00:00Donald Trump donne 48 heures à l'Iran pour rouvrir Hormuz, ça fait à peu près un ultimatum qui va
00:04s'arrêter ce soir autour de minuit.
00:08Réponse de l'Iran qui ne compte pas bouger, qui compte viser les infrastructures énergétiques de l'ensemble de la
00:13région et même les installations de dessalement.
00:15On en parle régulièrement sur cette antenne. Notre invité c'est David Amsalem. Bonjour, vous êtes spécialiste du Moyen-Orient
00:20et des enjeux énergétiques.
00:21Vous êtes l'auteur de La guerre de l'énergie, la face cachée du conflit israélo-palestinien.
00:25Dans le cas de l'Iran, ce n'est pas du tout caché, c'est carrément ouvert, c'est désormais
00:30une monnaie d'échange.
00:32On entend ce matin l'AIE qui dit que c'est le pire conflit qu'on ait jamais connu sur
00:36les infrastructures énergétiques.
00:37Il ne faut pas que ça dure, Patrick Pouyenne dit la même chose. On est à 20 jours.
00:41Quelle est votre analyse ? Est-ce qu'on arrive là à un point de bascule ?
00:45Ce n'est pas du tout une surprise puisque l'Iran, depuis des années, utilise la carte énergétique face aux
00:51menaces israéliennes et américaines
00:52en expliquant qu'ils peuvent bloquer le détroit d'Hormuz et c'est ce qu'ils sont en train de
00:55faire.
00:56Est-ce que ça va durer ? Très franchement, je pensais que ça allait durer un peu moins
01:00vu l'intensité des attaques israéliennes et américaines.
01:03Mais vraisemblablement, le régime est en train de tenir malgré les premiers coups durs
01:06qu'ils ont essuyés au premier jour du conflit.
01:10Vous êtes surpris par la résistance iranienne ?
01:12Résistance, disons qu'il y a une certaine forme de résilience, c'est certain,
01:15puisqu'il y a une grosse partie de l'état-major, de la chaîne de commandement, des dirigeants politiques
01:19qui ont été quand même assez durement touchés et donc éliminés.
01:24Et donc, on aurait pu penser que le régime aurait été un peu plus déstabilisé
01:28et vraisemblablement, il est en train de tenir.
01:30Et surtout, on observe qu'il y a un manque de contestation de la part de la population,
01:33ce qui lui permet de ne pas être sur deux fronts, intérieur et extérieur.
01:37Annalisa ?
01:38On sait qu'Israël a frappé les sites énergétiques ces derniers jours,
01:41les sites énergétiques iraniens, avec une riposte du côté iranien sur les sites énergétiques
01:45des autres pays du Golfe.
01:47Quelle est la stratégie d'Israël dans ce cas-là ?
01:49Alors, pour Israël, c'est très simple.
01:51Depuis le début, et puis même depuis le 7 octobre 2023,
01:54c'est en fait d'éliminer les menaces qui se trouvent à ces frontières.
01:57Et donc, après avoir éliminé et déstabilisé toutes les milices chiites ou pro-iraniennes aux alentours,
02:02ils viennent taper la maison mère, si j'ose dire.
02:04Et donc là, l'objectif, c'est de déstabiliser l'Iran
02:08et faire tomber éventuellement le régime iranien.
02:11Donc, pour Israël, l'opération qu'il est en train de mener est extrêmement claire.
02:15C'est de diminuer la menace, voire l'éliminer complètement.
02:19Et la frappe contre les infrastructures énergétiques est extrêmement logique,
02:23puisque l'Iran, depuis le début du conflit, avant même les frappes israéliennes,
02:27est en train de viser les infrastructures énergétiques des pays de la région.
02:31Et donc là, c'est une manière de dire à l'Iran que,
02:34puisque vous déstabilisez le marché mondial de l'énergie,
02:36on va vous toucher au cœur, c'est-à-dire votre production de gaz,
02:40qui, contrairement au reste de la région, est destinée essentiellement au marché iranien.
02:45On entend ce matin, l'AIEU, qui nous dit 40 sites sont endommagés
02:48avec des difficultés différentes.
02:52Combien de temps il faut pour remettre un site à flot quand il a été atteint,
02:57comme les sites des pays du Golfe ces derniers temps ?
03:00C'est plusieurs semaines, voire plusieurs mois, c'est évident.
03:03Alors dans les 40 sites, tous n'ont pas été touchés par Israël et les Américains,
03:07c'est essentiellement suite à des attaques iraniennes en direction des pays de la région.
03:12Donc évidemment, très clairement, et c'est la stratégie et ça fonctionne,
03:15l'Iran cherche à déstabiliser le marché mondial de l'énergie
03:18pour rendre insupportable la durée de ce conflit.
03:21Donc plus l'Iran fait durer, plus la pression politique sur les Etats-Unis notamment
03:26est forte et même sur Israël.
03:28Et donc l'Iran a intérêt à maintenir la pression, à déstabiliser les cours de l'énergie.
03:34Mais ça fonctionne, on voit l'AIEU ce matin qui dit
03:35qu'il va falloir penser au covoiturage, au télétravail,
03:38à baisser sa consommation individuelle.
03:40Ça rappelle le Covid avec des choses à faire, chacun de son côté.
03:44Tout à fait, ça fonctionne, mais en même temps c'est quelque chose qui est assez connu.
03:48C'est-à-dire qu'on est dans une guerre asymétrique
03:52où les forces déployées par les Américains et les Israéliens sont extrêmement fortes
03:55par rapport à ce que peut mettre en place l'Iran.
03:58Et donc l'Iran joue la carte énergétique
04:00parce qu'elle sait que c'est un point de faiblesse de nos démocraties,
04:03de nos systèmes économiques.
04:04Et donc elle le joue à fond depuis le début du conflit.
04:07Donc soit en détruisant les infrastructures énergétiques ou en les visant,
04:11soit en fermant le détroit d'Hormuz.
04:14Mais néanmoins, les pays se préparent depuis quelques années
04:16puisqu'il y a des alternatives au détroit d'Hormuz qui existent,
04:19même si aujourd'hui les capacités d'extraction de l'énergie depuis le détroit d'Hormuz
04:22sont quand même très faibles.
04:24C'est un dixième de ce qui sort normalement par le détroit d'Hormuz
04:26qui arrive à sortir actuellement, mais c'est quand même mieux que rien.
04:30Enfin, alternatives quand on parle du gaz.
04:32Par exemple, ce matin, on parlait de refaire des discussions avec l'Algérie,
04:37le Maroc, la Libye, qui a des grosses réserves.
04:40Mais on est très loin de pouvoir payer.
04:41On est loin, mais rappelez-vous, lorsque la Russie attaque l'Ukraine en 2022,
04:46la France et l'Union Européenne arrivent à repenser ces approvisionnements énergétiques.
04:51De sorte qu'aujourd'hui, l'Union Européenne n'est quasiment presque plus dépendant,
04:54ou en tout cas pour l'Europe de l'Ouest, de ces approvisionnements de gaz et de pétrole russe.
04:58Donc il n'est pas impossible qu'en attendant, des alternatives d'approvisionnement puissent exister.
05:03Il y a des acteurs comme effectivement l'Algérie, comme les États-Unis, comme la Norvège,
05:07qui sont déjà très sollicités, mais qui pourraient l'être encore davantage.
05:11– Dans cette guerre, l'énergie est aussi un domaine dans lequel les divergences
05:14entre Benjamin Netanyahou et Donald Trump sont plutôt visibles.
05:18Qui va l'emporter sur l'autre ?
05:20– Disons qu'en frappant les sites énergétiques iraniens,
05:24l'objectif c'est vraiment de fragiliser le régime.
05:26Et donc en fait, c'est d'accentuer la pression.
05:29Alors puisque la pression militaire ne suffit plus,
05:31là vraiment on touche à la question économique,
05:33puisque disons que 80%, 70% à 80% du gaz iranien
05:37qui est produit depuis leur énorme gisement de gaz,
05:42sert à la production d'électricité de l'Iran.
05:44Et donc dans quelques semaines, si ça continue,
05:46l'Iran n'aura peut-être plus les capacités de produire l'intégralité de son électricité.
05:50Or pour une économie, y compris pour l'Iran,
05:52s'il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus de système de défense,
05:55de télécommunication.
05:56Donc l'idée c'est d'accentuer la pression.
05:57A vrai dire, ce n'est pas surprenant.
05:59C'est-à-dire que face à, disons, l'échec entre guillemets
06:03des attaques israéliennes et américaines
06:05pour faire tomber le régime ou le déstabiliser,
06:07là ils sont en train de monter d'un cran.
06:09On peut imaginer à l'avenir d'autres pressions supplémentaires
06:12pour en fait faire vaciller le régime.
06:14Mais combien de temps on peut vivre avec un pétrole au-dessus des 100 dollars en Europe ?
06:18On l'a fait, il y a déjà quelques années ou quelques décennies,
06:23le prix du baril était supérieur à 100,
06:25on était à 130, 140 dollars.
06:26C'est compliqué, évidemment, il va avoir des répercussions économiques,
06:30mais les Israéliens comme les Américains ont pour objectif
06:34de libérer cet hydrocarbure qui est coincé dans l'éthro d'Hormuz.
06:37C'est d'ailleurs pour ça qu'ils appellent leurs partenaires européens
06:41à venir les aider pour débloquer la situation.
06:43Merci beaucoup d'être venu ce matin, David Amsalen,
06:46dans la matinale de l'économie.
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