00:00J'ai plein de sujets à se raconter avec Jean-François Robin, le directeur de la recherche de Natixis, CIB.
00:05On commence avec ce taux de chômage qui est tombé il y a quelques instants, 7,9% en chômage des jeunes à plus de 21%,
00:11elle est à 21,5% Jean-François. Le chômage va redevenir un sujet de conversation.
00:15Oui, complètement. On avait un peu oublié ce qui occupait les économistes et un peu tout le monde pendant des années,
00:22pendant des décennies, on ne parlait plus de chômage. Il est en train de revenir petit à petit.
00:26Ce n'est pas un chômage qui est très élevé. On reste quand même 2-3 points en dessous de ce qu'il était en 2015.
00:31Mais quand même, il y a une dynamique qui est un peu inquiétante.
00:34Moi, ce qui me frappe dans tout ça, c'est quand même la vitesse à laquelle une économie peut se retourner.
00:39Que vous preniez les créations nettes d'entreprises, que vous preniez les défaillances, Dominique Harla qu'on parlait juste avant,
00:44que vous preniez l'investissement étranger en France, que vous preniez la réindustrialisation,
00:49tout ça quand même, en 2-3 ans, s'est retourné totalement.
00:52Il ne faut pas oublier qu'on était un taux de chômage qui était au plus bas depuis 1982.
00:56On avait un taux de chômage qui est toujours le cas.
00:59Le taux de chômage des jeunes en France est inférieur au taux de chômage des jeunes en Chine.
01:02Il faut prendre un petit peu de recul, 21 %, c'est à peu près inférieur au taux de chômage qu'on a en Italie.
01:07Ce n'est pas dramatique, mais quand même, on a cette dégradation et assez rapide.
01:11Et ce qui me frappe encore une fois, c'est tous ces indicateurs qui se retournent.
01:15Vraiment, il y a quand même quelque chose.
01:17Bill Clinton avait sur son bureau, it's economic stupid, c'est l'économie qui compte.
01:20C'est vrai que quand on prend des décisions politiques, j'ai envie de dire...
01:24Donc c'est-à-dire l'apprentissage, c'est-à-dire...
01:26Oui, et puis cette espèce de grande incertitude sur les chefs d'entreprise.
01:30On remonte les impôts ici, on baisse les aides là.
01:33On est vraiment sur une espèce de dynamique depuis 2-3 ans.
01:36Et ça se retrouve très très vite dans les créations d'entreprises, dans les défauts,
01:39et donc dans les créations d'emplois.
01:40Il ne faut pas oublier que c'est les entreprises qui créent de l'emploi.
01:42Et là, on a un environnement qui est beaucoup moins favorable.
01:45En tout cas, même si on ne vote pas forcément beaucoup de choses,
01:47en tout cas, déjà d'en parler, on a un environnement qui est quand même beaucoup moins porteur.
01:52François Véleud-Gallot a annoncé sa démission à partir du mois de juin de la Banque de France.
01:55C'est un an avant la fin de son mandat.
01:57Vous avez travaillé à la Banque de France, Jean-François Robin.
02:00Et l'institution.
02:01Est-ce que ça vous inquiète ?
02:03Qu'est-ce que vous voyez comme profil pour le remplacer ?
02:05Moi, je porte d'abord que c'était un bon gouverneur de la Banque de France.
02:09Pour en avoir connu quelques-uns, effectivement, auparavant.
02:11Moi, je pense que c'est quelqu'un qui a supporté la parole de l'euro et de la Banque centrale.
02:15Il ne faut pas oublier que la Banque de France, c'est la banque du système européen des banques centrales.
02:21L'euro dépend de la Banque centrale européenne.
02:23Donc, il a su faire exister quand même la Banque de France dans le dialogue économique.
02:27Et notamment, je trouve qu'il était souvent sur cette antenne-là.
02:29C'est quelqu'un qui a porté quand même la qualité d'un bon communicant,
02:34peut-être meilleur que ses prédécesseurs à bien des égards.
02:36Et notamment, j'ai un chiffre en tête.
02:37C'est que quand lui, il arrive, les Français, le taux d'adoption, d'adhésion à l'euro,
02:43les Français aiment l'euro à 55%.
02:45Il part, c'est quasiment 70%.
02:47L'euro n'a jamais été aussi populaire en France depuis plus de 10 ans.
02:51Et ça, je trouve qu'il était là depuis plus de 10 ans.
02:54Et donc, je pense que c'est un petit peu ce message qui est passé.
02:56Et c'est très intéressant dans cette campagne présidentielle qui va s'annoncer.
02:59Personne ne parle de sortir de l'euro.
03:02Mais il y a beaucoup de partis qui, quand même, font la promotion de politique
03:04qui serait un peu anti-européenne.
03:07Donc, du coup, ça va permettre de nommer quelqu'un à sa place,
03:09a priori, qui sera pro-euro, qui sera plutôt pro-politique de l'offre.
03:14Enfin, on sécurise quand même, avant potentiellement,
03:17on ne sait pas ce qui va sortir du chapeau en 2027.
03:19Donc, on sécurise le poste à la Banque de France.
03:20Alors, on sécurise.
03:21Maintenant, aujourd'hui, penser qu'on s'en sortirait mieux sans l'euro qu'avec,
03:25ce serait quand même assez aventureux.
03:27Aujourd'hui, dans le contexte actuel de guerre entre superpuissances,
03:30penser qu'on ferait mieux tout seul dans notre coin,
03:31penser qu'avec un franc, on n'aurait pas une dette qui aurait été attaquée
03:35depuis très très longtemps, penser qu'on aurait 0,3 d'inflation avec du franc.
03:39C'est quand même assez courageux.
03:40Donc, personne ne dit absolument autre chose.
03:42Et donc, quand même, moi, je pense qu'évidemment,
03:44il va falloir nommer quelqu'un qui soit sérieux.
03:46Et je pense que...
03:47Mais un banquier ? C'est un travail de banquier ou pas ?
03:49Typiquement, lui, il venait de la BNP.
03:51Donc, on dit tout l'an, il faut que ce soit un énarque,
03:53il faut que ce soit ci, il faut que ce soit ça.
03:54Il faut surtout quelqu'un qui soit, je pense, quand même,
03:56au fait des questions monétaires et financières.
03:59C'était un technicien, Villeroy.
04:01Et que ce soit quelqu'un qui soit dans les projets.
04:03C'est quoi les prochains projets de la Banque Centrale Européenne ?
04:06C'est quoi le futur de l'Europe ?
04:08C'est évidemment la compétitivité de l'Europe.
04:11C'est l'euro digital.
04:12Comment est-ce qu'on va lutter contre les stable coins,
04:14contre les monnaies privées, etc. ?
04:16Ça, je vous rappelle que la Banque de France est au cœur de ce truc-là.
04:19C'est la Banque de France qui porte le projet,
04:21qui fait les tests de l'euro digital.
04:23Donc, évidemment, il faut quelqu'un qui connaisse ces sujets-là.
04:25Donc, on parle de plein de noms.
04:27Il y a plein de noms qui sortent.
04:29Il y a aussi des grands...
04:30Il y en a deux.
04:30Il y a Benoît Coeuré et puis...
04:32Voilà, typiquement, Benoît Coeuré n'est pas Énarque,
04:34mais c'est évidemment quelqu'un d'énormes talents.
04:36Ce sera, à mon avis, un excellent candidat
04:38avec une voix qu'il porterait en Europe.
04:40Ça, c'est très bien.
04:40Mais il y a aussi des voix en interne.
04:42Il y a aussi des talents.
04:44Je pense à des Nathalie Auffauvre,
04:46des gens qui sont techniquement très forts.
04:48Et Emmanuel Moulin aussi ?
04:49Emmanuel Moulin, oui, éventuellement.
04:50Alors après, c'est vrai qu'il y a une séquence, du coup,
04:52un petit peu plus Trump.
04:53C'est-à-dire qu'on sent que, si c'était le cas,
04:56on aurait quand même cette idée
04:57qu'on est en train d'essayer de se prémunir
05:01contre le risque de ce qu'a fait Trump,
05:02c'est-à-dire tout de suite de changer
05:04tout l'écosystème américain
05:06en nommant des gens un petit peu plus radicaux.
05:08Et donc là, évidemment,
05:09en nommant des gens un petit peu plus « raisonnables »,
05:12ils sécurisent les institutions,
05:14que ce soit la Cour des comptes ou la Banque de France.
05:16Encore une fois, je pense que la Cour des comptes
05:18est plus écoutée, mais mal entendue,
05:21alors que la Banque de France,
05:22on ne l'entend pas beaucoup,
05:22mais elle est plus influente.
05:23Il nous reste quelques secondes.
05:24Séquence compétitivité européenne
05:25qui s'ouvre avec cette interview de Emmanuel Macron,
05:28ce rendez-vous de jeudi avec Mertz.
05:31Mettre en place des droits de donne de 30%
05:32vis-à-vis de la Chine,
05:34toucher à l'euro sur les propositions
05:35du haut-commissariat au plan,
05:36il reste 30 secondes.
05:37C'est oui ou c'est non pour vous ?
05:38Oui, on est le seul continent
05:40où il n'y a pas une préférence européenne.
05:42C'est-à-dire qu'il y a une préférence chinoise,
05:43il y a une préférence américaine
05:44dans les appels d'offres,
05:44dans les aides, dans les subventions,
05:46et nous pas.
05:46Pourquoi on ne fait pas comme les autres ?
05:47L'Europe, c'est 450 millions de consommateurs.
05:49Si on met les mêmes Made in Europe
05:51qu'on fait Made in Europe
05:53ou Made in China,
05:54à mon avis, ça ira déjà beaucoup mieux.
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