00:00Focus ce matin sur l'évolution de la situation au Liban et la guerre entre le Hezbollah et Israël.
00:04Israël qui a confirmé qu'il comptait occuper le sud du pays pour en faire une zone de sécurité.
00:10On en parle avec Roland Lombardi. Bonjour, vous êtes historien, géopolitologue, directeur de la rédaction du Diplomate Média.
00:18Cette confirmation d'Israël sur le sud du Liban, est-ce qu'il s'oriente vers une occupation durable du
00:25pays ?
00:26Alors, pardon, non, occupation je ne pense pas, je ne pense pas que ce soit dans leur dessin principal,
00:32mais une éradication du Hezbollah, oui, donc c'est un mix un peu entre les deux.
00:38Donc je pense qu'ils veulent aller jusqu'au bout parce qu'ils ont une fenêtre d'opportunité qui ne
00:42se représentera pas
00:43pour éliminer leur principal adversaire du Nord.
00:48Et voilà, donc ils vont mettre toutes les forces possibles pour éradiquer le mouvement,
00:53surtout sachant que là, Trump est en train peut-être de négocier.
00:59Et s'il fait la même chose qu'en juin dernier, il risque d'avoir la pression de Washington pour
01:06pouvoir arrêter les opérations
01:07et ça, ils ne le veulent surtout pas, donc il faut qu'ils aillent très vite.
01:09Mais bon, c'est compliqué, c'est une guerre asymétrique.
01:11Mais qu'est-ce qui reste concrètement du Hezbollah aujourd'hui ?
01:14Alors l'Hezbollah a été très durement amoindri durant plusieurs mois, depuis le 7 octobre, dans tous les cas,
01:22puis l'affaire des beepers a décimé tous les cadres du mouvement.
01:25Sauf qu'on l'oublie souvent, mais juste avant le début des hostilités,
01:29l'Iran avait envoyé justement un milliard de dollars au Hezbollah,
01:34plus des cadres iraniens pour diriger les opérations,
01:38parce que justement, ils n'étaient pas très sûrs que le Hezbollah puisse avoir envie
01:43et soit en capacité de riposter en cas d'attaque justement de l'Iran sur Israël.
01:48Donc c'est surtout des cadres iraniens qui dirigent les opérations.
01:53Donc qui étaient au Liban, directement, oui.
01:55Et donc aujourd'hui, on considère que c'est une force en capacité de riposter,
02:00on l'a vu quand il tire du côté d'Israël,
02:03mais quand on voit l'état dans lequel est le Liban aujourd'hui,
02:07il y a encore des opérations à faire, des cadres à décimer,
02:11et ce n'est pas terminé.
02:12Ah oui, parce que c'est un mouvement terroriste,
02:15mais spécialiste de la guerre asymétrique,
02:17ça fait des années qu'ils se frottent à Hadzhal,
02:19qui est une des meilleures armées du monde,
02:21donc ils s'y connaissent en guérilla,
02:23donc ça c'est leur job, c'est leur point fort.
02:27Et même s'ils ont pris, comme je l'ai dit tout à l'heure,
02:29beaucoup de coups et qu'ils ont perdu beaucoup de cadres,
02:31il reste encore, comme je l'ai dit aussi,
02:34des officiers iraniens sur place, directement,
02:36qui dirigent les opérations.
02:38Et puis, mélange de fanatisme et de professionnalisme
02:42font qu'ils sont encore très résilients.
02:44Annalisa, à quel point ce nouveau front est lié
02:47à ce qui se passe en Iran,
02:49et quelles sont les conséquences potentiellement
02:50sur le régime des Mola, d'un affaiblissement du Hezbollah ?
02:54C'est dans le conflit global.
02:56Pour Israël, la stratégie ici,
02:58même si certains disent que pour les Etats-Unis,
03:00ce n'est pas très clair,
03:00mais pour Israël, la stratégie est claire,
03:02c'est éliminer le régime des Mola en Iran.
03:06Et évidemment, tous ces proxys.
03:08Les deux fronts parallèles ?
03:09Les deux fronts sont parallèles,
03:10et c'est d'autant plus la difficulté d'Israël
03:12de tenir deux fronts, voire peut-être trois,
03:14si les outils rentrent dans la danse.
03:16Donc, c'est une stratégie globale, on va dire.
03:20Mais qu'est-ce que vous imaginez, du coup ?
03:22Une zone tampon qui est plus grande
03:24que celle qu'il y a aujourd'hui entre Israël et le Liban,
03:26avec une sorte de zone de sécurité
03:28qu'Israël dirigerait ?
03:30Mais après, c'est tout ?
03:31C'est-à-dire qu'un arrêt des frappes,
03:33ce n'est pas une occupation du sud Liban
03:35qui se profile, c'est ce que vous nous disiez ?
03:38Encore une fois, une occupation, je n'y crois pas,
03:39mais une zone de tampon, oui,
03:40ça serait une zone de tampon
03:42beaucoup plus large que celle précédente.
03:46Et avec des négociations sûrement
03:48avec les talibanais,
03:49mais les Américains aussi seront derrière.
03:51Selon ce qui se passe directement
03:53entre l'Iran et Washington,
03:56on verra vraiment les modalités
03:58d'un futur cesser le feu,
04:00s'il y a cesser le feu,
04:01et si les combats cessent.
04:02Qu'est-ce qui reste aujourd'hui du gouvernement libanais ?
04:04Quelle est sa force ?
04:05Qu'est-ce qu'il dirige ?
04:06Est-ce qu'il y a une armée libanaise parallèle ?
04:09On a l'impression, nous, vu d'ici,
04:11que le Hezbollah prend toute la place.
04:14Alors, avec le nouveau président Joseph Aoun,
04:18le gouvernement libanais avait retrouvé un peu de vigueur.
04:20Mais il ne faut pas oublier
04:21que c'est un gouvernement confessionnel,
04:23donc tous les potes sont répartis,
04:24le président est d'une confession,
04:28le chef des armées est d'une autre,
04:29le chef du Parlement est d'une autre,
04:30donc ils sont très divisés,
04:32et notamment très divisés sur l'intervention israélienne.
04:35On l'a vu au début de l'intervention de Tsaal,
04:39le président Joseph Aoun,
04:41qui est un chrétien,
04:44affirmer que c'était le Hezbollah
04:46qui avait provoqué cette situation,
04:47et là on a vu ces quelques heures
04:49qu'il avait un peu changé de discours
04:52en critiquant en quelque sorte un peu
04:55l'intervention et sa violence.
04:58Beaucoup au Liban, en secret,
05:00que ce soit toute confession confondue,
05:02mis à part les chiites bien sûr,
05:03et encore, même dans la communauté chiite,
05:06il y a le parti Hamal
05:07qui s'est opposé au Liban justement
05:09par rapport à l'intervention,
05:12tous souhaitent en secret
05:13que le Liban soit débarrassé du Hezbollah.
05:18Donc Israël fait ce que le gouvernement libanais
05:20ne peut pas faire ?
05:20Ne peut pas faire parce que son armée est faible,
05:22l'armée libanaise est plus faible que le Hezbollah,
05:24c'est ça le problème,
05:25et donc il y avait avant les hostilités
05:28des négociations pour le désarmement du Hezbollah,
05:30mais c'était l'être morte
05:32parce que le Hezbollah est assuré de sa force.
05:35Annalisa.
05:36Du côté israélien, en revanche,
05:37on sait que le consensus sur la guerre
05:39a toujours été plutôt fort,
05:40contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis.
05:42Quelle est la situation maintenant ?
05:44Est-ce que c'est encore le cas ?
05:45Alors c'est encore le cas,
05:46mais ce qu'on peut percevoir,
05:48c'est qu'il y a une grosse fatigue.
05:49Il ne faut pas oublier que...
05:51D'ailleurs, il y a eu une fuite hier, je crois,
05:54du chef d'état-major qui a indiqué
05:56qu'il fallait beaucoup plus d'hommes,
05:57justement pour le Nord,
06:00donc mobiliser plus de réservistes,
06:03parce qu'il y a véritablement une lassitude
06:05et vraiment une fatigue physique et psychologique.
06:08Il faut savoir que les réservistes qui sont en combat,
06:10ça fait depuis le 7 octobre 2023,
06:12donc ça fait quand même un peu long,
06:13même pour des personnes qui sont habituées à ces conflits.
06:18Donc je ne dirais pas...
06:19Alors bien sûr, c'est une démocratie,
06:21il y a des débats au Parlement comme dans la presse,
06:23c'est d'ailleurs une des presse les plus libres
06:26de la région pouvoir du monde,
06:28sur les finalités de la guerre au Liban
06:33comme contre l'Iran,
06:35ou sur les suites du conflit
06:37par rapport à Netanyahou et ses affaires judiciaires.
06:40En tout cas, pour l'instant, il y a un consensus,
06:42voilà, il faut éliminer les menaces.
06:46Je pense que, grosso modo,
06:49ça fait consensus au sein de toute la population,
06:52même s'il y a, encore une fois,
06:54pas mal de fatigue dans toutes les strates.
06:57Il faut penser aussi que les réservistes
06:59sont souvent des employés,
07:01ou alors des chefs d'entreprise
07:02qui n'ont pas travaillé depuis plusieurs mois,
07:04donc c'est compliqué pour eux
07:06d'assumer les subsistances d'une famille.
07:08Avec aussi beaucoup de Libanais qui sont partis,
07:10qui ont quitté le pays.
07:11La Turquie s'est inquiétée dernièrement
07:13d'une crise migratoire massive,
07:15avec un exode massif de la population.
07:18Comment ça fonctionne aujourd'hui au Liban ?
07:20Est-ce qu'on parle du sud de Beyrouth ?
07:22Est-ce qu'il y a le nord de Beyrouth
07:23qui fonctionne à peu près ?
07:26Comment ça marche ?
07:28Ah oui, alors, ce qui est paradoxal,
07:31les gens qui ne connaissent pas la région
07:33sont souvent étonnés,
07:34c'est que dans le nord de Beyrouth,
07:35les bars sont pleins,
07:36les restaurants sont pleins,
07:38mais bon, on a connu ça
07:39durant tous les conflits,
07:40c'est inhérent au Liban et à la région.
07:44Il y a eu des déplacements,
07:45comme vous le dites, de populations,
07:47il y a eu un risque de départ,
07:50notamment chez les chrétiens.
07:51On parle, il y a beaucoup de chrétiens
07:52qui commencent à avoir envie
07:54de quitter le Liban,
07:56les derniers qui restaient.
07:58Voilà, donc c'est un problème
07:59pour la communauté chrétienne
08:00qui perd d'année en année
08:02un nombre considérable de sa population.
08:05Merci beaucoup d'être venu ce matin
08:07dans la matinale de l'économie.
08:09Roland Lombardy.
Commentaires