00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Avec ses cours du pétrole qui restent tendus, 101 dollars pour le Brent en ce moment.
00:08Gilles Mouin qui est avec nous, chef économiste du groupe AXA.
00:10Bonjour Gilles.
00:11Les cours du pétrole continuent de se tendre, même si l'Agence internationale de l'énergie a annoncé des bloquets
00:16400 millions de barils.
00:17Est-ce que c'est un scénario écrit d'avance, à savoir des cours amenés à se tendre jour après
00:21jour,
00:22dans la mesure où chaque jour qui passe, l'équilibre off-demande va se tendre un peu plus ?
00:26Oui, je pense que c'est la conclusion qu'on peut tirer du mouvement de marché d'aujourd'hui.
00:31C'est-à-dire que la libération de ces réserves, elles ne parviennent pas à lutter contre le problème de
00:41fonds qui se pose à nous depuis le 28 février,
00:44qui est qu'on a une incertitude lourde sur l'approvisionnement, non pas pour quelques semaines, mais l'approvisionnement à
00:50plus long terme.
00:51C'est pour ça que l'effet est probablement assez limité.
00:54On a la libération de réserves qui représente, en gros, de mémoire, 20 jours de trafic qui passe par le
01:05détroit d'Hormuz.
01:06Les opérations militaires ont commencé il y a déjà à peu près 15 jours.
01:09Donc, on en viendrait aujourd'hui à compenser simplement à peu près les trois quarts de la rupture de provisionnement
01:17qui s'est déjà produite, sans visibilité du tout sur la suite des événements.
01:24Donc, voilà, je pense que la réaction de marché est logique.
01:27C'est une focalisation sur le retour à la libre circulation dans notre Indormuz.
01:35Et à part ça, je doute que le marché soit à peu près.
01:38– Oui, c'est sûr.
01:39Alors, la question, c'est de savoir, est-ce que certains pays, quand même, tirent les marrons du feu ?
01:43Il semble que l'Iran fasse passer ses propres navires, donc des pétroliers iraniens,
01:47en direction, malgré tout, de la Chine.
01:49Des navires qui, rares, c'est vrai, mais parviendraient à franchir le détroit
01:53pour aller alimenter la Chine.
01:54Est-ce que la Chine, mine de rien, là,
01:56et elle est très silencieuse et discrète sur ce conflit,
01:57est en train, peut-être, de tirer les marrons du feu, Gilles ?
02:00– En tout cas, ça, c'est une variante très intéressante
02:04par rapport au scénario que la plupart des gens envisageaient
02:08avant le déclenchement du conflit,
02:09parce qu'en fait, on a une approche souvent assez binaire
02:12d'une fermeture du trône d'Hormuz.
02:14C'est-à-dire, en gros,
02:16ses probabilités étaient toujours vécues comme extrêmement faibles,
02:19parce que, bien évidemment, l'Iran se tirerait lui-même dans le pied
02:24en se privant d'exportation de pétrole,
02:27qui lui sont absolument vitales économiquement,
02:29mais aussi politiquement, dans sa relation avec la Chine.
02:33Mais ce qui semble être en train de se produire dans le Golfe,
02:37ce n'est pas exactement ça.
02:38Ce n'est pas une fermeture complète,
02:40c'est une fermeture partielle,
02:41avec, effectivement, le passage de quelques tankers iraniens
02:46à destination de la Chine,
02:48avec, en plus, vous l'avez probablement vu,
02:51la mise en avant du pavillon chinois
02:55par un centre de tankers
02:56lorsqu'ils passent dans la région du Golfe.
02:59Au-delà des tankers iraniens eux-mêmes,
03:01c'est également utilisé par des tankers chinois.
03:05Donc, effectivement, pour l'instant,
03:07ça doit vouloir dire que la Chine n'a pas trop d'inquiétude
03:13sur son approvisionnement.
03:14La vraie question,
03:15mais là, je ne voudrais pas tomber dans le défaut
03:17de beaucoup d'analystes depuis le 20 février,
03:19c'est-à-dire de s'intituler expert militaire
03:21sur des questions sur lesquelles ils n'ont aucune compétence,
03:25peut-être qu'une limite,
03:26c'est qu'une fermeture partielle,
03:29c'est très compliqué à organiser.
03:31Et pourquoi est-ce qu'on a cette focalisation américaine
03:34sur la question du minage du Trois d'Ormose ?
03:36C'est parce qu'une fois que c'est miné,
03:38ça devient très, très compliqué
03:40pour les Iraniens eux-mêmes
03:41de se faire passer leur propre tanker.
03:44En tout cas, c'est un risque important.
03:46Mais ça fait partie de la discussion d'aujourd'hui.
03:50Beaucoup d'analystes comptaient en fait
03:53sur une pression de la Chine auprès de Téhéran
03:55pour arriver très rapidement
03:56à une résolution du conflit.
03:58Si la Chine continue à pouvoir s'approvisionner,
04:00en tout cas en partie,
04:01cette pression disparaît
04:02et donc malheureusement le conflit.
04:04Gilles, on va parler de toute autre chose.
04:07Si on regarde les courbes de taux en ce moment,
04:09on a l'impression que les marchés sont en train
04:12d'intégrer au cours
04:14deux hausses de taux de la BCE
04:15avant la fin de l'année.
04:16Une à l'été, une à la fin de l'année globalement.
04:19Est-ce que c'est dû au déséquilibre de marché
04:22du moment où il commence à y avoir dans l'air
04:24vraiment cette possibilité
04:25que la BCE ait besoin de redresser ses taux ?
04:28Je vous dis ça dans le sens où
04:29on passe notre temps à dire aussi
04:31que la croissance est faible,
04:33que l'inflation est contenue.
04:34Qu'est-ce qui se passe là en ce moment
04:35sur les marchés au niveau de ces anticipations ?
04:38Ça ne met pas vraiment au sens
04:41où on regarde par exemple
04:44les contrats futurs sur le pétrole.
04:47Au-delà de la volatilité quotidienne,
04:50on a quand même depuis le début
04:51une tendance à la hausse des contrats
04:56sur l'horizon fin d'année 2026.
04:59C'est-à-dire que ce qui est de plus en plus
05:00intégré par le marché,
05:01c'est l'hypothèse que même à la fin de 2026,
05:04on soit sur les prix du pétrole
05:06de l'ordre de 80 dollars le baril.
05:07Ce qui est effectivement significativement
05:10au-dessus des hypothèses qui avaient été retenues
05:13par la BCE lors de ses prévisions
05:15du mois de septembre 2025.
05:18Et donc, comme on sait par ailleurs
05:20que c'est exactement comme cela
05:21que la BCE procède,
05:22c'est-à-dire qu'elle utilise les contrats à terme
05:25sur le Brent pour réaliser ses propres hypothèses
05:29de travail lorsqu'elle fait ses prévisions,
05:31eh bien, le marché est cohérent avec lui-même.
05:33C'est-à-dire que si vous pensez
05:35qu'à la fin de 2026,
05:36on va avoir des prix du pétrole à 80 dollars,
05:38ça change effectivement la donne
05:40pour la lecture que la BCE aura de l'inflation
05:44et c'est effectivement cohérent avec un pricing.
05:46En revanche, la question,
05:48pour moi, la surprise n'est pas
05:50que le marché, le price,
05:51la question est de savoir
05:56si ça va embrayer quelque chose
05:58dans le discours de la BCE.
05:59Parce qu'on peut toujours,
06:00et c'est mon sérieux central,
06:02si d'ici à la fin du trip,
06:04on est sur une normalisation des comptes de contrôle,
06:07la BCE n'aura pas besoin.
06:10On est en train de vous perdre, Gilles.
06:12La liaison, malheureusement,
06:13est en train de se dégrader un tout petit peu.
06:15Mais on a compris ce phénomène,
06:16ce mécanisme par lequel le marché
06:18est en train de les anticiper
06:19les deux hausses de taux,
06:20a confirmé bien sûr.
06:22Gilles Moec avec nous pour Groupe AXA.
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