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  • il y a 3 minutes
Ce jeudi 5 mars, Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de Conflits, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Ils sont revenus sur la situation au Moyen-Orient, notamment la stratégie de l'Iran de frapper ses voisins. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Annalisa Capellini, nous recevons Jean-Baptiste Nauré, rédacteur en chef de conflit.
00:04Bonjour, merci d'être sur notre plateau.
00:07On va faire un point sur la situation au Moyen-Orient.
00:11Cinquième jour, aujourd'hui, évidemment les combats continuent de part et d'autre.
00:17Il y a un point qui m'interroge, c'est que l'Iran a très vite choisi de frapper ses
00:22voisins.
00:23Est-ce que vous pouvez nous expliquer cette stratégie ?
00:26Alors certes, on parlait des bases américaines dans la région, mais il n'y a pas que les bases américaines
00:31qui ont été touchées.
00:32Et néanmoins, il y a même des lieux touristiques qui ont été touchés.
00:34Est-ce que vous pouvez expliquer cette stratégie-là, pour commencer ?
00:37Alors d'abord, ça m'a beaucoup surpris, et en en parlant avec des amis qui travaillent sur la région,
00:41on a tous été surpris par cette stratégie.
00:44Et effectivement, on s'attendait à une réplique où l'Iran bombarde Israël et les bases américaines, normales, dans une
00:50réponse évidemment de l'attaque.
00:52Mais on ne s'attendait pas à ce que l'Iran bombarde ses voisins et parfois alliés.
00:55Donc Oman, par exemple, où avaient eu les négociations, aux Émirats sont les aéroports de Abu Dhabi et de Dubaï
01:01qui sont attaqués.
01:02Alors que les Émirats et l'Arabie saoudite avaient demandé aux États-Unis de ne pas intervenir au mois de
01:08janvier.
01:09Donc ça, c'est extrêmement surprenant.
01:11Alors, il y a eu des erreurs.
01:12Ils n'ont pas en tiré en Turquie, ils ont reconnu que c'était une erreur.
01:14Ce qui veut dire que leur organisation est désorganisée et qu'il y a un problème de coordination au niveau
01:20des décisions militaires.
01:22Et puis, l'Iran est aussi engagé dans une stratégie du chaos qui est finalement d'embarquer toute la région
01:29derrière cette guerre.
01:31Notamment en tirant sur des pays neutres ou alliés.
01:34Quitte à ce que ça crée des alliances en face ?
01:36C'est ça qui est surprenant, effectivement.
01:38Vous bloquez le détroit d'Hormuz.
01:39Hormuz, c'est l'artère qui nourrit l'Inde et la Chine en pétrole.
01:43La Chine est alliée à l'Iran.
01:45La Chine livre de l'armement à l'Iran.
01:47Et le pétrole qui passe par Hormuz ne va pas aux États-Unis ou en Europe.
01:50Il va essentiellement en Chine.
01:51Donc, en bloquant le détroit, vous pénalisez votre allié qui vous fournit des armes.
01:55Donc, ça a un côté, effectivement, un peu suicidaire, même complètement suicidaire, chaotique.
02:00Et on voit un Iran qui se lance dans une opération qui est finalement une stratégie
02:05qui est d'amplifier la guerre et d'entraîner toute la région derrière cette guerre.
02:09Annalisa.
02:10Jean-Baptiste Noé, vous mentionnez la Chine.
02:12C'est intéressant parce que certains croient voir dans la stratégie de Donald Trump
02:15une stratégie purement anti-chinoise, purement économique
02:18pour couper la Chine du pétrole iranien après l'avoir coupé du pétrole vénézuélien.
02:23Est-ce que vous pensez que c'est crédible ?
02:25Alors, le pétrole est un enjeu, mais pour ma part, je n'en fais pas l'enjeu premier.
02:28C'est un élément de l'équation, indubitablement.
02:31Mais l'élément essentiel, c'est quand même que l'Iran voulait l'arme nucléaire,
02:35notamment pour attaquer Israël, et que les États-Unis ne veulent pas,
02:39et Israël non plus ne voulait pas, qu'il y ait cette arme nucléaire.
02:41Donc ça, c'est quand même la première question.
02:43Le pétrole est également un sujet.
02:45Après, la Chine s'approvisionne, certes en Iran, mais aussi en Arabie Saoudite
02:50et puis aux Émirats.
02:52Et la Chine vient de signer un contrat avec la Russie
02:55pour un pipeline qui la provisionnera directement depuis la Sibérie.
02:58Donc la Chine est aussi en train de diversifier ses approvisionnements en pétrole.
03:03On a un affrontement en Chine-États-Unis, évidemment, au niveau mondial.
03:07Mais je sais bien que le pétrole est souvent une clé de lecture.
03:10C'est un élément important.
03:12Mais on ne peut pas tout lire à travers la grille du pétrole.
03:15Justement, puisqu'on parle de la Chine, on parlera de la Russie juste après,
03:18mais puisqu'on parle de la Chine, là, quelles vont être les réactions ?
03:22Est-ce que l'Iran et la Chine sont justement en discussion pour, peut-être justement,
03:27décider de la stratégie future par rapport à ce détroit d'Ormuz,
03:30par rapport à la stratégie militaire à adopter ?
03:32Est-ce qu'il y a des discussions en ce moment ?
03:34Alors, pas officiellement.
03:35Il y a évidemment des échanges diplomatiques informels et privés,
03:39mais il n'y a pas d'échanges directs.
03:40La Chine est un peu fidèle à elle-même, c'est-à-dire qu'elle ne commande pas,
03:44elle n'intervient pas, elle laisse les États-Unis agir.
03:46Pour elle, le sujet aujourd'hui, c'est l'accès à une énergie abondante
03:50et la moins chère possible, et on voit que les points de croissance
03:53ont été plutôt négatifs.
03:55Et puis, il y a également la question du contournement des routes pétrolières,
04:01et donc la Chine poursuit aussi la création de ces routes,
04:04notamment via le Pakistan, puisque le Pakistan permet à la Chine
04:07de contourner l'Inde et d'arriver directement dans l'océan Indien.
04:11Et le Pakistan est entre Iran d'un côté et l'Inde de l'autre.
04:15Annalisa ?
04:15Il y a un autre grand allié du régime des Molas, c'était la Russie.
04:18C'est la Russie, c'était la Russie, c'est un peu la question.
04:20La Russie qui choisit de ne pas s'impliquer dans le conflit,
04:23parce qu'elle a aussi des avantages à y tirer.
04:25Oui, et puis c'est aussi un camouflet.
04:27La Russie est bloquée en Ukraine, on le voit depuis maintenant
04:30cinq ans de guerre.
04:32La Russie a perdu ses alliés, le Venezuela, la Syrie, l'Iran.
04:36Le matériel militaire qui était fourni était en partie russe,
04:39on voit qu'il est quand même assez inefficace.
04:40Donc c'est aussi un camouflet assez important pour la Russie
04:44qui perd effectivement un levier au Moyen-Orient.
04:47Il y avait cet axe Téhéran-Moscou qui était historique et essentiel.
04:51Et la Russie perd une pièce maîtresse.
04:54Est-ce que ces alliances extérieures, timides, on l'a dit du coup en ce moment,
04:59peuvent influer sur la décision du successeur d'Ali Ramenei ?
05:04Est-ce que ça va avoir un poids ?
05:06Ou est-ce que le régime, quoi qu'il arrive, va être perpétué ?
05:09Alors, les deux.
05:12Je ne crois pas à un effondrement du régime
05:14parce qu'on n'a jamais changé un régime par des bombardements extérieurs.
05:17Pour changer un régime, il vous faut des troupes au sol.
05:19Et ça, je ne pense pas que les États-Unis envoient des troupes au sol.
05:21Il vous faut des milices sur place qui ont des armes
05:24et qui puissent renverser le régime.
05:26Or, aujourd'hui, les seules milices qu'il y a dans ce type-là,
05:29notamment les Kurdes ou des mouvements islamistes,
05:31mais qui ne sont pas encore assez puissants pour prendre le pouvoir.
05:34Donc, il y aura une perpétuation du régime,
05:36mais avec, effectivement, des nouvelles têtes.
05:38Sauf que, dès que vous avez une nouvelle tête qui est nommée,
05:40elle est abattue.
05:40Donc, ils n'ont pas non plus intérêt à dire officiellement
05:43qu'une nouvelle personne a été nommée.
05:45Et puis, on voit surtout une très grande désorganisation.
05:48C'est-à-dire que même si vous remplacez quelqu'un,
05:50on sait tout ce que c'est.
05:52Il faut arriver au poste, savoir se renseigner.
05:55Et puis, les gens autour de vous ont aussi été abattus.
05:58Donc, aujourd'hui, on voit surtout un État
06:01qui est de plus en plus déstructuré par ses morts ciblées.
06:04Très vite, Annalisa.
06:05Et donc, pour Donald Trump, on peut dire que c'est en partie une défaite
06:08puisqu'il a coupé la tête, mais pas les tentacules.
06:11Exactement.
06:12C'est pour l'instant un succès tactique militaire indéniable.
06:17Mais en tout cas, il n'a pas changé de régime comme il avait dit qu'il le ferait.
06:22Et puis surtout, on ne voit pas la fin.
06:24C'est-à-dire qu'on est au sixième jour de guerre.
06:25Mais après, qu'est-ce qui va se passer après ?
06:27Quand est-ce qu'on va arrêter les bombardements ?
06:28Et quand est-ce qu'on pourra dire, maintenant c'est terminé,
06:31on passe à autre chose ?
06:32Et pour l'instant, on ne voit pas de stratégie de sortie de crise.
06:35On surveille évidemment cette situation.
06:37Merci beaucoup Jean-Baptiste Noé d'être venu nous voir ce matin,
06:40rédacteur en chef de Conflit.
06:42Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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