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Au terme d’un entre-deux-tours riche en rebondissements, trois blocs se sont détachés dans ce second tour des législatives. Le Nouveau Front Populaire a créé la surprise en devançant le camp présidentiel, suivi du Rassemblement national, qui était pourtant arrivé en tête lors du premier tour du 30 juin. Récit.

Crédits: Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : CNews, France TV, LCP.

#politique #election #legislatives

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La surprise et la joie des électeurs de gauche, la très grosse déception des partisans du RN et le soulagement
00:18du camp macroniste.
00:19Au lendemain du second tour des élections législatives du dimanche 7 juillet, la nouvelle Assemblée nationale se compose de trois
00:26blocs, au coude à coude et sans majorité claire.
00:28L'alliance de gauche du nouveau Front populaire, arrivée en tête lors de ce scrutin, compte plus de 170 élus
00:35selon les dernières projections.
00:37L'ex-majorité présidentielle termine deuxième avec environ 155 sièges, suivi du Rassemblement national et de ses alliés,
00:44arrivés en tête au premier tour et qui devraient finalement en obtenir 143.
00:49Les élus, les républicains, qui ne s'étaient pas alliés avec l'extrême droite, conservent une cinquantaine de députés.
00:55Le Premier ministre Gabriel Attal a remis ce lundi 8 juillet sa démission au Président de la République.
01:01Emmanuel Macron lui demande de rester à son poste, le temps de nommer un nouveau Premier ministre.
01:07Code Source revient sur la campagne de l'entre-deux-tours des législatives et les résultats de ce scrutin,
01:12avec trois journalistes du service politique du Parisien, Marion Mourgue et Valérie Hacot, les chefs adjointes de ce service,
01:19et Quentin Laurent, en charge de la droite et de l'extrême droite.
01:35Marion Mourgue, la première chose que l'on peut dire en quelques mots,
01:38c'est que le second tour des élections législatives a déjoué un grand nombre de pronostics.
01:43Oui, le résultat de 20 heures était une surprise pour beaucoup de Français.
01:48On a eu trois blocs qui ont émergé assez vite et de manière presque équivalente.
01:53Le nouveau Front populaire est arrivé en tête suite au désistement, suite au triangulaire qu'il y a eu dans
02:00l'entre-deux-tours.
02:01Et donc le Rassemblement national, qu'on imaginait avoir une majorité relative,
02:06est arrivé en troisième position, même si en nombre de voix, le Rassemblement national est devant.
02:14On va revenir dans cet épisode sur le déroulé de la soirée électorale de ce second tour.
02:18Mais d'abord, pour bien comprendre ses résultats, il faut rappeler en résumé ce qu'il s'est passé pendant
02:23cette campagne d'entre-deux-tours.
02:25Elle commence le dimanche 30 juin, premier tour des législatives.
02:29Il est 20 heures.
02:30Les premières estimations des résultats attribuent au Rassemblement national et à ses alliés plus de 33% des voix,
02:36suivi par l'alliance du nouveau Front populaire, les partis de gauche, à 28%.
02:40Et en troisième position, le camp présidentiel, un peu plus de 20%.
02:45Quentin Laurent, c'est un premier tour historique ce soir-là pour le RN.
02:49C'est historique parce que le parti de Jordan Bardella fait à ce moment-là plus que doubler son score
02:55en nombre de voix par rapport aux législatives de 2022.
02:58Donc c'est déjà énorme pour eux.
02:59Et ça veut aussi dire qu'ils ont réussi le pari de la mobilisation de leurs électeurs suite aux élections
03:05européennes.
03:06Le chiffre qui n'est pas anodin, c'est qu'avec ce premier tour de législative,
03:10ils envoient déjà 37 députés élus au premier tour et ça, ça s'est jamais vu.
03:14Le soir même, le président du RN, Jordan Bardella, prend la parole et il lance un appel aux électeurs pour
03:20obtenir une majorité absolue au second tour.
03:23Moi j'ai besoin d'avoir une majorité absolue et donc je n'envisage pas d'être le collaborateur du
03:27président de la République.
03:28Il espère en fait être nommé premier ministre. Est-ce que c'est un scénario possible à ce moment-là
03:33?
03:33Alors statistiquement c'est possible puisque le RN va être qualifié dans à peu près 400 second tours, ce qui
03:39est énorme.
03:40La majorité absolue, elle est à 289. Donc statistiquement c'est possible.
03:44Dans les faits, quand on regarde les rapports de force de plus près, on voit bien déjà que ça sera
03:49très compliqué.
03:49Il faut aussi rappeler que Jordan Bardella l'a dit dès le lendemain des européennes,
03:54s'il n'a pas la majorité absolue, il refusera d'aller à Matignon.
03:57Parce que ce qu'ils disent c'est que sans majorité absolue, ils n'ont pas les moyens d'appliquer
04:01leur politique.
04:02Au lendemain de ce résultat, quelle est la stratégie qui se dessine pour le RN en vue du second tour
04:07?
04:07Jordan Bardella veut continuer à prendre Jean-Luc Mélenchon comme épouvantail de la gauche
04:13pour effrayer les électeurs et faire en sorte qu'il y ait un maximum d'électeurs de la droite ou
04:19du centre
04:20qui surtout ne reportent pas leur voix sur la gauche au deuxième tour quand ils sont face à un rassemblement
04:26national
04:26pour pouvoir espérer de son côté avoir le plus de chances d'avoir des députés RN.
04:32Tous les partis du nouveau Front Populaire appellent à faire barrage aux candidats du Rassemblement National
04:37qui sont qualifiés pour le second tour.
04:40Valérie Hacot, du côté du camp présidentiel qui perd tout espoir d'obtenir la majorité, quel est le mot d
04:45'ordre ?
04:46On semblait plutôt s'orienter vers un ni-ni, c'est-à-dire n'appeler à voter ni pour le
04:51RN, ni pour LFI, la France Insoumise
04:54parce que pendant toute cette période de campagne, Emmanuel Macron mettait sur un même pied
04:59et le RN et la France Insoumise.
05:02Gabriel Attal lui clarifie la position après le premier tour.
05:05« Pas une voix ne doit aller au RN. Cela passera par le désistement de nos candidats
05:11dont le maintien en troisième position aurait fait élire un député RN face à un autre candidat
05:17qui défend comme nous les valeurs de la République. »
05:19Il lui explique que dans une circonscription, s'il y a un risque que le RN l'emporte,
05:24il incite ses électeurs à voter même pour un candidat LFI
05:27parce que le vrai danger, selon Gabriel Attal, c'est le RN.
05:30Emmanuel Macron change aussi de pied dans cette semaine qui précède le second tour.
05:35Il déclare que celui qui a un risque d'accéder au pouvoir, c'est le Rassemblement National
05:39donc c'est le Rassemblement National qu'il faut arrêter.
05:42Sous-entendu, même si ça passe par un bulletin LFI, c'est pas grave
05:45et ensuite on verra ce qui se passera.
05:47Mais dans ce même camp présidentiel, plusieurs personnalités de poids s'expriment à leur tour.
05:52Elles refusent d'appeler au vote sans condition pour le nouveau Front Populaire
05:55en cas de duel avec le RN. Expliquez-nous ça.
05:59Directement, Gérald Darmanin réagit en disant que lui, ce sera ni le RN ni LFI.
06:03Ça c'est hors de question. Quelques jours plus tôt, c'était Bruno Le Maire
06:07qui dit exactement sur cette même position.
06:09Je combats le Rassemblement National, mais je ne vote pas pour la France Insoumise
06:13parce que la France Insoumise, c'est le communautarisme.
06:16Bref, le nini traverse aussi au sein de la majorité.
06:24Quentin Laurent, dans les jours qui suivent le premier tour des législatives,
06:27plusieurs candidats RN en position d'être élus dans leur circonscription
06:31sont pointés du doigt pour leurs déclarations ou leurs actions passées.
06:34Oui, c'est vrai que le fait que ces candidats, ici ou là, soient au second tour,
06:39ça met davantage la lumière sur qui ils sont et souvent sur leur passé.
06:42Et c'est vrai qu'on découvre à ce moment-là qu'il y en a un certain nombre
06:45qui ont pu par le passé, que ce soit sur les réseaux sociaux, sur leurs blogs
06:48ou même en fait dans les médias, tenir des propos à caractère xénophobe,
06:53à caractère antisémite.
06:55On découvre qu'un chef d'entreprise potentiellement pourrait devenir sous curatelle.
06:59Ou alors il y a cet exemple assez incroyable de Ludivine Daoudi dans le Calvados
07:02qui s'est prise en photo avec une casquette nazie.
07:06Ça a évidemment fait polémique et elle a d'elle-même démissionné tout de suite.
07:10Comment se défend le parti, le RN, qui se voit reproché d'avoir investi ces candidats-là ?
07:15Jordan Bardella essaie de mettre la poussière sous le tapis.
07:17Il essaie de minimiser ce qui serait des brebis galeuses, des cas isolés.
07:21Qu'il y ait une, deux, trois, quatre, cinq brebis galeuses dans une organisation humaine,
07:26dans un mouvement politique, comme dans tous les mouvements politiques, ça peut arriver.
07:30Mais la vérité, c'est qu'il y a quand même un nombre important de candidats RN
07:33qui donc créent ces polémiques-là.
07:36Alors que le parti essaie de donner une image de respectabilité,
07:40de voir ressortir des candidats qui, eux, parfois tiennent des propos
07:43xénophobes, antisémites et racistes.
07:46Valérie Hacot, face au RN, tous les partis, des républicains à ceux du Nouveau Front Populaire,
07:52appellent leurs candidats qualifiés au second tour à se désister
07:55s'ils ne sont pas arrivés en première ou en deuxième position.
07:59Disons que la gauche est excessivement claire là-dessus dès le début,
08:02dès dimanche soir, la consigne, elle est passée et elle est respectée.
08:06C'est que tout candidat du Nouveau Front Populaire qui est arrivé en troisième position
08:10où le RN est en tête ou peut représenter une menace, se désiste.
08:15Par exemple, dans le Calvados, dans la circonscription d'Elisabeth Borne,
08:19le candidat du Nouveau Front Populaire, qui est un candidat LFI,
08:23se désiste en faveur d'Elisabeth Borne.
08:26Ce qui veut dire qu'il va dire à ses électeurs de voter
08:28pour l'architecte de la réforme des retraites.
08:31Donc beaucoup d'électeurs LFI qui ont manifesté contre la réforme des retraites
08:35vont voter pour la femme qui a passé la réforme des retraites au haut 49-3.
08:39Donc ça c'est rigolo.
08:40Ces mêmes quatre figures à tourcoing chez Gérald Darmanin,
08:43l'architecte de la loi immigration, qui n'était pas exactement la tasse de thé de la gauche.
08:46La gauche est très très claire là-dessus.
08:48Côté macroniste, c'est un petit peu plus flou.
08:51La consigne est quand même passée de se désister.
08:53Mais certains se font tirer l'oreille.
08:55C'est notamment le cas de la ministre Dominique Faure,
08:58qui ne voulait pas se désister et qui a fini par le faire, mais sous pression.
09:02Donc ça coule un petit peu moins de source chez les macronistes.
09:04Mais le mouvement s'opère quand même et d'une manière assez large.
09:07Les candidats qualifiés pour le second tour ont jusqu'au mardi 2 juillet
09:10pour dire s'ils restent ou non dans la course.
09:12Ce jour-là, à 18h, on connaît donc tous les candidats encore en lice.
09:17Valérie Hacot, au total, combien de personnes se sont désistées ?
09:19Il y a eu 220 candidats qui ont décidé de se désister.
09:23Dans le détail, il y en a eu majoritairement du nouveau Front populaire.
09:27Ils sont 130 à s'être désistés.
09:29En deuxième, ce sont les macronistes.
09:30Ils sont 80.
09:32Pour la petite histoire, il y a aussi 4 candidats, Rassemblement National,
09:35qui se sont désistés pour éviter une victoire de la gauche.
09:38C'est notamment le cas dans le Val d'Oise.
09:41C'est un petit peu dans toutes les familles politiques.
09:43Et donc cette stratégie du Front républicain, elle semble fonctionner à ce moment-là ?
09:47En tout cas, elle fonctionne du point de vue des appareils politiques.
09:50Parce que les désistements, ça c'est la décision des appareils politiques.
09:53Les candidats suivent.
09:54Donc ça, mécaniquement, ça réduit les chances du Rassemblement National d'avoir une majorité absolue.
10:00La question, c'est est-ce que les électeurs sont toujours aussi sensibles à cet argument du Front républicain ?
10:04En 2002, ça a effectivement très bien fonctionné.
10:07Jacques Chirac élu avec près de 84% des voix face à Jean-Marie Le Pen.
10:11Mais au fil des ans, il y a une certaine lassitude des électeurs à l'égard de ce Front républicain.
10:16Il est quand même un petit peu fatigué, concrètement.
10:19Quentin Laurent, comment réagissent Jordan Bardella, Marine Le Pen et plus largement le parti, le RN,
10:24face à tous ces désistements, ce Front républicain qui est en train de se constituer ?
10:28Ils vont essayer de retourner la situation en disant que le Front républicain, c'est eux.
10:32Ils vont tout faire pour dénoncer ce qu'ils vont dépeindre comme une alliance de Macron et de la France
10:38insoumise.
10:38C'est largement exagéré, mais ils insistent là-dessus pour justement essayer de convaincre que le vote de raison, le
10:44vote rassurant, c'est eux et non pas tous ces candidats qui appellent à faire barrage.
10:50Pendant ce temps-là, Quentin Laurent, comment les candidats, les Républicains, ceux qui n'avaient pas suivi leur chef Éric
10:55Ciotti et qui ne s'étaient pas ralliés au RN, manœuvrent pour faire campagne en vue du second tour ?
11:00Alors eux, au contraire, ils sont très discrets parce que les Républicains savent qu'ils n'ont pas de vagues
11:05qui les portent au niveau national.
11:06Donc ils jouent l'ancrage, ils jouent le local, ils jouent la connaissance de leurs circonscriptions et ils sont du
11:12matin au soir sur les marchés, sur du porte-à-porte, sur des réunions publiques
11:16pour essayer de convaincre localement les gens qu'il faut les réélire parce que c'est eux qui vraiment connaissent
11:21leur territoire et qui peuvent les défendre.
11:26Valérie Hacot, à gauche, certains candidats, comme la chef des écologistes Marine Tondelier, estiment qu'il faut, je cite,
11:33« se montrer prêt à gouverner si le RN n'obtient pas la majorité absolue ». Qu'est-ce que
11:38ça veut dire ?
11:38Ça veut dire que Marine Tondelier réfléchit, comme certains au sein de la majorité, à un gouvernement de coalition.
11:47En France, ce n'est pas du tout la tradition, mais c'est en gros des personnalités qui vont être
11:52des ministres et qui sont issues de différents partis politiques.
11:56Et là, l'idée, ce serait d'avoir une grande coalition qui parte de LR modérée jusqu'à des partis
12:04de gauche type socialiste, écologiste.
12:07Dans cette coalition, il n'y aura pas la France insoumise parce qu'elle a déjà fermé la porte.
12:10Emmanuel Bompard, le coordinateur de LFI, a fait savoir, très peu de temps après que Marine Tondelier ait évoqué cette
12:16piste,
12:17que pour la France insoumise, c'était « on applique notre programme ou sinon on n'y va pas ».
12:21Donc, clairement, ce n'est pas possible de faire une coalition dans ce cas de figure.
12:24Donc, ça paraît quand même assez compliqué à mettre en œuvre.
12:32Dans moins d'une minute maintenant, nous serons en mesure de vous donner ces résultats du second tour pour les
12:39élections législatives anticipées.
12:41On en vient au soir du second tour des législatives.
12:44Le dimanche 7 juillet, à 20h, les premiers résultats sont dévoilés.
12:48Aucune majorité absolue ne semble se dessiner à l'Assemblée.
12:52Et le nouveau Front populaire se place, à la surprise générale, en tête de ce scrutin.
12:56Et c'est une très grosse surprise qui s'affiche sur vos écrans.
13:00Vous le voyez, le nouveau Front populaire vire en tête.
13:02172 à 192 sièges dans la future Assemblée.
13:06Quelques minutes plus tard, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui n'était pas candidat,
13:11s'exprime en premier sur ce qu'il considère comme une « victoire de la gauche ».
13:15Marion Mourgue, que dit-il en résumé ?
13:17Jean-Luc Mélenchon revendique la victoire et très habilement, il parle le premier dès 20h05.
13:22Dans ce type de soirée, celui qui parle le premier prend un avantage.
13:26Un avantage par rapport aux autres blocs, c'est-à-dire que Jean-Luc Mélenchon revendique la victoire de la
13:31gauche,
13:32et un avantage par rapport aux autres formations politiques.
13:35Très vite, Jean-Luc Mélenchon dit non à toute coalition avec la majorité présidentielle.
13:41Donc c'est une manière de fermer la porte à ce qui aurait pu se nouer, à se créer un
13:46gouvernement qui aurait pu prendre quelques écologistes, quelques socialistes.
13:51Ça, Jean-Luc Mélenchon dit non, et c'est une manière de dire à ces autres formations politiques, si vous
13:57y allez, vous serez tout seul.
13:58En gros, il n'est pas question de s'allier, même si à ce moment-là, on pressent que le
14:02nouveau Front populaire ne sera pas en majorité absolue à l'Assemblée.
14:05Oui, c'est une manière de dire à Emmanuel Macron, la gauche peut gouverner, mais elle gouvernera à ses conditions.
14:12C'est en tout cas ce qu'il met sur la table.
14:13Et c'est aussi une manière de clore les chapitres de l'entre-deux-tours,
14:17où certaines voix, comme Marine Tondelier avait dit, on peut être amené à gouverner,
14:22on peut être amené à faire des choses qui ne sont pas exactement notre programme,
14:26mais il faut s'entendre entre gens raisonnables.
14:29Jean-Luc Mélenchon a préempté la victoire et a préempté la position de toute la gauche.
14:34Aux alentours de 20h30, le président du Rassemblement National, Jordan Bardella,
14:39s'exprime à son tour depuis le parc floral dans le 12e arrondissement de Paris.
14:43Il est comment lorsqu'il prend la parole ?
14:45Jordan Bardella, à l'annonce des résultats, apparaît la mine un peu défaite.
14:49C'est-à-dire que le Rassemblement National y a cru.
14:52A cru d'abord à une majorité absolue,
14:54a cru ensuite à une majorité relative forte qui pouvait l'amener à Matignon.
15:01Jordan Bardella avait déjà réfléchi à son gouvernement,
15:04il avait déjà discuté avec certains de la répartition des gros postes.
15:08Donc c'était une déception, et puis c'était aussi quelque part une incompréhension.
15:12C'est-à-dire qu'en termes de voix, le Rassemblement National engrange près de 10 millions de suffrages,
15:17ce qui est un record historique pour le Rassemblement National,
15:20mais ça n'a pas suffi pour pouvoir l'emporter.
15:23Et donc c'est tout ça qui s'est passé dimanche soir.
15:26Le Rassemblement National paye évidemment ce que Jordan Bardella a appelé les brebis galeuses,
15:31c'est-à-dire ces candidatures qui tenaient des propos racistes,
15:33qui n'étaient pas solides sur le fond,
15:36et puis les revirements de programmes.
15:37Et ça, les Français n'en ont pas voulu.
15:39En quelques mots, dans son discours,
15:40il semble accuser les deux autres gros blocs,
15:43le camp présidentiel et le nouveau front populaire,
15:46d'avoir en quelque sorte volé l'élection.
15:48Oui, c'est un élément de langage qui est très vite véhiculé par le Rassemblement National,
15:53En dépit d'une campagne de second tour marquée par des alliances politiciennes contre nature,
15:58destinée à empêcher par tous les moyens les Français de se choisir librement une politique différente,
16:04le Rassemblement National réalise aujourd'hui la percée la plus importante de toute son histoire.
16:10C'est une manière de dire, c'est pas totalement notre défaite.
16:13Finalement, les autres blocs se sont entendus sur notre dos,
16:16donc on aurait pu gagner, on aurait dû gagner.
16:21Peu après 21h, le Premier ministre, Gabriel Attal,
16:25s'avance pour réagir à son tour depuis la cour de Matignon.
16:28Grâce à la force de nos valeurs, nous avons tenu et nous sommes debout,
16:34avec trois fois plus de députés que ce que donnaient certaines estimations au début de cette campagne.
16:40Quelle est son attitude devant les caméras ?
16:42Gabriel Attal a à la fois une position d'homme d'État, c'est-à-dire de celui qui comprend
16:48la gravité de la situation,
16:50et aussi une émancipation à l'égard d'Emmanuel Macron,
16:54qu'on a senti dès le soir du premier tour, puisqu'il n'avait pas compris la décision de la
16:59dissolution,
17:00et désormais on comprend que Gabriel Attal est à son compte,
17:04et qu'il n'entend plus être dans le sillon d'Emmanuel Macron.
17:08Il semble plutôt déçu de ce score, ou satisfait du résultat du camp présidentiel,
17:13qui a réussi à conserver un bon nombre de députés, en tout cas plus que prévu ?
17:17Gabriel Attal est plutôt assez satisfait du résultat.
17:20Il est persuadé que son engagement dans la campagne, puisqu'il a fait un certain nombre de déplacements,
17:24il a été voir les candidats, a joué.
17:27Il est assez populaire, le Premier ministre, c'est sa photo qui était sur la fiche des candidats,
17:31et donc il juge que c'est aussi sa réussite d'avoir sauvé un gros groupe pour la majorité présidentielle,
17:36alors que les sondages la donnaient largement perdante.
17:40Emmanuel Macron, de son côté, n'a pas souhaité prendre publiquement la parole ce soir-là.
17:44Est-ce qu'on connaît la réaction du chef de l'État face aux résultats de ce second tour ?
17:48Dimanche soir, c'était plutôt la satisfaction à l'Élysée.
17:51L'idée que, finalement, la dissolution n'était pas une si mauvaise idée.
17:55Emmanuel Macron en était persuadé, mais il s'est dit, ah bah tiens, là, les Français s'en rendent compte.
17:59Et qu'on avait échappé, entre guillemets, au pire, selon l'idée de l'Élysée, le Rassemblement national.
18:07Donc, pour Emmanuel Macron, c'était plutôt une bonne soirée.
18:11Le lendemain, le lundi 8 juillet, en fin de matinée,
18:13Gabriel Attal remet sa démission au président de la République.
18:17Que lui répond ce dernier ?
18:18Alors, Gabriel Attal l'avait annoncé, dès dimanche soir, qu'il allait remettre,
18:22c'est l'usage qui veut ça, sa démission.
18:24Emmanuel Macron l'a refusé et donc a demandé à Gabriel Attal de continuer à rester au gouvernement.
18:31Il faut savoir que, dès ce mardi, Emmanuel Macron s'envole pour Washington, pour le sommet de l'OTAN.
18:37Et donc, si on avait eu une absence de Premier ministre et un président à l'étranger, c'était aussi
18:43compliqué.
18:43Il faut quand même quelqu'un qui tienne la boutique, si je puis dire,
18:46et pas uniquement l'administration.
18:49Il faut, en cas d'attentat, en cas de grosse décision à prendre, qu'il y ait quand même quelqu
18:55'un aux manettes.
18:56Marion Mourgue, on se retrouve donc dans une configuration encore plus complexe qu'au lendemain des législatives de 2022.
19:02Il n'y a toujours aucune majorité absolue, mais cette fois-ci, aucun bloc ne s'en approche.
19:07Ils sont au coude à coude.
19:08Que peut faire le chef de l'État dans cette situation ?
19:11Alors déjà, tenir compte de ce que les Français ont dit.
19:13Très clairement, ils ont refusé qu'un des partis ait la majorité absolue.
19:17Ensuite, ils lui ont demandé qu'il y ait une nouvelle majorité.
19:21Il va falloir savoir désormais laquelle peut se mettre en place.
19:25Et ça, on le saura à partir de jeudi, puisque les députés ont jusqu'à jeudi 18h pour se rattacher
19:31à des groupes.
19:32C'est-à-dire qu'on saura ceux qui réclament d'être au Parti Socialiste,
19:37ceux qui sont plutôt avec les Insoumis,
19:39ceux qui pourraient constituer un autre groupe avec les députés communistes.
19:43Ça permettra d'avoir un rapport des forces plus précis par rapport à l'élection de dimanche soir.
19:48Et ensuite, si jamais dans les prochains jours, il n'y a pas eu de choix de Premier ministre,
19:53le choix du président ou de la présidente de l'Assemblée nationale le 18 juillet
19:57permettra aussi d'y voir un peu plus clair dans la composition des majorités.
20:00Tous les responsables des partis du nouveau Front populaire, qui est arrivé en tête lors de ce scrutin,
20:05tentent désormais de s'accorder sur un non à proposer pour le poste de Premier ministre.
20:10Mais avec moins de 200 sièges, est-ce que la gauche peut gouverner sans faire de nouvelles alliances ?
20:15C'est très compliqué, puisqu'en effet, elle n'a pas la majorité.
20:18Il lui sera difficile d'appliquer son programme,
20:20puisque le nouveau Front populaire, s'il propose une réforme,
20:24se verra assez vite sanctionné par une motion de censure.
20:27La gauche s'est réunie dans la nuit de dimanche à lundi pendant deux heures.
20:32Elle a d'autres rendez-vous pour essayer justement à la fois de choisir
20:36un programme qui tienne la route dans ce cadre de majorité très relative,
20:42et puis un non de Premier ministre.
20:43Donc on va voir l'état des discussions, ça ne fait que commencer.
20:48Marion Mourgue, Emmanuel Macron, avait convoqué de nouvelles élections législatives
20:52au soir des Européennes, le 9 juin, on s'en souvient,
20:54pour clarifier la vie politique. Est-ce que c'est réussi ?
20:59C'est clarifié, mais sûrement pas à la manière de ce que souhaitait Emmanuel Macron.
21:03Déjà parce que sa succession arrive bien avant ce qu'on imaginait,
21:08c'est-à-dire bien avant la prochaine présidentielle de 2027.
21:11Ensuite parce que le pouvoir est désormais davantage à l'Assemblée nationale qu'à l'Elysée.
21:16C'est de l'Assemblée nationale que se constituera la majorité,
21:20et donc le président de la République n'a plus tous les leviers pour décider.
21:32Merci à Marion Mourgue, Valérie Hacot et Quentin Laurent.
21:35Pour suivre minute par minute l'actualité politique après ces législatives,
21:40rendez-vous sur leparisien.fr.
21:42Cet épisode a été produit par Barbara Gouy,
21:45Raphaël Pueyo et Clara Garny-Amourou.
21:48Réalisation Pierre Chaffanjon.
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