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  • il y a 7 minutes
Ce vendredi 27 mars, Roland Lombardi, historien, géopolitologue et directeur de la rédaction du Diplomate Média, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur l'évolution de la situation au Liban, et la guerre entre le Hezbollah et Israël. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Focus ce matin sur l'évolution de la situation au Liban et la guerre entre le Hezbollah et Israël.
00:04Israël qui a confirmé qu'il comptait occuper le sud du pays pour en faire une zone de sécurité.
00:10On en parle avec Roland Lombardi. Bonjour, vous êtes historien, géopolitologue, directeur de la rédaction du Diplomate Média.
00:18Cette confirmation d'Israël sur le sud du Liban, est-ce qu'il s'oriente vers une occupation durable du
00:25pays ?
00:26Alors, pardon, non, occupation je ne pense pas, je ne pense pas que ce soit dans leur dessin principal,
00:32mais une éradication du Hezbollah, oui, donc c'est un mix un peu entre les deux.
00:38Donc je pense qu'ils veulent aller jusqu'au bout parce qu'ils ont une fenêtre d'opportunité qui ne
00:42se représentera pas
00:43pour éliminer leur principal adversaire du Nord.
00:48Et voilà, donc ils vont mettre toutes les forces possibles pour éradiquer le mouvement,
00:53surtout sachant que là, Trump est en train peut-être de négocier.
00:59Et s'il fait la même chose qu'en juin dernier, il risque d'avoir la pression de Washington pour
01:06pouvoir arrêter les opérations
01:07et ça, ils ne le veulent surtout pas, donc il faut qu'ils aillent très vite.
01:09Mais bon, c'est compliqué, c'est une guerre asymétrique.
01:11Mais qu'est-ce qui reste concrètement du Hezbollah aujourd'hui ?
01:14Alors l'Hezbollah a été très durement amoindri durant plusieurs mois, depuis le 7 octobre, dans tous les cas,
01:22puis l'affaire des beepers a décimé tous les cadres du mouvement.
01:25Sauf qu'on l'oublie souvent, mais juste avant le début des hostilités,
01:29l'Iran avait envoyé justement un milliard de dollars au Hezbollah,
01:34plus des cadres iraniens pour diriger les opérations,
01:38parce que justement, ils n'étaient pas très sûrs que le Hezbollah puisse avoir envie
01:43et soit en capacité de riposter en cas d'attaque justement de l'Iran sur Israël.
01:48Donc c'est surtout des cadres iraniens qui dirigent les opérations.
01:53Donc qui étaient au Liban, directement, oui.
01:55Et donc aujourd'hui, on considère que c'est une force en capacité de riposter,
02:00on l'a vu quand il tire du côté d'Israël,
02:03mais quand on voit l'état dans lequel est le Liban aujourd'hui,
02:07il y a encore des opérations à faire, des cadres à décimer,
02:11et ce n'est pas terminé.
02:12Ah oui, parce que c'est un mouvement terroriste,
02:15mais spécialiste de la guerre asymétrique,
02:17ça fait des années qu'ils se frottent à Hadzhal,
02:19qui est une des meilleures armées du monde,
02:21donc ils s'y connaissent en guérilla,
02:23donc ça c'est leur job, c'est leur point fort.
02:27Et même s'ils ont pris, comme je l'ai dit tout à l'heure,
02:29beaucoup de coups et qu'ils ont perdu beaucoup de cadres,
02:31il reste encore, comme je l'ai dit aussi,
02:34des officiers iraniens sur place, directement,
02:36qui dirigent les opérations.
02:38Et puis, mélange de fanatisme et de professionnalisme
02:42font qu'ils sont encore très résilients.
02:44Annalisa, à quel point ce nouveau front est lié
02:47à ce qui se passe en Iran,
02:49et quelles sont les conséquences potentiellement
02:50sur le régime des Mola, d'un affaiblissement du Hezbollah ?
02:54C'est dans le conflit global.
02:56Pour Israël, la stratégie ici,
02:58même si certains disent que pour les Etats-Unis,
03:00ce n'est pas très clair,
03:00mais pour Israël, la stratégie est claire,
03:02c'est éliminer le régime des Mola en Iran.
03:06Et évidemment, tous ces proxys.
03:08Les deux fronts parallèles ?
03:09Les deux fronts sont parallèles,
03:10et c'est d'autant plus la difficulté d'Israël
03:12de tenir deux fronts, voire peut-être trois,
03:14si les outils rentrent dans la danse.
03:16Donc, c'est une stratégie globale, on va dire.
03:20Mais qu'est-ce que vous imaginez, du coup ?
03:22Une zone tampon qui est plus grande
03:24que celle qu'il y a aujourd'hui entre Israël et le Liban,
03:26avec une sorte de zone de sécurité
03:28qu'Israël dirigerait ?
03:30Mais après, c'est tout ?
03:31C'est-à-dire qu'un arrêt des frappes,
03:33ce n'est pas une occupation du sud Liban
03:35qui se profile, c'est ce que vous nous disiez ?
03:38Encore une fois, une occupation, je n'y crois pas,
03:39mais une zone de tampon, oui,
03:40ça serait une zone de tampon
03:42beaucoup plus large que celle précédente.
03:46Et avec des négociations sûrement
03:48avec les talibanais,
03:49mais les Américains aussi seront derrière.
03:51Selon ce qui se passe directement
03:53entre l'Iran et Washington,
03:56on verra vraiment les modalités
03:58d'un futur cesser le feu,
04:00s'il y a cesser le feu,
04:01et si les combats cessent.
04:02Qu'est-ce qui reste aujourd'hui du gouvernement libanais ?
04:04Quelle est sa force ?
04:05Qu'est-ce qu'il dirige ?
04:06Est-ce qu'il y a une armée libanaise parallèle ?
04:09On a l'impression, nous, vu d'ici,
04:11que le Hezbollah prend toute la place.
04:14Alors, avec le nouveau président Joseph Aoun,
04:18le gouvernement libanais avait retrouvé un peu de vigueur.
04:20Mais il ne faut pas oublier
04:21que c'est un gouvernement confessionnel,
04:23donc tous les potes sont répartis,
04:24le président est d'une confession,
04:28le chef des armées est d'une autre,
04:29le chef du Parlement est d'une autre,
04:30donc ils sont très divisés,
04:32et notamment très divisés sur l'intervention israélienne.
04:35On l'a vu au début de l'intervention de Tsaal,
04:39le président Joseph Aoun,
04:41qui est un chrétien,
04:44affirmer que c'était le Hezbollah
04:46qui avait provoqué cette situation,
04:47et là on a vu ces quelques heures
04:49qu'il avait un peu changé de discours
04:52en critiquant en quelque sorte un peu
04:55l'intervention et sa violence.
04:58Beaucoup au Liban, en secret,
05:00que ce soit toute confession confondue,
05:02mis à part les chiites bien sûr,
05:03et encore, même dans la communauté chiite,
05:06il y a le parti Hamal
05:07qui s'est opposé au Liban justement
05:09par rapport à l'intervention,
05:12tous souhaitent en secret
05:13que le Liban soit débarrassé du Hezbollah.
05:18Donc Israël fait ce que le gouvernement libanais
05:20ne peut pas faire ?
05:20Ne peut pas faire parce que son armée est faible,
05:22l'armée libanaise est plus faible que le Hezbollah,
05:24c'est ça le problème,
05:25et donc il y avait avant les hostilités
05:28des négociations pour le désarmement du Hezbollah,
05:30mais c'était l'être morte
05:32parce que le Hezbollah est assuré de sa force.
05:35Annalisa.
05:36Du côté israélien, en revanche,
05:37on sait que le consensus sur la guerre
05:39a toujours été plutôt fort,
05:40contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis.
05:42Quelle est la situation maintenant ?
05:44Est-ce que c'est encore le cas ?
05:45Alors c'est encore le cas,
05:46mais ce qu'on peut percevoir,
05:48c'est qu'il y a une grosse fatigue.
05:49Il ne faut pas oublier que...
05:51D'ailleurs, il y a eu une fuite hier, je crois,
05:54du chef d'état-major qui a indiqué
05:56qu'il fallait beaucoup plus d'hommes,
05:57justement pour le Nord,
06:00donc mobiliser plus de réservistes,
06:03parce qu'il y a véritablement une lassitude
06:05et vraiment une fatigue physique et psychologique.
06:08Il faut savoir que les réservistes qui sont en combat,
06:10ça fait depuis le 7 octobre 2023,
06:12donc ça fait quand même un peu long,
06:13même pour des personnes qui sont habituées à ces conflits.
06:18Donc je ne dirais pas...
06:19Alors bien sûr, c'est une démocratie,
06:21il y a des débats au Parlement comme dans la presse,
06:23c'est d'ailleurs une des presse les plus libres
06:26de la région pouvoir du monde,
06:28sur les finalités de la guerre au Liban
06:33comme contre l'Iran,
06:35ou sur les suites du conflit
06:37par rapport à Netanyahou et ses affaires judiciaires.
06:40En tout cas, pour l'instant, il y a un consensus,
06:42voilà, il faut éliminer les menaces.
06:46Je pense que, grosso modo,
06:49ça fait consensus au sein de toute la population,
06:52même s'il y a, encore une fois,
06:54pas mal de fatigue dans toutes les strates.
06:57Il faut penser aussi que les réservistes
06:59sont souvent des employés,
07:01ou alors des chefs d'entreprise
07:02qui n'ont pas travaillé depuis plusieurs mois,
07:04donc c'est compliqué pour eux
07:06d'assumer les subsistances d'une famille.
07:08Avec aussi beaucoup de Libanais qui sont partis,
07:10qui ont quitté le pays.
07:11La Turquie s'est inquiétée dernièrement
07:13d'une crise migratoire massive,
07:15avec un exode massif de la population.
07:18Comment ça fonctionne aujourd'hui au Liban ?
07:20Est-ce qu'on parle du sud de Beyrouth ?
07:22Est-ce qu'il y a le nord de Beyrouth
07:23qui fonctionne à peu près ?
07:26Comment ça marche ?
07:28Ah oui, alors, ce qui est paradoxal,
07:31les gens qui ne connaissent pas la région
07:33sont souvent étonnés,
07:34c'est que dans le nord de Beyrouth,
07:35les bars sont pleins,
07:36les restaurants sont pleins,
07:38mais bon, on a connu ça
07:39durant tous les conflits,
07:40c'est inhérent au Liban et à la région.
07:44Il y a eu des déplacements,
07:45comme vous le dites, de populations,
07:47il y a eu un risque de départ,
07:50notamment chez les chrétiens.
07:51On parle, il y a beaucoup de chrétiens
07:52qui commencent à avoir envie
07:54de quitter le Liban,
07:56les derniers qui restaient.
07:58Voilà, donc c'est un problème
07:59pour la communauté chrétienne
08:00qui perd d'année en année
08:02un nombre considérable de sa population.
08:05Merci beaucoup d'être venu ce matin
08:07dans la matinale de l'économie.
08:09Roland Lombardy.
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