00:008h45 sur BFM Business et sur AMC Live, on débriefe l'actualité du jour avec Bertil Baillard, rédactrice en chef
00:05du FIARO.
00:06Bonjour, merci d'être avec nous. On va parler de l'Europe, une Europe qui essaie de se structurer vis
00:11-à-vis de la Chine.
00:12On a Friedrich Merz qui est encore pour aujourd'hui en visite en Chine, Emmanuel Macron y est allé, Kerst
00:17Armer, on a eu Sanchez.
00:18Tout le monde va en Chine pour essayer de séduire ou de protéger son économie.
00:23En Europe, on n'arrive pas à avoir une vision concrète, une vision unique face à ce qu'on doit
00:29faire vis-à-vis de la Chine.
00:30On a du mal à avoir une vision unie, on a du mal à savoir quel serait le bon moyen
00:35de traiter le sujet chinois.
00:38Avant de parler de la façon de traiter ce sujet économique, parce qu'on est ici pour en parler de
00:43façon économique,
00:44il faut quand même mettre un fond d'écran géopolitique, j'allais dire, qu'il faut toujours avoir en tête
00:48quand même quand on parle de la relation à la Chine.
00:51Évidemment, il faut faire pour nos Européens de la réelle politique, on ne peut pas choisir les régimes avec lesquels
00:56on échange.
00:57Cela dit, il y a quand même le sujet qui est que la Chine, Pékin est le premier allié de
01:02Vladimir Poutine,
01:03qui aujourd'hui est la première menace qui pèse sur l'Europe.
01:06Donc c'est quand même un fait à avoir toujours en tête dans la façon dont on appréhende la question
01:11de l'économie chinoise.
01:13Ça c'est le premier point.
01:14Le deuxième point, c'est qu'il est apparu quand même depuis quelques mois le fait qu'on avait affaire
01:23à un sujet vraiment systémique pour l'économie européenne
01:26et singulièrement pour l'industrie européenne.
01:29Il y a ce rapport du plan qui a fait beaucoup de bruit il y a quelques jours, qui met
01:35bien en évidence ce sujet-là.
01:37Une proposition radicale quand même.
01:39On va en parler des réponses qu'il apporte, mais en tout cas sur le diagnostic,
01:43qui est aussi beaucoup porté par Nicolas Dufourque sur beaucoup de plateaux,
01:48le fait qu'on est face à une menace...
01:51C'est réagir ou périr quoi.
01:53...et systémique, et maintenant très mis en valeur.
01:57Et il ne s'agit plus seulement de quelques acteurs qui sauraient confronter une concurrence chinoise à cette destructée,
02:04c'est l'ensemble de l'industrie, ça c'est le premier point, dans des proportions qui sont massives,
02:10et aussi sur le niveau de qualité, c'est-à-dire qu'on n'est plus sur de la production
02:15de masse,
02:17on va dire, qui vient concurrencer éventuellement des produits européens.
02:21On est bien aussi sur les franges les plus avancées, les plus technologiques de l'industrie européenne.
02:28Et on voit bien que ce fait-là, il y a une prise de conscience, ce fait.
02:34En France, j'allais dire, c'est moins nouveau.
02:38Pour le reste de l'Europe, ça n'est plus, et pour l'Allemagne en particulier,
02:41qui vit vraiment son second choc chinois, comme on dit,
02:43et donc qui aujourd'hui est confrontée à une augmentation forte des importations venues de Chine,
02:50et parallèlement à une réduction forte des exportations de l'Allemagne vers la Chine.
02:55Oui, et donc après, on n'arrive pas à s'entendre.
02:58Pedro Sanchez, lui, l'Espagnol, est allé dire aux Chinois,
03:01on vous adore, venez chez nous, c'est génial.
03:04Emmanuel Macron, il y va, il dit, vous allez nous tuer en tant que consommateurs,
03:07vous ne pourrez plus vendre vos produits.
03:09Et Frédéric Schmerz, il est sur les deux sujets en même temps, emménageant un chèvre et le chou.
03:13Oui, c'est ça, oui.
03:14On a une, derrière les modulations, on va dire, dans les discours,
03:18il y a quelque chose qui apparaît quand même à la fois dans le discours d'Emmanuel Macron et de
03:21Frédéric Schmerz,
03:22qui est de dire, attention, si vous n'agissez pas pour rééquilibrer les choses,
03:29si vous ne nous permettez pas de rééquilibrer les choses,
03:31on sera contraints à des mesures qui seront extrêmement fortes
03:35et qu'on ne souhaite pas forcément.
03:37En cela, la proposition du plan de dire, on n'a qu'à mettre 30% de douane sur tout,
03:43tout produit, tout fermé, a cet intérêt, j'allais dire, quelque part,
03:48d'agiter le débat et de montrer que oui, en Europe, il y a bien une inquiétude
03:53qui est telle en train de monter qu'on commence à réfléchir à des mesures
03:57qui sont totalement extravagantes pour ce qu'a été la politique commerciale européenne.
04:03C'est la mad stratégie, quoi.
04:05Si vous ne réagissez pas, je peux faire un truc de dingue.
04:07C'est un peu ça.
04:09Et donc, ce message-là, il est en train d'être porté auprès de Pékin,
04:14qui, clairement, a besoin du marché européen.
04:17Voilà.
04:17Donc, après, c'est de la tactique, c'est de l'escalade,
04:21c'est la capacité à résister aux menaces en retour
04:26que peut exercer le régime chinois.
04:29Mais en tout cas, il faut avoir tout ça sur la table.
04:33On voit bien qu'on a des palettes d'instruments.
04:35La question, c'est, est-ce qu'on fait du brutal, du droit de douane ?
04:39Et on a vu qu'il y a des économistes qui ont réagi à la proposition du plomb
04:42en disant, mais attendez, on ne va pas faire du Trump.
04:46Alors, c'est différent de ce que fait Trump,
04:49parce que Trump, il arrose la planète entière.
04:51Là, il s'agirait de cibler précisément la Chine.
04:53Donc, c'est assez différent dans la conception même.
04:56Cela dit, on voit bien, dans le cas Trump,
04:58que les possibilités de contournement sont absolument massives.
05:03On voit bien que la Chine est passée par d'autres pays.
05:06Vous mettez dans le pays d'à côté, ça marche.
05:07Ça marche très bien, avec le Vietnam, avec la Turquie, etc.
05:11Ça marche très bien comme ça.
05:13Deux, on voit qu'il y a aussi de la fraude qui se développe.
05:16Il y a un papier de Bloomberg hier qui expliquait
05:18qu'il y avait 100 milliards de différences
05:20entre la valeur des produits qui sortent des douanes chinoises,
05:23selon les chiffres des douanes chinoises,
05:24et les chiffres qu'on voit rentrer aux États-Unis.
05:26Donc, il y a un moment où il se passe quelque chose.
05:28Il y a manifestement de la perte en ligne dans la capacité
05:31à imposer des droits d'ouane sur les produits.
05:35Alors, est-ce que la bonne solution, c'est le contenu européen ?
05:38On attend depuis des semaines une décision européenne là-dessus
05:42qui est repoussée, repoussée.
05:43Alors là, ce sera la semaine prochaine.
05:4670% ?
05:47Ça serait le montant qu'on entend ?
05:4970%, ça c'est notamment pour les voitures électriques.
05:51On se focalise beaucoup sur les véhicules électriques,
05:54hors batterie, etc.
05:55Donc, voilà.
05:56La question, c'est toujours pareil.
05:57C'est est-ce qu'on arrive à trouver un mécanisme
06:00qui soit suffisamment systémique
06:02pour couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur ?
06:03Quand on fait des mesures qui portent sur...
06:07Quand on met des droits d'ouane ou des quotas
06:08sur un produit typiquement l'acier,
06:11où vous avez l'aval ou l'amant de la chaîne
06:12selon les produits qui se retrouvent pris en difficulté.
06:16Le contenu européen, ça peut permettre effectivement
06:20de traiter une partie du problème.
06:22Là, on a une vraie différence d'approche.
06:24Cela dit, le contenu européen, on va dire,
06:26est rentré dans les discours, y compris de Friedrich Merz.
06:29Donc ça, du point de vue français, c'est une victoire.
06:32Après, sur le nombre de secteurs concernés,
06:36l'ampleur du contenu européen qu'on exige...
06:40Sur les véhicules électriques, on est tous à peu près d'accord.
06:42Sur le reste...
06:43Oui, et même à l'intérieur du véhicule électrique,
06:44en fait, il n'y a pas une filière qui est d'accord avec l'autre,
06:47il n'y a pas une boîte qui est d'accord avec l'autre
06:48à l'intérieur du même filière sur le niveau de contenu européen.
06:51Est-ce que ça fait monter les prix ?
06:52Est-ce qu'on met dans les contenus européens
06:53qu'on choisirait ?
06:55Ça fait monter les prix, de toute façon, ça c'est sûr.
06:58Et c'est éventuellement accompagné de cette idée
07:00de demander des transferts de technologie
07:02et donc de demander à la Chine,
07:04notamment sur tout ce qui est batterie,
07:06qu'elle maîtrise beaucoup, mais pas seulement,
07:08de permettre des investissements chinois en Europe
07:12accompagnés de transferts de technologie
07:14pour promouvoir de l'emploi en Europe
07:16et rattraper le retard qu'on a pu prendre
07:19par rapport à la Chine sur certains secteurs.
07:22C'est effectivement le modèle qu'avait choisi la Chine
07:25pour se développer elle-même il y a 30 ans.
07:30Je reste un tout petit peu sceptique, cela dit,
07:32en tout cas, ce n'est pas une formule magique,
07:34c'est-à-dire que ce n'est pas du tout la même chose
07:35de faire un transfert de technologie d'un pays développé
07:38vers un pays émergent, ce qu'était la Chine à l'époque,
07:40avec les coûts de production d'un pays émergent,
07:42de transposer ce modèle-là d'un pays encore
07:44avec des coûts de production inférieurs au nôtre
07:47sur un marché développé comme le nôtre.
07:49Voilà, ça peut être une réponse, à mon avis,
07:54assez ponctuelle.
07:55Merci beaucoup Berthi Bayard d'être venue ce matin
07:57dans la matinale de l'économie.
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