1953.
03:32Et en 1958, quand le général de Gaulle revient, c'est fini.
03:39Le Front National est créé le 5 octobre 1972 à Paris.
03:43Au tout départ, qui fonde le FN ?
03:46Et pourquoi Jean-Marie Le Pen est choisi pour présider ce nouveau parti ?
03:50Alors, ce n'est pas Jean-Marie Le Pen qui fonde le Front National.
03:53Ce sont les jeunes, pour la plupart étudiants, du mouvement Ordre Nouveau.
03:58qui a été actifs de 1969 à 1973, que Raymond Marcelin, ministre de l'Intérieur, a dissous en même temps
04:07que la Ligue Communiste.
04:08Et donc, les étudiants, ex-Ordre Nouveau, se disent, si on le fait nous-mêmes,
04:13on va tomber sous le délit de reconstitution de l'Ide 10 août, et ça ne va pas bien se
04:16passer.
04:16Alors, on va aller chercher quelqu'un qui ait l'expérience de la politique,
04:20et qui soit une figure tutélaire un peu moins remuevente que nous, qui avons quand même pas mal cogné.
04:26Et il pense à Jean-Marie Le Pen, qui est un peu retiré des affaires à cette époque-là.
04:30Il doit gagner sa vie, parce qu'il s'est engagé dans la guerre d'Algérie,
04:34puis dans la campagne de Jean-Louis Tiki-Vignancourt en 1965,
04:37mais Tiki-Vignancourt fait moins de 6% des voix.
04:40Donc, Le Pen doit aller travailler, et c'est là qu'il fonde sa maison de disques, la SERP.
04:46Comme il est ancien parlementaire, comme il est un peu connu des Français,
04:51les étudiants d'Ordre Nouveau ont le cherché, et lui disent « Nous avons besoin d'un président ».
04:56Mais ils entendent bien que ce président soit un président petit.
04:59Sauf que Jean-Marie Le Pen va les rouler dans la farine.
05:01Et qu'en fait, il va les évincer petit à petit, devenir le véritable maître à bord,
05:07et les étudiants d'Ordre Nouveau, eux, en 1974, créeront une formation rivale, le Parti des Forces Nouvelles.
05:13« Ordre Nouveau » était un groupuscule néo-fasciste.
05:16Est-ce que c'est vrai qu'au départ, au FN, il y avait des anciens nazis,
05:19et des gens qui avaient collaboré avec l'Allemagne nazie ?
05:22Ah oui, parce que, d'abord, il y a très peu de monde.
05:24Donc, comme il y a très peu de monde,
05:26ils sont obligés de prendre tout ce que l'extrême droite compte de militants.
05:30Certains sont nazis, donc tout le monde vient au FN,
05:34y compris des gens qui ont porté l'uniforme allemand pendant la Seconde Guerre mondiale,
05:38des gens qui ont collaboré avec Vichy,
05:41des gens qui ont milité dans les ligues des années 30.
05:44Donc, oui, des hommes qui ont porté l'uniforme allemand,
05:48des hommes qui ont collaboré.
05:49J'en ai effectivement connu des Vichy, des titulaires de la Francisque,
05:53et puis des gens qui appartenaient à tous les petits groupuscules marginaux de l'époque,
05:59et il y en avait un certain nombre,
06:00notamment les gens qui étaient rassemblés autour de François Duprat,
06:03animés notamment par une haine des Juifs.
06:06C'était un auteur négationniste, il expliquait donc que le génocide des Juifs n'avait pas eu lieu,
06:13mais c'était quelqu'un qui a ramené au Front National tous les petits groupuscules dispersés.
06:19Parmi les premiers slogans du FN, il y a un million de chômeurs,
06:22c'est un million d'immigrés en trop.
06:24Le FN est ouvertement hostile aux étrangers ?
06:27Il est ouvertement hostile aux étrangers, dont il pense,
06:31on est en 1978 pour les législatives là,
06:34qu'ils piquent les emplois des Français.
06:36C'est très intéressant de voir comment ça se pose à l'époque, le problème de l'immigration.
06:41C'est la fin des Trente Glorieuses, c'est le début du chômage de masse,
06:46c'est le choc pétrolier, le second.
06:48Et le FN vante aux Français le fait que, si on renvoie un immigré,
06:56on crée un emploi pour un Français.
06:58Et que si on renvoie donc les un million d'immigrés,
07:02qui sont en France à l'époque,
07:04on crée un million d'emplois qui correspondent aux millions de chômeurs.
07:09Donc c'est une optique plutôt économique.
07:11C'est pas une optique d'incompatibilité culturelle,
07:14même si l'extrême droite, dès la fin de la guerre d'Algérie, a été très claire.
07:19Il y a incompatibilité entre le mode de vie nord-africain, africain,
07:26et la civilisation européenne.
07:28Simplement, comme à l'époque, l'islam politique, l'islam radical,
07:32n'est pas véritablement une menace pour la France,
07:35c'est l'axe économique qui est choisi.
07:37Et puis il y a un autre slogan du FN de l'époque,
07:39« Avec nous avant qu'il ne soit trop tard ».
07:42C'est-à-dire cette espèce d'appel à faire front de tous les patriotes
07:48pour éviter le chaos, le désordre, la disparition de la France, d'ailleurs.
07:53D'un mot, le logo du FN, il s'inspire directement de celui d'un parti néofasciste italien,
07:58le Mouvement Social Italien, le MSI.
08:00Il s'inspire très exactement du logo du Mouvement Social Italien,
08:05fondé juste après la guerre,
08:06pour continuer l'action du fascisme, M. Lignard.
08:11Et oui, c'est effectivement
08:13la flamme tricolore du MSI
08:16que le Front National va adopter comme emblème.
08:19Pourquoi ? Parce que le MSI a fourni
08:22une aide financière importante
08:25en finançant, en fait,
08:27assez largement
08:28les premières campagnes du FN
08:30et même, certains le disent,
08:32en payant la facture
08:34de l'impression des affiches.
08:36Vos affiches, par leur graphisme, par leur slogan,
08:39ressemblent à celles du MSI des néofascistes italiens.
08:42Que faut-il en déduire ?
08:43Je crois qu'il ne faut pas tirer de conclusion
08:45de ces graphismes identiques.
08:47Nous avons utilisé cette flamme tricolore
08:49parce qu'elle nous paraît la plus jolie
08:51qu'il y avait sur le marché graphique, si vous voulez.
08:53Et quant au slogan
08:55qui a peut-être été utilisé par le MSI
08:57et que nous utilisons,
08:59il correspond peut-être à une identité
09:00de situation et de danger.
09:02Mais je peux vous dire personnellement
09:04que je n'ai aucun contact
09:06avec le MSI italien,
09:07encore que je ne vois pas
09:08leur action avec antipathie
09:10dans la mesure où ils constituent une force
09:12capable de s'opposer
09:13à la montée du communisme.
09:16À la fin des années 1970,
09:18au tout début des années 1980,
09:20la situation est difficile
09:21pour le FN. Pourquoi ?
09:23La situation est abyssalement difficile.
09:25S'il y a 200 personnes encartées,
09:27c'est le maximum.
09:28Encore une fois,
09:29c'est un parti qui est fait
09:30de briques et de brocs.
09:31On y trouve des royalistes,
09:32des néo-nazis,
09:33les militants de la FAN, par exemple.
09:36Un petit mouvement groupusculaire,
09:38fédération d'action nationale et européenne,
09:42qui fait dans l'antisémitisme
09:45le plus vil
09:47et qui essaye
09:49de raviver la flamme
09:52d'une sorte de national-socialisme
09:54pour les nuls.
09:55Donc, on trouve aussi
09:56des anciens partisans
09:57de l'Algérie française.
09:58On se demande ce qu'ils viennent faire
09:59dans cette galère
09:59à côté des nazis.
10:01Ça ne va pas.
10:02Et le score électoral de 1974
10:03en témoigne.
10:05Et plus encore que celui de 1974.
10:07Le fait qu'en 1981,
10:09Jean-Marie Le Pen
10:10ne réunit pas les parrainages nécessaires
10:12pour se présenter
10:13à l'élection présidentielle,
10:14dont il est absent.
10:15Et c'est à ce moment-là
10:16qu'il appelle à voter Jeanne d'Arc.
10:22En 1982,
10:23Jean-Marie Le Pen se plaint
10:24auprès du président socialiste
10:26François Mitterrand
10:27de ne pas être invité
10:28à la télévision.
10:30Et François Mitterrand
10:31intervient en sa faveur.
10:32Il y voit sans doute
10:34déjà
10:36la possibilité
10:37que le FN
10:39accroisse son audience
10:40et que cela
10:41enfonce un coin
10:42dans une droite
10:44RPR,
10:45UDF,
10:46dont on ne se souvient pas
10:48à quel point
10:48elle était radicalisée,
10:50tétanisée
10:50par le fait
10:51que des ministres communistes
10:52étaient entrés
10:53au gouvernement
10:54après la victoire
10:55de Mitterrand
10:56en 1981.
10:57On est encore
10:57à l'époque
10:58de la guerre froide.
10:59On est encore
10:59à l'époque
11:00où le parti communiste
11:02s'est vu
11:03comme quand même
11:03la courroie de transmission
11:04d'une URSS
11:05qui n'a pas encore disparu.
11:07Donc,
11:08chez beaucoup
11:09d'électeurs de droite
11:11et même dans une partie
11:13de l'appareil du RPR,
11:14les gens du FN
11:15sont jugés un peu excessifs,
11:17mais enfin,
11:17ils font partie de la famille,
11:18ils font partie
11:18de la famille des patriotes
11:19et des anticommunistes.
11:21Mitterrand se dit
11:22pour enfoncer un coin
11:23à l'intérieur de la droite
11:24pour l'affaiblir,
11:26peut-être qu'un FN
11:27un peu plus fort
11:28ce serait pas mal
11:29et un FN un peu plus fort
11:30c'est un FN plus visible.
11:31Et on voit
11:32Jean-Marie Le Pen
11:33à la télévision.
11:33Dans une émission
11:34où la France
11:36se découvre,
11:37il s'en sort pas si mal
11:38parce que d'abord,
11:38à toutes les questions
11:39techniques
11:40qui lui sont posées,
11:42il répond
11:43par autre chose
11:44que de la technique.
11:45Il répond
11:45par des mots simples.
11:47Ensuite,
11:47parce que c'est vrai,
11:48c'est un bon débatteur.
11:50C'est quelqu'un
11:51qui remplit l'écran.
11:52Il a une carrure,
11:53il a un bagon,
11:55il y a des gens
11:56qui accrochent.
11:56Quand vous lisez
11:57des propos
11:58qui sont antisémites
11:59ou quand vous entendez
12:00des propos
12:01qui sont antisémites,
12:02quelle est votre réaction ?
12:03Autrement dit,
12:03qu'est-ce que vous pensez
12:04de l'antisémitisme ?
12:05Écoutez,
12:05je l'ai déjà dit
12:06plusieurs fois
12:07mais je le redis,
12:08n'est-ce pas ?
12:08Si l'antisémitisme
12:10consiste à persécuter
12:11les juifs
12:12à raison de leur religion
12:14ou de leur race.
12:16Je ne suis certainement
12:17pas antisémite
12:17et la tribune juive
12:19notait qu'en 30 ans
12:20de vie publique,
12:21on a pu relever
12:22une seule déclaration
12:24antisémite
12:24à mon encontre.
12:25En revanche,
12:26je ne me crois pas
12:26pour autant
12:27obligé
12:28d'aimer
12:29la loi Veil,
12:30d'admirer
12:31la peinture de Chagall
12:32ou d'approuver
12:33la politique
12:34de Mendes-France.
12:35Mais,
12:36l'idée selon laquelle
12:38François Mitterrand
12:39aurait créé
12:40le Front National
12:41est fausse.
12:43Un coup de pouce,
12:44ça ne crée pas
12:45un phénomène
12:46qui dure 50 ans,
12:48si bien qu'il y avait
12:49dans la société française
12:50quelque chose
12:51qui allait créer
12:52le terreau favorable
12:53à l'éclosion électorale
12:55du Front National.
12:57En juin 1984,
12:59le Front National
12:59fait une première
13:00percée électorale
13:01aux européennes,
13:03près de 11%
13:03des suffrages
13:04et 10 sièges
13:05d'eurodéputés.
13:06En 1986,
13:08cette progression
13:08devient spectaculaire
13:10aux élections législatives.
13:11Le mode de scrutin
13:12a changé,
13:13les élections
13:13sont organisées
13:14à la proportionnelle
13:16à un seul tour
13:16et 35 députés frontistes
13:19entrent à l'Assemblée Nationale.
13:21Ces 35 députés frontistes
13:22sont rassemblés déjà
13:24sous l'étiquette
13:26Rassemblement National.
13:27Pourquoi ?
13:28Parce que Jean-Marie Le Pen
13:29s'est dit
13:29« On va profiter
13:30de la proportionnelle,
13:31on va pouvoir faire
13:32lire du monde. »
13:33Il faut donner l'impression
13:34que ce n'est pas uniquement
13:35le noyau dur du FN
13:36qui va rentrer au Parlement.
13:38Il appelle donc
13:39des personnalités
13:40qui ont fait un passage
13:41par le RPR
13:43ou d'autres formations
13:44de droite.
13:45Le seul problème,
13:46c'est que,
13:47d'une part,
13:47ces députés
13:48ne brillent pas particulièrement,
13:50ils n'ont pas d'alliés,
13:51ils sont complètement isolés
13:52et puis,
13:53le gros patatras,
13:54c'est septembre 1987,
13:57la déclaration
13:57de Jean-Marie Le Pen
13:58sur le point de détail
13:59et là,
14:00une bonne partie
14:01de ces députés
14:01venus d'ailleurs
14:02disent « Non,
14:03on ne peut pas suivre. »
14:04On est le dimanche 13
14:05septembre 1987.
14:07Tout le monde pense déjà
14:08à la présidentielle
14:09de 1988,
14:11quelques mois plus tard.
14:12Jean-Marie Le Pen
14:13est l'invité
14:13du grand jury
14:14RTL Le Monde.
14:15Il est interrogé
14:16sur le négationnisme,
14:17le déni du génocide
14:19des Juifs
14:19par l'Allemagne nazie
14:20et il répond
14:21qu'il se pose des questions
14:22sur un certain
14:23nombre de points.
14:24« Je suis un passionné
14:26aussi par l'histoire
14:27de la Deuxième Guerre mondiale.
14:29Je me pose
14:30un certain nombre
14:30de questions
14:31et je ne dis pas
14:34que les chambres à gaz
14:34n'ont pas existé.
14:37Je n'ai pas pu
14:38moi-même en voir,
14:39je n'ai pas étudié
14:41spécialement la question,
14:42mais je crois
14:43que c'est un point
14:44de détail
14:45de l'histoire
14:45de la Deuxième Guerre mondiale.
14:47de la Deuxième Guerre mondiale.
14:47« Mais vous mettez en doute... »
14:49« Non, mais est-ce que c'est... »
14:50« 6 millions de morts ? »
14:51« Est-ce que vous affirme... »
14:51« Non, pardon. »
14:53« Je n'ai pas compris, mais... »
14:54« Non, mais 6 millions de morts,
14:55comment c'est... »
14:56Jean-Yves Camus,
14:57pourquoi il dit ça ?
14:58« Je ne dis pas
14:58que les chambres à gaz
14:59n'ont pas existé,
15:00mais je crois que c'est
15:01un point de détail
15:01de la Seconde Guerre mondiale. »
15:03Jean-Marie Le Pen m'a expliqué
15:04qu'il avait immédiatement
15:06regretté ce qu'il avait dit,
15:07mais qu'il n'avait pas voulu
15:09rétro-pédaler.
15:11Un point de détail
15:12de l'histoire
15:12de la Seconde Guerre mondiale.
15:13Oui, alors évidemment,
15:14dans l'histoire
15:15des 60 millions de morts
15:16de la Seconde Guerre mondiale,
15:17beaucoup de gens considéraient,
15:18malheureusement,
15:19que ça n'était
15:20qu'un épisode parmi d'autres.
15:22Le seul problème,
15:23c'est que tous les historiens
15:24s'accordent pour dire
15:25que ce point,
15:27c'était, au fond,
15:30sans doute la chose
15:30la plus importante
15:31dans le projet national
15:33socialiste,
15:34dans le projet idéologique
15:35hitlérien,
15:36parce qu'il était écrit
15:38dès avant la guerre
15:39et c'était prévisible
15:42à la lecture de Mein Kampf
15:43que ce projet
15:45était un projet raciste
15:46qui supposait
15:47l'extermination d'un peuple
15:49et que ce peuple
15:50était nommé
15:51« c'était le peuple juif ».
15:53Mais pour Jean-Marie Le Pen,
15:55dans sa vision du monde,
15:57tout ça est secondaire.
15:58Le FN remporte
15:59plusieurs victoires électorales
16:00dans les années 1990,
16:02plusieurs maires
16:03FN sont élus en 1995
16:05dans le sud-est,
16:06notamment
16:06Marignane,
16:07Orange et Toulon,
16:09Vitrolles suivra
16:10en 1997.
16:11Qu'est-ce que l'on retiendra
16:12des gestions FN
16:14de ces villes ?
16:14Cette gestion a été
16:16amateurs,
16:18désastreuses.
16:19À Toulon,
16:19notamment,
16:20comme à Vitrolles,
16:22les maires
16:22ont des pratiques
16:24qui tournent
16:25au favoritisme
16:26et au copinage.
16:28Ces gens sont persuadés
16:29qu'ils peuvent,
16:31à l'échelle locale,
16:32faire de la préfiguration
16:34de ce que leur parti ferait
16:36s'il était au pouvoir.
16:37Et puis,
16:38il y a une réaction,
16:39y compris une réaction
16:40à droite.
16:41À Toulon,
16:42par exemple,
16:43la mairie FN
16:44organise une fête du livre
16:46à laquelle elle convient
16:48tous les auteurs
16:49de la mouvance
16:50d'extrême droite.
16:51Mais Hubert Falco,
16:52président à l'époque
16:53du département du Var,
16:55encore une fois,
16:55n'est pas un homme de gauche,
16:56mais quelqu'un de républicain
16:58et de sensé,
17:00qui a le courage
17:03de réunir
17:04des auteurs,
17:05y compris des auteurs de gauche,
17:07dans une grande fête du livre,
17:09soutenus financièrement
17:10par le département.
17:12Donc,
17:12on voit qu'il y a,
17:13face à l'offensive,
17:14notamment culturelle,
17:15des mairies FN,
17:18du répondant.
17:19Il y a du répondant à gauche
17:20et à l'extrême gauche,
17:21mais il y a aussi
17:22du répondant à droite.
17:23À la fin des années 1990,
17:24le FN est profondément divisé.
17:27Il y a un duel
17:28entre le cofondateur
17:29et président du FN,
17:30Jean-Marie Le Pen,
17:31et son numéro 2,
17:32Bruno Maigret.
17:33Bruno Maigret
17:34est un technocrate,
17:37partisan de l'union des droites.
17:39Le seul problème,
17:40c'est qu'il commet l'erreur
17:43de mettre en place
17:45à l'intérieur du FN,
17:47dont il est le numéro 2,
17:50une sorte d'appareil parallèle
17:52qui lui est dévoué.
17:53Et ça,
17:54Jean-Marie Le Pen n'aime pas.
17:55Il le dira
17:56au sommet de la crise
17:58entre eux deux.
18:00Au FN,
18:01il n'y a qu'un seul numéro 1.
18:04Le Pen ne peut pas supporter.
18:06Il a une notion
18:08très patrimoniale du parti.
18:10Ça fait partie
18:11de son patrimoine
18:12au même titre
18:13que sa maison
18:14et son compte en banque.
18:15Et il voit quelqu'un,
18:16deux surcroît plus jeunes que lui,
18:18à la formation totalement différente,
18:20qui essaye,
18:20en quelque sorte,
18:21de le doubler
18:22à l'intérieur de la boutique.
18:23Ça aboutit
18:24à une séance
18:26du Conseil national du parti,
18:28le 5 décembre 1999,
18:31où les choses tournent
18:33franchement vinaigre
18:34et où Bruno Maigret
18:36a dit avoir été viré,
18:39les Le Penistes
18:40expliquant qu'il a démissionné.
18:41Au tout début des années 2000,
18:43d'un mot,
18:43le FN semble très affaibli.
18:45En 2000-2001,
18:46le FN est en grosse crise.
18:49C'est à cause du départ
18:50des cadres
18:51qui ont suivi
18:53Bruno Maigret,
18:54y compris Jean-Yves Le Galou,
18:55par exemple,
18:56l'inventeur du concept
18:57de la préférence nationale.
18:59Et puis aussi
19:01parce qu'il a donné
19:01l'image
19:03d'un leadership
19:04de Jean-Marie Le Pen
19:05remis en question
19:06et corné.
19:08En tête,
19:09Jacques Chirac,
19:1020% des voix.
19:11Énorme surprise,
19:12Jean-Marie Le Pen
19:13semble devoir être le second
19:14avec 17% des voix.
19:17Le 21 avril 2002,
19:18c'est le premier tour
19:19de l'élection présidentielle.
19:20Jacques Chirac
19:21est en tête
19:21et Jean-Marie Le Pen
19:22se qualifie
19:23pour le second tour
19:24avec 17% des suffrages.
19:26Il a fait mieux
19:27que le socialiste
19:28Lionel Jospin.
19:29Il est donc qualifié
19:30pour le second tour.
19:31Oui, il a fait mieux
19:32dans les chiffres
19:32que Lionel Jospin.
19:33Mais en fait,
19:34Lionel Jospin
19:34a surtout fait moins bien
19:36que prévu.
19:37Et il y a un nombre
19:38record de candidats.
19:39Donc, ça propulse
19:41mathématiquement
19:41Jean-Marie Le Pen
19:42au second tour.
19:43Et il ne fait pas campagne
19:45dans l'entre-deux tours.
19:45Est-ce qu'on sait pourquoi ?
19:46Il n'était pas prêt.
19:47Il n'était pas prêt.
19:48Le matériel de campagne
19:49pour le second tour
19:49n'était pas prêt.
19:50Par ailleurs,
19:51Jacques Chirac
19:52refuse de débattre avec lui.
19:53Donc, bon,
19:53il ne va pas avoir
19:54l'occasion, effectivement,
19:55de montrer
19:56qu'il peut rivaliser
19:59avec Jacques Chirac.
20:00Et puis,
20:01c'est 17%.
20:03Ça permet d'accéder
20:04au second tour.
20:05Mais ce n'est pas géant
20:06non plus.
20:07Parce que pour être élu
20:08au second tour,
20:09il faut 50% des voix plus une.
20:11Et le gap
20:12qui sépare
20:12votre score de premier tour
20:14des 50% des voix plus une,
20:16il est juste impossible
20:17de le combler.
20:18Donc,
20:19la foule descend dans les rues.
20:21Persuadé que Le Pen
20:22va gagner
20:23et que l'extrême droite
20:24va arriver au pouvoir.
20:25Mais le soir du second tour,
20:27il y a 1,5% de gain
20:29pour Jean-Marie Le Pen.
20:30Chirac fait 82%.
20:32Les électeurs de gauche
20:34se sont pratiquement tous
20:37résolus à voter Chirac
20:38pour éviter
20:39le Front National.
20:41Ce qui veut dire
20:41qu'en fait,
20:42c'est une victoire
20:42en trompe-l'œil.
20:43Marine Le Pen
20:44devient vice-présidente
20:45du FN en 2003.
20:46Elle commence
20:46dès cette période
20:47ce qu'on va appeler
20:48la dédiabolisation.
20:49Concrètement,
20:50elle fait quoi ?
20:51Concrètement,
20:51d'abord,
20:52je suis chargé
20:52des questions juridiques
20:53au sein du parti
20:55dirigé par son père.
20:57Elle commence
20:58par mettre de l'ordre
20:59dans la maison
20:59qui a été sérieusement
21:01secouée
21:01par la crise maigretiste.
21:03Ensuite,
21:04je pense qu'elle s'exerce
21:06à faire des plateaux,
21:09à s'exprimer
21:10au nom du parti,
21:11ce qui n'était
21:12pas véritablement
21:14dans ses plans de départ.
21:16Je pense qu'au fond,
21:17elle n'a pas
21:18envisagé tout de suite
21:19de faire de la politique
21:21une carrière.
21:23Et puis,
21:23je me souviens
21:24avoir participé
21:25au premier débat télévisé
21:26où elle est apparue
21:28sur une chaîne nationale,
21:30après précisément
21:31le premier tour
21:31de 2002.
21:33C'est une novice.
21:34On sent qu'il y a
21:34du potentiel,
21:35mais c'est une novice.
21:36Donc,
21:36elle travaille son image,
21:38elle s'approprie aussi
21:39toute la vie interne
21:40du parti.
21:41Et là,
21:41elle comprend une chose,
21:43c'est que si ce parti
21:44reste celui
21:45de Jean-Marie Le Pen,
21:46il n'ira pas loin.
21:47et qu'au fond,
21:49toute l'attitude
21:50de Jean-Marie Le Pen,
21:51ça interdit
21:53durablement
21:54toute alliance
21:54avec la droite.
21:56Donc,
21:56déjà,
21:57aidée par le fait
21:58que ce ne sont pas
21:59ses idéaux,
22:00elle est née en 1968,
22:01la guerre d'Alvérie,
22:02ce n'est pas son horizon,
22:02la Seconde Guerre mondiale,
22:03encore moins.
22:04Elle se dit,
22:06il va falloir quand même
22:07mettre un grand coup de pied
22:08dans cette fourmilleur-là,
22:09quitte à ce que ça passe
22:11par l'éviction du père.
22:13Jean-Marie Le Pen
22:14continue de heurter
22:14avec ses propos.
22:15Par exemple,
22:16en 2005,
22:17le journal d'extrême droite
22:18et antisémite Rivarol
22:19rapporte que
22:20Jean-Marie Le Pen
22:21estime que
22:22l'occupation allemande
22:22de la France
22:23n'a pas été
22:24si inhumaine.
22:25Jean-Marie Le Pen
22:26s'exprime
22:27dans les colonnes
22:28d'un journal
22:28qui, on peut le dire,
22:30est négationniste,
22:31de manière ouverte,
22:32et là,
22:33Marine Le Pen
22:34prend véritablement
22:35un coup de sang.
22:36Parce que,
22:37si ce genre de phrase
22:39continue,
22:40c'est la marginalisation
22:41complète.
22:42Or,
22:42elle,
22:43si elle s'engage
22:44en politique,
22:45c'est pour véritablement
22:46mener ce parti
22:47au pouvoir.
22:48On a souvent dit
22:49de Jean-Marie Le Pen
22:50qu'il n'avait pas envie
22:51d'exercer le pouvoir,
22:52mais Marine Le Pen
22:53a véritablement
22:54l'intention d'y arriver.
22:57A la présidentielle
22:58de 2007,
22:59l'UMP Nicolas Sarkozy
23:00est élu face
23:01à la socialiste
23:02Ségolène Royale.
23:03Jean-Marie Le Pen
23:04termine quatrième,
23:05loin derrière
23:06François Bayrou,
23:06avec un peu plus
23:07de 10% des voix.
23:08Pourquoi le FN
23:09recule à ce moment-là ?
23:11Le FN recule
23:12parce que Nicolas Sarkozy,
23:13chez une campagne
23:14droitière,
23:16nous promet
23:16le Karcher.
23:18Le Karcher,
23:19c'est l'instrument
23:19avec lequel on nettoie
23:20les sols
23:21vraiment sales.
23:22En métaphore,
23:23il utilise
23:24cette expression
23:25pour expliquer
23:26qu'il va nettoyer
23:27les banlieues difficiles,
23:28celles où la délinquance
23:29et accessoirement
23:30l'immigration
23:30sont extrêmement présentes.
23:33Il explique par ailleurs
23:35que Schengen,
23:36peut-être qu'éventuellement
23:38on pourrait en sortir,
23:40il crée un ministère
23:41de l'immigration
23:42et de l'identité nationale
23:44qui,
23:45sous la houlette
23:46de Brice Hortefeux,
23:47met en place
23:48une consultation
23:48passablement surréaliste
23:51pour demander
23:52au français
23:52ce qu'il pense,
23:53de l'identité française
23:55et de la manière
23:55dont on peut
23:56serrer un peu
23:57les boulons
23:58sur les naturalisations
23:59et l'immigration.
24:01Et puis,
24:02au final,
24:03quand Nicolas Sarkozy
24:04arrive au moment
24:04de sa réélection
24:05en 2012,
24:07Claude Guéant
24:08annonce le nombre
24:09des régularisations
24:10d'étrangers
24:12opérées
24:12dans les deux dernières années
24:14du mandat Sarkozy.
24:15Et ce chiffre
24:16dépasse les 100 000.
24:18Et là,
24:19les électeurs
24:19du Rassemblement national
24:21se disent
24:21« Mais nous,
24:22attendez,
24:22on n'est pas... »
24:23Certes,
24:23ce chiffre,
24:23il est en diminution.
24:24Mais nous,
24:25on ne veut pas
24:26120 000.
24:26On veut zéro.
24:28Donc,
24:28au fond,
24:29Nicolas Sarkozy
24:30n'a pas compris
24:31que face
24:31au FN,
24:32la droite
24:33ne pourrait jamais
24:35aller aussi loin.
24:36Marine Le Pen
24:36devient présidente du FN
24:38en janvier 2011
24:39et elle est candidate
24:39à la présidentielle
24:40de 2012
24:41qui sera remportée
24:42par le socialiste
24:43François Hollande.
24:44Comment ça se passe
24:44pour elle ?
24:45Marine Le Pen
24:46a gagné
24:47la présidence
24:48du FN
24:48au terme
24:49d'une vraie campagne
24:50contre Bruno Gollnich.
24:51Son père ne lui a pas
24:52donné en cadeau
24:53le parti.
24:54Il l'a assez rudement
24:55mis à l'épreuve même.
24:57Mais ça n'est pas suffisant
25:00pour faire la différence
25:01en 2012
25:02face à un François Hollande
25:05qui allie
25:06la compétence technique
25:07et puis une gauche
25:09qui se porte sur son nom
25:12et qui est encore forte
25:15donc Marine Le Pen
25:16perd.
25:17Mais en même temps
25:18c'est sa première tentative
25:19donc personne
25:20n'avait véritablement cru
25:21qu'elle allait pouvoir l'emporter.
25:23Marine Le Pen
25:24termine troisième
25:25de cette présidentielle
25:26avec près de 18%
25:27des suffrages
25:28en 2015.
25:29Elle exclut son père
25:30du parti
25:31qu'il avait cofondé.
25:32Ça va être un bras de fer
25:33judiciaire.
25:34Jean-Yves Camus
25:34pourquoi cette rupture
25:35était devenue nécessaire
25:37pour Marine Le Pen ?
25:38Il en avait un petit peu
25:38assez de cette manière
25:40qu'avait Jean-Marie Le Pen
25:42après lui avoir confié
25:44donc sa succession
25:45de lui savonner la planche
25:47il n'était plus aux commandes
25:49mais régulièrement
25:50il se rablait
25:50au bon souvenir
25:51de son fan club
25:52d'une manière
25:53qui plombait encore davantage
25:55le FN.
25:56Donc Marine Le Pen
25:57va entreprendre
25:58contre une partie
26:00du bureau politique
26:01du mouvement
26:01une procédure d'exclusion
26:03qui va donner lieu
26:04à des épisodes
26:05assez rocambolesques
26:06Jean-Marie Le Pen
26:07arrivant au bureau politique
26:08malgré le fait
26:09qu'il ait été exclu
26:10etc.
26:10c'était salutaire
26:13d'un point de vue idéologique
26:14pour donner l'impression
26:16que le FN
26:18était devenu
26:19un parti
26:21de droite
26:22patriote
26:23qui pouvait désormais
26:25considérer
26:26la conquête du pouvoir
26:28en étant débarrassé
26:29des étiquettes infâmes
26:31de racistes
26:31d'antisémites
26:32et de négationnistes.
26:33En 2017
26:34le 23 avril
26:35Marine Le Pen
26:36se qualifie
26:36pour le second tour
26:37de la présidentielle
26:3834% des voix
26:40au second tour
26:41Jean-Yves Camus
26:42l'image qui reste
26:43c'est le 3 mai
26:44son débat
26:44de l'entre-deux-tours
26:45jugé raté
26:46face à Emmanuel Macron.
26:48Désastreusement raté
26:49moi je me souviens
26:50qu'à minuit et quelques
26:51j'échangeais par texto
26:52avec des cadres
26:53du FN
26:54qui eux-mêmes
26:55étaient dans un état
26:57second
26:58parce que
26:58la performance
26:59était surréaliste.
27:00surréaliste.
27:02Regardez
27:02ils sont là
27:03ils sont dans les campagnes
27:05dans les villes
27:06ils sont sur les réseaux sociaux
27:09je parle du parti
27:10de l'extrême-brâme
27:11les envahisseurs
27:12la faiblesse aussi
27:13de l'argumentation
27:15notamment sur les questions
27:16économiques et sociales
27:17face à un Emmanuel Macron
27:19dont il était prévisible
27:20qu'il ait effectivement
27:22la maîtrise de ces questions
27:23et le résultat
27:24c'est effectivement
27:25que tous ceux
27:26qui ont vu le débat
27:27se disent
27:28mais à un moment donné
27:29il s'agit de la présidence
27:29de la République
27:30donc on a là quelqu'un
27:32pour qui le costume présidentiel
27:34est beaucoup
27:35beaucoup trop grand
27:36Le FN
27:36progresse au fur et à mesure
27:38dans ces élections
27:39en même temps
27:39est-ce qu'au fond
27:40ça reste un petit parti
27:41à ce moment-là
27:42en termes de nombre de cadres
27:43de nombre d'adhérents
27:44de nombre de militants
27:45sur le terrain
27:45dans les départements
27:46ça reste quand même
27:47un parti relativement faible
27:49si on prend
27:50le ratio
27:51entre le nombre de voix
27:53qu'il récolte
27:54entre 8 et 10 millions
27:55et le nombre d'adhérents
27:58qu'il annonce
27:58c'est-à-dire une cinquantaine
28:00de milliers
28:01ça veut dire
28:02qu'il y a
28:02des trous
28:04dans l'implantation locale
28:05qu'il y a des candidats
28:06ou législatifs
28:08qu'il faut parachuter
28:09mais
28:10au fond
28:11c'est pas déterminant
28:12parce que ce qui compte
28:13c'est le message
28:14distillé par Marine Le Pen
28:15l'image qu'elle a
28:17la dédiabolisation progresse
28:19c'est-à-dire
28:19que ce parti
28:20est de moins en moins vu
28:21comme un danger
28:22pour la démocratie
28:23et ensuite
28:24les électeurs
28:25répondent
28:25aux enquêtes d'opinion
28:26que Marine Le Pen
28:27est une personnalité
28:29dans laquelle
28:29ils se reconnaissent
28:31qui parle
28:31un langage
28:32qu'ils comprennent
28:33sur le pouvoir d'achat
28:34sur l'inflation
28:35sur la fermeture d'usines
28:36donc
28:37il y a une empathie
28:38qui se crée
28:39vis-à-vis de Marine Le Pen
28:40qui n'existait pas
28:41vis-à-vis de son père
28:42En 2018
28:43à l'occasion
28:43d'un congrès
28:44à Lille
28:45Marine Le Pen
28:45change le nom du parti
28:46le Front National
28:48est rebaptisé
28:49Rassemblement National
28:50pourquoi ?
28:51Front National
28:52c'est un peu belliqueux
28:53quand même
28:54on est sur le front
28:55donc on est un soldat
28:57Rassemblement National
28:58ça veut dire
28:59on ouvre à tous ceux
29:00qui ne viennent pas
29:01de notre famille politique
29:02on rassemble
29:03des gens
29:04qui viennent
29:05si besoin
29:06d'horizons politiques
29:07diamétralement opposés
29:09on n'est plus
29:10dans le ressassement
29:11de toutes les vieilles
29:12lubies de l'extrême droite française
29:14En 2019
29:14pour les élections européennes
29:16Marine Le Pen
29:16choisit comme tête de liste
29:17un jeune homme
29:18de 23 ans
29:19qui n'a pas de diplôme
29:21à part le bac
29:21Jordan Bardella
29:22pourquoi ce choix ?
29:24ça peut surprendre
29:25de mettre en avant
29:25quelqu'un d'aussi peu expérimenté
29:27Il semble que Marine Le Pen
29:29ait décelé très tôt
29:30le potentiel
29:31de ce jeune homme
29:32qui assimile très vite
29:34les fiches techniques
29:35qu'on lui fait lire
29:36qui a de la prestance
29:38une facilité
29:39et qui incarne surtout
29:40une génération
29:41plus jeune que la sienne
29:42Marine Le Pen
29:43est élée en 1968
29:45Jordan Bardella
29:45à 23 ans
29:46chez Marine Le Pen
29:48il y a aussi l'idée
29:48comment est-ce qu'on parle
29:50à ces jeunes
29:51qui maintenant font
29:52leur opinion politique
29:53sur les réseaux sociaux
29:54et Jordan Bardella
29:55est l'homme de la situation
29:56On en arrive à la présidentielle 2022
29:59Jean-Yves Camus
29:59Marine Le Pen
30:00se qualifie pour la deuxième fois
30:02au second tour
30:02de la présidentielle
30:03au second tour
30:04le 24 avril
30:05elle rassemble
30:06près de 41,5%
30:09des suffrages
30:09ça représente
30:10plus de 13 millions
30:12d'électeurs
30:12et aux législatives
30:14qui suivent
30:14au mois de juin
30:15le RN décroche
30:1689 sièges
30:17de députés
30:18à l'Assemblée
30:19l'ampleur de ce résultat
30:20surprend tout le monde
30:21y compris en interne au RN
30:23Marine Le Pen
30:24a été meilleure
30:24dans le débat
30:25avec Emmanuel Macron
30:26il y a un quinquennat
30:27qui s'est déroulé déjà
30:29une partie de l'opinion française
30:31est déjà en colère
30:33contre Emmanuel Macron
30:34on a eu le mouvement
30:35des gilets jaunes
30:36qui a fait descendre
30:36dans la rue
30:37des millions de personnes
30:39y compris
30:39dans des petites villes
30:41et ce mouvement
30:41Emmanuel Macron
30:42ne l'a pas entendu
30:44il l'a considéré
30:45avec un certain dédain
30:46donc ça accroît encore
30:48les chances de Marine Le Pen
30:49de capter
30:50un électorat
30:51qui veut se faire entendre
30:52du président de la République
30:54à ce moment là
30:55Marine Le Pen décide
30:55de confier la présidence
30:57du parti
30:57à Jordan Bardella
30:58comme c'était d'ailleurs
30:59déjà le cas
30:59au départ
31:00de façon provisoire
31:01pour cette campagne électorale
31:02de 2022
31:03Marine Le Pen
31:04souhaite se consacrer
31:05à sa fonction de présidente
31:07du groupe RN
31:08à l'Assemblée
31:08Jean-Yves Camus
31:09pourquoi est-ce qu'elle
31:10prend cette décision ?
31:11Elle prend cette décision
31:11parce que précisément
31:12il y a 89 parlementaires
31:14à l'Assemblée
31:15Marine Le Pen comprend
31:16qu'il faut
31:17quelqu'un
31:18qui évite les dérapages
31:19qui professionnalise
31:20le fonctionnement
31:21du groupe parlementaire
31:23qui fasse émerger
31:24des hommes et des femmes
31:26qui sont désormais députés
31:27et qui vont devoir
31:29monter à la tribune
31:30s'exprimer
31:31et s'exprimer
31:32avec une technicité
31:34plus forte
31:35que les députés
31:36de 1986
31:37donc elle est
31:38en quelque sorte
31:39le cerfile
31:40du groupe parlementaire
31:42qui de fait
31:42ne connaît pas
31:43beaucoup de dérapages
31:45sur la totalité
31:46de la législature
31:47et elle laisse
31:49le parti
31:50à Jordan Bardella
31:52Dans les années
31:53qui suivent
31:54Jordan Bardella
31:54prend de l'ampleur
31:55on le voit
31:56de plus en plus
31:56que ce soit
31:57à la télé
31:57à la radio
31:58ou sur les réseaux sociaux
31:59comme TikTok
32:00Jordan Bardella
32:01est performant
32:02et il est un bon élément
32:04pour les chaînes de télévision
32:05et pour les radios
32:07élocution facile
32:08prestance
32:09le produit marche
32:10je veux insister
32:11sur le terme produit
32:11parce que finalement
32:13quand on regarde
32:13par exemple
32:14le compte TikTok
32:15de Jordan Bardella
32:16on voit qu'il se met
32:17en scène
32:18mais il ne se met pas
32:19en scène
32:19comme l'homme politique
32:20Jordan Bardella
32:21il se met en scène
32:23comme le jeune homme
32:24qui vit la vie
32:26des autres jeunes
32:27de sa génération
32:28et qui se crée
32:29quasiment des groupies
32:31qui s'identifient
32:32à lui
32:33au fond
32:33c'est un influenceur
32:34et les influenceurs
32:36qu'est-ce qu'ils font
32:37ils cherchent
32:38à draguer
32:39les followers
32:40en leur expliquant
32:41vous êtes comme moi
32:43ce que je consomme
32:44ce que je vends
32:45c'est fait pour vous
32:46toujours sur la communication
32:48et sur la façon
32:49de se présenter
32:50aux électeurs
32:50Marine Le Pen
32:51martèle
32:52que son parti
32:53n'est pas un parti
32:54d'extrême droite
32:54est-ce qu'elle a raison
32:56quand elle dit ça ?
32:57elle n'a pas entièrement tort
32:57d'abord parce que
32:58est entré dans le
33:00paysage politique français
33:02reconquête
33:02le parti d'Éric Zemmour
33:04qui sur
33:05les questions
33:06liées à l'identité
33:08à la nationalité
33:10est plus dure
33:11que Marine Le Pen
33:11c'est pas Marine Le Pen
33:13qui dit qu'il est impossible
33:14d'être musulman
33:15et français
33:16c'est le parti
33:16d'Éric Zemmour
33:18donc c'est une droite
33:19y compris de plus en plus
33:20sur le plan économique
33:22avec les concessions
33:23faites aux libéraux
33:24sur la réforme
33:25des retraites
33:26par exemple
33:26sur les impôts
33:27et c'est une droite
33:28radicale
33:29parce que malgré tout
33:30par rapport
33:31par exemple à LR
33:31et bien sur les questions
33:33de l'immigration
33:33sur les questions
33:35européennes
33:35elle a des idées
33:38qui tranchent
33:39il n'y a que
33:40le Rassemblement National
33:41qui veut instaurer
33:42la priorité nationale
33:44et ça c'est pas
33:45dans le logiciel
33:47même des conservateurs
33:49français
33:50Il est 20h
33:50vous la découvrez
33:51notre première estimation
33:53le Rassemblement National
33:54et Salis
33:55sont à 32,4%
33:57On en arrive
33:58aux élections européennes
33:59du 9 juin 2024
34:01avec Jordan Bardella
34:02comme tête de liste
34:02le RN sort
34:03grand vainqueur
34:04de l'élection
34:05en France
34:05plus de 31%
34:07des suffrages exprimés
34:08et 30 sièges
34:09de députés
34:10au Parlement européen
34:11vous Jean-Yves Camus
34:12qu'est-ce qui vous frappe
34:13dans ce résultat ?
34:14Ce qui me frappe
34:14dans l'annonce du résultat
34:15c'est qu'en fait
34:16on a fait comme si
34:16c'était une explosion atomique
34:18alors que le RN
34:20fait juste
34:22un point de plus
34:23que le score
34:24qui lui était donné
34:25par les premiers sondages
34:26de début de campagne
34:27On savait depuis janvier
34:28que le RN
34:29était aux alentours
34:30de 30%
34:31et rien ne bougeait
34:33honnêtement
34:34le score du Rassemblement National
34:35moi il me paraissait
34:36écrit d'avance
34:36ça se jouait à un point
34:37mais au-dessus des 30%
34:39c'était acquis
34:40La dissolution de l'Assemblée
34:41annoncée par Emmanuel Macron
34:43vers 21h ce soir-là
34:44le 9 juin
34:45entraîne des élections
34:46législatives anticipées
34:47Jordan Bardella
34:49a semblé hésiter
34:50pendant cette campagne
34:50sur des sujets
34:51comme la réforme des retraites
34:52il a tenu une conférence
34:53de presse
34:54le lundi 24 juin
34:55pour présenter son programme
34:56et l'une des mesures
34:58que l'on va retenir
34:59c'est l'idée
35:00d'interdire
35:00certains postes stratégiques
35:02de la fonction publique
35:03aux françaises
35:04et aux français
35:04qui ont aussi
35:06une double nationalité
35:07Alors Jordan Bardella
35:08a défendu cette mesure
35:09puis il a rétroupé
35:09l'a dit en disant
35:10je ne veux pas toucher
35:11à la double nationalité
35:12mais il a dit aussi
35:14que pour certains postes
35:15stratégiques du secteur public
35:17il voulait effectivement
35:19interdire ses postes
35:20aux binationaux
35:21s'est oublié
35:22deux choses
35:23binationaux
35:24sont français
35:25ils sont français
35:26et autre chose
35:27mais ils sont français
35:28d'autre part
35:29à chaque fois
35:30qu'un binationale
35:31occupe un poste
35:32stratégique
35:32lui donnant accès
35:33à de l'information
35:34confidentielle
35:35dans le secteur
35:36de la défense
35:36ou dans le secteur
35:37de la sécurité publique
35:39naturellement
35:39qu'il y a eu d'enquête
35:40nos services
35:41voient si cette personne
35:43a des relations
35:44avec une puissance étrangère
35:45si elle est un agent
35:46d'affluence
35:46s'il y a dans son comportement
35:49vis-à-vis de l'autre pays
35:51dont il est citoyen
35:52quelque chose
35:53qui peut éventuellement
35:54le mettre en situation
35:56de ne pas être
35:56totalement loyal à la France
35:57d'un mot
35:58cette idée de mesure
35:59sur les binationaux
35:59ça prouve que le RN
36:00n'a pas tant changé que ça
36:02ça prouve surtout
36:03qu'il y a une culture
36:03du soupçon
36:05et je trouve détestable
36:07cette manière
36:07de porter le soupçon
36:09sur des gens
36:10qui ont choisi
36:12la carrière administrative
36:13dont on sait
36:14qu'elle n'est
36:14pas la mieux payée
36:15par rapport au privé
36:17leur choix
36:18ça a été de servir
36:18l'administration
36:19il n'y a pas de raison
36:20de faire peser sur eux
36:22tous les matins
36:22quand ils arrivent
36:24le soupçon
36:25d'être fidèle
36:25à un pays
36:26où très souvent
36:27ils ne vont que pour les vacances
36:28et encore certains n'y vont pas
36:29le jeudi 27 juin
36:31dans un entretien
36:31au télégramme de Brest
36:32Marine Le Pen
36:33dit qu'en cas de cohabitation
36:35le titre de chef des armées
36:37du président
36:37devient honorifique
36:39François Bayrou
36:40un allié d'Emmanuel Macron
36:41estime que Marine Le Pen
36:43remet en cause profondément
36:44la constitution
36:45en disant ça
36:46c'est inquiétant
36:47une déclaration comme celle-ci
36:49c'est surtout ce réaliste
36:50le président de la république
36:51est le chef des armées
36:52c'est dans le bureau
36:53du président de la république
36:54et sur la volonté
36:55du président de la république
36:56qu'est décidée
36:57telle ou telle opération
36:58de nos forces spéciales
36:59c'est pas ailleurs
37:00et pour modifier
37:02la constitution française
37:03il y a des mécanismes
37:04c'est pas parce qu'on a gagné
37:05les élections législatives
37:06et qu'éventuellement
37:08on a un premier ministre
37:10qui appartient au Rassemblement National
37:11qu'on peut modifier
37:12la constitution à sa guise
37:13ça ne marche pas comme ça
37:16Jean-Yves Camus
37:16vous venez de retracer
37:1850 ans de FN
37:19devenu RN
37:20Rassemblement National
37:21à votre avis
37:22pourquoi ce parti
37:23est aussi haut
37:24aujourd'hui dans l'opinion ?
37:25Parce que plus rien d'autre
37:26n'existe
37:27le spectre du champ politique
37:28est un champ de ruines
37:29les écologistes sont à moins de 5
37:31la social-démocratie
37:33s'en sort bien
37:34aux européennes
37:35mais se met dans les bras
37:36de l'EFI
37:37qui est aujourd'hui
37:38vu comme un parti
37:39plus disruptif
37:40que le Rassemblement National
37:42et la droite
37:43la droite de Jacques Chirac
37:44pèse entre 8 et 9%
37:46ce qui fait que
37:47par contre-coup
37:48si on y ajoute
37:50la véritable détestation
37:52de la Macronie
37:53pour faire court
37:54du parti présidentiel
37:55et de la personne
37:55du président de la République
37:57le RN
37:58a un boulevard devant lui
37:59Vous êtes inquiet aujourd'hui ?
38:00Moi mon rôle
38:01n'est pas d'être inquiet
38:01mon rôle
38:02c'est de dire
38:03nous sommes dans un état
38:04de droit
38:04il existe
38:06de sous façon
38:07plusieurs scénarios
38:08de résultats
38:10de ces élections législatives
38:11est-ce que le RN
38:13aura une majorité relative
38:14une majorité absolue ?
38:16Est-ce qu'on débouchera
38:17sur une Assemblée Nationale
38:19totalement ingouvernable ?
38:20Ma seule certitude
38:21c'est qu'Emmanuel Macron
38:22a fait un pari
38:23extrêmement risqué
38:24il ne veut pas de Marine Le Pen
38:25à l'Elysée en 2027
38:26il ne veut pas
38:27devoir lui passer les clés
38:28donc il s'est dit
38:29si Jordan Mardella
38:30devient Premier Ministre
38:31peut-être qu'en deux ans
38:32le RN
38:33va prouver
38:34son incapacité totale
38:36à gérer le pays
38:37d'abord il faudrait
38:38qu'il soit réellement
38:38incapable de gérer le pays
38:39il faudrait que les Français
38:41le ressentent comme tel
38:42et deuxièmement
38:43s'il est incapable
38:44de gérer le pays
38:44à quel prix ?
38:57Merci Jean-Yves Camus
38:58Je rappelle que vous êtes
38:59politologue
39:00co-directeur de l'Observatoire
39:01des radicalités politiques
39:03chercheur rattaché à l'IRIS
39:04l'Institut des relations
39:06internationales et stratégiques
39:07merci à Alexandre Sulzer
39:09pour son aide
39:10Code Source
39:11est le podcast quotidien
39:12d'actualité du Parisien
39:13cet épisode a été produit
39:15par Clara Garnier-Amourou
39:16Barbara Gouy
39:17Camille Ruiz
39:18et Ambre Rosala
39:19réalisation
39:20Julien Moncouquiol
39:21pour suivre toute l'actualité
39:23de ces élections
39:24législatives anticipées
39:25rendez-vous sur
39:26leparisien.fr
39:27avec tous les résultats
39:28en France
39:29commune par commune
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