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Depuis les élections législatives en juin, où il n’a obtenu qu’une majorité relative, le camp présidentiel peine à s’imposer dans l’hémicycle. Pour faire adopter certains projets de loi, la Première ministre Elisabeth Borne a même dû se résoudre à utiliser le 49.3. Pour Code source, Pierre Maurer et Pauline Théveniaud, journalistes au service politique du Parisien, racontent le chemin semé d'embûches du groupe Renaissance au palais Bourbon.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : LCP, France 2

#censure #renaissance #macron

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Depuis les dernières élections législatives en juin 2022, les soutiens du président de la République sont mis à rude épreuve
00:18à l'Assemblée nationale.
00:20Les députés de la majorité ne sont pas assez nombreux dans l'hémicycle pour faire inscrire sans difficulté les projets
00:26d'Emmanuel Macron dans la loi française.
00:28Illustration ces toutes dernières semaines, plusieurs projets de loi déterminants pour sa politique ont bien failli ne pas être adoptés
00:36et l'exécutif a été contraint d'employer la manière forte.
00:40Pour bien comprendre, on revient sur cette séquence aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du service politique du Parisien,
00:48Pierre Maurer et Pauline Thévenu.
00:57Pour bien comprendre ce qu'il s'est joué tout au long du mois d'octobre à l'Assemblée nationale,
01:02il faut d'abord remonter à la date du 19 juin, second tour des élections législatives.
01:07Pierre Maurer, quels sont les résultats de ce scrutin dans les grandes lignes ?
01:11En fait, la majorité présidentielle n'obtient pas de majorité absolue, c'est-à-dire qu'elle obtient une majorité
01:16relative.
01:17Il est 20h, la majorité présidentielle obtiendrait entre 210 et 250 députés, loin, très loin donc, selon notre estimation de
01:27la majorité absolue.
01:28Dans les résultats, elle arrive tout de même première, elle obtient 245 sièges.
01:32En deuxième position, la NUP, donc l'Alliance des Gauches, arrive deuxième et obtient 131 sièges.
01:38Puis l'ERN obtient un gros contingent de députés pour la première fois de l'histoire de la Vème République
01:42avec 89 sièges.
01:44Ce qui dessine l'Assemblée en trois blocs, la majorité présidentielle, l'Alliance des Gauches, donc la NUP et le
01:50Rassemblement national.
01:52Le parti du président Emmanuel Macron, vous l'avez dit, Renaissance, dispose cette fois-ci, avec ses alliés, d'une
01:58majorité relative dans l'hémicycle.
02:01Qu'est-ce que ça veut dire, Pauline Thévenu ?
02:02Déjà qu'Emmanuel Macron et son camp ont essuyé une énorme, une gigantesque claque.
02:08C'est la plus petite majorité de toute l'histoire de la Vème République.
02:12On parle d'effondrement, de catastrophe.
02:15Les chefs de la majorité présidentielle sont un à un envoyés au tapis.
02:21Et ce que ça veut dire, c'est que l'exécutif n'a tout simplement pas la majorité pour faire
02:25passer ses textes.
02:25Et ce dimanche soir-là, à cette heure-là, nul ne sait encore comment Emmanuel Macron va bien pouvoir gouverner.
02:31Que dit la première ministre Elisabeth Borne lorsqu'elle prend la parole plus tard dans la soirée ?
02:36Presque rien, à vrai dire, parce qu'en réalité, le camp Macron est sonné.
02:41Elisabeth Borne, elle ne fait que constater ce que tout le monde a bien vu.
02:43C'est-à-dire que la situation est inédite.
02:45Jamais l'Assemblée nationale n'a connu une telle configuration sous la Vème République.
02:52Cette situation constitue un risque pour notre pays au vu des défis que nous avons à affronter tant sur le
03:00plan national qu'à l'échelle internationale.
03:03Et elle n'a pas encore, finalement, la solution pour essayer de s'en dépêtrer.
03:08Et preuve que les semaines suivantes ne lui donnent toujours pas la clé.
03:12Après son discours de politique générale à l'Assemblée, elle ne sollicitera même pas la confiance des députés.
03:21Une première session s'ouvre à l'Assemblée à partir du 11 juillet, pour une durée d'un peu moins
03:25d'un mois.
03:26Comment ça se passe, en résumé, pour la majorité à ce moment-là, Pierre Morer ?
03:30Le texte pouvoir d'achat, en fait, il déchaîne les passions à l'Assemblée nationale.
03:33Il y a des dizaines d'heures de débats sur cinq jours, il y a des passes d'armes dans
03:36tous les sens.
03:37Beaucoup de chahuts venus des rangs de la NUP, notamment des insoumis,
03:41qui sont dans une stratégie de guérilla parlementaire et qui ne comptent pas du tout laisser la majorité s'exprimer.
03:46C'est insupportable qu'à chaque fois qu'on parle, il y ait un brouhaha à ce point,
03:50et notamment des claquements de pipites, comme vous le faites actuellement.
03:55Et je vous assure que ça irait beaucoup plus vite si vous vous taisiez un petit peu.
04:00Et oui !
04:00Et à la fin, un vote à 5h50 du matin.
04:02L'Assemblée nationale a adopté le projet de loi.
04:06Les travaux à l'Assemblée nationale s'interrompent le 6 août, pour la période de vacances parlementaires.
04:11Pauline Théveniot, dans quel état d'esprit se trouve l'exécutif pendant le mois d'août ?
04:15Déjà, c'est content d'être en vacances, parce que dans le camp Macron, que ce soit au gouvernement ou
04:19au sein de la majorité,
04:21tout le monde est très éprouvé, essoré physiquement, à cran, nerveusement.
04:25L'un d'eux nous dit, on a fini, cramé, il était temps que tout le monde parte en vacances.
04:30Alors certes, ils peuvent se féliciter de voir que le texte « pouvoir d'achat » est quand même passé,
04:35grâce aux voix de la droite et de l'extrême droite.
04:37Mais ils savent très bien que c'est un peu une victoire à la pyrus,
04:40parce que finalement, dans les oppositions, qui se serait risqué à bloquer un texte
04:44qui permettait de nouvelles mesures d'aide aux Français ?
04:47Tout le monde sait bien que politiquement, c'était un jeu très dangereux.
04:51Et tout le monde a bien en tête que ce sera une toute autre musique à la rentrée,
04:54et que l'épreuve sera autrement plus corsée.
04:56D'ailleurs, dans les couloirs des ministères ou de l'Assemblée,
05:01il est déjà quasiment entendu que le 49-3 sera très certainement incontournable
05:08pour les textes budgétaires de l'automne.
05:10Rappelez-nous ce qu'est le 49-3.
05:12C'est un article de la Constitution qui permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote à l
05:18'Assemblée,
05:18à condition d'engager la responsabilité du gouvernement devant les députés.
05:23C'est un article de la Constitution, il faut savoir qu'il permet au gouvernement
05:27de mettre absolument ce qu'il veut dans le texte.
05:30Il peut choisir absolument, comme il le veut, les amendements qu'il ajoute ou qu'il enlève dans le texte
05:36final.
05:37Donc en théorie, les oppositions ne peuvent pas s'opposer à ce passage en force à l'Assemblée ?
05:42Si, il y a un moyen, c'est de déposer une motion de censure,
05:45et qu'elle soit adoptée par une majorité de députés, auquel cas, le gouvernement tomberait.
05:50Pierre Maurer, après l'été, la reprise des travaux dans l'hémicycle est surnommée l'automne budgétaire.
05:56Qu'est-ce que ça signifie ?
05:57En clair, c'est un tunnel.
05:58L'Assemblée, à ce moment-là, étudie tous les grands projets de loi qui déterminent le budget de l'année
06:04qui vient.
06:05Il y a la loi de programmation des finances publiques, les projets de loi de finances,
06:09et de financement de la sécurité sociale.
06:11Et l'Assemblée, le Parlement, a 70 jours pour l'adopter.
06:15Pauline Théveniot, le samedi 15 septembre, dans le Parisien,
06:18l'élu modem François Bayrou, bien que proche d'Emmanuel Macron, jette un pavé dans la mare.
06:23Oui, ça fait une grosse dizaine de jours qu'en coulisses,
06:26Emmanuel Macron fait savoir son envie d'accélérer sur la réforme des retraites.
06:30Et à ce moment-là, il y a un scénario qui émerge,
06:33ce serait celui de le faire passer via un amendement au budget de la sécurité sociale,
06:37qui a toutes les chances, ou tous les risques, selon les points de vue, de passer par le 49-3.
06:42Cette solution, elle divise la majorité.
06:44Il y a des pour, des contre.
06:45Et là, François Bayrou, dans nos colonnes, il sort publiquement
06:48pour dire qu'il est opposé à tout passage aux forces.
06:52Ça va être un vrai séisme.
06:53Dans les jours qui suivent, il y a du cafouillage.
06:55D'abord, les divisions de la majorité, elles étaient en coulisses,
06:58et bien elles apparaissent au grand jour.
07:00Puis, il y a toute une série de réunions et de dîners.
07:04Et finalement, Emmanuel Macron accepte de donner un peu de temps
07:06et de renvoyer ce projet, de ne pas le faire tout de suite
07:09et de laisser du temps au débat.
07:12À la veille de la reprise des débats, en séance publique, le lundi 2 octobre,
07:17dans quel état d'esprit se trouvent les députés de la majorité ?
07:19Il y a une phrase d'un collaborateur de la majorité qui dit
07:22« Tout, ça va être encore pire par rapport à cet été. »
07:26Ils s'attendent à une épreuve physique, mais aussi à une épreuve politique.
07:30D'ailleurs, la consigne qui est donnée aux députés Renaissance,
07:33c'est de ne jamais quitter leur place en séance,
07:36même pas pour aller aux toilettes.
07:38C'est dire s'ils comptent les voix aux députés prêts.
07:42Ils se préparent aussi, ils essayent un petit peu de se motiver
07:45et de se préparer à rendre coup pour coup.
07:47Néanmoins, ils savent que la partie sera extrêmement, extrêmement difficile.
07:51Et surtout, avec les textes budgétaires pour lesquels
07:53le gouvernement va être contraint de dégainer un nombre considérable de 49,3,
07:58ils se préparent à une litanie, justement, de 49,3 et de motions de censure.
08:04Et les oppositions, Pierre Morer, elles sont dans quel état d'esprit ?
08:07Eh bien, du côté de la NUP, on fourbissait ses armes depuis de longues semaines
08:11et on attend qu'une chose, c'est les débats dans l'hémicycle.
08:14On prépare une vraie bataille sur le budget
08:16et tous avaient déjà annoncé qu'ils voteraient contre à la fin.
08:19ORN, c'est plus ou moins la même chose,
08:21mais on reste sur une stratégie de sérieux qu'a impulsé Marine Le Pen depuis l'été.
08:26Quant au LR, le groupe est assez éclaté en différentes sensibilités
08:29et sait déjà qu'il devra résister aux mains tendues de l'exécutif.
08:35Le mardi 2 octobre, la première séance des questions au gouvernement
08:38donne lieu à de très vifs échanges dans l'hémicycle.
08:41Oui, il y a plusieurs passes d'armes,
08:43notamment entre des députés de la majorité et de la NUP.
08:46Il y a la chef de file des députés Renaissance, Aurore Berger.
08:49Elle parle notamment des victimes de violences conjugales
08:52et elle fait référence à l'affaire Adrien Quatennin,
08:56ce député insoumis qui a reconnu avoir giflé sa compagne.
08:59Depuis plusieurs semaines, on loue la vertu de celui
09:01qui reconnaît des faits de violences conjugales.
09:04Depuis plusieurs semaines, on entend ceux qui parlent de leur affection
09:07pour un homme qui frappe sa femme.
09:10Alors oui, oui, nous devons faire mieux.
09:13Et ça commence par nos attitudes.
09:15Ça commence par les mots que nous employons.
09:17Ça commence par le fait de respecter les victimes.
09:20Ça soulève des salves d'applaudissements dans les rangs de la majorité.
09:24La séance est tellement chahutée
09:26que la présidente de l'Assemblée, Yael Brown-Pivet,
09:28est obligée d'intervenir à plusieurs reprises.
09:31Les échanges se cristallisent également
09:33sur le renvoi devant la Cour de Justice de la République
09:36du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti.
09:38Nous avons appris hier que le garde des Sceaux,
09:41mis en examen depuis juillet 2021,
09:43était renvoyé devant la Cour de Justice de la République.
09:46C'est notamment tendu avec les socialistes.
09:48Boris Vallaud qui rappelait qu'en 2017,
09:50Emmanuel Macron a affirmé que tout ministre
09:52mis en examen devait démissionner.
09:54Tout ministre mis en examen devrait démissionner.
09:58Je voudrais savoir ce que vous pensez aujourd'hui
09:59de cette déclaration.
10:00La session parlementaire débute avec l'examen
10:03du projet de loi sur la réforme de l'assurance chômage.
10:06Un texte qui donnerait en clair à l'exécutif
10:09le pouvoir de moduler les indemnités
10:12comme il le souhaite,
10:13en fonction de la conjoncture économique.
10:15Comment ça se passe à l'Assemblée ?
10:17Eh bien, la majorité et ses alliés font adopter le texte
10:21par 303 voix contre 249.
10:24Donc, c'est assez serré.
10:26Surtout pour atteindre ce score,
10:27la majorité a pu compter sur le soutien des députés,
10:31les Républicains,
10:32qui ont tous voté port,
10:33à l'exception de trois abstentions.
10:35Et en fait, la majorité est allée chercher leur soutien
10:37puisque plusieurs amendements portés par les Républicains
10:40ont été ajoutés au projet de loi.
10:42Le mercredi 12 octobre débute l'examen du budget du pays
10:45pour l'année 2023.
10:47Comment ça se passe pendant les premiers jours ?
10:49Tout le monde n'a qu'une question en tête,
10:50quand sera déclenché le 49-3 ?
10:53Et donc, tout le monde sait que les débats,
10:54en attendant que le 49-3 soit déclenché,
10:58comptent pour du beurre.
10:59Mais personne ne s'abstient, évidemment,
11:01de ferrailler et de faire passer
11:02le maximum d'amendements possibles.
11:04Et le mercredi 19 octobre,
11:06en fin d'après-midi,
11:07la Première ministre, Elisabeth Borne,
11:09monte à la tribune.
11:10Oui, il est 17h40,
11:12quand elle prend la parole dans l'hémicycle,
11:14elle dégaine le 49-3.
11:16En responsabilité,
11:18nous devons donner un budget à notre pays.
11:23Aussi, sur le fondement de l'article 49 alinéa 3
11:28de la Constitution,
11:30j'engage la responsabilité de mon gouvernement
11:33pour la première partie du projet d'oie de finances
11:36pour 2023.
11:37Pour justifier cette décision,
11:39Elisabeth Borne, elle donne deux arguments.
11:41D'abord, elle dit qu'au sixième jour des débats,
11:44bon nombre d'amendements sont encore à examiner
11:46et que finalement, si on continue à ce rythme-là,
11:49l'hémicycle ne tiendra pas les délais
11:51pour discuter du projet de loi de finances.
11:54Et le second, c'est surtout que toutes les oppositions
11:57ont toutes réaffirmé leur volonté de rejeter le texte.
12:03Pauline Théveniot, la majorité l'attendait aussi, ce 49-3.
12:06Oui, parce que la question du quand déclencher le 49-3,
12:09elle faisait débat en interne.
12:11Certains étaient pressés d'aller vite
12:12en disant que de toute façon, tout cela était inutile.
12:14D'autres disaient, ah ben non, il faut qu'on laisse un peu de temps,
12:17notamment pour pouvoir renvoyer aux oppositions
12:19la responsabilité des blocages et de l'utilisation du 49-3.
12:23Sauf que là, ça fait plusieurs jours, à ce moment-là,
12:25que le gouvernement, il enchaîne les défaites à la pelle
12:27dans l'hémicycle et pour certains, ce n'était vraiment plus possible.
12:30L'article 49-3 est à nouveau utilisé par l'exécutif
12:34le lendemain, jeudi 20 octobre,
12:36pour faire passer un texte qui concerne
12:38le budget de la sécurité sociale.
12:41A gauche, la France Insoumise dépose une motion de censure.
12:44Si elle est adoptée, on le rappelle, par une majorité de députés,
12:47le gouvernement doit alors démissionner.
12:49Le lundi 24 octobre, peu de temps avant que cette motion
12:53ne soit mise au vote, Marine Le Pen,
12:55la chef de file du Rassemblement National, fait une annonce.
12:59Oui, il est presque 16h30 quand Marine Le Pen abat sa carte maîtresse.
13:03Parce que seule l'intérêt national guide ses paroles et ses actes,
13:08le groupe que j'ai l'honneur de présider
13:10votera également la motion de censure présentée
13:13en des termes acceptables de l'autre côté de l'hémicycle.
13:17C'est une petite surprise dans l'hémicycle,
13:19parce que ça faisait des jours que tout le monde se posait la question
13:23est-ce que le RN votera ou ne votera pas la motion de censure de la NUP ?
13:27Et Marine Le Pen laissait planer le doute depuis quelques semaines.
13:31Pierre Maurer, cette manœuvre de Marine Le Pen,
13:33j'imagine qu'elle embarrasse les Insoumis.
13:35Ça fait beaucoup débat chez eux,
13:37mais en off, certains Insoumis ne cachaient pas
13:39qu'ils voulaient une rédaction de texte de leur motion
13:41assez neutre pour justement capter le vote de toutes les oppositions,
13:46et donc y compris du Rassemblement National.
13:47Ça a un peu craquelé la NUP.
13:50Cette motion de censure est mise au vote
13:52et elle est rejetée à 55 voix près.
13:55Pauline Théveniot, qu'est-ce qu'on vous dit
13:57dans le camp de la majorité à ce moment-là ?
13:59Comme toujours, il y a le on et il y a le off.
14:01Le on, c'est la riposte, l'offensive,
14:04la volonté claire de dénoncer une alliance,
14:07une forme d'alliance brun-rouge,
14:08une alliance de l'extrême gauche et de l'extrême droite,
14:11de dénoncer une volonté de désordre,
14:14voire de chaos.
14:15Et en off, il y a quand même des confidences
14:17de macronistes, pas rassurés.
14:20Certains qui nous disent, c'est quand même flippant.
14:23D'autres, je suis affolé, déprimé.
14:25Parce que tout ça, ça montre aussi
14:27dans quelle situation de fragilité se trouve le gouvernement.
14:33Si cette motion de censure est rejetée,
14:35c'est notamment parce que les députés républicains
14:37ne l'ont pas votée comme aucune autre d'ailleurs.
14:40Pour quelles raisons ?
14:41Pourquoi ils n'ont pas voté la motion de censure ?
14:44Leur président, Olivier Marlex,
14:45se justifie en disant qu'il n'y a pas de majorité alternative
14:48et que du coup, faire tomber le gouvernement maintenant,
14:51ça reviendra à ajouter du désordre au désordre.
14:53Il y a une autre raison qui est moins mise en avant
14:55sur les plateaux et qui est en réalité
14:58pas avoible, mais bien présente,
15:00c'est que les républicains,
15:01ils savent bien qu'ils auraient beaucoup à perdre
15:04en cas de dissolution
15:05et de nouvelle élection.
15:07Et finalement, tout le monde a une bonne raison aussi
15:10de se satisfaire de ce statu quo.
15:12C'est un peu, je te tiens, tu me tiens par la barbichette,
15:14cette histoire de dissolution.
15:15Le lendemain, le mardi 25 octobre,
15:18la majorité connaît un nouveau revers.
15:20Alors, c'est sur un texte qui est un peu passé inaperçu
15:23aux yeux du grand public
15:24parce que c'est un texte assez technique
15:25qui s'appelle le projet de loi
15:26pour la programmation des finances publiques
15:282023-2027.
15:29En clair, c'est la trajectoire budgétaire du pays
15:32pour les cinq ans à venir.
15:33Celle-là même qui est envoyée à Bruxelles
15:36à la commission.
15:38Eh bien, ce texte, il est rejeté par les députés.
15:41C'est la première fois qu'un texte du gouvernement
15:43ne passe pas dans l'hémicycle.
15:45Résultat du scrutin, votant 342 pour 167 contre 173.
15:53L'Assemblée nationale n'a pas adopté
15:55le projet de règlement.
15:57Ça vient encore une fois rappeler
15:58à quel point le gouvernement n'a pas les coups des franches.
16:01Et par ailleurs, c'est aussi une épine dans le pied
16:04parce qu'en fait, le rejet de ce texte,
16:07c'est quand même un coup porté
16:09à la crédibilité de l'exécutif à Bruxelles.
16:12Bonsoir, Monsieur le Président.
16:13Bonsoir.
16:14Merci d'avoir accepté l'invitation de France Télévisions.
16:16Pauline Théveniot, le soir même,
16:18Emmanuel Macron est l'invité de l'événement,
16:20l'émission politique de France 2.
16:22Et au cours de l'interview,
16:23le chef de l'État tend la main aux élus républicains.
16:26Emmanuel Macron, il a souvent fait des œillades à la droite,
16:29il a souvent tendu la main à la droite,
16:30mais cette fois, il dit officiellement et publiquement
16:33qu'il souhaite, et je le cite,
16:34une alliance, et ce, pour faire passer
16:36les projets de loi du gouvernement.
16:38Les parlementaires du groupe Les Républicains,
16:40qui n'ont pas voté cette motion de censure,
16:42ils ont donc envoyé un message clair.
16:45Nous, on ne veut pas bloquer le gouvernement.
16:47On n'est pas prêts à tout.
16:48Oui, je souhaite qu'il y ait une alliance.
16:50Ce qu'il faut avoir en tête, c'est que trois jours plus tôt,
16:52dans le journal du dimanche, Nicolas Sarkozy,
16:54il a plaidé pour un accord de gouvernement
16:57entre les Républicains et la majorité d'Emmanuel Macron.
17:00Entre temps, les deux hommes, Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy,
17:04ils se sont vus, ils ont discuté de tout ça.
17:06La démarche, elle est très très claire,
17:07donc, c'est qu'il s'agit bel et bien de nouer un pacte.
17:10Un pacte pour quoi faire ?
17:11Eh bien, pour avoir une majorité,
17:13pour faire passer les textes qui arrivent dans l'hémicycle.
17:15Et que répond la droite à cette main tendue du président ?
17:18Eh bien, la droite répond « Niète, pas d'alliance, pas de pacte,
17:21on reste droit dans nos bottes ».
17:23Les députés LR, ils restent sur leur compte à soi,
17:25ils disent qu'ils pourront voter des textes,
17:27mais au cas par cas, en fonction de si ça leur convient ou pas.
17:30En clair, ils espèrent ainsi se poser dans le rôle
17:33de ce qu'on appelle un groupe charnière au Parlement,
17:36mais sans s'associer avec Emmanuel Macron.
17:39Le lendemain, la première ministre Elisabeth Borne
17:41utilise pour la troisième fois l'article 49.3
17:44pour faire passer l'ensemble du projet de budget 2023
17:48de la Sécurité sociale,
17:50puis une autre fois encore, le mercredi 2 novembre,
17:53pour faire adopter cette fois-ci
17:55l'ensemble du texte sur le budget en première lecture.
17:58Qu'est-ce qu'il doit se passer maintenant ?
18:00Eh bien, désormais, le texte, il va être examiné par les sénateurs,
18:04et puis il va revenir à l'Assemblée pour une deuxième lecture.
18:07Et à la fin, si tout va bien,
18:09il y aura un vote solennel,
18:10plutôt à la mi-novembre.
18:11Pierre Maurer, entre la première et la quatrième fois
18:14que le 49.3 a été déclenché,
18:16les motions de censure des oppositions se sont multipliées,
18:19mais aucune n'a réussi à faire tomber le gouvernement.
18:22En coulisses, que pensent les députés des oppositions
18:25de ces échecs à répétition ?
18:27Eh bien, on commence à s'interroger sur la pertinence
18:30de dégainer en permanence, à chaque 49.3,
18:33une motion de censure.
18:34Il y a par exemple le socialiste Olivier Faure
18:37qui commence à s'inquiéter de l'usure
18:39que ça pourrait provoquer aux yeux des électeurs.
18:41Il dit notamment à la tribune...
18:43Avec la répétition des 49.3 et de leur réplique,
18:47la motion de censure,
18:48le risque pris,
18:50c'est celui d'un brouhaha continu
18:52qui ne profitera qu'à l'antiparlementarisme.
18:55Et ce risque-là,
18:56chacun ici doit le mesurer.
18:59Pauline Théveniot,
19:00ces 49.3 à répétition,
19:02il provoque aussi une certaine lassitude
19:04dans la majorité ?
19:05Ben oui, parce que c'est un éternel recommencement.
19:07Un député de la majorité me disait
19:10éprouver un sentiment de marasme.
19:12C'est un peu toujours la même journée
19:14qui se répète et surtout,
19:15il voit bien aussi que les débats,
19:17ils tournent un peu à vide
19:18puisque, in fine,
19:19le gouvernement va déclencher un 49.3
19:21et retenir ce qu'il souhaite dans le texte.
19:23Donc, certains se font moins assidus.
19:24D'autres en profitent
19:25pour prendre la parole dans l'hémicycle
19:27en se disant, finalement,
19:28il n'y a pas de raison d'essayer
19:29d'économiser du temps,
19:30il n'y a pas d'enjeu
19:30puisque, de toute façon,
19:31au final, il y aura le 49.3.
19:33En somme, à force,
19:35il y a un sentiment latant
19:36que tout ça n'est pas très utile.
19:38Pauline Théveniot, on l'a vu,
19:39ce mois d'octobre a été très rude
19:40pour la majorité.
19:41Est-ce que l'avenir s'annonce
19:42tout aussi difficile
19:43vu la configuration à l'Assemblée ?
19:45Jusqu'à présent,
19:47il était sur les textes budgétaires.
19:48Sur les textes budgétaires,
19:49le gouvernement peut utiliser le 49.3
19:51autant de fois qu'il le souhaite
19:53et qu'il estime en avoir besoin.
19:56À partir de maintenant,
19:57ça ne va plus être le cas.
19:58Le 49.3,
19:59le gouvernement a le droit,
20:01en dehors de ces textes budgétaires,
20:02de l'utiliser qu'une seule fois par session.
20:05En clair, ça veut dire
20:06que jusqu'à la fin du mois de juin 2023,
20:08il ne pourra dégainer cette âme fatale
20:10qu'une seule fois.
20:12Cela signifie que le gouvernement,
20:13s'il ne parvient pas
20:14à trouver des compromis,
20:16va devoir se préparer
20:17à sacrifier des textes
20:19et à enregistrer de nouvelles défaites.
20:49Merci à Pauline Théveniot et Pierre Maurer.
20:50ou bien directement à cette adresse
20:53codesourceatleparisien.fr
21:00Sous-titrage Société Radio-Canada
21:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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