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  • il y a 24 minutes
Retrouvez le débrief de l'actu du mercredi 11 février dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On débriefe l'actualité du jour avec Julien Marsili. Bonjour, vous êtes chef économiste chez Global Sovereign Eidvisori.
00:04On va parler d'attractivité, de compétitivité européenne avec cette séquence qui s'ouvre avec aujourd'hui une journée plutôt industrie.
00:12Et puis demain, les chefs d'État se verront dans une sorte de séminaire dans un château belge avec Mario Draghi et Enrico Letta.
00:19Il y a pas mal de propositions sur la table pour faire en sorte que cette compétitivité européenne soit mise en œuvre.
00:25Qu'est-ce que vous préférez, vous ? Les eurobondes, les taxes sur les Chinois, la question du marché unique ?
00:32Où est-ce qu'il faut appuyer d'abord, selon vous ?
00:35Je pense qu'il y a différentes solutions possibles.
00:38C'est vrai que quand on dresse le tableau des chiffres de commerce récents,
00:43effectivement, la balance commerciale européenne n'a pas retrouvé son niveau d'avant 2022, de crise énergétique.
00:51Et quand on observe d'où vient la dégradation, c'est dans une très large majorité vis-à-vis de la Chine.
00:57C'est la première chose.
00:58Deuxième chose, ça ne se résume pas à l'Allemagne et ça ne se résume pas au secteur automobile.
01:02C'est-à-dire que c'est beaucoup plus généralisé que ça.
01:04Ça touche un grand nombre de secteurs et ça touche quasiment tous les pays.
01:08Autre point important, c'est que par rapport à la période des années 2000,
01:12c'est-à-dire quand il y a eu le premier choc chinois, entre guillemets,
01:14à l'époque, on avait été pénalisé par le fait qu'on importait beaucoup plus de Chine,
01:19avec son entrée dans l'OMC, etc.
01:21Là, il y a un double choc qui est que les importations en provenance de Chine augmentent,
01:26mais nous, on exporte moins aussi vers la Chine.
01:29Donc, on voit que c'est quelque chose de généralisé.
01:32Donc, il y a la question de la compétitivité prix.
01:35On l'a vu pas plus tard, hier soir, c'est une coïncidence,
01:38mais la Chine publiait son chiffre d'inflation pour le mois de janvier.
01:41Alors, les chiffres du début d'année en Chine sont toujours à prendre un peu avec des pincettes.
01:45Mais c'est très bas.
01:46Oui, mais c'est très bas.
01:47Et en fait, l'inflation à la consommation est quasi nulle depuis maintenant plus d'un an.
01:52Quand on regarde les prix à la production, c'est en déflation depuis trois ans et demi.
01:57Donc, on a un écart de compétitivité qui se creuse et qui n'est pas seulement dû au taux de change.
02:02C'est-à-dire que sur les 25% un peu de perte de compétitivité prix qu'on a vis-à-vis de la Chine depuis 2023,
02:09vous avez la moitié qui est liée au taux de change.
02:11Et la moitié qui est liée à cet écart d'inflation.
02:14Et sur le taux de change, il y a ce rapport du commissariat au plan qui préconise de toucher au taux de change
02:20et de baisser l'euro face au BAN.
02:22Ça, c'est une bonne chose selon vous ?
02:24Je pense que déjà, de toute façon, c'est à la fois ni faisable, ni vraiment souhaitable.
02:28Ni faisable parce que ça n'entre pas dans les statuts de la BCE,
02:32dont l'objectif est le maintien de l'inflation.
02:35Alors, si vraiment l'inflation en zone euro était amenée à baisser du fait d'un niveau trop élevé de l'euro,
02:43oui, la BCE baisserait ses taux d'intérêt.
02:45Ça aurait un effet un peu sur le taux de change, mais on serait très loin d'avoir ce 30%.
02:49Mais même si c'était possible, ce n'est pas forcément souhaitable.
02:53Il est sans doute plus utile de réfléchir à des plans filière par filière,
02:58des approches très pragmatiques et ciblées.
03:00Un peu comme finalement l'Europe l'a fait sur les voitures électriques,
03:04en faisant des enquêtes précises entreprise par entreprise
03:08et en appliquant des droits de douane spécifiques sur certains constructeurs chinois,
03:14ou comme elle l'a fait sur les semi-conducteurs.
03:16Là, vous dites que ça fonctionne.
03:17C'était le Chips Act, on commence à en voir les effets et ça fonctionne.
03:22Paradoxalement, quand on regarde toutes les balances commerciales bilatérales,
03:24secteur par secteur, filière par filière vis-à-vis de la Chine,
03:27la grande majorité se détériore, sauf évidemment aéronautique, quelques machines, etc.
03:32Mais sur les semi-conducteurs, la coïncidence est que depuis qu'il y a ce Chips Act,
03:37la balance commerciale s'est un peu redressée.
03:39Donc on voit quand même que ces plans ciblés sur certaines filières
03:44avec des subventions bien calibrées sur certains projets, ça peut avoir un effet.
03:49Donc la subvention, ça marche ? Ça marche plus que le protectionnisme ?
03:52Je pense qu'il faut regarder à chaque fois secteur par secteur.
03:56C'est-à-dire que vous pouvez aussi, pour des entreprises,
03:59pour des secteurs naissants qu'on veut protéger pendant quelques années,
04:02adopter évidemment des droits de douane.
04:03Mais encore une fois, plus ciblés pour avoir le bon niveau de droits de douane,
04:07secteur d'activité par secteur d'activité.
04:09Et ça peut être accompagné là aussi de subventions.
04:13Mais ce sera sans doute plus efficace qu'une approche très globale
04:17qui consisterait de manière un peu factice à se protéger avec un droit de douane de 30%.
04:22Il y a moins de six mois, c'est ce qu'on reprochait aux Etats-Unis.
04:25Et tout le monde était d'accord pour dire que ça générait de l'inflation aux Etats-Unis.
04:29Donc si nous on fait ça, évidemment les effets seraient les mêmes.
04:32Mais l'enfer est aussi pavé de bonnes intentions.
04:33Parce que sur la taxe carbone par exemple aux frontières,
04:36qu'on disait mettre en place pour se protéger justement des produits chinois,
04:40ça fait hurler en fait la chimie, les aciéristes en disant
04:43que ça ne fait qu'augmenter les prix.
04:44En fait, ça nous porte préjudice.
04:47Ça nous porte préjudice aussi à nous dans certains cas.
04:49Et puis c'est vrai que sur la taxe carbone aux frontières,
04:52on n'a peut-être pas assez fait de pédagogie vis-à-vis de nos partenaires commerciaux.
04:56C'est-à-dire qu'on a braqué beaucoup de pays,
04:58beaucoup de nos partenaires commerciaux,
05:00en disant « attendez, vous ne nous en aviez pas vraiment parlé avant,
05:03on aurait pu mettre ça en commun,
05:04on aurait pu en parler en commun et faire ça de manière graduelle. »
05:07Donc c'est vrai que c'est aussi un peu compliqué de ce point de vue-là.
05:13Sur les eurobondes, Emmanuel Macron est revenu sur le dossier hier.
05:16Il repropose à nouveau de mettre en place un emprunt commun,
05:20notamment pour financer tout ce qui est industrie verte, technologie.
05:24Il s'est pris un revers total de la part de beaucoup de pays.
05:27On est tout seul à soutenir les eurobondes ?
05:30Il faut reconnaître, je trouve que le timing pourtant est bon.
05:33Je veux dire, depuis ça fait un an que tous les épargnants,
05:37les gestionnaires d'actifs, les fonds souverains
05:39se posent la question du rôle du dollar.
05:42Est-ce que c'est toujours un actif sans risque ?
05:45Mais le fait est que les actifs en dollars ont quand même un avantage.
05:48C'est la profondeur de leur marché.
05:49C'est-à-dire que c'est ce qui leur confère ce statut de valeur refuge,
05:53en tout cas jusqu'ici.
05:54C'est le fait de se dire,
05:55quel que soit le type de crise auquel on va faire face,
05:57on sait que ce marché restera liquide.
06:00Et nous, il nous manque ce marché-là.
06:01Donc de ce point de vue-là, il a raison.
06:04Ensuite, c'est vrai que, bon,
06:07un, beaucoup de pays du nord de l'Europe
06:09n'y ont jamais été très favorables.
06:12Et deux, c'est vrai qu'en ce moment,
06:14on est un peu le mauvais élève de la classe.
06:16C'est parce que la proposition vient de nous.
06:17C'est pour ça.
06:18Et donc quand on est celui qui a la plus mauvaise note
06:21et qu'on propose d'appliquer à tout le monde la même moyenne,
06:24c'est sûr que la parole porte un peu moins,
06:26même si sur le fond, le timing est bon pour avancer sur ce sujet-là.
06:31Parce qu'on ne sait rien qu'au niveau de la France,
06:33on a plus de 10 000 milliards d'épargne qui est à l'étranger.
06:38Et donc, si ne serait-ce qu'on arrivait à convaincre
06:40une toute petite partie de nos épargnants entreprises particuliers
06:45pour rapatrier ou investir davantage en France,
06:47ça aurait un effet macro qui serait important.
06:49Il nous reste quelques secondes.
06:50Mais sur ce marché de la dette,
06:51il va y avoir beaucoup d'émissions euro-bonds ou pas euro-bonds
06:53de la part de n'importe quel pays l'année prochaine.
06:56On a vu Google Alphabet qui a fait une émission obligataire
06:59à 100 ans, à 6%, ultra sursouscrite.
07:02Est-ce qu'il va y avoir, selon vous,
07:03cette espèce de compétition entre l'obligataire corporate
07:05et l'obligataire d'État en 2026 ?
07:08Il l'a déjà été l'année dernière.
07:10On a vu de plus en plus, notamment, de grands groupes
07:13ou des multinationales françaises qui arrivaient à émettre
07:16à des taux inférieurs à l'État français.
07:19Donc, c'est le fait que, finalement, on en revient à cette question
07:22quels sont aujourd'hui les actifs sans risque ?
07:24Et on sent que tous les investisseurs n'ont pas la même réponse
07:28face à ce type de questions.
07:29Merci beaucoup d'être venu ce matin, Julien Marsili
07:31de chez Global Sovereign Advisory.
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