00:00Hortense Lacroix nous rejoint. Bonjour Hortense. Bonjour Guillaume.
00:03Gérant d'action pour Montpensière Beuvel. Vous venez rendre votre verdict là face au marché.
00:06Ce verdict que vous allez rendre, le moment qu'on va vivre ensemble, est-ce que vous l'assumez ?
00:11Complètement.
00:12On vous écoute.
00:13J'estime et je l'assume que le choc inflationniste créé par le conflit en Iran
00:20devrait entraîner une très forte correction, pourrait entraîner une très forte correction des marchés actions
00:26par le billet du crédit notamment.
00:31Les marchés sont déjà englués dans le pétrole quand même.
00:33On perd 7% le CAC depuis le début de l'année.
00:35Désormais les marchés européens sont dans le rouge depuis le 1er janvier.
00:38Ça y est, on a une performance négative ici en Europe.
00:40Et vous venez de nous expliquer donc qu'on est peut-être qu'au début,
00:43si l'inflation effectivement se confirme du fait de la hausse des cours du gaz, du pétrole, etc.
00:47On est peut-être qu'au début de ce mouvement de correction ?
00:49Alors le peut-être est important. C'est un scénario.
00:52Mais si le conflit devait durer, effectivement, on pense que la correction qu'on a vue,
00:56qui est une correction qui, somme toute, reste assez modeste compte tenu de l'incroyable performance
01:01qu'on a eue depuis Libération Day en avril de l'année dernière,
01:06effectivement n'est rien à côté de ce qu'on pourrait voir.
01:09On pense qu'il y a une spirale un petit peu qui pourrait se mettre en place
01:13de l'inflation vers tout ce qui est crédit et resserré le financement des entreprises.
01:19Il faut voir qu'au départ, on avait vraiment un scénario qui reposait énormément en début d'année
01:23sur la désinflation. On surveillait scrupuleusement chaque chiffre d'inflation,
01:28surtout du côté des Etats-Unis, puisque le problème était quand même moins fort en Europe déjà.
01:32Et on avait absolument besoin de cette baisse des taux pour relancer un investissement
01:36qui tardait à venir.
01:38Donc avec l'intelligence artificielle vue d'un point de vue positif,
01:42on avait le meilleur des mondes, une relance budgétaire,
01:45des gains de productivité qui assuraient une croissance.
01:48Le marché de l'emploi se maintenait néanmoins avec des relances budgétaires
01:51et puis les politiques monétaires restaient accommodantes.
01:54Si vous mettez là-dessus un choc inflationniste externe,
01:58comme on a actuellement, effectivement par le biais de l'énergie,
02:02toute cette image idyllique s'effondre.
02:05S'effondre. L'énergie ne fait pas tout.
02:08Ce n'est pas l'énergie qui va créer une boucle d'inflation, prix-salaire, etc.
02:11Ce n'est qu'une branche de l'inflation,
02:14mais peut-être pas la branche la plus, on va dire,
02:16la plus systémique pour l'économie ici ?
02:18En fait, le pétrole lui-même, l'énergie elle-même,
02:21a déjà, on a vu, particulièrement visé.
02:24L'Europe qui est extrêmement vulnérable,
02:26on l'avait bien mesurée avec déjà la crise ukrainienne,
02:31c'est un facteur de compétitivité pour les pays qui sont autonomes
02:36et c'est un facteur de vulnérabilité considérable pour l'Europe.
02:39À côté de ce choc, effectivement, de productivité
02:42et pour le côté production et entreprise,
02:44on a également un choc sur le consommateur
02:47qui est déjà un petit peu grogui par tout ce qu'on lui raconte
02:50sur les évolutions de l'emploi à attendre
02:53de la révolution de l'intelligence artificielle
02:55qui va devoir supporter des prix à la pompe,
02:58des prix de chauffage considérablement plus importants.
03:02Alors, la force de rappel que le marché attend depuis le départ,
03:04et c'est la raison pour laquelle la correction est,
03:06somme toute, encore assez raisonnable,
03:08c'est qu'effectivement, cette fameuse thématique
03:10de affordability de Donald Trump
03:13suppose que la guerre soit relativement courte
03:15pour ne pas trop abîmer ce pouvoir d'achat.
03:17Oui, oui, il faut maintenir le pouvoir d'achat.
03:19Alors, dans le milieu financier, là, il y a une grande mode,
03:22c'est plutôt que de dire pouvoir d'achat,
03:23on dit affordability, il ne faut pas.
03:25Il faut garder le pouvoir d'achat, on parle à tout le monde.
03:27Il faut savoir parler français.
03:28C'est parce que c'est le moto de Donald Trump qui répète en route.
03:31Mais oui, mais d'accord.
03:32Est-ce qu'avant, même dans le milieu financier,
03:33vous disiez l'affordability est en haute ?
03:35Non, vous disiez pouvoir d'achat, pourquoi rajouter du jargon au jargon ?
03:39Bon, alors du coup, qu'est-ce qu'on fait ?
03:41Vous dites prudence parce qu'on est peut-être au bord d'une falaise, en quelque sorte.
03:45On pourrait très bien avoir, en effet, un cercle vicieux
03:49avec ce petit krach côté crédit, marché du crédit privé
03:54qui a déjà montré des petits signes de vulnérabilité.
03:58Alors, pourquoi est-ce que tout le monde le regarde ?
03:59Finalement, ce n'est pas très gros.
04:01Ce n'est même pas 5% du PIB aux Etats-Unis.
04:03Donc, ça n'a rien de systémique.
04:04Mais si ce crédit privé s'est développé
04:06depuis la dernière grande crise financière,
04:08c'est parce que les banques se sont délestées
04:10de la partie la plus risquée du crédit.
04:12Donc, c'est là qu'on retrouve un petit peu
04:16le crédit le plus risqué,
04:17la partie marginale.
04:19Quand les tendances s'infléchissent,
04:20c'est par là que ça arrive.
04:21Et effectivement, on a déjà vu des petits cracks.
04:23Si derrière, on a une augmentation des taux,
04:26on va avoir un signal un petit peu d'arrêt net
04:28à la croissance.
04:29Les banques elles-mêmes vont se montrer
04:31beaucoup plus réticentes à prêter.
04:32Le marché obligataire pourrait lui aussi
04:35commencer à se montrer très sélectif.
04:37Et on pourrait avoir quelque chose
04:38d'assez néfaste, assez autoréalisateur en fait,
04:42où le marché désigne tel, tel, tel, tel, tel secteur
04:46comme victime de l'IA
04:49et qu'il empêche de les financer
04:50ou qu'il augmente considérablement
04:52les coûts de financement.
04:53Mais est-ce que le marché ne craint pas
04:55trop de crises à la fois ?
04:56J'ai l'impression que le marché craint une crise énergétique
04:59comme en 2022 avec la guerre en Ukraine,
05:01une crise financière, pourquoi pas,
05:03avec ce qui se passe sur le marché du crédit privé,
05:04des fonds gelés, des retraits gelés dans certains fonds,
05:07et puis une crise tech comme en 2000,
05:09l'éclatement de la bulle tech à l'époque,
05:11aujourd'hui on a la même crainte.
05:12Est-ce qu'on craint pas ces bulles de 2000, 2008 et 2022,
05:15cette crise de 2022, à la fois ?
05:16Est-ce qu'il n'y en a pas une, voire deux,
05:18voire trois de trop dans ce qu'on craint ?
05:19On n'a jamais deux fois la même crise,
05:20c'est ça qui fait tout le charme.
05:22On a effectivement un choc énergétique
05:24qui, j'insistais quand même sur le pourret,
05:26c'est un scénario noir
05:28qui conduirait à une baisse
05:30beaucoup plus importante du marché.
05:31On n'y est pas encore,
05:33c'est vraiment la durée de la guerre
05:34qui va le déterminer.
05:35Si on nous annonce qu'on débloque
05:37le détroit d'Hormuz
05:38et que les opérations se pacifient assez rapidement,
05:42on aura un relâchement des prix de l'énergie
05:44qui feront qu'on n'aura pas de crise énergétique.
05:46Il faut quand même que ces éléments soient durables
05:49et ne soient pas simplement un pic.
05:52Ce n'est pas une prévision,
05:53c'est un scénario parmi d'autres
05:54que vous venez de nous présenter aujourd'hui.
05:56Absolument.
05:57C'est un scénario où on pourrait mélanger plusieurs choses.
06:00On a une petite musique sur l'IA
06:02qui commence à se faire de plus en plus insistante
06:03depuis le début de l'année,
06:04même dans un marché qui monte.
06:06On avait déjà des petites angoisses,
06:08mais on mettait ça pour un terme
06:10un petit peu plus lointain.
06:12Finalement, ce choc inflationniste,
06:14et c'était un petit peu le propos
06:16que je voulais tenir aujourd'hui,
06:17pourrait très bien venir servir de détonateur
06:19pour créer une autoréalisation de risques
06:22qu'on ne savait pas trop évaluer.
06:25Alors précisément, l'illustration de ça,
06:27ça pourrait être éventuellement,
06:28on voit de temps en temps des entreprises,
06:31par exemple Manitou, par exemple,
06:33qui annulent toutes ces prévisions
06:35pour cause de trop d'incertitudes.
06:36Est-ce que vous ne redoutez pas, justement,
06:38une sorte de série noire,
06:40d'annonce de profit warning,
06:42d'abaissement de prévision,
06:43d'annulation de prévision
06:44vu des incertitudes du moment ?
06:46Alors on a déjà,
06:47c'est une très bonne question,
06:49on a déjà eu en début d'année
06:50une déception sur la saison de publication
06:53parce que les sociétés étaient
06:54extrêmement réticentes à donner des guidance.
06:57Alors les pauvres,
06:57elles se livrent à un exercice compliqué,
06:59c'est-à-dire que si elles en donnent
07:00et des trop précises et qu'elles les ratent,
07:03c'est la sanction très très sévère.
07:06Si elles n'en donnent pas,
07:07c'est quand même une sanction
07:08parce que ça veut dire que c'est une mauvaise...
07:10Donc elles donnent des fourchettes
07:11extrêmement larges et extrêmement peu ambitieuses,
07:14en fait.
07:14Donc le premier trimestre,
07:16finalement,
07:18les publications annuelles
07:19étaient assorties de prévision,
07:21soit sur le premier trimestre,
07:22soit sur l'ensemble de l'année 2026,
07:24qui était très décevante,
07:25parce qu'on attend toujours,
07:27depuis quasiment 2022-2023,
07:30les années où on a récupéré post-Covid,
07:32depuis, on n'a plus de l'élan du tout
07:33et on attend, on attend, on attend
07:35l'impulsion de décisions d'investissement
07:38qui n'arrivent finalement jamais.
07:40Elles sont assez peu prônes
07:45à de nouveau nous faire des promesses
07:47qu'elles ne seront pas honorées
07:49et donc elles préfèrent effectivement
07:50être assez prudentes.
07:51Des vrais warnings sur la guerre,
07:53on n'en a pas eu beaucoup.
07:54On a quelques sociétés
07:55qui en ont vraiment beaucoup pâti,
07:57ce sont essentiellement des sociétés
07:57qui sont localisées au Moyen-Orient.
07:59Je pense à des maillets technimons,
08:03des tout-bassex en Espagne,
08:05même des techniques énergie
08:06qui ont des opérations là-bas.
08:08Ces sociétés-là ont été particulièrement
08:10sévèrement touchées
08:11parce qu'elles sont directement touchées
08:12par ces opérations.
08:14Est-ce que le métronome de la guerre,
08:15ce sont plutôt que les cours du pétrole,
08:17les taux obligataires ?
08:18Vous disiez, il y a un risque sur les taux,
08:19surtout si les banques centrales
08:20qui se réunissent presque toute cette semaine
08:22se montrent plus dures,
08:23moins accommodantes,
08:24un risque à la hausse sur les taux.
08:26Est-ce que c'est ça qui pourrait,
08:27si les taux continuaient de trop monter,
08:28notamment les taux US,
08:29freiner Donald Trump ?
08:30Est-ce que le métronome
08:31est sur les taux obligataires,
08:32le métronome de cette guerre ?
08:33On pense que le métronome,
08:35il est effectivement sur le sentiment
08:38des Américains d'un bien-être
08:40ou d'un moins bien-être
08:42par rapport à avant les opérations.
08:44Donc l'énergie est une partie de l'équation,
08:47les taux sont une autre partie de l'équation.
08:49En revanche, les taux sont un facteur
08:50de distribution de l'angoisse
08:52à l'intégralité de l'économie.
08:54En Chine, il y a des petits signes de...
08:56Alors bien-être, c'est un grand mot,
08:57mais d'un peu mieux-être qu'avant.
08:58Sur les ventes de début d'année,
09:00ça se passe bien,
09:01les ventes au détail,
09:01plus vigoureuses qu'attendues là-bas,
09:03ça inclut donc les ventes
09:04liées au nouvel an lunaire.
09:05C'est un signal favorable ?
09:06C'est un signal inattendu pour vous ?
09:08C'est plutôt très bien.
09:09On prend tout ce qui est positif en ce moment,
09:11il n'y en a pas beaucoup,
09:11alors on se régale.
09:13Après, il ne faut pas se surestimer non plus.
09:16Effectivement, c'est quelque chose
09:17qui est passé un peu au second plan,
09:18puisqu'il y a eu tellement d'inquiétudes
09:19sur le consommateur par ailleurs,
09:21que le consommateur chinois, finalement,
09:23est devenu un petit peu marginal.
09:26mais c'est certain que les sociétés
09:28qui sont exposées là-bas
09:29en parlent de façon positive
09:30et ça a été confirmé par les statistiques.
09:31Voilà, mais c'était avant le début de cette guerre
09:33et avant aussi les impacts
09:35en matière d'approvisionnement pétrolier
09:36pour la Chine.
09:37Merci beaucoup, Hortense,
09:38de nous avoir accompagné.
09:39Hortense Lacroix pour Montpensier Arbevel.
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