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Les élections législatives 2024 sont historiques. Ce dimanche 30 juin, le RN est arrivé en tête devant la gauche unie autour du Nouveau Front Populaire, suivie de la majorité présidentielle, qui essuie une lourde défaite. Pour Code source, les journalistes politiques du Parisien, Marion Mourgue et Alexandre Sulzer, racontent ce premier tour des législatives 2024.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Camille Ruiz - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France 2, BFMTV, LCI, Europe1, Public Sénat.

#législatives #election #politique

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le RN, grand vainqueur du premier tour des élections législatives anticipées,
00:1610 600 000 électrices et électeurs ont voté pour les candidats du Rassemblement National.
00:21C'est un peu plus de 33% des suffrages dans ce scrutin marqué par une forte participation.
00:27L'Alliance de la Gauche, le nouveau Front Populaire, est deuxième avec 28% des voix,
00:32large défaite pour le camp d'Emmanuel Macron, un peu plus de 20%.
00:36LR n'a réuni que 6,5% des suffrages.
00:40Emmanuel Macron avait dissous l'Assemblée juste après les Européennes du 9 juin,
00:44en appelant à une clarification nécessaire.
00:47Aujourd'hui, le RN est en passe d'avoir une majorité relative de députés dans l'hémicycle.
00:52Codesources revient sur ce premier tour historique.
00:55Résumé de la campagne, résultats, réactions, analyses, avec deux journalistes du Parisien,
01:01Marion Mourgue, chef adjointe de notre service politique,
01:04et Alexandre Sulzer, en charge de la droite.
01:18Il est 20h, et c'est le RN et ses alliés qui arrivent en tête à 34%.
01:25Derrière, le nouveau Front Populaire à 28%.
01:28Ensemble, l'ex-majorité présidentielle à 20,3% ce soir.
01:34Marion Mourgue, quel est le bilan de ce premier tour ?
01:37Un rassemblement national très fort et très clairement,
01:41dès les premiers résultats qui tombent dans la soirée.
01:44Un front de gauche qui se maintient, mais qui ne parvient pas à réussir son pari,
01:48qui était d'arriver à Matignon.
01:50Et puis une Macronie qui, pour le coup, est KO,
01:53avec très peu de victoires au premier tour.
01:55Et une majorité qui est divisée par au moins trois par rapport au score de 2017.
02:03Avant de revenir dans le détail sur les résultats de ce scrutin,
02:06on va rappeler en quelques minutes l'essentiel de cette campagne express de trois semaines.
02:11Le dimanche 9 juin, à 21h, une heure après l'annonce de la large victoire du RN aux Européennes,
02:1731% des voix, Emmanuel Macron annonce la dissolution de l'Assemblée.
02:20J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire, par le vote.
02:27Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale.
02:32Marion Mourgue, cette décision prise seule avec un petit groupe de conseillers,
02:36est très critiquée au sein même de la Macronie.
02:39Et quelques jours plus tard, dans Le Parisien, l'un des soutiens du président explique cette décision
02:43en disant qu'il a été profondément blessé par l'ampleur de la défaite de son camp aux Européennes.
02:49Ça, ça a pu jouer dans sa décision ?
02:50C'est un des éléments qui a joué dans sa décision.
02:53Jusqu'au bout, Emmanuel Macron pensait qu'il arriverait à réunir son socle électoral, soit 22 à 24%.
03:00On le dépeint souvent comme un éternel optimiste.
03:02Et donc vraiment, il y croyait.
03:04Il ne voyait pas la colère monter, le mécontentement des Français.
03:08Et donc, il n'a pas anticipé ce scénario d'un résultat à 14% aux Européennes.
03:15A gauche, les quatre partis de l'ANUP qui s'étaient déchirés pendant la campagne des Européennes
03:19négocient et trouvent le jeudi 13 juin un accord électoral.
03:23PS, Vert, PC et LFI s'entendent sur un programme commun et sur les noms de leurs candidats dans chaque
03:29circonscription.
03:30Mais l'insoumis Jean-Luc Mélenchon, jugé extrême et soupçonné d'antisémitisme,
03:35suite à des propos ambigus, fait figure de repoussoir dans cette campagne pour une partie des électeurs de gauche.
03:42Depuis le 7 octobre et l'attaque terroriste du Hamas en Israël,
03:46une partie de la gauche ne tolère plus les propos de Jean-Luc Mélenchon,
03:51des propos qui sont jugés ambigus, voire antisémites,
03:55et sa stratégie électorale de cliver la gauche.
03:58Et donc ses partenaires disent, on ne peut plus continuer avec lui,
04:00il faut écrire une nouvelle page sans Jean-Luc Mélenchon.
04:03Alexandre Sulzer, à droite, est-ce que les Républicains se remettent du cavalier seul d'Éric Ciotti,
04:08le président du parti qui a annoncé le 12 juin une alliance avec le Rassemblement National ?
04:13Éric Ciotti a échoué, a emmené avec lui l'appareil.
04:17L'ensemble du bureau politique a condamné sa décision.
04:21Sur les 61 députés du groupe, seule une députée qui est très proche de lui l'a suivie.
04:27Donc c'est un échec.
04:28Et au niveau des élus, il y a quand même un soulagement que cette entreprise a échoué.
04:34En revanche, au niveau des électeurs, des sympathisants, sur le terrain,
04:39ils constatent évidemment que c'est une très mauvaise image qui a été envoyée,
04:42que les électeurs sont perdus.
04:44Ils ne comprennent plus comment se situent les Républicains.
04:47Même les candidats ne savent pas sur place si c'est un candidat LR Canal Historique,
04:52Canal Éric Ciotti.
04:53Bref, ça a créé énormément de confusion.
04:56Et puis par ailleurs, les tentatives judiciaires pour l'exclure du parti ont toutes été un échec.
05:00Le 17 juin, dans Le Parisien, Jordan Bardella, le président du RN,
05:04explique que sans la majorité absolue des députés à l'Assemblée,
05:07donc 289 députés, il ne sera pas candidat au poste de Premier ministre.
05:12Nous sommes prêts à constituer un gouvernement de l'Union Nationale,
05:14mais nous avons besoin d'une majorité absolue pour le faire.
05:16Les Français ont parfaitement compris qu'en cas de majorité relative, dans ce scénario,
05:21qui je crois n'arrivera pas, le pouvoir ne serait pas entre les mains du Premier ministre
05:25et donc de sa majorité.
05:26Donc je ne changerai pas là-dessus.
05:29Pourquoi est-ce qu'il dit ça ?
05:30C'est vrai que ça peut être un peu une surprise, parce qu'il met la barre extrêmement haut.
05:34289 députés, c'est la limite qu'il doit avoir, le seuil qu'il doit atteindre pour avoir une majorité
05:39absolue.
05:40Pour rappel, aujourd'hui, le RN a 88 députés, donc il faudrait qu'il en ait 200 de plus.
05:45Ce qui peut paraître énorme. En même temps, la situation politique leur est très favorable.
05:49C'est aussi une façon pour lui de mettre la pression sur les électeurs, leur disant
05:52« Voilà, il faut vraiment que vous vous mobilisiez si vous voulez que nous accédions au pouvoir. »
05:57C'est aussi quand même la volonté de ne pas reproduire ce qui est arrivé à Emmanuel Macron depuis 2022.
06:04On sait qu'Emmanuel Macron n'a pas eu de majorité absolue à l'Assemblée Nationale.
06:07Il a dirigé la France pendant deux ans avec une majorité relative, avec une difficulté persistante à faire passer des
06:15textes,
06:16des 49.3 à gogo qui lui sont reprochés.
06:19Et Jordan Bardella n'a pas du tout envie de se retrouver dans cette configuration.
06:22Jordan Bardella entretient le flou sur plusieurs points de son programme, comme les retraites.
06:27Il tient une conférence de presse le lundi 24 juin pour détailler son projet.
06:31Et ce qu'on retient, ce qu'on peut retenir, c'est qu'il veut exclure de certains postes stratégiques
06:36des Français et des Françaises
06:38qui ont aussi une autre nationalité.
06:40Nous n'entendons pas remettre en cause la double nationalité.
06:43En revanche, nous entendons effectivement réserver un certain nombre d'emplois stratégiques
06:47dans les secteurs notamment liés à la sécurité ou à la défense, exclusivement à des citoyens français.
06:54Alexandre Sulzer, ça entraîne une polémique parce que ça veut dire qu'à ses yeux,
06:58tous les Français ne sont pas Français de la même façon.
07:00Ce n'est pas du tout quelque chose que lui voulait mettre en avant.
07:03Lui, il voulait parler de pouvoir d'achat, de mesures d'urgence sur la sécurité, sur l'immigration.
07:08Mais en réalité, ce point spécifique, ce qu'il le met en lumière, c'est plusieurs gaffes en réalité.
07:14Quelques jours avant, Sébastien Chenul, un des cadres principaux du parti,
07:18a dit dans une émission que le Rassemblement national voulait empêcher la binationalité,
07:23interdire globalement la binationalité, ce qui est complètement faux depuis 2022.
07:27Le parti y a renoncé, mais il n'avait pas l'air de trop être au courant.
07:31Et le matin même de la conférence de presse de Jordan Bardella,
07:34Louis Alliot, un autre cadre important du parti,
07:37interrogé spécifiquement sur ce point de la binationalité
07:40pour certains emplois stratégiques dans la fonction publique,
07:44a dit que ce n'était plus d'actualité, alors que ça l'était toujours.
07:46Donc le Rassemblement national a entretenu des ambiguïtés sur le sujet,
07:50qui fait que ce point très spécifique est devenu extrêmement polémique,
07:54parce que derrière, on s'optionne qu'il y ait un flou et donc un loup.
07:58Et Alexandre, cette polémique a rebondi le jeudi 27 juin au soir
08:01avec le monsieur éducation du RN qui a dit sur BFM TV
08:04qu'un ministre, quel que soit son portefeuille, ne pourrait pas être binational.
08:09Et on rappelle qu'en France, plus de 3 millions de Français sont binationaux, ont deux nationalités.
08:13Oui, Roger Chudeau, puisqu'il s'agit de lui, estime qu'un ministre ne pourra pas avoir la binationalité
08:22parce que ça pose un problème de loyauté.
08:24Il prend comme exemple Najat Vallaud-Belkacem, qui a été ministre de l'Éducation nationale,
08:29en rappelant d'ailleurs, en faisant un lien direct avec le fait qu'elle aurait imposé,
08:32ce qu'il faut d'ailleurs, l'apprentissage de l'arabe au CP.
08:48Bref, il raconte n'importe quoi par rapport au programme de Marine Le Pen.
08:52Tout de suite, Marine Le Pen est intervenue pour se désolidariser de cela,
08:56ce qui prouve bien en tout cas qu'ils ne sont pas du tout à l'aise stratégiquement sur ce
08:59sujet.
09:02Pendant toute la campagne électorale, tous les instituts de sondage donnent le RN victorieux de ces législatives.
09:08Alexandre Sulzer, dans la troisième et dernière semaine de campagne,
09:11est-ce que les cadres du RN à qui vous parlez croient en leur victoire ?
09:15Oui, ils affichent beaucoup de confiance.
09:18C'est vrai que sur le terrain, ils disent ressentir vraiment une dynamique.
09:23Alors évidemment, il y a une part de posture, puisque avant une élection,
09:27on dit rarement que ça va mal et qu'on sent mal les choses.
09:29Mais objectivement, c'est vrai que la situation leur est favorable.
09:33La Macronie s'est déchirée, a été extrêmement perturbée par la décision du président de la République de dissoudre.
09:40La droite a explosé, on l'a déjà évoqué, reconquête la formation qu'avait créée Éric Zemmour,
09:46qui était donc un rival du RN, a explosé en deux quelques jours après les européennes.
09:52Et le cordon sanitaire, par la décision d'Éric Ciotti,
09:55le fameux cordon sanitaire qui faisait qu'on ne devait pas faire alliance avec le RN,
09:58a lui aussi explosé.
09:59Donc en quelques jours, c'est vrai que la voie semble se dégager pour le parti.
10:03A la fin de cette campagne, le jeudi 27 juin, Marine Le Pen a accordé une interview au Télégramme de
10:08Brest.
10:08Elle a dit qu'en cas de cohabitation, le titre de chef des armées du président serait honorifique.
10:14Est-ce que c'est une façon de mettre la pression sur Emmanuel Macron ?
10:17L'objectif de Marine Le Pen, c'est de mettre fin à une petite musique qu'on entend,
10:21qui est de dire qu'en gros, en cas de cohabitation, Jordan Bardella gérerait les affaires internes, nationales,
10:28et Emmanuel Macron garderait la main haute sur la diplomatie, sur la défense.
10:33Or, les visions, les projets du RN en matière européenne et sur le dossier ukrainien sont diamétralement opposés à la
10:43vision d'Emmanuel Macron.
10:44Et le RN n'a pas du tout envie de laisser la main à Emmanuel Macron sur ce sujet-là.
10:50Elle dit ça pour montrer qu'elle ne se laissera pas faire et qu'elle entend bien assumer avec Jordan
10:55Bardella le pouvoir.
10:56Marion Mourgue, d'un mot du côté de l'exécutif, on a très mal pris cette déclaration sur le rôle
11:01du chef de l'État
11:02qui serait honorifique concernant les armées en cas de cohabitation.
11:05La Macronie a identifié à la fois le danger de cette déclaration,
11:10les conséquences que ça pourrait avoir dans la réalité si le RN était au pouvoir,
11:15et en même temps une opportunité électorale, puisque c'est une déclaration qui a pu inquiéter les Français.
11:22Et donc, les macronistes qui sont sur le terrain ont tout de suite vu qu'ils pouvaient l'utiliser en
11:27argument pour dire
11:27« Attention, si le RN arrive au pouvoir, vous voyez, il y aura aussi des conséquences sur les institutions. »
11:34Pendant cette campagne, Emmanuel Macron a aussi dramatisé l'enjeu en parlant dans un podcast le lundi 24 juin
11:40d'un risque de guerre civile en cas de victoire, je cite, des extrêmes.
11:44Il renvoie dos à dos LFI et le RN.
11:46« Si on va au bout de votre raisonnement, le pays explose ou c'est la guerre civile ? »
11:51Et c'est ça mon grand désaccord avec les deux extrêmes et ceux qui les suivent.
11:54Avec ce risque donc de guerre civile, les mots sont très forts ?
11:57Les mots sont très forts, ils les utilisent sciemment.
12:00Ils utilisent le terme à sept reprises pendant cette heure et demie de podcast.
12:05Et on verra le résultat, mais ce terme a été assez vite condamné,
12:11notamment par le président du Sénat, Gérard Larcher, dans une interview aux Parisiens,
12:14puisque pour lui, le terme de guerre civile ne peut pas être utilisé actuellement.
12:19Aujourd'hui, il y a un risque de crise institutionnelle,
12:22mais on n'en est pas encore à voir des affrontements entre Français.
12:29Alexandre Sulzer, pendant cette campagne, il y a eu deux débats à trois,
12:32avec à chaque fois Gabriel Attal, Jordan Bardella,
12:34et pour la gauche, Manuel Bompard de LFI, puis Olivier Faure du PS.
12:39Qu'est-ce que vous en retenez de ces débats ?
12:41On retient que chacun joue un peu sa partition.
12:44Jordan Bardella veut montrer qu'il est crédible,
12:48qu'il est le candidat de la raison, comme il le s'autodéfini.
12:51Son objectif, c'est évidemment de rassurer,
12:54de montrer que son programme serait financé,
12:58ce qui est un axe d'attaque évidemment que ses adversaires lui opposent.
13:02Du côté de la France insoumise,
13:04c'est à la fois de rassurer sur la même thématique du financement du programme,
13:08mais aussi d'attaquer Jordan Bardella sur les classes populaires,
13:12puisque Jordan Bardella est un peu le candidat.
13:14Évidemment, on sait des classes populaires,
13:16le Rassemblement National fait des cartons dans les catégories les plus modestes.
13:20Et donc l'objectif, c'est de dénoncer ce qui serait une arnaque sociale.
13:24C'est un axe d'attaque très important du nouveau front populaire
13:27contre le Rassemblement National.
13:29Et Gabriel Attal, lui, évidemment,
13:31avec l'avantage qu'il a d'être déjà homme à net,
13:34dramatise l'enjeu en mettant en garde contre le danger des deux extrêmes.
13:39Le soir du dimanche 30 juin à 20h,
13:41ce qui frappe, c'est la large victoire du Rassemblement National au premier tour.
13:45Plus de 33% des suffrages exprimés.
13:48Trois instituts de sondage donnent une large majorité relative au RN
13:52après le second tour du dimanche 7 juillet,
13:54voire une majorité absolue.
13:56Entre 230 et 280 sièges, d'après Ipsos, partenaire du Parisien.
14:0228% pour la gauche, entre 125 et 165 députés, toujours selon Ipsos.
14:07Et entre 70 et 100 pour les macronistes.
14:10Un peu plus de 20%, les Républicains sont très loin derrière, à 6,5%.
14:16Alexandre Sulzer, le RN a plusieurs raisons de se réjouir.
14:20La progression par rapport aux législatives de 2022 est très importante.
14:24C'est une dynamique spectaculaire, même en termes de pourcentage des voix.
14:30Donc là, autour de 33% avec les alliés d'Éric Ciotti,
14:34le RN fait à peu près le double de ce qu'il avait fait en 2022,
14:39lorsqu'il était à 18,68% des voix au premier tour.
14:42Il y a aussi 39 élus RN dès le premier tour.
14:46C'est assez inédit de tels chiffres.
14:48Il y a 34 députés sortant parmi ces 39 élus,
14:53et 5 candidats nouveaux qui sont élus dès le premier tour.
14:58Certains ne s'y attendaient même pas du tout.
15:00Tout à l'heure, j'avais même au téléphone l'un d'entre eux.
15:02Je lui fais remarquer que c'est étonnant qu'il n'ait pas été dans sa circonscription.
15:05Il dit « Oui, mais je ne pensais pas gagner ».
15:07Et voilà, c'est quelque chose qui était inattendu.
15:10Et le RN progresse dans plusieurs régions de France.
15:12Oui, quand on regarde les circonscriptions dans lesquelles le RN arrive en tête,
15:16la carte est colorée et souvent en marron dans la grande majorité des territoires français,
15:23alors que jusqu'alors, ces zones forces étaient essentiellement dans le nord, dans l'est et dans le sud-est.
15:28Il arrive en tête, à l'issue de ce premier tour, dans 260 circonscriptions.
15:34Il y a deux ans, il l'était uniquement dans 110.
15:40L'Alliance de la Gauche, le nouveau Front populaire, est deuxième de ce scrutin avec 28% des voix.
15:46Ce qui est un bon résultat, mais ce qui ne permet pas d'aller plus loin.
15:50Très vite, les ténors de la gauche appellent à un désistement,
15:53c'est-à-dire que leurs candidats, s'ils sont en troisième position,
15:56doivent faire barrage au RN, quitte à voter pour des candidats de la majorité présidentielle
16:02qui ont parfois eu des programmes aux antipodes.
16:05Je pense par exemple à Elisabeth Borne en Normandie, dans le Calvados.
16:09La troisième candidate, donc une candidate du nouveau Front populaire,
16:14est appelée à se désister et donc à soutenir Elisabeth Borne,
16:17alors que sur la réforme des retraites, les positions étaient antagonistes.
16:20L'autre fait marquant de cette soirée, Marion Mourgue, c'est la défaite cinglante du camp macroniste.
16:25C'est une défaite cinglante du camp macroniste,
16:28qui jusqu'à présent avait encore beaucoup de pouvoir.
16:32Emmanuel Macron n'a pas voulu croire les sondages,
16:34il n'a pas voulu croire ceux qui l'alertaient dans son camp.
16:38Jusqu'au bout, il s'est dit que ça pouvait passer, que son socle électoral était là.
16:41Et malgré une très forte participation, ce qu'on voit, c'est que les candidats de la Macronie
16:45sont balayés, sont devancés très largement,
16:49et ils ne pourront l'emporter que grâce au soutien notamment du nouveau Front populaire.
16:55Marion Mourgue, en tout début de soirée, Emmanuel Macron réagit par un communiqué.
16:59Que dit-il en résumé dans les grandes lignes ?
17:01Il explique qu'il y a une volonté des Français de clarifier la situation politique,
17:06et il indique que le choix démocratique des Français, avec une large participation,
17:10nous oblige, et que face au rassemblement national,
17:12l'heure est un large rassemblement clairement démocrate et républicain pour le second tour.
17:18Alors, pour beaucoup, ce n'est pas très clair.
17:20C'est-à-dire qu'après le communiqué d'Emmanuel Macron,
17:22on a eu 50 nuances de positionnement.
17:25Entre François Bayrou, Édouard Philippe, Gabriel Attal et d'autres,
17:30le positionnement de la Macronie n'est pas très clair pour le second tour.
17:33Ce que l'on comprend, c'est qu'il faut faire barrage au rassemblement national,
17:36en tout cas c'est leur appel aux électeurs,
17:38mais ils ont tous une manière de le dire et de se positionner.
17:41Jean-Luc Mélenchon intervient avant 20h30 et son message est clair.
17:44En cas de triangulaire, et si le nouveau Front populaire est arrivé troisième,
17:48nous retirerons notre candidature.
17:50Nulle part, nous ne permettrons au RN de l'emporter
17:55et c'est pourquoi, dans l'hypothèse où il serait arrivé en tête
18:00tandis que nous ne serions qu'en troisième position,
18:04nous retirerons notre candidature.
18:07De son côté, dans sa réaction,
18:09Jordan Bardella appelle à amplifier ce résultat au second tour
18:12et il se présente comme un rempart à la France insoumise
18:15qui représente, dit-il, un péril existentiel pour le pays.
18:19Monsieur Mélenchon et ses amis font courir à notre nation un péril existentiel.
18:26Alexandre Sulzer, quel est le message de Jordan Bardella en résumé ?
18:29Il est très simple, c'est de jouer à fond la carte anti-Mélenchon.
18:34Jordan Bardella a bien conscience que Jean-Luc Mélenchon
18:36suscite beaucoup de rejets, beaucoup de défiances dans l'opinion.
18:40C'est vrai pour une partie de la gauche,
18:42c'est vrai pour une grande partie de l'électorat macroniste
18:45et c'est vrai largement de l'électorat de droite.
18:48Et donc il se sert à fond de se levier.
18:50En quelque sorte, il essaie de constituer une sorte de front républicain inversé.
18:54Il se présente comme le meilleur rempart
18:56contre le danger, l'extrémisme que représenterait Jean-Luc Mélenchon
19:00comme un garant des institutions.
19:02C'est un retournement complet du positionnement du Rassemblement National
19:06par rapport à ce qu'a été son histoire
19:08et par rapport aux luttes qu'il a menées jusqu'alors.
19:11L'ancien chef du gouvernement, Edouard Philippe, allié d'Emmanuel Macron,
19:15appelle les candidats de son parti Horizon, qui sont arrivés 3e,
19:18à se retirer pour éviter l'élection de députés RN ou la France Insoumise.
19:23Après 22h, le Premier ministre Gabriel Attal prend la parole de Matignon
19:27et il donne une consigne sans équivoque.
19:30Je le dis à chacun de nos électeurs,
19:33pas une voix ne doit aller au Rassemblement National.
19:36Marion Mourgue, c'est ce que vous disiez,
19:38jusque-là, les macronistes n'ont pas été clairs.
19:40Oui, Gabriel Attal s'est fait remarquer quand il prend cette position
19:44puisque déjà, il parle depuis Matignon.
19:47Ensuite, il a une position qui paraît beaucoup plus claire
19:49que celle du président de la République
19:51et qui est saluée très rapidement par les électeurs de gauche.
19:55Ensuite, Gabriel Attal réussit le résultat du premier tour,
19:59c'est-à-dire qu'il n'est pas qualifié encore,
20:00mais enfin, il est en position de l'emporter très facilement.
20:03Donc, ce dimanche soir, il a pris un peu date aussi pour la suite.
20:07Plusieurs personnalités ont été élues dès le premier tour.
20:09À gauche, le PS Olivier Faure,
20:11les LFI Mathilde Panot et Emmanuel Bompard,
20:14ou encore l'écologiste Sandrine Rousseau,
20:17ORN Marine Le Pen,
20:18ou encore Sébastien Chenu, le vice-président du Rassemblement National.
20:21On connaîtra précisément les candidats en lice au second tour,
20:24ce mardi à 18h.
20:26C'est la date limite de dépôt des candidatures.
20:28Marion Mourgue, au moment où on enregistre ce podcast,
20:31le lundi 1er juillet en fin de matinée.
20:34Si on se résume, le scénario le plus probable pour dimanche,
20:37c'est une majorité relative pour le RN ?
20:39C'est une majorité relative pour le RN très forte,
20:42grâce notamment aux députés d'Éric Ciotti,
20:45donc les LRRN.
20:46À ce stade, on ne sait pas encore s'ils arriveront à avoir la majorité absolue.
20:50Mais comme il y a justement ce désistement des 3e candidats
20:53pour généralement les candidats d'ensemble,
20:57il se peut que le Rassemblement National rate son pari de la majorité absolue.
21:03Jordan Bardella a dit qu'il n'irait pas à Matignon
21:05s'il n'obtient pas la majorité absolue,
21:08donc 289 sièges.
21:09Que se passera-t-il si le RN est proche de la majorité absolue,
21:12disons 265 ou 270 sièges ?
21:15Si on s'en tient à ce qu'a dit Jordan Bardella,
21:17il devrait logiquement refuser l'obstacle
21:21et ne pas accepter Matignon,
21:22puisqu'il veut, il l'a dit, il l'a répété,
21:25avoir une majorité absolue,
21:26sans quoi il n'a pas les mains libres pour mener à bien sa politique.
21:30On peut supposer que si l'écart est faible,
21:32Jordan Bardella va tout faire pour convaincre
21:34des élus indépendants ou de droite
21:37de venir le soutenir,
21:39en faisant valoir un argument sans doute
21:41qu'il est préférable d'avoir un gouvernement Bardella
21:44qu'un blocage complet de la France.
21:46Marion Mourgue, beaucoup de Français n'ont pas compris
21:48le choix d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée
21:51juste après le résultat des élections européennes
21:53du dimanche 9 juin.
21:55Aujourd'hui, l'un des effets de cette dissolution,
21:58c'est que la Macronie est KO ?
22:00Oui, la Macronie ressort largement divisée
22:02de cette dissolution,
22:03qu'elle n'a d'ailleurs pas très bien compris.
22:05Il y a cette phrase du président du Sénat, Gérard Larcher,
22:08qui disait la semaine dernière dans nos colonnes,
22:10une dissolution, en principe, ça doit régler une crise
22:12et pas la provoquer.
22:13Or, depuis la dissolution,
22:15ce ne sont que des crises en série.
22:17Pour Emmanuel Macron,
22:18non seulement il y avait cet optimisme
22:20de penser qu'il y arriverait,
22:21et donc il était persuadé que son bloc,
22:24son socle,
22:25allait se mobiliser de manière suffisante.
22:28Ce qu'il n'a pas mesuré,
22:29le président de la République,
22:30c'est le rejet,
22:31dont il fait preuve sur le terrain.
22:33Ce que les candidats de la Macronie ont vu,
22:36en lui demandant de ne pas s'impliquer dans la campagne,
22:37en essayant qu'il n'y ait pas sa photo sur le tract.
22:40Mais ça, il est évidemment très dur pour un chef de l'État de le voir,
22:43et on l'avait constaté avec ses prédécesseurs.
22:45Est-ce qu'on sait ce qui se dit aujourd'hui dans l'entourage du chef de l'État ?
22:48Dans l'entourage du chef de l'État,
22:49on continue de penser que c'était une bonne idée de dissoudre,
22:52en disant, de toute façon,
22:53il est toujours légitime de redonner la parole au peuple,
22:55qui est seul souverain.
22:57Ils ont passé la nuit à regarder les circonscriptions,
23:00les cartes électorales,
23:01pour voir comment envisager le second tour.
23:03Mais jusqu'à présent,
23:05il n'est pas formulé, en tout cas en public,
23:07que la dissolution était une erreur.
23:09Alexandre Sulzer,
23:10les cadres du RN avec qui vous avez pu échanger,
23:13eux, ils disent quoi aujourd'hui ?
23:14Ils affichent évidemment beaucoup de confiance.
23:17Les résultats étaient très hauts.
23:19Évidemment, il y a un aspect tactique.
23:21Ils ne vont pas, alors qu'ils n'ont jamais été aussi hauts,
23:23afficher une forme de résignation.
23:25Ils ne vont pas avouer que, en réalité,
23:28la majorité absolue n'est absolument pas garantie.
23:31Donc, ce qui domine, c'est la satisfaction
23:34et maintenant le besoin d'amplifier,
23:37parce qu'ils en ont besoin,
23:38cette dynamique pour le second tour.
23:40Au-delà du second tour,
23:42on s'achemine vers une période forcément compliquée
23:45au niveau politique, une crise,
23:46comme disait Gérard Larcher, le président du Sénat.
23:49C'est une période compliquée.
23:50La crise, on verra, ça dépend des résultats du second tour.
23:53C'est une période compliquée,
23:54puisqu'on est en période des Jeux Olympiques,
23:56que le monde entier nous regarde,
23:58qu'on est en période estivale aussi,
23:59avec l'arrivée d'une nouvelle assemblée.
24:02Donc, il va falloir de toute façon installer.
24:04Le 18 juillet, il y aura le choix du président
24:07ou de la présidente de l'Assemblée nationale,
24:09d'une session parlementaire jusqu'au 2 août
24:12et peut-être d'une session extraordinaire
24:14pour voter les premiers textes.
24:16Donc, de toute façon,
24:18c'est un été très chargé politiquement
24:19et l'Assemblée sera forcément divisée en plusieurs blocs.
24:22Emmanuel Macron ne peut plus dissoudre l'Assemblée
24:24pendant un an.
24:25Ça va forcément être une situation très compliquée
24:28pour lui à l'Élysée ?
24:29Oui, puisque jusqu'à juillet 2025,
24:31il devra faire avec cette assemblée,
24:33qui sera de toute façon morcelée.
24:35Il peut y avoir des ententes sur certains textes,
24:38mais il aura perdu du pouvoir dans cette séquence
24:42et il lui faudra attendre
24:44pour essayer de reconstruire quelque chose
24:46avant 2027,
24:48avant la prochaine présidentielle,
24:49sachant qu'il ne pourra de toute façon pas se représenter.
24:59Merci à Marion Mourgue et Alexandre Sulzer.
25:02Code Source est le podcast quotidien d'Actualité du Parisien.
25:05Cet épisode a été produit par Clara Garnier-Amourou,
25:08Raphaël Pueyo, Barbara Agoui et Camille Ruiz.
25:11Réalisation, Julien Moncouquiole.
25:13Poursuivre en temps réel l'actualité de ces élections législatives anticipées
25:17avec tous les résultats commune par commune
25:19et bien sûr la campagne électorale
25:22pour le second tour de dimanche 7 juillet.
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