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Le camp présidentiel est arrivé en troisième position aux législatives anticipées, derrière le RN et le Nouveau Front populaire. Trois semaines après la dissolution de l’Assemblée, le président Emmanuel Macron semble avoir perdu son pari. Récit.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Camille Ruiz - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : LCI, Europe 1, Le Figaro, TF1, France 2.

#politique #macron #election #macroni

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Pendant la campagne pour la présidentielle 2017, l'ancien ministre de l'économie, Emmanuel Macron, se présentait comme un rempart
00:19au Front National.
00:21Président depuis 7 ans, réélu en 2022 face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a fait un choix risqué de
00:27dissoudre l'Assemblée le 9 juin, une heure après la défaite de son camp aux élections européennes.
00:32Aujourd'hui, le Rassemblement National est en passe d'avoir une majorité de députés à l'Assemblée le dimanche 7
00:39juillet.
00:40Retour sur cet échec du chef de l'État avec Olivier Beaumont, journaliste au service politique du Parisien, en charge
00:46de l'exécutif.
00:58Olivier Beaumont a choisi de commencer ce podcast en 2017, au printemps 2017.
01:03L'ancien ministre de l'économie, Emmanuel Macron, est en campagne pour la présidentielle
01:07et il s'appuie sur des bénévoles, des milliers de militants aux quatre coins de la France qu'on appelle
01:12les marcheurs. Rappelez-nous ça.
01:14Oui, les marcheurs, c'est un mouvement un peu spontané qui s'est constitué quelques mois auparavant, au moment de
01:20la création d'En Marche, par Emmanuel Macron, au cours de l'été 2016.
01:25Ce mouvement a pour particularité d'être issu de la société civile.
01:30Ce sont des Français, plutôt un profil urbain issu des grandes villes, qui vont autour de ce candidat faire du
01:37porte-à-porte, traîner sur les marchés, essayer de bâtir un projet.
01:41Vraiment, la particularité, c'est qu'ils viennent auprès de potentiels électeurs en leur posant des questions, des questions qui
01:47ont pour vocation à élaborer un futur programme au candidat Emmanuel Macron.
01:53Donc, en résumé, pour Emmanuel Macron, au départ, il y a un aspect collaboratif, participatif à sa démarche politique.
01:58Complètement collaboratif, participatif, ce sont les mots avec des gens qui sont vraiment issus de la société civile.
02:04C'est ça aussi le message qui est envoyé, c'est-à-dire qu'on veut changer d'époque et
02:09ça doit venir de la base du peuple.
02:11Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, avec 65,1%.
02:16Emmanuel Macron remporte l'élection présidentielle en mai 2017 face à Marine Le Pen.
02:22Depuis la campagne, il se présente comme un rempart au Front National.
02:26Son premier quinquennat sera marqué par plusieurs crises, notamment la crise des Gilets jaunes en 2018 et début 2019,
02:32le Covid ou encore la guerre en Ukraine qui commence en février 2022.
02:37Olivier Beaumont, le 20 avril 2022, Emmanuel Macron est réélu face à Marine Le Pen une nouvelle fois,
02:43mais celle-ci fait un meilleur score que cinq ans plus tôt, près de 41,5% des voix.
02:49Et dans la foulée, aux élections législatives, le parti d'Emmanuel Macron, Renaissance, perd la majorité absolue.
02:55Oui, oubliez le raz-de-marée de 2017 qui avait permis au parti d'Emmanuel Macron d'arriver en force
03:00dans l'hémicycle avec plus de 350 députés.
03:03Cinq ans plus tard, il en perd plus d'une centaine.
03:05Il n'y a plus que 250 élus Renaissance à l'Assemblée nationale.
03:10Et le Rassemblement national arrive en force dans l'hémicycle avec 89 députés autour de Marine Le Pen qui prend
03:17la présidence du groupe.
03:18Et l'autre événement majeur, c'est le bloc de gauche qui, au faveur d'alliances entre la France insoumise,
03:25les Verts et le Parti socialiste,
03:27crée la fameuse NUPES qui, elle, va faire entrer 150 députés dans l'hémicycle.
03:33Madame la Première ministre, chère Élisabeth.
03:38Emmanuel Macron nomme à Matignon une ancienne conseillère du socialiste Lionel Jospin, Élisabeth Borne.
03:44Elle conduit notamment une réforme impopulaire.
03:47L'âge légal de départ à la retraite passe de 62 ans à 64 ans en avril 2023.
03:53Olivier Beaumont, cette réforme aura entraîné une contestation importante avec beaucoup de manifestations dans la rue.
03:59Oui, car immédiatement le texte adopté, passage en force, il faut le rappeler, par l'utilisation du 49-3 par
04:04Élisabeth Borne,
04:06immédiatement dans la rue, place de la Concorde, en face de l'Assemblée nationale,
04:10à l'appel aussi d'élus de gauche.
04:13Des centaines, après même des milliers de Français vont se rassembler pour dénoncer l'adoption de ce texte,
04:19sans passer par le vote à l'Assemblée nationale et au Parlement en général.
04:23Et ce qui va suivre dans les jours d'après, ce sont effectivement des scènes de heurts, de chaos, d
04:27'affrontements
04:28entre des manifestants en colère et puis des forces de l'ordre, les pompiers aussi.
04:33Les scènes de vitrines caillassées, de poubelles incendiées, ça va durer pendant plusieurs jours.
04:37On a vraiment le sentiment à cet instant-là que la France est à feu et à sang.
04:40Toujours en 2023, la majorité présidentielle se divise au sujet de la loi sur l'immigration,
04:45un projet de loi qui est censé mieux contrôler l'immigration et dans le même temps favoriser l'intégration.
04:51Oui, un texte compliqué qui va être adopté au bout d'un an de discussions de tergiversation au sein de
04:56la majorité
04:57parce que deux blocs s'opposent, entre le bloc de droite et le bloc de gauche de la Macronie.
05:01Le bloc de gauche accusant l'autre de faire la course à l'échalote au Rassemblement national
05:06et de priver de droits, d'un certain nombre de droits en tout cas,
05:09des personnes en situation irrégulière ou même d'origine étrangère.
05:13Le texte est adopté dans la douleur et un chiffre à retenir sur cette réforme,
05:18c'est que sur les 86 articles, 35 seront retoqués par le Conseil constitutionnel.
05:22Pendant toute cette séquence, le gouvernement utilise à plusieurs reprises l'article 49.3 de la Constitution,
05:29article qui permet de faire passer un texte sans vote au Parlement.
05:32Olivier Beaumont, le lundi 8 janvier 2024, Emmanuel Macron décide de remercier Elisabeth Borne.
05:39Officiellement, il accepte sa démission. Pourquoi ce choix ?
05:42Parce qu'Emmanuel Macron considère qu'Elisabeth Borne est usée à la tête de Matignon.
05:46Il faut quand même rappeler qu'elle a fait passer deux textes majeurs, mais dans la douleur.
05:50La réforme des retraites et le texte sur l'immigration.
05:52Donc il y a la volonté pour le chef de l'État de tourner une page, de donner un nouveau
05:55souffle.
05:56Et il décide de sacrifier Elisabeth Borne, qui depuis son arrivée à Matignon,
06:00et c'est aussi lié à sa personnalité, n'est pas un personnage qui est très politique.
06:04C'est une technicienne, un animal à sang-froid.
06:08C'est comme ça qu'elle est souvent décrite.
06:11Et donc, à six mois des élections européennes, il y a la volonté d'envoyer un message politique.
06:16Et il considère qu'Elisabeth Borne n'est pas, dans l'instant T,
06:20celle qui peut lui permettre de poursuivre l'action du gouvernement.
06:23Emmanuel Macron a plusieurs options pour remplacer Elisabeth Borne à Matignon.
06:27Notamment, Julien Denormandie, ex-ministre du Logement, puis de l'Agriculture.
06:32Mais le président choisit son ministre de l'Éducation, Gabriel Attal, qui a 34 ans à ce moment-là.
06:38Pourquoi ce choix ?
06:38Parce que déjà, ce n'est pas du tout le même profil qu'Elisabeth Borne.
06:42Il a seulement 34 ans, c'est un pur produit du macronisme.
06:46C'est une personnalité très populaire.
06:48Il est en poste rue de Grenelle, au ministère de l'Éducation nationale,
06:51où il marque des points depuis déjà plusieurs mois,
06:53avec cette mesure marquante, dès le début de sa prise de fonction,
06:57avec l'interdiction du port de la Baia dans les établissements scolaires.
07:01Et on est à quelques mois des élections européennes.
07:05Et Emmanuel Macron a envie d'avoir cette figure pour aller porter le combat face au Rassemblement national.
07:12Et il est même décrit par les entourages du chef de l'État comme l'arme anti-Bardella.
07:18C'est-à-dire qu'Attal, c'est la réponse à Jordan Bardella.
07:20Ce sont deux personnalités très ambitieuses aussi.
07:22Et donc, il pense que c'est celui qui va lui permettre de reprendre la main politiquement.
07:26Olivier Beaumont, à ce moment-là, donc on est en janvier 2024,
07:30Emmanuel Macron dirige le pays en écoutant les conseils de qui ?
07:33Qui est son premier cercle ?
07:34Le premier des premiers, c'est bien évidemment Alexis Collère, le secrétaire général de l'Élysée,
07:39qui est en poste depuis 2017.
07:41Et puis, il y a autour de lui un petit cercle de conseillers
07:44qui vont de Bruno Roger Petit, sa plume, à ses conseillers en communication.
07:48Et puis, il y a autour de lui beaucoup de capteurs, en fait, des élus ou anciens élus.
07:54Richard Ferrand, qui n'est plus à l'Assemblée nationale,
07:57reste un des interlocuteurs réguliers du chef de l'État.
08:00Il y a l'ancien député Thierry Solaire, qui lui vient plutôt de la droite aussi,
08:02qui est très présent.
08:04Des ministres de poids qui sont régulièrement concertés,
08:07comme Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu.
08:09Et puis, il y a le retour, en janvier 2024,
08:12de son ancienne plume, Jonathan Guémas,
08:13qui avait quitté l'Élysée au lendemain de la victoire en 2022
08:18pour partir chez Publicis.
08:21Et Jonathan Guémas, dans ce moment plus politique,
08:24on va dire, à quelques mois d'élection européenne,
08:27revient reprendre du service auprès du patron.
08:30À partir du 13 mai, la Nouvelle-Calédonie est secouée
08:33par un mouvement social ponctué de violences.
08:35Il y a neuf morts, dont deux gendarmes.
08:38Le jeudi 23 mai, Emmanuel Macron est sur place
08:40et dans l'avion du retour vers la métropole,
08:42le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
08:45évoque avec lui l'hypothèse d'une dissolution
08:48de l'Assemblée nationale.
08:49Oui, Gérald Darmanin, ce n'est pas n'importe qui
08:51dans le dispositif gouvernemental.
08:53C'est un des ministres les plus politiques,
08:54un élu local de terrain,
08:56qui rentre toutes les semaines dans sa ville de Tourcoing.
09:00Donc, il entend aussi ce que lui disent ses électeurs.
09:03Et il sent que la vague du Rassemblement national
09:06va tout emporter lors de ce scrutin européen.
09:09Et lui, il reste le constat que le président de la République
09:11n'a plus beaucoup de marge de manœuvre.
09:13On voit que depuis deux ans, cette majorité absolue,
09:16K1K, arrive quand même à faire adopter des textes,
09:19mais à chaque fois dans la douleur,
09:20puisque Elisabeth Borne a très souvent utilisé
09:23l'usage du 49-3 pour faire passer des textes.
09:26Et donc, lui, il pense qu'on est arrivé au bout d'un cycle.
09:28Et la seule solution, pour lui, c'est effectivement la dissolution.
09:32C'est-à-dire d'envoyer un message fort
09:34qui permettrait au président de la République
09:35de reprendre un petit peu la main.
09:37Et Gérald Darmanin, quand il fait cette hypothèse
09:39auprès du président de la République,
09:41il l'a fait pour les prochaines semaines,
09:43voire plutôt pour la rentrée, voire en octobre,
09:45mais pas forcément tout de suite,
09:47au lendemain du scrutin européen.
09:51Pour les européennes du 9 juin,
09:53c'est officiellement le chef du gouvernement,
09:55Gabriel Attal, qui est chargé de mener la campagne.
09:58Mais Emmanuel Macron s'implique lui aussi.
10:00Dans un article du 3 juin dans Le Parisien,
10:03Olivier Beaumont, vous citez le président qui dit
10:06« Je suis obligé de tout faire ».
10:08Alors oui, ça c'est une phrase qu'on a régulièrement
10:10l'habitude d'entendre,
10:11et qui nous est souvent rapportée par les proches
10:13du chef de l'État, c'est-à-dire
10:15cette exaspération de se dire
10:17qu'il doit tout le temps tout faire,
10:18mais en même temps, c'est dans sa nature.
10:20C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron,
10:21il peut passer deux jours dans un sommet
10:24de chef d'État étranger,
10:26et puis le soir même, sur son téléphone,
10:29avoir à gérer des questions d'investiture
10:31pour des circonscriptions.
10:32Donc il aime aussi cette petite embouille politicienne,
10:34et puis c'est quelqu'un qui aime être
10:36tout le temps en vue, en fait.
10:39Et on le voit effectivement dans cette campagne,
10:41quasiment tous les jours,
10:42il va polluer, je reprends les termes
10:45de certaines personnes, y compris de son entourage,
10:47en faisant des apparutions,
10:49en tenant des propos.
10:50Le soir, il organise des réunions politiques
10:52à l'Élysée, en présence de cadres de la majorité,
10:56pour gérer des choses qui ne sont même pas de son ressort.
10:59Mais c'est aussi parce que lui,
11:00on a très envie de mettre les mains dans le cambouis.
11:02Olivier Beaumont, dans les semaines et les jours
11:04qui précèdent les européennes du 9 juin,
11:06l'Élysée semble minimiser l'importance
11:09du scrutin à venir pour la vie politique en France.
11:11Oui, parce que le résultat, il est attendu.
11:14Les sondages s'enchaînent
11:16et disent à chaque fois la même chose,
11:17c'est-à-dire qu'on s'attend à avoir
11:19un Rassemblement National très haut,
11:21potentiellement au-dessus des 30%.
11:23Et on voit très clairement
11:25qu'il n'y a aucune dynamique de campagne
11:27autour de la chef de file investie,
11:30Valérie Ayet.
11:31Pas de dynamique, d'autant plus que personne
11:33n'a voulu aller au combat.
11:35Il faut quand même rappeler que plusieurs figures
11:36de la majorité avaient été approchées,
11:38notamment Bruno Le Maire,
11:40et lui-même a refusé d'y aller.
11:42Donc, c'est une élection dont on considère
11:44qu'elle est déjà perdue d'avance.
11:45Et c'est un échec aussi,
11:47symboliquement et politiquement,
11:48parce que l'Europe,
11:50c'est quand même l'ADN du macronisme.
11:53Et donc, ce que vont faire, effectivement,
11:54Emmanuel Macron et son entourage,
11:56en tout cas pendant les semaines
11:57qui vont précéder,
11:57ce sera de minimiser les enjeux
11:59et tout de suite d'enjamber pour la suite.
12:02Emmanuel Macron fait même cette promesse,
12:04c'est-à-dire qu'il ne tirerait aucun enseignement national
12:07de ce scrutin européen.
12:10Le dimanche 9 juin, à 20h,
12:12les résultats des Européennes en France sont dévoilés.
12:14Large victoire pour la liste du RN,
12:17emmenée par Jordan Bardella,
12:18plus de 31% des suffrages.
12:20Et c'est une lourde défaite
12:21pour le parti d'Emmanuel Macron,
12:23deuxième avec deux fois moins de voix
12:25que le Rassemblement National.
12:26À 21h, le président,
12:28vêtu d'un costume sombre,
12:30prend la parole de l'Elysée.
12:31Après avoir procédé aux consultations prévues
12:35à l'article 12 de notre Constitution,
12:38j'ai décidé de vous redonner
12:40le choix de notre avenir parlementaire,
12:43par le vote.
12:44Je dissous donc ce soir l'Assemblée Nationale.
12:48Emmanuel Macron convoque des élections législatives anticipées
12:51les dimanches 30 juin et 7 juillet.
12:53Olivier Beaumont, le président,
12:55a prévenu plusieurs personnages très importants
12:57de l'appareil d'État,
12:58à peine quelques minutes avant de faire l'annonce.
13:01Le Premier ministre lui-même, Gabriel Attal,
13:04est choqué de cette décision.
13:06Il est atterré, estomaqué, il ne s'y attendait pas.
13:09Il dit au président, ne le faites pas d'ailleurs,
13:13quitte à me sacrifier moi.
13:14Donc il propose de remettre sa démission,
13:17ce qu'Emmanuel Macron refuse.
13:19Et Gabriel Attal, il est d'autant plus agacé
13:22que quand Emmanuel Macron l'informe de cette décision,
13:24il le fait seulement quelques minutes
13:26avant d'autres cadres de la majorité,
13:29qu'il convoque à 19h15 au Palais de l'Élysée.
13:32Cet épisode va vraiment créer une rupture entre les deux.
13:35Gabriel Attal a toujours dit
13:36qu'il devait tout amener de Macron,
13:38mais cette dissolution et cette incompréhension
13:41va créer un avant et un après
13:42dans la relation entre les deux hommes.
13:46Pour les députés macronistes, cette annonce est un choc.
13:49Olivier Beaumont, est-ce que vous pouvez nous citer
13:51une réaction qui vous a marqué particulièrement à ce moment-là ?
13:54Ah oui, moi, le soir du scrutin européen
13:57et quand le chef de l'État fait cette annonce,
13:58je suis à la mutualité,
14:00où il y a la soirée électorale
14:01qui est organisée par la majorité présidentielle.
14:04Les gens dans la salle sont estomaqués
14:05et il y a aussi quelques parlementaires
14:07et l'un d'eux me dit qu'il nous envoie à l'abattoir.
14:09C'est-à-dire qu'eux savent très bien
14:11que trois semaines plus tard,
14:12ils vont perdre un nombre conséquent
14:14de leurs troupes dans l'hémicycle
14:16et que plus de la moitié seront probablement sacrifiées
14:18sur l'autel de la dissolution.
14:20Ces parlementaires, ces cadres du mouvement Renaissance
14:22à qui vous parlez,
14:23ils ne comprennent pas, j'imagine, cette décision ?
14:25Non, ils ne comprennent pas, surtout la brutalité.
14:28La façon dont c'est fait,
14:29ils considèrent qu'Emmanuel Macron a réagi
14:31sous le coup de l'émotion.
14:33Certains disent qu'il est devenu complètement fou
14:35et surtout il y a eu une erreur stratégique et politique,
14:38c'est-à-dire qu'un scrutin organisé trois semaines
14:41après un autre,
14:42confirme toujours la même tendance.
14:44Il y a toujours une dynamique qui est donnée.
14:46Donc, Emmanuel Macron,
14:47qui veut faire de cette dissolution
14:48une opération de clarification,
14:51tout le monde voit très vite
14:52que cette clarification risque de se faire,
14:54mais assez dépend.
14:55Le jeudi 20 juin,
14:56l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron,
14:58issu de la droite, Edouard Philippe,
14:59a des mots très durs au sujet du président.
15:03C'est le président de la République
15:04qui a tué la majorité présidentielle.
15:06Il l'a dissous.
15:07C'est pas moi qui suis parti.
15:08De son côté, le lendemain,
15:09le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire,
15:11fustige les conseillers
15:12qui ont plaidé pour une dissolution de l'Assemblée.
15:16Il parle de cloportes.
15:18Vous savez,
15:19les parquets des ministères
15:22sont pleins de cloportes.
15:24Il y a toujours eu des cloportes
15:24parties de la vie politique française.
15:27Le mieux, c'est de ne pas les écouter
15:29et de rester à sa place,
15:31qu'on soit présents dans la République,
15:32Premier ministre, ministre,
15:33et prendre ses décisions en conscience.
15:36Olivier Beaumont,
15:37vous aviez déjà entendu ça,
15:38des alliés, des proches d'un président
15:40dire aussi clairement le fond de leur pensée
15:42au sujet du chef de l'État
15:44et de son entourage ?
15:45C'est pas nouveau.
15:46En tout cas,
15:46ces deux prises de parole,
15:47deux figures qui ne sont pas n'importe lesquelles,
15:49en ce qui concerne la majorité,
15:50Edouard Philippe et Bruno Le Maire,
15:52disent une chose,
15:52c'est qu'on a déjà anticipé
15:55la fin du macronisme.
15:57Emmanuel Macron est encore là pour trois ans,
15:59mais cet affranchissement,
16:00par ses propos,
16:02à l'endroit du président de la République
16:03et aussi de son entourage,
16:05en dit long sur la volonté
16:07d'émancipation de ces figures-là
16:09qui déjà préparent l'après-Macron,
16:11c'est-à-dire l'élection présidentielle de 2027.
16:15Officiellement, c'est Gabriel Attal
16:16qui est censé conduire la campagne
16:17du camp macroniste
16:18pour ses législatives anticipées,
16:20donc à peine trois semaines de campagne,
16:22mais le président intervient souvent.
16:24Le lundi 24 juin,
16:26Emmanuel Macron répond au podcast d'un entrepreneur,
16:29génération do it yourself,
16:31génération faites-le vous-même,
16:32et à plusieurs reprises,
16:33le président utilise l'expression
16:35de risque de guerre civile.
16:37Moi, je veux revenir là-dessus
16:38par rapport à ce que vous disiez.
16:39« Si on va au bout de votre raisonnement,
16:41le pays explose ou c'est la guerre civile ? »
16:43Et c'est ça mon grand désaccord
16:44avec les deux extrêmes
16:45et ceux qui les suivent.
16:48Ça crée un émoi dans la classe politique,
16:51une incompréhension effectivement dans la majorité
16:54en disant « mais pourquoi il sort cette formule ? »
16:56Parce que, évidemment,
16:57le RN, comme le nouveau groupe populaire,
17:00va s'emparer de cette formule
17:02pour dénoncer le comportement irresponsable
17:05du chef de l'État.
17:06En fait, il renvoie l'argument contre lui
17:09parce que c'est une façon de diaboliser l'ennemi,
17:12mais ça ne fonctionne plus aujourd'hui.
17:13Beaucoup de Français veulent mettre un bulletin
17:17pour le RN ou pour le nouveau Front populaire
17:20pour des raisons d'adhésion à une politique,
17:23à une idéologie,
17:24et ça n'est plus un vogue de contestation.
17:27Et donc, cette stratégie de la peur
17:28qui est faite par Emmanuel Macron,
17:30c'est une stratégie très dangereuse,
17:32très risquée,
17:33pour laquelle il va être très, très, très critiqué en interne.
17:37Et c'est le RN et ses alliés
17:39qui arrivent en tête à 30...
17:40On en arrive au premier tour des élections législatives.
17:43Le 30 juin, victoire sans appel du RN
17:45qui arrive en tête avec 33% des voix
17:48en comptant ses alliés,
17:49notamment Éric Ciotti.
17:5039 députés RN sont élus dès le premier tour
17:53et des projections en siège
17:55qui créditent le parti cofondé par Jean-Marie Le Pen
17:58en 1972
17:59de 230 à 280 sièges
18:02selon Ipsos,
18:03partenaire du Parisien et de Radio France.
18:05La gauche est deuxième de ce scrutin
18:07et pour l'ancienne majorité présidentielle,
18:10c'est une déroute.
18:11Olivier Beaumont, environ 20%.
18:13C'est l'effacement du macronisme pur et simple.
18:16Et ça dit autre chose, finalement.
18:18Ce parti surpuissant qu'on a connu il y a 7 ans
18:20n'était-il pas au fond un colosse au pied d'argile ?
18:23Le président réagit très vite
18:24par un communiqué transmis à l'agence France Presse.
18:27Emmanuel Macron en appelle face au RN
18:29un large rassemblement
18:30clairement démocrate et républicain
18:33pour le second tour,
18:34fin de citation.
18:35Des propos jugés dans l'ensemble
18:36assez flous, finalement.
18:38Olivier Beaumont,
18:38est-ce qu'on sait comment cette défaite
18:40est vécue dans l'entourage du chef de l'État ?
18:42C'est un peu étonnant
18:43quand on interroge les proches d'Emmanuel Macron
18:45parce qu'on ne sait pas
18:46s'il y a encore une part de déni,
18:47un peu de folie ou de méthode couée.
18:49Mais je vais vous citer
18:50ce que m'a dit un des proches du président.
18:53Finalement, cette participation au record,
18:5567% de participation,
18:56c'est plus de 20 points de plus
18:57qu'en 2022,
18:59cette participation a validé la dissolution.
19:02Sauf que le résultat montre
19:04que ça se fait à leur dépens
19:05et qu'aujourd'hui,
19:07ils sont en situation
19:08d'être en véritable minorité
19:09dans le futur hémicycle.
19:12Et donc, au fond,
19:13pour l'entourage du chef de l'État,
19:15c'est une manière de positiver
19:16et de voir le verre à moitié plein
19:18quand beaucoup d'autres
19:19le voient à moitié vide.
19:20Vers 22h,
19:21le Premier ministre Gabriel Attal
19:23s'exprime de l'hôtel de Matignon
19:24et il est beaucoup plus clair
19:26qu'Emmanuel Macron.
19:27Pas une voix ne doit aller
19:29au Rassemblement national.
19:31Il appelle au désistement
19:32des candidats macronistes
19:33dont la présence risquerait
19:35de faire gagner le RN au second tour.
19:37Olivier Beaumont,
19:38ça prouve que Gabriel Attal
19:39se sent déjà libre
19:40vis-à-vis d'Emmanuel Macron ?
19:42Ah oui, c'est une forme d'affranchissement
19:43en total parce que, d'une part,
19:45il va plus loin qu'Emmanuel Macron
19:47et puis lui, il a une angoisse,
19:49c'est de faire une passation de pouvoir
19:51sur le perron de Matignon
19:52avec Jordan Bardella.
19:54Donc, cette image-là,
19:54vous vous rendez compte
19:55pour sa carrière politique
19:56que ce que ça peut représenter
19:58pour la suite.
19:59Donc, il fait tout
20:00pour empêcher ce scénario-là,
20:02quitte à encourager
20:03des désistements de son camp
20:05pour soutenir des candidats insoumis
20:07qui pourraient potentiellement
20:08battre des candidats RN
20:10au second tour de l'élection législative.
20:12Il se déplace énormément
20:13là depuis quelques jours
20:15pour aller les encourager
20:17sur le terrain.
20:18Il le dit,
20:18je veux en sauver le plus possible.
20:20Et finalement,
20:21de cette séquence
20:22et de ces décombres,
20:23lui considère
20:24qu'il peut peut-être
20:26en ressortir
20:27et c'est assez paradoxal d'ailleurs,
20:29gagnant pour la suite.
20:32L'entourage du chef de l'État
20:33tient à se montrer optimiste.
20:35Dans l'un de vos papiers,
20:37vous citiez quelqu'un
20:37qui disait
20:38il y a encore un chemin possible
20:39avant le second tour.
20:40Oui, ce chemin possible,
20:41c'est ce fantasme,
20:43j'ai envie de dire,
20:44d'une coalition.
20:45Alors, on voit bien d'ailleurs
20:46qu'il a dans les dernières heures
20:49avant le second tour,
20:50il ne prononce plus le mot
20:51formellement de coalition,
20:52mais en tout cas,
20:53une volonté de former
20:54une sorte de bloc central
20:55qui irait
20:56d'élus PS,
20:58écologistes,
20:59plutôt tempérés, modérés,
21:01jusqu'à des élus LR
21:03de centre droit
21:04avec qui il pourrait
21:05composer un bloc
21:07qui potentiellement
21:08pourrait gouverner
21:09en l'absence
21:09d'une majorité absolue,
21:10puisque Jordan Bardella
21:12a d'ores et déjà dit
21:13que s'il n'avait pas
21:15de majorité absolue,
21:17il n'irait pas à Matignon.
21:18Et donc,
21:18ils anticipent ce scénario
21:20en disant
21:20qu'est-ce qu'on peut faire,
21:21avec qui on peut travailler
21:22si jamais on est
21:23dans ce cas de figure-là.
21:23Et donc,
21:24il faut arriver à s'associer
21:25avec des femmes
21:26et des hommes
21:26qui, politiquement,
21:28n'ont potentiellement rien à voir.
21:29Et à l'Élysée,
21:30on veut croire que si le RN
21:31n'arrive pas au pouvoir
21:32cette fois-ci,
21:33ce sera finalement jamais.
21:34Je peux même vous raconter
21:35une confidence
21:36que m'a glissée Emmanuel Macron
21:38il y a quelques jours.
21:38Il a eu l'occasion
21:39de discuter
21:40sur l'état du pays
21:41et étonnamment,
21:43lui fait un calcul
21:44tout à fait assumé
21:46qui est le suivant
21:47et c'est de dire
21:48que, en tout cas,
21:49il considère
21:50qu'avec un RN
21:50aussi fort aujourd'hui
21:52en France,
21:52s'il n'arrive pas
21:53à transformer l'essai
21:54le soir du second tour
21:55en ayant une majorité absolue,
21:57c'est-à-dire qu'il n'y arrivera jamais.
21:58Et donc,
21:59s'il n'y arrive pas,
22:00le RN est mort.
22:01Et là, je cite
22:02le président de la République
22:03et donc sa théorie,
22:03c'est ça en fait.
22:04C'est de se dire
22:04que les Français
22:06vont finalement peut-être
22:06se rendre compte
22:07que derrière ce fantasme,
22:09cette promesse,
22:10il y aura toujours
22:11l'impossibilité
22:13ou une incapacité
22:14en tout cas
22:14pour le RN
22:16de pouvoir prendre le pouvoir.
22:18Peut-être qu'ils considèrent
22:19en tout cas
22:20que de cet épisode douloureux
22:22peut sortir quelque chose
22:23effectivement
22:25de positif
22:26ou en tout cas
22:26qui va lui permettre
22:27de tuer le RN.
22:28C'est complètement hasardeux
22:29parce que là,
22:30c'est faire des projections
22:30sur le prochain scrutin
22:32de 2027
22:33puisqu'il faut le rappeler aussi,
22:36il y aura
22:36les élections municipales
22:37en 2026
22:38mais derrière
22:39seulement la présidentielle.
22:40C'est dans trois ans
22:41qu'il va se passer
22:41plein de choses.
22:42Donc les projections,
22:43déjà à six mois,
22:44on voit ce que ça donne.
22:45Alors dans trois ans...
22:45Olivier Beaumont,
22:46c'est une période incertaine
22:48qui s'ouvre.
22:49Le Rassemblement national
22:50semble en passe
22:50de décrocher une majorité
22:52au moins relative
22:53à l'Assemblée
22:53mais une grande partie
22:55de l'hémicycle
22:55sera hostile au RN.
22:57Le pays va probablement
22:59être difficilement gouvernable.
23:01C'est vrai que c'est difficile
23:02de savoir aujourd'hui
23:02quand ça va pouvoir se passer
23:03parce qu'il faut quand même rappeler
23:04que pour faire adopter
23:05une loi,
23:05passer un texte
23:07et faire adopter un budget
23:08parce que le pays a besoin
23:10de faire adopter
23:11un budget en fin d'année.
23:12Il faut une majorité
23:13de voix dans l'hémicycle.
23:15Si le RN n'a pas
23:16cette majorité,
23:17ça veut dire qu'ils vont devoir
23:17aller chercher des alliés,
23:19s'associer avec des députés.
23:21On sait qu'il y a déjà
23:22des discussions actuellement
23:23avec des élus,
23:24des républicains
23:25puisque c'est que de ce côté-là
23:27qu'ils peuvent espérer
23:27avoir quelques renforts
23:29mais s'il n'y arrive pas,
23:31nous sommes dans la situation
23:32effectivement d'une France
23:34ingouvernable.
23:35Moi, je ne vois pas
23:36à ce stade
23:36comment c'est possible.
23:37On nous parle aussi
23:38de gouvernements
23:39un peu temporaires
23:40composés de techniciens
23:42auxquels personnellement
23:43j'ai aussi du mal
23:43à adhérer
23:44parce que dans un moment
23:46si politique
23:46que celui qu'on vit actuellement,
23:48ce ne sont pas
23:49des techniciens
23:49qui vont arriver
23:50à gouverner la France.
23:52Donc, on peut être
23:53un peu dans un scénario
23:54un peu à la belge
23:55sans gouvernement
23:56pendant plusieurs semaines,
23:57pendant plusieurs mois.
23:57c'est assez inédit
23:59donc c'est difficile
24:00de se projeter
24:00mais en tout cas,
24:02il semble que potentiellement
24:03ce soit le chemin
24:04vers lequel on va.
24:05Est-ce qu'une démission
24:06d'Emmanuel Macron
24:07est à exclure ?
24:08Il a dit, lui,
24:08qu'il ne démissionnerait pas.
24:09C'est une vraie inquiétude.
24:11Effectivement,
24:11dès le lendemain
24:12du premier tour,
24:13il a dit
24:14dans une éterie au Figaro
24:15qu'il ne démissionnerait pas
24:17mais autour de lui,
24:18on s'est dit aujourd'hui
24:19que tout est possible.
24:20Souvenons-nous
24:20qu'il avait aussi dit
24:22qu'il ne tirerait
24:22aucun enseignement national
24:24du scrutin européen.
24:25Ça ne l'a pas empêché
24:26le soir même
24:27d'annoncer la dissolution
24:29de l'Assemblée nationale.
24:31Quand on repose la question
24:32encore aujourd'hui
24:33à ses proches,
24:33ils disent
24:33mais non,
24:34mais il a le respect
24:34des institutions,
24:35il restera jusqu'en 2027.
24:38Mais vous savez,
24:39on a été tellement surpris
24:40depuis sept ans
24:40que tout le monde
24:41se dit que tout est possible.
24:53Merci Olivier Beaumont
24:55pour suivre en temps réel
24:56l'actualité
24:57des législatives anticipées.
24:58Rendez-vous sur
25:00leparisien.fr
25:01Codesources
25:02est le podcast quotidien
25:03d'actualité du Parisien.
25:04Cet épisode a été produit
25:06par Clara Garnier-Amourou,
25:07Barbara Gouy,
25:08Camille Ruiz
25:09et Raphaël Pueillot
25:11réalisation
25:11Julien Moncouquiol.
25:13N'oubliez pas
25:13les deux autres podcasts
25:14du Parisien,
25:15Le Sacre jusqu'au
25:16JO de Paris 2024,
25:18chaque mercredi
25:19les confidences
25:19de médaillés d'or
25:20olympiques et paralympiques
25:22et puis Crime Story,
25:23chaque samedi
25:24une grande affaire criminelle.
25:25qui est très stable.
25:26on a on planeé de la
25:26les deux autres casus,
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