00:00VFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Eléa Dauphasse nous rejoint, chef économiste pour TAC Economics.
00:06Bonjour Léa.
00:08Imaginons, parce que Donald Trump dit que la guerre est quasiment terminée,
00:11on va faire comme si c'était le cas, peut-être que ce sera le cas,
00:14c'est la douzième ou treizième fois qu'il le dit depuis le début de la guerre,
00:16mais voilà, imaginons la guerre est quasiment terminée,
00:19imaginons même la paix est annoncée dans les prochains jours.
00:22Est-ce que forcément les cours du pétrole reculeront
00:25ou au contraire on doit craindre qu'ils restent proches des 100 dollars durablement malgré la paix ?
00:30Non, ils resteront en tout cas pendant un temps proche des 100 dollars,
00:33ce qu'on voit c'est avant le compil on était autour de 60 dollars,
00:37c'était un prix d'équilibre, aujourd'hui on est à 95 dollars,
00:40c'est-à-dire qu'on a une prime géopolitique qui est existante
00:43et en réalité une trêve fragile ça peut se comprendre,
00:46et donc il y aura de toute manière un scénario dans lequel le marché restera incertain
00:51et cette incertitude à un prix, c'est-à-dire que si on a une trêve fragile
00:56plutôt qu'une prêve durable, même après la réouverture physique du Détroit,
00:59les prix restent significativement élevés,
01:02et puis en plus de ça on a la logique physique,
01:04tant que le Détroit n'est pas sécurisé,
01:06tant que les assureurs maintiennent des primes,
01:08le flux de pétrole reste contraint,
01:10il y a un baril qui ne sort pas du Golfe,
01:12c'est un baril qui manque sur le marché mondial,
01:13donc ce qui soutient les prix.
01:15Il y a un scénario central qui est plutôt,
01:17il faut aller lire le papier de la FED qui vient de faire tout un travail assez fort dessus,
01:20ce qu'on a qui correspond à nos modèles,
01:22c'est plutôt quelque chose qui stabilise autour de 90 dollars le baril
01:26dans les prochaines semaines, qui refluera derrière,
01:29mais il ne faut pas s'attendre tout de suite à un retour de 90,
01:31même une paix durable sera potentiellement rompue.
01:35Et du coup, alors voilà, imaginons, retour à la paix,
01:37quelles seraient les conséquences économiques,
01:39dans la mesure où le baril de pétrole resterait proche des 100 dollars,
01:41vous nous le dites, du coup,
01:42quelles autres conséquences ou bénéfices peut-on malgré tout espérer de cette paix ?
01:47Alors là, le point positif, c'est que si ça arrive maintenant,
01:50l'impact sur l'économie sera en fait absorbable.
01:52Nous, ce qu'on voit dans les modèles,
01:53c'est que c'est plutôt des impacts à un ou deux trimestres,
01:55mais derrière, les effets de second tour ne se matérialisent pas.
01:58Donc à court terme, et c'est un peu le sentiment qu'on a depuis une semaine,
02:01c'est le rebond de confiance sur les marchés.
02:03Les bourses, elles aiment bien les fins de guerre.
02:05Côté inflation, il va falloir effectivement la diffusion,
02:08mais on peut espérer un reflux progressif d'ici 3-4 mois
02:13à mesure que les prix de l'énergie se détendent.
02:15Donc c'est plutôt un soulagement pour les banques centrales
02:16qui n'ont pas à agir, qui attendent, mais qui n'ont pas à agir.
02:19Après, il faut rester lucide.
02:21Une paix signée, ce n'est pas une stabilité requiert trouvée.
02:24Les fractures régionales, les équilibres de puissance,
02:27tout ça, ça reste ouvert.
02:28Et donc la question de confiance,
02:29elle nous mettra plus de temps, confiance entreprise,
02:31confiance ménage, mais en tout cas,
02:33un gros choc n'aura pas suffisamment de temps pour se matérialiser.
02:36Donc on peut espérer un scénario à quelques virgules,
02:39enfin décimales près, celui qu'on pouvait avoir en début d'année.
02:44Léa, il y a quand même les prévisions du FMI
02:48qui ont marqué les esprits absolument noirissimes.
02:51Le FMI qui parle d'éventuels risques de liquidité sur les marchés,
02:56qu'il va falloir s'y préparer.
02:58Enfin, vraiment des prévisions très, très pessimistes.
03:01Cela dit, ils ont abaissé leurs prévisions économiques
03:04pour à peu près le monde entier,
03:05sauf pour les États-Unis.
03:07Comment se fait-il ?
03:09Alors, il faut faire attention dans la manière dont on lit les choses,
03:13c'est-à-dire que ces questions de liquidité,
03:14ces questions négatives,
03:16on les avait en fait avant le conflit en Iran.
03:18Ces questions de fragilité du système bancaire,
03:21ça fait plusieurs trimestres que le FMI le met en avant.
03:24Sur les États-Unis, c'est assez simple,
03:26ils bénéficient déjà de leur FIA, de leur rebond,
03:28et on le voit toujours dans les modèles.
03:29À un trimestre, si le scénario est de perturbation et un temps court,
03:33les États-Unis bénéficient du contexte actuel.
03:37En plus de ça, je rajoute, le One Big Beautiful Bill de l'année dernière
03:40arrive à plein sur les économies.
03:42Un papier de la Fed montre qu'aujourd'hui, le break-even de l'emploi,
03:45donc le niveau d'emploi créé tous les mois,
03:47qui permet de ne pas augmenter le chômage,
03:50il est proche de zéro.
03:51Donc les États-Unis arrivent avec une combinaison de soutien structurel,
03:55bénéficient de leur rôle d'exportateur,
03:57et en plus ont cet effet IA et productivité qui reste présent.
04:00Encore une fois, si on est dans le scénario où on a un conflit
04:03qui s'arrête à ce stade, si ce n'est pas le cas,
04:05ce sera effectivement beaucoup plus sévère.
04:07– Oui, les prévisions du FMI dont on parle beaucoup.
04:09La guerre, pour l'instant, se poursuit.
04:12On verra si elle finit par passer, passer rapidement.
04:14Les dettes, elles, en revanche, risquent de rester.
04:16Alors c'est vrai pour tous les pays et pour nous, Européens.
04:18Après les pigs, vous vous souvenez les pigs,
04:20l'époque de la crise des dettes il y a une dizaine d'années ?
04:22Eh bien, on découvre aujourd'hui qui ?
04:23Les BIF, nouvelle invention du Financial Times.
04:25Aujourd'hui, les BIF, c'est qui ?
04:27BIF, le B de Britain, Italie et le F, c'est…
04:32Oui, c'est d'où ? C'est la France.
04:33Les BIF, voilà, après les pigs, les BIF, voilà.
04:36Bon, ces trois pays qui, d'après le FT,
04:39aujourd'hui présentent la pire gestion financière en Europe,
04:41les pires trajectoires de finances publiques, les BIF.
04:44Voilà, on n'était pas dans les pigs il y a une dizaine d'années,
04:46mais on est dans les BIF cette fois, Léa.
04:49Alors, on peut rajouter, on pourrait rajouter un B,
04:51rajouter la Belgique aussi.
04:53Là encore, ce n'est pas une surprise.
04:55Notre surprise, c'est toujours de trouver des acronymes.
04:58Mais en réalité, qu'un conflit tel fasse réémerger ces questions,
05:02ça va être le point le plus intéressant.
05:03Et c'est là que les décisions de Banque centrale vont être importantes.
05:05C'est si, sur ce conflit, on agit en resserrant les conditions monétaires,
05:09comment ces questions-là ressurgissent.
05:11On savait qu'elles allaient ressurgir.
05:12On était tranquille quelques mois sur la dette française.
05:15On sait bien qu'en plus, à l'approche des élections,
05:17le sujet va être d'autant plus important.
05:19Effectivement.
05:20On fait partie des BIF, mais on cuit mieux le bœuf que les Britanniques quand même.
05:23Et ça, on saura leur dire.
05:24Merci beaucoup, Léa, de nous avoir accompagnés.
05:25Léa Dauface pour TAC Economics.
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