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  • il y a 12 heures
Ce mercredi 25 février, la démission de Laurence des Cars de la direction du Louvre, en estimant que sa présence ne permet pas de lever les obstacles de la transformation et de la modernisation du musée, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Emmanuel, vous avez très envie de parler culture ce matin avec le départ de Laurence Descartes
00:05qui a donc démissionné du lourd.
00:07La présidente de l'institution estime que sa présence ne permet pas de lever les obstacles,
00:10la transformation et la modernisation du musée.
00:13Parmi les défis qu'elle a mis en avant, la concurrence des fondations privées.
00:17D'où cette question, culture, où trouver l'argent ?
00:19Où trouver l'argent ?
00:21Il faut trouver de l'argent public parce qu'on ne peut pas privatiser totalement la culture
00:28et objectivement, quand vous regardez ce que représente le budget de la culture
00:33par rapport à ce que rapporte la culture,
00:36franchement, je pense que ce n'est pas un véritable sujet.
00:39C'est-à-dire que c'est un bon investissement ?
00:40C'est peut-être le meilleur investissement, c'est l'investissement le plus rentable qu'on puisse faire.
00:46Qu'est-ce que vous avez aujourd'hui en matière d'attractivité pour la France ?
00:50Grosso modo, vous avez finalement Disney, vous avez l'électricité pour les industriels
00:54et vous avez notre patrimoine culturel, notre patrimoine, pour le reste, gastronomique, etc.
01:01Tout ça, on le connaît et c'est en partie pour ça que les gens viennent,
01:03mais on ne le valorise pas beaucoup.
01:04Donc, objectivement, moi je suis pour qu'on continue à avoir une culture
01:10financée largement par le public et des musées financés largement par le public
01:15parce que le marché, il faut toujours rappeler qu'en matière de culture,
01:18ça finance quand même, même si on parle de culture, uniquement ce qui rapporte,
01:22alors que l'État, ça finance ce qui compte et ce qui compte, ça va bien au-delà de la
01:27culture.
01:27Si on a une fréquentation des musées qui est plus élevée qu'ailleurs,
01:31on a la moitié des Français qui disent quand même qu'ils vont régulièrement au musée.
01:36Vous n'avez pas ces statistiques-là aux États-Unis.
01:37Quand vous regardez les prix d'entrée dans les musées français,
01:40vous êtes deux fois moins cher que la plupart des musées de tous les autres grands pays.
01:44Il y a beaucoup de gens qui ne payent pas avec des cartes, machin.
01:46Il y a beaucoup de gens qui ne payent pas et c'est en partie gratuit.
01:48Donc franchement, moi je pense que globalement,
01:50on a intérêt à continuer à avoir une politique culturelle, encore une fois,
01:55qui soit indépendante, même s'il y a certains abus, je vous le conseille.
01:59Juste avant de donner la parole à Jean-Marc,
02:00l'argent public, vous allez le chercher sur les impôts locaux,
02:02vous faites une taxe sur les billets Disney,
02:05vous prenez l'argent où en fait ?
02:06Alors concrètement, je ne vois pas pourquoi on ne continuerait pas à financer,
02:11encore une fois, le budget de la culture avec l'argent public,
02:14avec les impôts d'aujourd'hui.
02:16Enfin, c'est ridicule comme budget, c'est ridicule.
02:18Donc je ne vois pas pourquoi on ferait des économies sur un des postes
02:23qui est les plus générateurs de recettes, notamment pour le tourisme.
02:26Et encore une fois, les musées et la culture financée par le privé,
02:31ce n'est pas la même chose.
02:33Il y a une culture qui n'est pas réductible à la commercialisation
02:37et ça, le privé ne peut pas assumer ça.
02:40Jean-Marc.
02:41Alors là où je serais totalement d'accord avec Emmanuel,
02:43c'est sur le fait que c'est un enjeu très important.
02:45Et je n'arrête pas de dire ici que c'est tout aussi noble
02:48d'être conservateur de musées que d'être ingénieur dans des usines automobiles.
02:53Et néanmoins, pour prendre cet exemple,
02:55je rappelle qu'il y a un an, le président de la République,
02:58parlant du projet du Grand Louvre,
02:59alors qu'il a une politique industrielle,
03:02qu'il est prêt à subventionner des gens
03:03qui vont défigurer le massif central pour aller chercher du lithium,
03:06ou qui vont essayer d'embaucher des gens à Dunkerque
03:09pour produire des semi-conducteurs alors que personne ne veut y aller.
03:12Et que ça ne sert à rien, oui.
03:13Et il a dit, mais rassurez-vous,
03:15les 800 millions d'euros dont nous avons besoin,
03:18le contribuable ne sera pas appelé à les couvrir.
03:21Nous allons faire appel au secteur privé.
03:23Et il avait annoncé que ce programme de 800 millions
03:25serait directement financé par les mécènes.
03:27C'est-à-dire que le personnage qui est au centre de la politique,
03:31qui est le personnage le plus important normalement,
03:33le dit bien, écoutez, la culture,
03:34c'est des mécènes qui doivent payer.
03:36Alors, c'est quoi l'enjeu ?
03:37L'enjeu, c'est le budget du ministère de la Culture,
03:39c'est 8 milliards.
03:40Sur ces 8 milliards, en fait,
03:41il y a 4 milliards pour l'audiovisuel public,
03:43que je mets à part,
03:43et qui font l'objet en ce moment d'une commission d'enquête.
03:46Et puis, il y a 4 milliards pour le ministère de la Culture,
03:49stricto sensu.
03:50Je pense que ce n'est pas assez.
03:52Et ce n'est pas assez parce que le ministère,
03:54l'État n'a pas les moyens, effectivement,
03:56de mettre l'argent qu'il faut dans ces objets culturels.
03:59On voit dans quel état est le Louvre.
04:00C'est-à-dire que le Louvre, la sécurité,
04:02je ne reviens pas sur ce qui s'est passé au mois d'octobre,
04:04mais il y a des fuites d'eau partout.
04:08Et systématiquement, effectivement,
04:10on voit que l'équipement a vieilli,
04:12est mal entretenu,
04:13et ne correspond pas aux attentes normales
04:15de ce que devrait être un musée.
04:17En outre, sur le plan de la théorie économique,
04:20on dit bien que les biens culturels ont deux problèmes.
04:21Un premier problème, c'est qu'ils sont en robin des bois inversés.
04:24C'est-à-dire que si vous les faites payer par l'argent public,
04:26en fait, vous apercevez que les grands bénéficiaires,
04:29c'est plutôt les classes aisées
04:30que les classes les plus populaires.
04:32C'est-à-dire qu'au sein des contribuables,
04:34tout le monde paie,
04:34mais en revanche, ceux qui en bénéficient,
04:36c'est plutôt les gens les plus aisés.
04:37Ce n'est pas vrai systématiquement pour les musées.
04:40Pour le théâtre, ça, c'est vrai.
04:40Mais pour le théâtre et pour l'art lyrique,
04:42donc l'OCDE fait des études sur l'art lyrique
04:44qui montrent que l'art lyrique,
04:46c'est l'archétype du système
04:47le plus anti-redistributif qu'il soit.
04:49C'est-à-dire que tout le monde paie
04:50et n'y vont qu'une partie très, très minoritaire
04:52de la population qui a pu mettre beaucoup d'argent
04:54pour payer le billet initialement.
04:56Le deuxième enjeu, c'est qu'effectivement,
04:58la politique qui a été menée
04:59est une politique dans laquelle
05:00nous avons eu, au travers notamment
05:02du prix unique du livre,
05:03là aussi une exclusion
05:05d'une partie de la population.
05:06Si on veut rendre la culture accessible,
05:08il faut qu'elle soit la moins chère possible.
05:10Or, au travers du prix unique du livre,
05:11on a maintenu un prix du livre élevé
05:13pour sauver non pas le lecteur,
05:14mais pour sauver le libraire.
05:16Or, l'enjeu de la culture,
05:17c'est le lecteur.
05:18L'enjeu de la culture, c'est le spectateur.
05:19L'enjeu de la culture, c'est celui qui va...
05:20– Vous dites que ce n'est pas là où c'est vendu.
05:22– Ce n'est pas là où...
05:23Et donc, la dernière remarque que je ferai,
05:26c'est qu'effectivement,
05:28quand il y a des mécènes,
05:29le choix est fait par le mécène.
05:31Quand il y a des fonds publics,
05:33le choix est fait par des fonctionnaires.
05:35Et je pense que, historiquement,
05:37les mécènes ont une capacité
05:38à s'entourer de bons goûts
05:40plus que les fonctionnaires.
05:42Donc, l'avantage de la privatisation,
05:44c'est...
05:44– Le bon goût, Jean-Marc.
05:46Non, le monopole du bon goût
05:48n'appartient pas au secteur privé.
05:49– Le secteur privé...
05:50– Non, mais le secteur privé
05:52c'est de la confiance,
05:53alors que le secteur public...
05:54– Jean-Marc, le secteur privé...
05:54– Donc, vous dites quand même
05:55que privatisez le Louvre.
05:56– Oui, le secteur privé
05:57va aller chercher des rendements.
06:00Donc, il va aller chercher des expositions,
06:02il va faire des choix artistiques
06:04qui sont des choix bankables,
06:05pas des choix qui relèvent, effectivement,
06:07d'une forme d'objectivité artistique.
06:10Et puis moi, je ne suis pas d'accord.
06:11Je pense qu'il faut retrouver...
06:13Alors, là où je suis d'accord,
06:14c'est que cette socialisation
06:17des moyens de production de la culture,
06:19c'est-à-dire cette culture publique,
06:21elle a été totalement pervertie
06:22par une espèce d'esprit
06:24jack-languien, on va dire,
06:26de culture bobo-gaucho-élitisto-mondaine.
06:29Mais ce n'était pas l'esprit...
06:31Moi, je dis, il faut retrouver
06:32l'esprit de Malraux.
06:33Il faut retrouver l'esprit de Malraux,
06:34il faut refaire souffler.
06:36Regardez quand même...
06:36– Ce n'est pas de la faute de Jack Lang
06:37si personne ne va voir de l'art lyrique.
06:38– Non, mais attendez,
06:39cette vision de l'art élitiste
06:42qui a été développée,
06:43notamment dans le financement du cinéma,
06:44de la culture, etc.
06:46En gros, si vous voulez,
06:47je ne dis pas non plus
06:48qu'il faut aller vers
06:50une espèce d'élitisme absolu.
06:53Mais il y a quand même
06:54une culture publique.
06:55Moi, je suis désolé,
06:55quand vous aviez le festival d'Avignon
06:57auquel Jean-Marc continue d'aller
06:59à six mois tous les ans,
07:00c'était au départ public.
07:02Quand vous aviez Malraux
07:04qui faisait des maisons de la culture
07:05et de la jeunesse
07:06pour que tout le monde,
07:07y compris dans les quartiers
07:08les plus modestes,
07:09puisse accéder à la culture.
07:10Voilà, c'était ça,
07:11une vraie politique culturelle.
07:12Ce n'est pas effectivement
07:13la politique culturelle
07:14de la gauche bobo-sociale.
07:16Allez, c'est reparti
07:16pour un petit coup sur Jack Lang.
07:17Et c'est un infini !
07:18Un mot, je vais au festival d'Avignon
07:20parce qu'il y a le off
07:21et je dénonce le réalisme socialiste
07:24tel qu'il est...
07:25Je viens de vous donner la parole.
07:26Vous êtes le premier
07:26à aller voir les productions
07:27de la comédie française.
07:28Certes, mais je vais aussi
07:29voir le off au festival d'Avignon.
07:30Allez.
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