00:01Comme chaque mercredi, dans la deuxième partie de l'émission, nous parlons du marché obligataire
00:05et il y a de quoi dire aujourd'hui sur ce marché obligataire, notamment en ce qui concerne les taux
00:08longs
00:09et le marché souverain. Pour nous éclairer, c'est Sébastien Barthélémy que nous rejoignons,
00:13qui nous attend depuis Kepler-Chevreur, responsable de la recherche crédit.
00:16Bonjour Sébastien Barthélémy, merci d'être avec nous ce matin.
00:20Bon, quelles sont les réactions du marché obligataire depuis lundi en réaction au conflit au Moyen-Orient ?
00:26Bonjour Étienne, des réactions sont en surprise. On note effectivement, comme vous l'avez souligné,
00:32une hausse des taux longs, que ce soit sur la partie Bund, française.
00:36Alors c'est quand même relativement mesuré comme hausse, pour donner quelques chiffres rapidement,
00:42si on regarde le 10 ans allemand, on est passé à vendredi de 2,65 à 2,76.
00:49Il faut savoir qu'on était autour des 2,90 fin janvier.
00:54La même chose sur le taux français. Et puis aussi, évidemment, il y a un écartement des spreads significatifs
01:01sur la partie corporate. Là encore, significatif, parce que si on regarde les plus bas,
01:07où on était avant la déclaration de guerre et avant les événements au Moyen-Orient,
01:12on est passé par exemple, pour vous donner une idée, le spread sur la partie corporate,
01:16high yield, donc la moins bonne qualité. On est passé de 250 à 275.
01:21Alors c'est une hausse significative qui conduit à une hausse du coût du refinancement
01:25pour les entreprises.
01:27Les entreprises qui sont forcément impactées au vu du contexte, dans le sens où là,
01:30j'imagine que le marché obligataire est fermé. Ce n'est même pas la peine pour une entreprise
01:34d'aller émettre de la dette. En tout cas, il faut que son dossier soit de bonne qualité,
01:38de très bonne qualité, sinon.
01:39Alors effectivement, là pour l'instant, on est dans un marché où on est risk off.
01:47Il y a vraiment un sentiment de crainte et les clients sont vendeurs, mais ils ne sont
01:54surtout pas acheteurs. Étant donné la situation et les incertitudes, l'écartement des spreads,
02:00l'écartement des taux, effectivement le marché primaire est fermé. Alors ce que l'on a eu,
02:04c'est qu'on a eu quelques émissions, mais des émetteurs AAA. On a eu l'Allemagne,
02:08là où vous avez parlé de la France, ce n'est pas AAA, mais ce sont des souverains,
02:11on va dire de bonne qualité qu'ils peuvent émettre. Mais effectivement, le marché pour
02:15les entreprises est pour l'instant fermé. Et effectivement, comme vous le soulignez,
02:20il faut bien différencier entre les entreprises de bonne qualité, ce qu'on appelle investment
02:24grade, celles qui sont notées entre AAA et BBB, celles du Aïd, qui sont notées en dessous
02:29dans la catégorie WB, simple B et triple C. Effectivement, la grosse problématique
02:33qu'il va y avoir selon l'amplitude, selon la durabilité du stress sur les marchés
02:39obligataires, de se retrouver face à l'incapacité de refinancer des dettes sur les prochaines
02:44semaines.
02:45Avec donc demain la France qui va émettre entre 11 et 13 milliards, comme chaque premier
02:49jeudi du mois, ce sera bien sûr un temps fort. Là ce matin, le 10 ans français est
02:54à 3,4%. Un dernier mot sur la situation du marché obligataire au niveau global. Dans
03:00un premier temps, jeudi matin, le marché a acheté le marché obligataire, c'était
03:04un peu fly to quality, on se cachait sur les obligations. Et puis là, ça s'est totalement
03:09inversé. Comment vous pouvez expliquer ce mouvement ? Est-ce que c'est la crainte de
03:13l'inflation à venir avec la hausse des matières premières, la crainte sur un ralentissement
03:17de la croissance ? C'est vrai que pour une fois, les marchés ne vont pas se cacher sur
03:21certains pans de la cote.
03:24Etienne, c'est exactement ça. Vous avez très bien défini les raisons de cet écartement
03:29des taux. C'est relativement simple. Les principales raisons sont effectivement un choc
03:34d'inflation, potentiellement suivi d'un choc de croissance, avec la hausse des coûts
03:39de l'énergie dans un premier point. Après, la deuxième tendance va être une hausse des
03:44dépenses, notamment pour la défense, qui mettent là aussi plus de croissance sur la
03:49partie inflation et potentiellement un choc de croissance avec cette hausse de coûts
03:53d'énergie qui vont impacter différentes industries. Alors, on a des industries toujours classiques
03:58qui sont immédiatement impactées, comme par exemple tout ce qui est compagnie aérienne.
04:03Mais après, derrière, potentiellement, vous avez tout ce qui est secteur auto, industriel.
04:09Vous avez également la problématique du secteur de l'immobilier qui est très sensible
04:14au phénomène de taux. Et puis, on a quelques utilities qui sont dépendantes également,
04:19par exemple, de l'importation des gaz. Donc, effectivement, choc inflationnique, choc
04:23de croissance qui explique cette hausse des taux.
04:26Et ce sont des mouvements qui se font avec du volume, où on est vraiment sur des réactions
04:29épidermiques ?
04:30Alors, là, on est plus sur une réaction épidermique. Alors là, je parle vraiment par la partie
04:37Crédit Corporate, puisque les discussions que nous avons avec les clients, c'est plutôt
04:42une situation de stand-by. On regarde un petit peu l'évolution du marché, on essaie de comprendre
04:49quelle pourrait être la durabilité. On n'a pas eu le sentiment que nos clients étaient
04:53vendeurs de positions, ou alors c'était marginal.
04:56Merci beaucoup Sébastien Martellemi de nous avoir accompagnés ce matin pour nous éclairer
04:59sur ce marché obligataire. Je rappelle que vous êtes responsable de la recherche Crédit
05:02chez Kepler-Chevreux.
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