00:008h47, c'est Wilfried Galland qui nous accompagne ce matin.
00:03Bonjour Wilfried, directeur général adjoint de Montpensier Arbevel.
00:06Pas facile d'y voir clair en bourse.
00:08La semaine dernière, on a quand même été largement balloté.
00:10Des indices quand même qui ont de belles performances,
00:12mais quand même des secteurs qui ont pris très cher, comme le logiciel par exemple.
00:16Sous les indices, en fait, sous le calme apparent relatif des indices,
00:20il y a énormément d'activités, il y a énormément de turbulences.
00:25Et en fait, il y a deux grandes raisons à tout ça.
00:27On en parle beaucoup, l'intelligence artificielle qui rebat l'écart de beaucoup de secteurs
00:31qui étaient considérés comme étant des secteurs extrêmement protégés,
00:34qu'ils sont peut-être un peu moins.
00:35Ça, c'est le logiciel.
00:35Voilà, ça typiquement, c'est le logiciel.
00:37Et puis, il y a d'autres secteurs pour lesquels c'est extrêmement compliqué de se rendre compte
00:41que typiquement, par exemple, le luxe, il n'y a plus de croissance.
00:44Donc, comment est-ce qu'on évalue un secteur qu'on a toujours considéré
00:47comme étant le secteur de croissance par excellence ?
00:50Et certes, c'est un secteur de grande, mais où il y a beaucoup moins de croissance qu'avant.
00:53Donc, les évaluations sont différentes.
00:55La technologie, aujourd'hui, est une technologie qui demande beaucoup d'investissement.
00:59Avant, vous aviez inventé la pierre philosophale.
01:01C'est-à-dire, vous aviez des infrastructures
01:03et vous vendiez de plus en plus avec les mêmes infrastructures.
01:05Donc, en fait, vous aviez...
01:06La rentabilité de vos investissements était de plus en plus importante.
01:08Là, ce n'est pas le cas.
01:09Là, c'est l'investissement massif.
01:11Exactement.
01:11Et comment est-ce qu'on fait dans un monde où, on l'a oublié,
01:14mais on est désormais dans un monde où le prix du risque, le prix du temps, le taux d'intérêt,
01:19il a largement remonté.
01:20On est dans des taux d'intérêt qui, avec en plus la baisse de l'inflation,
01:23sont des taux largement positifs, maintenant, dans le monde.
01:25Et donc, ça change tout dans la façon d'évaluer les business models, d'évaluer l'avenir.
01:30Et donc, on voit que les marchés changent énormément.
01:32Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui une valeur de croissance ?
01:34C'est ça que vous allez dire, c'est Walmart et Coca, les valeurs de croissance ?
01:37Les valeurs, aujourd'hui, d'industrie lourde deviennent,
01:40parce qu'on a aussi de la besoin d'infrastructures, deviennent des valeurs de croissance.
01:44Ce n'était absolument pas des valeurs de croissance.
01:46Donc, comment est-ce que...
01:47Donc, c'est Safran, plutôt.
01:48C'est Safran ou des valeurs dans l'infrastructure électrique
01:52ou des valeurs même énergétiques qui deviennent des valeurs de croissance,
01:56alors qu'en fait, ça ne l'était pas.
01:57Donc, comment est-ce qu'on réévalue les modèles ?
01:59Comment est-ce qu'on change, justement, la perspective d'avenir ?
02:03C'est extrêmement difficile et on se rend compte qu'en fait,
02:06il y a une grosse persistance rétinienne,
02:07y compris dans tous ceux qui sont chargés d'évaluer ça.
02:09Donc, il faut que le gérant, il change un peu, lui, son propre logiciel de dépense.
02:12Le gérant, l'analyste, le stratégiste,
02:15enfin, tout le monde, effectivement, est concerné.
02:18Et donc, effectivement, c'est pour ça qu'on a, à l'intérieur,
02:20énormément de turbulences dans les marchés.
02:22Un mot sur les mouvements, je suis sûre que vous avez suivi ça,
02:25de la responsable des dossiers de la concurrence américaine,
02:28le ministère de la Justice.
02:29Elle a démissionné, limogé, peu importe, elle est partie.
02:32Ça a fait remonter des titres comme Live Nation,
02:35mais ça rassure la tech en se disant, c'est super,
02:37on va pouvoir faire des fusions,
02:39fini le coup près au scalpel sur des grosses opérations.
02:42Elle, elle défendait la concurrence.
02:44On voyait, c'était un mouvement qu'on a vu quand même,
02:47qu'on a senti se déployer depuis déjà quelques mois.
02:50On voyait bien que les dossiers de concurrence aux Etats-Unis
02:53étaient quand même évalués de plus en plus
02:55sous l'angle de la puissance stratégique américaine.
02:58Est-ce que ça va aller ?
03:00Et on reprend le discours de Marco Rubio à Munich.
03:05Le seul cap, le seul critère numéro un pour évaluer toutes les actions,
03:10c'est est-ce que ça renforce la puissance des Etats-Unis,
03:13les intérêts des Américains,
03:15en tout cas de la puissance américaine,
03:16pas nécessairement du consommateur américain,
03:18la puissance américaine.
03:19Et on voit qu'effectivement, aujourd'hui,
03:20même la politique de concurrence aux Etats-Unis
03:22est en train de dévier.
03:24Est-ce que ça va durer ?
03:25On ne sait pas, ça peut être juste un coup de balancier.
03:27On était peut-être allé très loin
03:28dans l'évaluation un peu granulaire
03:31de qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui n'est pas bien,
03:32du point de vue du consommateur.
03:34Parce que la concurrence, c'est à ça que ça sert.
03:36En fait, on n'avait pas évalué là aussi la conséquence
03:40de passer d'un monde de consommateurs
03:41à un monde de producteurs.
03:42Ça veut aussi dire que le consommateur va payer davantage.
03:45Comment vous avez regardé cette conférence de Munich ?
03:48Ton très différent entre Marco Rubio et Gidevens.
03:50Discours dans le fond assez similaire.
03:52Exactement.
03:53C'est-à-dire qu'en fait, on n'est aujourd'hui
03:55on n'est plus dans un monde de droits,
03:56on est dans un monde de rapports de force
03:58où chacun a ses intérêts, chacun les défend
04:00et celui qui entraîne les autres derrière lui.
04:03Qu'est-ce que ça veut dire aussi ?
04:04Et qu'est-ce que ça veut dire en termes de puissance souveraine ?
04:07Moi, j'entends beaucoup le fait de dire
04:09parce que je suis un financier,
04:10donc je regarde un peu ça de près,
04:11il faut mobiliser l'épargne des Européens
04:13pour être capable de renforcer la souveraineté.
04:15La question qu'on doit se poser aujourd'hui,
04:17la question numéro un,
04:18c'est pourquoi les Européens choisissent de mettre leur argent
04:22plutôt aux Etats-Unis ou en Asie qu'en Europe ?
04:24La réponse est extrêmement simple.
04:25La rentabilité du capital investi est plus faible en Europe
04:29qu'aux Etats-Unis et en Asie.
04:31Et donc il faut remonter la rentabilité du capital
04:34pour éviter de créer une espèce de léviathan technocratique,
04:37une espèce de monstre horrible
04:38où derrière on alloue des subventions à tire-larigot
04:41et on se rend compte que finalement ça ne marche pas
04:43parce que les forces du marché n'ont pas fait leur travail.
04:46Il faut tout simplement être capable de dire
04:48on va effectivement alléger un certain nombre de réglementations,
04:51choisir le risque plutôt que la protection,
04:53un truc qu'on a super bien fait nous Français,
04:55c'est d'exporter le principe de précaution en Europe,
04:57peut-être effectivement mettre un peu la pédale douce là-dessus,
04:59et se dire qu'on investit profondément
05:03parce qu'on y a également notre intérêt en tant qu'épargnant.
05:07Et donc si on arrive effectivement à avoir au mini
05:09quelque chose d'équivalent,
05:10il ne s'agit pas de dire il faut qu'on soit encore supérieur,
05:12là effectivement quand on a une rentabilité équivalente,
05:14je reprends votre précédente invité qui disait
05:17quand les prix sont équivalents,
05:19les consommateurs choisissent le made in France,
05:21quand les rentabilités sont équivalentes pour l'épargnant,
05:24là vous choisissez l'Europe.
05:25Et donc là je reviens à notre point,
05:26on a de belles valeurs de croissance.
05:28Exactement, et c'est là en fait où on a oublié,
05:30mais entre 2000 et 2008,
05:32c'était les marchés européens qui étaient les plus rentables,
05:34largement plus rentables que les marchés américains.
05:35Donc on peut avoir notre chance,
05:37mais il faut savoir la saisir,
05:38et il faut passer à l'offensive sans se dire
05:40mais est-ce que ça ne va pas nous générer des risques ?
05:44Par la rentabilité et non pas par le fait que ça soit made in Europe.
05:47Exactement, et c'est ensuite que le made in Europe va prendre toute sa place.
05:52D'abord pensez à la rentabilité.
05:53Merci beaucoup Wilfred Galland d'être venu ce matin.
05:55Merci beaucoup.
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