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  • il y a 10 heures
Retrouvez le débrief de l'actu du mercredi 28 janvier dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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00:008h47 sur BFM Business, on va débriefer l'actualité de la matinée avec Romain Rivaton, le président de Stonehall et Essayiste.
00:05Et avec vous, Robin, on parle régulièrement de la Chine, de son modèle économique.
00:09Vous sortez aujourd'hui un livre entier sur la question.
00:12Et ce que vous nous dites, c'est que ce n'est pas un hasard, même si les Chinois ont aussi à nous dépasser sur le plan technologique.
00:17Ça s'appelle « Pourquoi la Chine dominera le XXIe siècle ? » C'est moins clair.
00:22Alors c'est un titre qui fait quand même référence à un livre qui s'appelait « Why Europe will run the 21st century ».
00:28« Pourquoi l'Europe dominera le XXIe siècle ? » qui est sorti en 2005.
00:31Malheureusement, 20 ans plus tard, on peut dire que la prédiction n'était pas facile, ou en tout cas était un peu erronée.
00:35Et donc c'est un clin d'œil à ce titre-là. Donc voilà, je préfère préciser.
00:38Le point principal du livre, c'est de dire qu'en fait, il n'y a pas de hasard, ce n'est pas une surprise, c'est l'aboutissement de 80 ans.
00:46Et je pense que c'est important de se dire que ça ne date pas que de 79 et des réformes de Deng Xiaoping.
00:50Ça remonte à 49. C'est l'aboutissement de 80 ans d'un système relativement continu, stable, avec des erreurs, évidemment.
00:57Ils ne sont pas géniaux, ils ne sont pas des surhommes, mais ils ont gardé une seule ligne.
01:03Et aujourd'hui, ce qu'on voit, les 1 200 milliards de surplus commercial, d'excédents commerciaux dont on a déjà parlé,
01:10c'est que l'aboutissement de ce système. Et pire que ça, ce système est en train d'arriver à maturité.
01:14C'est-à-dire qu'en fait, si les conditions continuaient, les conditions restaient les mêmes,
01:18ce sera 1 300, 1 400, 1 500 milliards, 1 600 milliards.
01:23C'est-à-dire qu'il n'y a pas de raison que ce système...
01:25Que la Chine s'essouffle.
01:27Voilà. Et aujourd'hui, alors, peut-être à très long terme, mais sur un horizon de 10 ans,
01:31les sujets démographiques n'ont aucun impact à un horizon de 10 ans.
01:34Je donne cet ordre de grandeur, mais il est important.
01:36La Chine, c'est 700 millions de personnes qui travaillent,
01:38c'est 120 millions dans le manufacturing, dans l'industrie,
01:41et c'est 170 dans l'agriculture.
01:42Donc, ils peuvent très bien faire baisser l'agriculture
01:44et continuer d'avoir 120 millions de personnes qui soient dans le manufacturing.
01:48Ils ont 70 millions de personnes qui font du commerce informal et de la livraison à domicile.
01:51Donc, déplacer les masses pour réussir à maintenir cet outil industriel,
01:54au moins 10 ans, après 50 ans, c'est un peu trop compliqué de faire des prévisions très longues,
01:58mais au moins à 10 ans, ça continuera.
02:00Et donc, mon point, c'est de dire, si on continue,
02:02ce système-là, qui est un système qui a fonctionné, va continuer de prospérer.
02:06Et nous, mon principal point d'alerte, c'est que les Européens parlent beaucoup de la Chine
02:10en se disant, mais qu'est-ce qui se passe ?
02:11On a une vision tronquée de la politique industrielle en se disant,
02:15il faut subventionner des grosses usines, un milliard à une grosse usine, et ça va marcher.
02:18Ce n'est pas du tout ça, le modèle chinois.
02:19Le modèle chinois, c'est une direction qui est suivante.
02:21Ce n'est pas que du dumping ?
02:22Pas du tout.
02:23Vraiment, ça, c'est vraiment une erreur de croire ça.
02:25Ce n'est pas de l'esclavage des travailleurs.
02:28Ce n'est pas que du dumping et des aides financières.
02:30Donc, c'est une vision industrielle de très long terme ?
02:32C'est une vision industrielle de très long terme,
02:34avec une couche de petites PME, TPE, de 10 personnes.
02:39Il y a 3,6 millions de petites entreprises industrielles, de 10 personnes en moyenne,
02:43qui sont extrêmement efficientes, qui savent reformater les processus de production.
02:47Et c'est celles-là qui permettent à des entreprises au-dessus,
02:49ce qu'on appelle les petits géants, les little giants,
02:5214 000, 15 000 little giants,
02:54qui, eux, créent ces produits qu'on connaît,
02:55qu'on voit les robots aspirateurs, les caméras, les drones, tout ça.
03:00Et donc, simplement pour dire que ce n'est pas seulement donner un milliard à une usine
03:04qui va permettre de rattraper ce modèle-là.
03:06Il faut aujourd'hui comprendre la boîte à outils qu'ils ont utilisée.
03:09La boîte à outils, c'est un peu de protectionnisme.
03:12C'est une très forte concurrence à l'intérieur de leur écosystème.
03:15Il n'y a pas de champion qui est désigné.
03:16C'est-à-dire que l'État donne une direction.
03:18Et derrière, après, tout le monde est sur la même ligne de départ.
03:21Celui qui réussit, réussira.
03:23Et nous, on a un peu la stratégie inverse de dire
03:25on va choisir un champion et on va lui donner un milliard et ça va marcher.
03:27C'est l'antithèse du modèle.
03:29Et ça, c'est très important parce qu'aujourd'hui, ce qu'on voit,
03:31c'est qu'il y a des vendeurs de rêves, des vendeurs de slides
03:33qui sont très bons pour aller chercher de l'argent auprès des pouvoirs publics
03:37et malheureusement qui, à la fin, ne livrent pas ce qu'ils doivent.
03:39Mais du coup, à la fin, on se dit, pour les Européens,
03:41quelle doit être la stratégie ?
03:42Il faut faire des accords commerciaux, il faut ouvrir grand les portes ?
03:45Il faut mettre en place des tarifs douaniers, des barrières non douanières.
03:48Donc à la fois sur le douanier, sur les prix
03:51et à la fois sur des caractéristiques comme le carbone.
03:53On a fait un mécanisme d'ajustement aux frontières du carbone
03:56qui est très mauvais puisqu'il pénalise les Européens
03:58plutôt que de pénaliser les importations.
04:00Notamment sur l'acier, ça les fait hurler ?
04:02Exactement, c'est un énorme problème.
04:04On aurait voulu mettre ça.
04:05Il faut mettre la préférence européenne.
04:06Aujourd'hui, il existe une préférence aux Etats-Unis.
04:08Si vous êtes un Américain qui candidate à un appel d'offres américain,
04:11vous avez 50% de bonus.
04:12Vous êtes un Chinois qui candidate à un appel d'offres chinois,
04:14vous avez 30% de bonus.
04:15Vous êtes un Européen qui candidate à un appel d'offres européen,
04:17vous avez 0% de bonus.
04:19C'est une hérésie.
04:20Le troisième point, c'est d'organiser aujourd'hui
04:24un financement privilégié pour les entreprises.
04:27Aujourd'hui, quand on regarde les subventions aux entreprises chinoises,
04:31c'est beaucoup des taux bonifiés.
04:33C'est-à-dire que ce n'est pas de l'argent cash.
04:34Au lieu d'emprunter à 2%, vous empruntez à 0,5%.
04:37C'est ce qu'on doit viser pour nos entreprises européennes.
04:41Et puis après, il faut aussi faire tomber les barrières douanières
04:44à l'intérieur de l'Union.
04:45C'était le rapport Draghi qui l'a dit.
04:46Le rapport Draghi dit qu'il y a des barrières douanières
04:48équivalent à 40% de droits de douane à l'intérieur de l'Union.
04:52Xi Jinping dit que la plus grande fierté du Parti communiste,
04:54c'est d'avoir créé l'unification du marché chinois.
04:56Unification du marché chinois, ça va être intéressant.
04:59Donc il faut qu'on réalise ces chantiers.
05:01La grosse question qui se pose maintenant,
05:02c'est est-on capable de le faire ?
05:05A-t-on la volonté de le faire à l'échelle européenne ?
05:07Christine Lagarde l'a redit à Davos,
05:08le meilleur moyen de lutter contre Donald Trump,
05:10c'est d'unifier les marchés européens
05:12et d'arrêter de se battre entre nous-mêmes.
05:14Ça reste le sujet numéro un.
05:15Merci beaucoup Romain Rivaton d'être venu ce matin
05:18dans la matinale de l'économie.
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