00:00En ce moment.
00:02BFM Bourse, l'écho du monde.
00:05Gilles Mouek nous rejoint, le chef économiste du groupe AXA.
00:07Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:09On le disait, Donald Trump s'est peut-être réveillé de mauvaise humeur, on ne sait pas.
00:12En tout cas, le chiffre de la balance commerciale américaine, pas terrible.
00:15Un record de déficit commercial l'an dernier.
00:17Et en décembre, ça s'est encore plus aggravé qu'anticipé, Gilles.
00:21Oui, c'est vrai. En fait, on a eu un seul mois de bonne surprise récemment.
00:24C'était le mois d'octobre.
00:25D'ailleurs, se sont écrits des tombereaux de papier sur le fait que ça y est,
00:31le problème du déficit commercial américain était réglé.
00:34Et puis, on est repassé sur des chiffres importants au mois de novembre
00:38et maintenant encore au mois de décembre.
00:40Si on regarde les choses sur un an, sur la totalité de l'année 2025,
00:44on a en fait un déficit commercial supérieur à celui de 2024.
00:50Alors même qu'on a mis en place des droits de douane assez importants
00:53qui, normalement, ont pour effet de réduire le déficit commercial.
00:57Donc, pour l'instant, ça ne marche pas.
00:59Alors, il faut être juste une partie du déficit commercial
01:02qui est le déficit des échanges de marchandises
01:05et compensé par le surplus sur les échanges de services
01:09sur lesquels les Américains sont très bien positionnés.
01:12Leur excédent, en fait, s'est encore amélioré en 2025.
01:15Donc, soyons justes.
01:16Mais la question que cela pose sur le fond,
01:19en dehors du fait que, pour l'instant, il n'y a pas de miracle
01:21et que les tarifs ne se traduisent pas par une amélioration du déficit commercial,
01:25c'est qu'au-delà du déficit commercial,
01:27on a un déficit de la balance courante aux États-Unis
01:30qui se maintient, qui est persistant,
01:32ce qui veut dire que les États-Unis continuent à devoir importer
01:35du reste du monde à des capitaux importants.
01:38Et un élément de fragilité qui est apparu sur ce financement
01:42du déficit courant américain ces derniers mois,
01:45quasiment sur la totalité, en fait, de 2025,
01:47c'est le fait qu'on a aujourd'hui des entrées en action
01:52sur le marché vers les États-Unis
01:55qui sont presque au même niveau que les entrées en obligation.
01:58Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:59Ça veut dire qu'on a aujourd'hui un déficit courant américain
02:03qui est financé non plus par des actifs
02:07qui sont à la recherche essentiellement de sécurité,
02:09mais par des actifs qui sont à la recherche de rentabilité.
02:12Et donc, la question qui se pose en dernière analyse,
02:14c'est que si la rentabilité n'est au final pas au rendez-vous,
02:18on a un vrai problème de bouclage du déficit courant américain,
02:21du financement du déficit courant américain.
02:23Donc, c'est vraiment quelque chose qu'il faut regarder de près.
02:27Gilles, c'est vrai que pour l'instant,
02:30ça tient de la spéculation parce que la BCE a démenti,
02:33parce que ceci, parce que cela.
02:34Mais enfin, Christine Lagarde,
02:36quelques indices ces derniers temps
02:38et des informations de presse sur le fait
02:39qu'elle pourrait terminer son mandat avant-terme
02:41pour se consacrer à autre chose,
02:44ce qui pose toujours la question de quel successeur ?
02:47Est-ce que vous sentez certains candidats
02:50un petit peu enlisent dans les starting blocks ?
02:53Je ne suis pas dans le secret des yeux,
02:54mais ce que je lis,
02:55c'est qu'on a en gros deux grands candidats
02:58qui chacun représente,
03:01c'est un peu caricatural,
03:03mais quand même qui représente
03:04soit le champion des Colombes,
03:06soit le champion des Faucons,
03:08donc du côté des Faucons,
03:10c'est plutôt Klasnot,
03:11qui est l'ancien patron de la Banque Centrale néerlandaise,
03:16et du côté plutôt Colombes,
03:19ce serait Pablo Hernández de Coos,
03:20qui est l'ancien patron de la Banque Centrale d'Espagne
03:25et qui est aujourd'hui le patron de la BRI.
03:27Ça, ce sont les deux grands candidats,
03:29entre guillemets,
03:30qui sont mentionnés très régulièrement.
03:31Et puis, on a d'autres candidats.
03:34On a deux candidats potentiels allemands,
03:38dont l'une s'est déclarée presque officiellement,
03:41à savoir Isabel Schnabel,
03:43qui est membre du directoire actuel de la BCE,
03:47ce qui d'ailleurs pourrait poser un problème juridique.
03:52Et sinon, possiblement,
03:54Joachim Nagel,
03:55le patron de la Bundesbank.
03:57Voilà un peu les noms qui circulent,
03:59sachant que l'Allemagne,
04:03ayant déjà le poste de président de la Commission européenne,
04:05ça paraît difficile que le même pays
04:07ait à la fois la Commission
04:09et la Banque Centrale européenne.
04:12Et puis, sachant qu'en fait,
04:14ça n'est qu'une partie de l'équation,
04:16parce qu'il y aura beaucoup de mouvements
04:18au directoire de la BCE
04:20dans les deux ans qui vont venir.
04:23Et en général, ce qui se passe,
04:24c'est que c'est la totalité, en fait,
04:27des postes à pourvoir
04:28qui sont discutés,
04:29qui sont négociés
04:31entre pays membres.
04:32Il y a en particulier
04:33le poste de chief economist de la BCE
04:36qui sera libre au printemps prochain,
04:38si je ne m'abuse.
04:39Donc, je pense qu'on aura, en fait,
04:40une négociation d'ensemble
04:42sur la totalité du directoire.
04:43Oui, sur chief economist,
04:44on voit le nom d'une Française,
04:46Laurence Boone,
04:46pourquoi pas circuler ?
04:47Il y a d'autres noms comme ça.
04:48Même sur ce poste,
04:49c'est important de suivre ce poste là-dessus aussi.
04:51On a une idée des favoris,
04:52peut-être vous, d'ailleurs,
04:53je ne sais pas.
04:55Je ne crois pas.
04:58Oui, les noms circulent,
05:01ce sont souvent les mêmes.
05:03Ce sont des gens
05:03qui ont déjà exercé
05:04ce genre de fonctions.
05:05Laurence a été
05:06le type économiste de l'EC2.
05:08Elle a été au gouvernement français.
05:10On parle aussi d'Agnès Benessi-Carré
05:11qui est souvié au meneur
05:13à la Banque de France.
05:14S'agissant des candidats français,
05:16il y a beaucoup de noms déjà
05:17qui circulent.
05:19Il y a une question,
05:21en fait,
05:21c'est vraiment une équation
05:22assez complexe à résoudre
05:23parce qu'il y a la question
05:25de la répartition des nationalités.
05:26Il y a aussi la question
05:28de la répartition par genre,
05:31sachant que la BCE
05:33a beaucoup à se faire pardonner
05:34historiquement
05:36en termes de parité,
05:37même si aujourd'hui
05:38elle est dirigée par une femme.
05:39et puis il y a la question
05:42qui, sur le fond,
05:43est importante pour les marchés,
05:45qui est l'orientation
05:47entre guillemets
05:49du directoire.
05:51Et souvent, en fait,
05:52on a une espèce de panachage.
05:53C'est-à-dire que si on a
05:54quelqu'un de plutôt faucon
05:56qui est nommé
05:58à la présidence de la BCE,
05:59on va peut-être chercher
06:00à compenser entre guillemets
06:02en allant chercher
06:03quelqu'un d'un peu plus colombe
06:05pour le poste de chief économiste
06:07et inversement.
06:08Donc c'est vraiment
06:08une équation très compliquée.
06:09Je pense qu'on en est vraiment
06:10au tout début.
06:12Et donc le jeu des pronostics
06:14est peu près difficile
06:15à faire en ce moment.
06:17Il y a une question
06:17qu'on se pose,
06:18c'est pourquoi maintenant ?
06:19Alors on a tous une idée en tête,
06:20à savoir il y a un calendrier
06:21électoral en France,
06:22Emmanuel Margon
06:23qui ne sera plus là
06:23à partir de mai 2027 d'ailleurs.
06:26Peut-être, sait-on jamais,
06:27on verra le RN au pouvoir.
06:29Bon, et donc l'idée là
06:30serait peut-être d'arriver
06:31à nommer un successeur
06:32à Christine Lagarde
06:33avant qu'il y ait aussi
06:34ce remue-ménage politique.
06:35Comment on imagine
06:37entre une BCE
06:37qui ferait son boulot de BCE
06:38et peut-être un pouvoir en France
06:40moins pro-zoneuro ?
06:42Comment ça se passerait ?
06:43Parce que la France
06:43c'est quand même
06:44la deuxième plus grande
06:44économie européenne,
06:45c'est l'un des membres fondateurs.
06:46Comment vous imaginez
06:47cet attelage-là fonctionner ?
06:50À ma connaissance,
06:51il n'y a plus de parti en France
06:54qui soit favorable
06:56à une sortie de l'euro.
06:58Donc ça c'est déjà
06:59un point important.
07:01Moi je ne sais pas,
07:02je ne fais pas de politique fiction.
07:04Le statut de la BCE
07:06est un statut
07:07très puissant
07:09avec une indépendance
07:09très puissante
07:10et la BCE
07:11a géré
07:12des situations politiques
07:14et des orientations
07:15très très différentes
07:16des États membres
07:17presque depuis
07:19ses créations.
07:20Donc on a déjà
07:22en fait vécu
07:23des phases
07:24complexes.
07:27Moi il me semble
07:28que le statut
07:28de la BCE
07:29lui permet de gérer
07:30à peu près
07:30n'importe quelle
07:32configuration politique
07:33dans un État membre.
07:34combien même
07:35il s'agit
07:36de la deuxième
07:37plus grande économie.
07:39Elle est taillée pour tout
07:40effectivement.
07:41Merci beaucoup.
07:42Gilles Mouenck avec nous
07:42chef économiste du groupe
07:43AXA.
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