00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Emmanuel, vous avez très envie de parler culture ce matin avec le départ de Laurence Descartes
00:05qui a donc démissionné du lourd.
00:07La présidente de l'institution estime que sa présence ne permet pas de lever les obstacles,
00:10la transformation et la modernisation du musée.
00:13Parmi les défis qu'elle a mis en avant, la concurrence des fondations privées.
00:17D'où cette question, culture, où trouver l'argent ?
00:19Où trouver l'argent ?
00:21Il faut trouver de l'argent public parce qu'on ne peut pas privatiser totalement la culture
00:28et objectivement, quand vous regardez ce que représente le budget de la culture
00:33par rapport à ce que rapporte la culture,
00:36franchement, je pense que ce n'est pas un véritable sujet.
00:39C'est-à-dire que c'est un bon investissement ?
00:40C'est peut-être le meilleur investissement, c'est l'investissement le plus rentable qu'on puisse faire.
00:46Qu'est-ce que vous avez aujourd'hui en matière d'attractivité pour la France ?
00:50Grosso modo, vous avez finalement Disney, vous avez l'électricité pour les industriels
00:54et vous avez notre patrimoine culturel, notre patrimoine, pour le reste, gastronomique, etc.
01:01Tout ça, on le connaît et c'est en partie pour ça que les gens viennent,
01:03mais on ne le valorise pas beaucoup.
01:04Donc, objectivement, moi je suis pour qu'on continue à avoir une culture
01:10financée largement par le public et des musées financés largement par le public
01:15parce que le marché, il faut toujours rappeler qu'en matière de culture,
01:18ça finance quand même, même si on parle de culture, uniquement ce qui rapporte,
01:22alors que l'État, ça finance ce qui compte et ce qui compte, ça va bien au-delà de la
01:27culture.
01:27Si on a une fréquentation des musées qui est plus élevée qu'ailleurs,
01:31on a la moitié des Français qui disent quand même qu'ils vont régulièrement au musée.
01:36Vous n'avez pas ces statistiques-là aux États-Unis.
01:37Quand vous regardez les prix d'entrée dans les musées français,
01:40vous êtes deux fois moins cher que la plupart des musées de tous les autres grands pays.
01:44Il y a beaucoup de gens qui ne payent pas avec des cartes, machin.
01:46Il y a beaucoup de gens qui ne payent pas et c'est en partie gratuit.
01:48Donc franchement, moi je pense que globalement,
01:50on a intérêt à continuer à avoir une politique culturelle, encore une fois,
01:55qui soit indépendante, même s'il y a certains abus, je vous le conseille.
01:59Juste avant de donner la parole à Jean-Marc,
02:00l'argent public, vous allez le chercher sur les impôts locaux,
02:02vous faites une taxe sur les billets Disney,
02:05vous prenez l'argent où en fait ?
02:06Alors concrètement, je ne vois pas pourquoi on ne continuerait pas à financer,
02:11encore une fois, le budget de la culture avec l'argent public,
02:14avec les impôts d'aujourd'hui.
02:16Enfin, c'est ridicule comme budget, c'est ridicule.
02:18Donc je ne vois pas pourquoi on ferait des économies sur un des postes
02:23qui est les plus générateurs de recettes, notamment pour le tourisme.
02:26Et encore une fois, les musées et la culture financée par le privé,
02:31ce n'est pas la même chose.
02:33Il y a une culture qui n'est pas réductible à la commercialisation
02:37et ça, le privé ne peut pas assumer ça.
02:40Jean-Marc.
02:41Alors là où je serais totalement d'accord avec Emmanuel,
02:43c'est sur le fait que c'est un enjeu très important.
02:45Et je n'arrête pas de dire ici que c'est tout aussi noble
02:48d'être conservateur de musées que d'être ingénieur dans des usines automobiles.
02:53Et néanmoins, pour prendre cet exemple,
02:55je rappelle qu'il y a un an, le président de la République,
02:58parlant du projet du Grand Louvre,
02:59alors qu'il a une politique industrielle,
03:02qu'il est prêt à subventionner des gens
03:03qui vont défigurer le massif central pour aller chercher du lithium,
03:06ou qui vont essayer d'embaucher des gens à Dunkerque
03:09pour produire des semi-conducteurs alors que personne ne veut y aller.
03:12Et que ça ne sert à rien, oui.
03:13Et il a dit, mais rassurez-vous,
03:15les 800 millions d'euros dont nous avons besoin,
03:18le contribuable ne sera pas appelé à les couvrir.
03:21Nous allons faire appel au secteur privé.
03:23Et il avait annoncé que ce programme de 800 millions
03:25serait directement financé par les mécènes.
03:27C'est-à-dire que le personnage qui est au centre de la politique,
03:31qui est le personnage le plus important normalement,
03:33le dit bien, écoutez, la culture,
03:34c'est des mécènes qui doivent payer.
03:36Alors, c'est quoi l'enjeu ?
03:37L'enjeu, c'est le budget du ministère de la Culture,
03:39c'est 8 milliards.
03:40Sur ces 8 milliards, en fait,
03:41il y a 4 milliards pour l'audiovisuel public,
03:43que je mets à part,
03:43et qui font l'objet en ce moment d'une commission d'enquête.
03:46Et puis, il y a 4 milliards pour le ministère de la Culture,
03:49stricto sensu.
03:50Je pense que ce n'est pas assez.
03:52Et ce n'est pas assez parce que le ministère,
03:54l'État n'a pas les moyens, effectivement,
03:56de mettre l'argent qu'il faut dans ces objets culturels.
03:59On voit dans quel état est le Louvre.
04:00C'est-à-dire que le Louvre, la sécurité,
04:02je ne reviens pas sur ce qui s'est passé au mois d'octobre,
04:04mais il y a des fuites d'eau partout.
04:08Et systématiquement, effectivement,
04:10on voit que l'équipement a vieilli,
04:12est mal entretenu,
04:13et ne correspond pas aux attentes normales
04:15de ce que devrait être un musée.
04:17En outre, sur le plan de la théorie économique,
04:20on dit bien que les biens culturels ont deux problèmes.
04:21Un premier problème, c'est qu'ils sont en robin des bois inversés.
04:24C'est-à-dire que si vous les faites payer par l'argent public,
04:26en fait, vous apercevez que les grands bénéficiaires,
04:29c'est plutôt les classes aisées
04:30que les classes les plus populaires.
04:32C'est-à-dire qu'au sein des contribuables,
04:34tout le monde paie,
04:34mais en revanche, ceux qui en bénéficient,
04:36c'est plutôt les gens les plus aisés.
04:37Ce n'est pas vrai systématiquement pour les musées.
04:40Pour le théâtre, ça, c'est vrai.
04:40Mais pour le théâtre et pour l'art lyrique,
04:42donc l'OCDE fait des études sur l'art lyrique
04:44qui montrent que l'art lyrique,
04:46c'est l'archétype du système
04:47le plus anti-redistributif qu'il soit.
04:49C'est-à-dire que tout le monde paie
04:50et n'y vont qu'une partie très, très minoritaire
04:52de la population qui a pu mettre beaucoup d'argent
04:54pour payer le billet initialement.
04:56Le deuxième enjeu, c'est qu'effectivement,
04:58la politique qui a été menée
04:59est une politique dans laquelle
05:00nous avons eu, au travers notamment
05:02du prix unique du livre,
05:03là aussi une exclusion
05:05d'une partie de la population.
05:06Si on veut rendre la culture accessible,
05:08il faut qu'elle soit la moins chère possible.
05:10Or, au travers du prix unique du livre,
05:11on a maintenu un prix du livre élevé
05:13pour sauver non pas le lecteur,
05:14mais pour sauver le libraire.
05:16Or, l'enjeu de la culture,
05:17c'est le lecteur.
05:18L'enjeu de la culture, c'est le spectateur.
05:19L'enjeu de la culture, c'est celui qui va...
05:20– Vous dites que ce n'est pas là où c'est vendu.
05:22– Ce n'est pas là où...
05:23Et donc, la dernière remarque que je ferai,
05:26c'est qu'effectivement,
05:28quand il y a des mécènes,
05:29le choix est fait par le mécène.
05:31Quand il y a des fonds publics,
05:33le choix est fait par des fonctionnaires.
05:35Et je pense que, historiquement,
05:37les mécènes ont une capacité
05:38à s'entourer de bons goûts
05:40plus que les fonctionnaires.
05:42Donc, l'avantage de la privatisation,
05:44c'est...
05:44– Le bon goût, Jean-Marc.
05:46Non, le monopole du bon goût
05:48n'appartient pas au secteur privé.
05:49– Le secteur privé...
05:50– Non, mais le secteur privé
05:52c'est de la confiance,
05:53alors que le secteur public...
05:54– Jean-Marc, le secteur privé...
05:54– Donc, vous dites quand même
05:55que privatisez le Louvre.
05:56– Oui, le secteur privé
05:57va aller chercher des rendements.
06:00Donc, il va aller chercher des expositions,
06:02il va faire des choix artistiques
06:04qui sont des choix bankables,
06:05pas des choix qui relèvent, effectivement,
06:07d'une forme d'objectivité artistique.
06:10Et puis moi, je ne suis pas d'accord.
06:11Je pense qu'il faut retrouver...
06:13Alors, là où je suis d'accord,
06:14c'est que cette socialisation
06:17des moyens de production de la culture,
06:19c'est-à-dire cette culture publique,
06:21elle a été totalement pervertie
06:22par une espèce d'esprit
06:24jack-languien, on va dire,
06:26de culture bobo-gaucho-élitisto-mondaine.
06:29Mais ce n'était pas l'esprit...
06:31Moi, je dis, il faut retrouver
06:32l'esprit de Malraux.
06:33Il faut retrouver l'esprit de Malraux,
06:34il faut refaire souffler.
06:36Regardez quand même...
06:36– Ce n'est pas de la faute de Jack Lang
06:37si personne ne va voir de l'art lyrique.
06:38– Non, mais attendez,
06:39cette vision de l'art élitiste
06:42qui a été développée,
06:43notamment dans le financement du cinéma,
06:44de la culture, etc.
06:46En gros, si vous voulez,
06:47je ne dis pas non plus
06:48qu'il faut aller vers
06:50une espèce d'élitisme absolu.
06:53Mais il y a quand même
06:54une culture publique.
06:55Moi, je suis désolé,
06:55quand vous aviez le festival d'Avignon
06:57auquel Jean-Marc continue d'aller
06:59à six mois tous les ans,
07:00c'était au départ public.
07:02Quand vous aviez Malraux
07:04qui faisait des maisons de la culture
07:05et de la jeunesse
07:06pour que tout le monde,
07:07y compris dans les quartiers
07:08les plus modestes,
07:09puisse accéder à la culture.
07:10Voilà, c'était ça,
07:11une vraie politique culturelle.
07:12Ce n'est pas effectivement
07:13la politique culturelle
07:14de la gauche bobo-sociale.
07:16Allez, c'est reparti
07:16pour un petit coup sur Jack Lang.
07:17Et c'est un infini !
07:18Un mot, je vais au festival d'Avignon
07:20parce qu'il y a le off
07:21et je dénonce le réalisme socialiste
07:24tel qu'il est...
07:25Je viens de vous donner la parole.
07:26Vous êtes le premier
07:26à aller voir les productions
07:27de la comédie française.
07:28Certes, mais je vais aussi
07:29voir le off au festival d'Avignon.
07:30Allez.
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