00:00BFM Bourse, l'émission où on déconstruit, où on tord le coup aux idées reçues et aux clichés de marché.
00:05Et on va s'y atteler avec Bertrand Puif de Fidelity. Bonjour.
00:08Bonjour.
00:09Merci d'être là, comme régulièrement à l'antenne, pour BFM Bourse.
00:14Et pour honorer ce bullshit-omètre, vous nous parlez du secteur des médias.
00:20Et vous estimez que le secteur des médias qui ne présenterait pas d'intérêt en bourse, c'est du bullshit.
00:29Vous foudroyez cette idée que le secteur des médias contre-performe par rapport aux autres secteurs en bourse.
00:36On est quand même en baisse de 11% depuis le début de l'année.
00:39On ne perd pas loin d'un tiers de la valeur sur un an si on regarde les indices sectoriels.
00:43Ce n'est pas le secteur le plus porteur, on va dire.
00:46Alors c'est simple, c'est le pire secteur en termes de performance boursière.
00:50C'est le pire secteur, d'accord.
00:50Donc effectivement, de ce point de vue-là, ça n'apparaît pas forcément comme étant un vivier d'opportunités.
00:57Mais quand on creuse, une très grande partie de cette sous-performance est liée à la thématique de l'intelligence
01:03artificielle.
01:04Parce que beaucoup de ces valeurs-là ont été mises dans les fameux paniers short intelligence artificielle de certains brokers.
01:11Et c'est vrai que le secteur est tellement diversifié qu'on trouve des acteurs effectivement qui vont être impactés.
01:16Certains vont l'être plus que d'autres et certains vont même ne pas l'être.
01:19Et donc c'est vrai que le secteur a baissé d'une manière un peu agressive et sans qu'il
01:24y ait vraiment de sélection de la part des investisseurs.
01:27Et on pense, nous, que c'est le moment justement d'aller regarder les sociétés qui ont pâti de faire
01:32partie de ce groupe-là, de ce secteur-là,
01:34mais qui vont peut-être moins pâtir dans l'intelligence artificielle ou même peut-être en bénéficier en net.
01:41Donc il y a un certain nombre d'opportunités.
01:43C'est-à-dire que c'est un peu comme en jardinage, c'est-à-dire que plus on coupe,
01:46plus ça repousse bien.
01:48Voilà, exactement.
01:49C'est un peu le métaphore, Antoine.
01:50Mais par exemple, quand on prend la publicité, on peut penser que l'intelligence artificielle va permettre de sélectionner les
01:55profils de manière beaucoup plus fine
01:57et de permettre aux gens comme Publicis de vendre des publicités beaucoup plus chères.
02:00Et puis il y a quelque chose de très contre-intuitif dans cette espèce de mode qui avait tiré à
02:04vue sur n'importe quel secteur
02:05qui allait être disrupté par Claude ou n'importe quel autre agent d'IA.
02:13C'était de se dire, mais non, la force de ces groupes justement, c'est de rendre l'IA plus
02:17puissante.
02:18Ils en ont besoin.
02:19Publicis, c'est une formidable mine de données.
02:22Ipsos, tiens, on en parlait, ils ont fait des super résultats hier et le titre a bondi.
02:28Non, ça ne va pas détruire de la valeur.
02:29Au contraire, ça va en co-construire avec l'IA.
02:32Et c'est peut-être justement sur cette conscience-là, après qu'il y ait eu un écrémage un petit
02:37peu indistinct,
02:39qu'il est question de replanter les graisses.
02:42Voilà, et effectivement, il y a deux sous-segments qui ont été très fortement touchés.
02:45C'est les places de marché, par exemple, les auto-traders, auto-one, où on va vendre sa voiture, par
02:51exemple,
02:51de particulier à particulier, l'équivalent du Boncoin, qui n'est pas coté.
02:58Et donc ça, ça a effectivement beaucoup, beaucoup pâti.
03:00Et l'autre secteur, c'est le secteur des bases de données, puisque on imagine que l'IA va les
03:04remplacer.
03:04Mais des sociétés, par exemple, comme Volter's Kluivert ou Rolex,
03:08qui publient déjà des magazines, qui publient des livres pour les livres scolaires,
03:13et qui ont également une activité de base de données pour fournir à des acteurs spécialisés,
03:17que ce soit les pharmacies ou des réseaux de distribution.
03:19Ces acteurs-là ont vu leur multiple, parce que c'est quand même des sociétés qui sont structurées dans la
03:24croissance,
03:24passées de 24 fois à 14 fois, donc 10 points de moins, en deux ans.
03:29C'est quand même un « de-rating », entre guillemets, qui est assez massif.
03:32On n'a rarement vu ça.
03:33Sabrina ?
03:33Justement, vous évoquez les « de-rating », etc.
03:36Donc, qu'est-ce qu'il faut, sur quoi il faudrait investir sur ce secteur
03:40qui a été massacré, justement, par les craintes, les doutes sur leur capacité à prendre le relais de l'IA,
03:49en tout cas ?
03:49Alors, justement, nous, on pense que ces places de marché, notamment au niveau de l'automobile,
03:56seront peu affectées, au départ, contrairement à ce que le marché pense.
04:00Donc, des sociétés comme AutoOne, AutoTrader, qui ont perdu jusqu'à 40% de leur valeur.
04:06On peut aller rechercher, effectivement, de les acheter à bon compte aujourd'hui.
04:10Une société également nordique, qui s'appelle Vente, qui est l'équivalent de Le Bon Coin,
04:17différentes appellations, mais Le Bon Coin dans les pays nordiques.
04:20Ça aussi, c'est quelque chose qui a perdu, on va dire, 50% de sa valeur.
04:23Côté où ?
04:24Donc, c'est coté sur le marché norvégien.
04:26Donc, c'est intéressant.
04:27Et alors là, puis surtout, il y a des sociétés qui ne sont absolument pas impactées.
04:30JC Decaux, là, pour le coup, l'impact de l'affichage, effectivement, là, on a du mal,
04:37on essaie de trouver, mais on n'arrive pas à trouver l'angle, qui, lui aussi, a pâti
04:41de son appartenance au secteur et qui apparaît être une bonne opportunité aujourd'hui
04:44sur une valeur de qualité.
04:45Même si certaines mairies souhaitent réduire, on va dire, la publicité sur les affichages,
04:52etc., qui est un peu qualifiée de pollution ?
04:56Il y aura toujours des élections.
04:57Mais bien sûr, je sais bien.
04:58On aura toujours besoin d'affiches pour les élections.
05:01Oui, mais la publicité visible, là, les affiches, est-ce que ça peut...
05:05Le point positif, c'est que le marché, de notre point de vue, a déjà fait le travail,
05:08puisque, de manière agrégée, le secteur, on l'attendait en croissance sur les 3-4 prochaines
05:12années de 9%, et en fait, le marché, sur les 18 derniers mois, a baissé à 7% de croissance.
05:18Donc, c'est quand même deux points de croissance de moins, en très grande partie, liés à
05:21l'intelligence artificielle.
05:21Donc, le travail, je pense, effectivement, a déjà été fait par le marché.
05:25Les valorisations n'ont jamais été aussi peu chères.
05:29Légalement, c'est le secteur le plus shorté, après l'automobile, quand même.
05:33Donc, il faut le faire.
05:35C'est ce que j'allais vous dire.
05:37Est-ce qu'il n'y a pas 2-3 traders et 2-3 institutions financières qui ont participé
05:42à ce bousillage général ces dernières semaines, qui ne se sont pas dit, à un moment donné,
05:47oui, mais ce n'est pas l'IA qui va livrer ma pizza, ce n'est pas l'IA qui
05:51va inventer
05:51des pubs à la place des pubs bars les plus talentueux de la Terre.
05:55La preuve, les algorithmes et les systèmes de recherche automatisés, ça existe depuis
05:58des années, ils ne sont jamais arrivés à faire mieux.
06:01Au contraire, c'est des sociétés qui sont dans le viseur de l'IA pour recueillir encore
06:06plus de données.
06:06C'est un gage d'efficacité.
06:07Est-ce que vous pensez, justement, qu'il n'y a pas de quoi se mordre un petit peu
06:10les droits et revenir en force sur ces secteurs-là ?
06:13Effectivement, on est dans l'excès.
06:15Après, la problématique, c'est comme la valorisation du marché américain, on sait
06:18qu'elle n'est pas soutenable, mais on peut encore avoir 6 mois, 18 mois de marché
06:23bien orienté.
06:24Là, c'est un peu pareil.
06:25C'est-à-dire qu'on peut rester dans cette thématique gagnant-perdant pendant encore
06:286 mois, 1 an, 18 mois, mais clairement, c'est intéressant de commencer graduellement
06:32à se repositionner, pas faire des positions non plus trop agressives pour aller jouer.
06:36On l'a vu, par exemple, sur les sociétés de software qui, de trimestre après trimestre,
06:40continuent à baisser, à baisser, à baisser, qui déjà n'étaient pas chers il
06:42y a 12 mois en relatif à l'heure historique et qui sont encore moins chers aujourd'hui.
06:46Donc, c'est vrai qu'il faut vraiment y aller graduellement, mais à un moment donné,
06:49et on ne sait jamais pourquoi, sinon ce serait déjà le cas, ce n'est pas par avance le
06:53catalyste, mais il va y avoir un catalyste qui va faire qu'on va sortir de ce trade un
06:57peu basique, binaire, entre perdant et gagnant de l'intelligence artificielle.
07:01– Bertrand Puif, c'est vrai qu'au sein de ce secteur des médias, on a beaucoup parlé
07:06du marketing, de l'affichage, de la pub, etc. Bon, il y a aussi les sociétés de médias
07:10elles-mêmes. Les TF1, les M6, on a pu voir sur les dernières publications, la pub, ça
07:15ne va pas du tout, c'est les hyperscalers américains qui trustent tout, c'est YouTube
07:18qui réinvente la télé, avec des enfants qui ne comprennent pas pourquoi on s'assoit
07:23à 20 heures devant la télé pour regarder un journal. Ok. La disruption, là, elle continue
07:27et elle est de long terme. – Voilà, donc effectivement, il y a des segments, là, on a parlé des
07:30segments
07:31qui étaient un peu à tort affectés pour serment, mais il y en a qui, effectivement,
07:35malheureusement, ont une problématique de déclin structurel et qui vont devoir se réinventer
07:39d'une manière ou d'une autre. Et effectivement, les télés, voilà, après, dans les télés,
07:43on a, par exemple, des sociétés comme M6 qui n'ont que 10% de rendement du dividende.
07:47Donc, voilà, mais ça devient des dossiers un peu deep value, avec le risque qu'on soit
07:52dans le value trap, c'est-à-dire qu'effectivement, au-delà du dividende, on n'a pas grand-chose,
07:56avec un risque à moyen terme qu'effectivement, les cash flows soient sous pression
07:59et que les dividendes eux-mêmes baissent. – Bertrand Puif, Fidelity, merci d'avoir été
08:03avec nous pour le Bullshit-O-Med.
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