00:008h45 sur BFM Business et sur RMC Live, on a débriefé l'actualité du jour avec Wilfried Galland.
00:04Bonjour, directeur général adjoint de Montpensier Arbevel.
00:07Évidemment, l'actualité du jour, c'est de comprendre qu'est-ce que ça change,
00:10la décision de la Cour suprême de vendredi d'annuler les droits de douane réciproques.
00:14Comment vous avez d'abord reçu cette nouvelle, Wilfried ?
00:17Moi, je l'ai reçu en me disant qu'on allait arrêter de parler de géopolitique
00:23à chaque fois qu'on parlait de droits de douane,
00:24ou de droits de douane à chaque fois qu'on parlait de géopolitique, plutôt dans ce sens-là.
00:27On sépare.
00:28Maintenant, on sépare, c'est un dossier qui devient purement économique et juridique,
00:33mais ça n'est plus un dossier qui est le dossier de l'hyper-présidence Trump.
00:36C'est-à-dire qu'on savait que Donald Trump, dans son mode de fonctionnement,
00:40quand il était avec à peu près n'importe quel sujet concernant des partenaires des États-Unis
00:45ou des concurrents des États-Unis, disait « en gros, t'es pas content, paf, droits de douane ».
00:50Maintenant, c'est plus possible.
00:51L'arrêt de la Cour suprême nous dit qu'on revient dans un mode de fonctionnement des droits de douane
00:57qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, c'est-à-dire que c'est un levier économique, un
01:02levier financier,
01:03mais ça n'est que ça.
01:04Ça ne peut pas être un levier de politique générale.
01:07Et donc, pour moi, ça sonne quand même un peu une espèce de « pick Trump »,
01:11parce que Donald Trump avait également fait de la Cour suprême son argument vis-à-vis de l'électorat américain,
01:19disant « regardez, j'ai changé la Cour suprême grâce à des nominations de juges très conservateurs
01:24qui vont permettre d'avoir un impact direct sur votre vie ».
01:28Alors, c'est vrai, d'un point de vue social, il y a eu pas mal de choses qui ont
01:30été renversées,
01:31mais en revanche, c'est la première fois que la Cour suprême se prononce.
01:35Et de façon très nette, puisque deux des trois juges qu'il a nommés lui-même
01:38se sont prononcés en faveur, justement, d'une restriction de l'usage des droits de douane.
01:43Donc, pour ça, effectivement, ça change beaucoup.
01:45Donc, vrai défaite politique, quand même, pour vous, et d'influence de Donald Trump.
01:48Exactement. En revanche, ça ne lève pas, peut-être même bien au contraire,
01:53toutes les incertitudes économiques et financières autour des droits de douane,
01:57parce qu'on voit qu'on a un espèce de foisonnement qui est absolument délirant,
02:00effectivement, de lois qui, en fait, depuis les années 30,
02:05ont été promulguées et utilisées, ou non utilisées d'ailleurs,
02:10pour justement rééquilibrer les échanges,
02:14pour voir comment est-ce que, à la fois sur certains secteurs, sur certains pays,
02:19on pouvait agir économiquement pour favoriser le tissu économique américain.
02:23Mais en fait, c'est tellement compliqué, tellement granulaire, en fait, fragmenté,
02:28en termes d'approche, que je souhaite quand même beaucoup de courage
02:31aux spécialistes du commerce aux Etats-Unis,
02:33et d'ailleurs dans les autres pays partenaires des Etats-Unis,
02:36pour savoir qu'est-ce qui va s'appliquer, à quoi et quand,
02:38parce que ça devient juste insupportable.
02:39Par exemple, la Fédération du lait nous disait à 8 heures
02:41qu'eux, ils s'attendaient à avoir 25%,
02:44c'est-à-dire 10% de ce qu'ils avaient négocié en août
02:46avec l'administration américaine,
02:48plus 15% à partir de demain.
02:50Alors là, on se dit, mais ça se cumule.
02:52En fait, les 15% qui ont été annoncés sous la fameuse loi maintenant de 1977,
03:00ne pas confondre avec la loi de 1974,
03:03on s'y perd,
03:04en fait, ce sont des droits qui effectivement remplacent des droits généraux.
03:10Mais ça ne remplace pas des droits qui sont des droits sur certains secteurs
03:15qui relevaient d'autres sections.
03:18Et c'est là qu'est tout le problème,
03:19c'est est-ce que l'administration américaine, après négociation,
03:22va considérer qu'en fait, il y a une substitution
03:26ou est-ce qu'il va y avoir un cumul qui va rajouter encore de la complexité
03:32dans le tissu même économique américain ?
03:34On parle effectivement des exportations de produits laitiers français,
03:38c'est un vrai très gros problème
03:40parce qu'on sait que c'est un secteur très important pour l'agriculture.
03:43Mais vous imaginez, pour tout ce qui est effectivement
03:47aluminium, bois, acier...
03:49Ça ne bouge pas, parce que c'est les sectoriels.
03:51Voilà, c'est sectoriel.
03:53Mais si vous mettez 10% sur tout le monde,
03:55comment est-ce que vous allez avoir des produits
03:57qui vont intégrer ces éléments-là
04:01qui sont des éléments sectoriels ?
04:03Mais ces produits qui vont les intégrer,
04:05est-ce qu'ils ne vont pas avoir, là aussi, 10% de plus
04:07dans les produits finis ?
04:09C'est extrêmement complexe.
04:10Est-ce qu'à la fin, Wilfried, c'est positif pour la Chine ?
04:14En relatif, oui.
04:16Ce qu'on voit, effectivement,
04:17et c'était le Financial Times qui le relayait hier matin,
04:22en fait, ce qu'on voit, c'est qu'effectivement,
04:24on a en relatif, c'est tout le paradoxe,
04:26les pays les plus hostiles,
04:29ou en tout cas les plus éloignés géostratégiquement
04:33des États-Unis, qui en profitent.
04:34C'est-à-dire la Chine, c'est-à-dire l'Inde, le Brésil,
04:37on sait qu'il y a eu quand même des différences d'approche
04:40extrêmement forte, à la différence d'alliés historiques
04:43comme le Japon, le Royaume-Uni, l'Union Européenne.
04:46Ceux qu'on négociait ont perdu, en fait.
04:47Voilà, ceux qu'on négociait en toute bonne foi
04:49parce que c'était des alliés ont plutôt perdu,
04:51et ceux qui ont joué l'épreuve de force,
04:53ils ont plutôt gagné.
04:55On ne va certainement pas en rester là,
04:57mais une fois de plus, ça va être du point de vue économique
04:59et plus du point de vue géostratégique.
05:00Donc un CAC 40 qui monte à 8500 points vendredi,
05:03est-ce que là, on va peut-être un peu changer d'avis ce matin ?
05:07En fait, on va refaire les calculs, progressivement.
05:10Sans oublier que tous les droits de douane,
05:12et ça, il fallait bien l'insister dès le début dessus,
05:15ne concernent que les biens, ne concernent pas les services.
05:19Et donc c'est une toute petite partie aujourd'hui
05:21de l'économie mondiale qui est concernée,
05:24y compris d'ailleurs de l'économie américaine
05:26quand on fait le recalcul de l'impact, par exemple, sur l'inflation.
05:29C'est d'ailleurs pour ça que l'inflation américaine
05:32n'a pas beaucoup bougé.
05:33Elle a été un peu remontée par les droits de douane, évidemment,
05:36mais elle n'a pas énormément bougé
05:37parce que seuls les biens sont concernés.
05:41La question, effectivement, maintenant,
05:43c'est est-ce qu'on va avoir une espèce de frénésie d'annonce
05:45pour contrer ce que je vous disais tout à l'heure,
05:48c'est-à-dire l'impression d'avoir un pick Trump,
05:50l'impression d'avoir vraiment...
05:52qu'il n'a plus la main et de dire si, regardez,
05:54je peux encore faire des choses.
05:55Est-ce qu'on va avoir cette espèce de frénésie d'annonce
05:57qu'on a eue autour du mois d'avril 2025 ?
06:01Ce serait effectivement pour les marchés
06:02quelque chose de difficile à intégrer.
06:06Tout ça dans un contexte, Wilfried,
06:07où le PIB publié vendredi est à 1,4.
06:101,4, c'est très décevant par rapport à ce qu'on attendait.
06:12Donald Trump dit qu'il manque deux points à cause du shutdown.
06:15C'est le quatrième trimestre.
06:17Dans les calculs, c'est un point.
06:20Dans les calculs qui sont faits à peu près par tout le monde,
06:23les calculs divergent,
06:24mais en gros, on est entre 0,9 et 1,2,
06:27selon les différents organismes,
06:29d'impact véritablement du shutdown.
06:31Donc, ça veut dire qu'il y a effectivement un impact qui est réel.
06:35Ça veut quand même dire que l'économie américaine
06:39n'est pas totalement immunisée
06:41à l'espèce de frénésie réglementaire,
06:45paradoxalement, qu'elle a eue avec les droits de douane,
06:48et qu'elle se pose quand même beaucoup de questions,
06:50en particulier sur l'impact sur l'emploi.
06:52Quand vous regardez effectivement les chiffres de l'emploi américain,
06:56depuis un an,
06:56on est sur un rythme de 15 000 créations d'emplois par mois aux Etats-Unis.
07:01C'est beaucoup plus faible.
07:02C'est à peu près 10 fois moins que ce qu'on avait
07:04dans les années 2022, 2023, 2024.
07:07Donc là, on voit quand même qu'on a un ralentissement qui est fort.
07:10On voit que dans toutes les enquêtes d'opinion
07:11qui intègrent une composante d'emploi,
07:14les Américains sont quand même extrêmement méfiants
07:17sur leur capacité à retrouver de l'emploi,
07:20en particulier dans les secteurs de services.
07:21Moi, je lisais ce week-end une étude
07:24sur le secteur marketing aux Etats-Unis,
07:25où on voit qu'effectivement,
07:27on a des baisses de création d'emplois
07:29qui sont très très nettes.
07:30Et donc, c'était un...
07:32Mais avec des impacts de l'IA déjà ?
07:33Exactement.
07:34En disant qu'il y a 68% des directeurs marketing
07:38interrogés dans le secteur marketing
07:39qui disaient
07:39« Je pilote une équipe mixte IA humain. »
07:44Ah oui.
07:45Mon rôle, c'est...
07:45Mon équipe est mixte.
07:46Mon équipe est mixte et IA humain.
07:48Et donc, en fait, il appelait ça...
07:49L'analyste appelait ça « The Great Stay ».
07:51C'est-à-dire, en fait, tout le monde...
07:52Plus personne ne bouge.
07:54Et en fait, tout se fait au niveau des recrutements
07:56dans ce secteur-là.
07:57Et dans le secteur des services,
07:58en fait, il y a une étude qui est parue
08:00de la fête de New York là-dessus,
08:02disant qu'effectivement,
08:03on a exactement le même schéma
08:06qui est en train d'apparaître
08:06sur tous les secteurs de services
08:08qui, normalement, étaient des secteurs
08:09qui tiraient l'économie,
08:10qui tiraient la consommation
08:11avec des salaires médians qui étaient importants.
08:13Là, effectivement, on ne l'a pas.
08:14Et les Américains se rendent compte
08:16que la situation, elle est loin
08:17d'être dramatique aux États-Unis.
08:19Mais on semble être quand même
08:20plutôt sur une fin de cycle.
08:21Pour l'instant, ça atterrit plutôt en douceur.
08:23C'est quand même un atterrissage.
08:24Donc, ce n'est pas hyper enthousiasmant non plus.
08:26Merci beaucoup, Wilfried Galland.
08:27On est venu ce matin
08:28dans la matinale de l'économie.
Commentaires