00:00Le jingle était coincé. Focus donc ce matin sur l'Inde et son développement économique.
00:04Notre invité c'est Claude Banchemaison. Bonjour, vous êtes ancien ambassadeur de France.
00:09En Inde notamment, puisque vous l'avez été également en Russie, au Vietnam ou en Espagne.
00:14On disait hier que les GAFAM mettaient clairement le cap sur l'Inde.
00:18Il y a Amazon qui a annoncé 35 milliards de dollars d'investissement d'ici 2030.
00:22Microsoft 17 milliards de dollars, tout ça pour développer l'intelligence artificielle là-bas.
00:28Comment vous analysez ces annonces ? Est-ce que clairement c'est devenu une terre d'intelligence artificielle l'Inde ?
00:33Je crois que l'Inde est le pays le plus courtisé du monde, politiquement et économiquement.
00:39Pourquoi ? Parce que d'abord le gouvernement de Narendra Modi, qui présente quelques inconvénients sur le plan politique,
00:46est en fait un gouvernement pro-business, qu'il est favorable au développement économique.
00:51Et qu'en effet, M. Modi n'a pas beaucoup de choix pour absorber les vagues démographiques qui sont importantes chaque année.
00:59Vous savez que l'Inde est maintenant le pays le plus peuplé du monde, 1,4 milliard d'habitants.
01:05Chaque année, il faut absorber quelques centaines de milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
01:10Par conséquent, il faut que le taux de croissance soit environ de 7%.
01:14Ce qui est le cas. Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde aujourd'hui qui ont un taux de croissance d'environ 7%.
01:18Le Vietnam peut-être, mais pas beaucoup d'autres.
01:21Et effectivement, le fait que l'Inde fabrique chaque année quelques dizaines de milliers d'ingénieurs,
01:28fait que c'est aussi un climat favorable pour les investissements dans la tech, effectivement.
01:34Et qu'au fur et à mesure qu'il y a ces investissements, les formations évoluent pour fournir justement des ingénieurs qualifiés
01:41aux gens qui viennent investir dans la tech.
01:43Climat favorable, mais code du travail compliqué.
01:46Il y a eu donc cette annonce sur l'évolution du code du travail indien.
01:49Il fallait changer les choses pour justement attirer les investisseurs étrangers.
01:53Oui, alors ça s'est fait progressivement.
01:55On en parle maintenant parce que Modi a réuni dans des codes, en réalité dans 4 codes,
02:00une trentaine de lois qui ont été modifiées au cours des années précédentes.
02:04Ce qu'il faut voir, c'est que ça s'applique quand même à une part assez limitée de la population,
02:09puisque environ 80% de l'économie indienne reste informelle.
02:15Donc effectivement, les gens qui sont dans le secteur informel ne sont pas vraiment soumis aux différentes lois du travail.
02:21Par contre, ceux qui sont...
02:22C'est énorme le chiffre que vous nous donnez.
02:23C'est en effet énorme, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient.
02:27C'est évidemment un inconvénient pour les gens qui travaillent dans le secteur informel,
02:31mais c'est un élément de souplesse considérable pour le pays, en effet.
02:35J'ajoute qu'on ne le sait pas tout à fait, mais dans ce pays, 60% de la population vit encore en zone rurale.
02:42Ça ne veut pas dire qu'ils sont agriculteurs.
02:44Ça veut dire qu'ils vivent éventuellement dans des petits villages ou dans des petites villes qui sont en zone rurale.
02:48Et que le gouvernement indien fait tout pour maintenir cette situation en créant des emplois dans ces petites villes rurales
02:56pour éviter un exode massif, parce qu'en effet, il y a des réserves énormes de gens qui veulent aller dans les grandes villes,
03:03dans les grandes métropoles.
03:04Et vous savez qu'en Inde, il y a une cinquantaine de villes qui font plus de 10 millions d'habitants.
03:09Donc ça n'a rien à voir avec notre échelle européenne.
03:13Annalisa ?
03:13Claude Blanchemaison, on sait que cette réforme va augmenter les coûts pour les PME,
03:17puisqu'il y aura un salaire minimum national qui reste à déterminer.
03:21Il y aura la sécurité sociale étendue à plusieurs travailleurs.
03:24Il y aura plus de liberté pour les femmes qui pourront travailler la nuit.
03:28Donc on sait que ça va augmenter les coûts pour les petites et moyennes entreprises.
03:31Est-ce que vous pensez que c'est une opportunité pour les travailleurs en revanche ?
03:34Oui. Alors simultanément, comme vous le savez, le seuil à partir duquel ces règles s'appliquent
03:38est relevé de 100 000 employés à 300 000.
03:44On l'a en tout cas remonté, pardon, de 100 à 300, excusez-moi, je me suis trompé.
03:50Et donc ça veut dire que les petites et moyennes entreprises ne seront pas nécessairement concernées.
03:55Mais ça sera en effet les moyennes entreprises, celles qui sont plus grandes,
03:59celles qui sont très importantes pour le tissu industriel indien,
04:01qui vont être affectées.
04:03Oui, ça va relever le coût, mais actuellement, comme vous le savez,
04:07le coût moyen est très faible, puisque en réalité ça dépend des États.
04:12Il y a une règle qui s'applique aux 29 États et 7 parties de l'Inde
04:19qui sont directement gérées par Delhi, par la capitale.
04:23Mais effectivement, le socle commun dans la fédération, il est à un niveau très bas,
04:29parce qu'il est forcément aligné sur le plus bas niveau des États.
04:32Oui, la constitution indienne est un peu bizarre,
04:34il y a des sujets qui relèvent de la fédération,
04:37des sujets qui relèvent des États,
04:39et des sujets comme les sujets sociaux qui relèvent des deux.
04:41Alors les deux, ça veut dire qu'il y a des règles globales
04:44qui s'appliquent à toute l'Inde,
04:45et puis chaque État ensuite ajuste.
04:47Et à l'intérieur de chaque État, évidemment, les grandes métropoles
04:50ont des règles plus favorables aux salariés que les petites villes.
04:55Donc il y a toute une gamme de différenciations
04:59qui est prévue dans ce nouveau code.
05:01En fait, c'est tellement bas que ça ne peut que remonter, le salaire minimum.
05:04Oui, bien sûr, mais il est tellement bas, en effet,
05:07qu'il ne peut que remonter.
05:08Et il est encore, évidemment, beaucoup plus bas, finalement, que la Chine,
05:11puisqu'il y a une délocalisation qui s'est faite ces dernières années
05:14de la Chine vers l'Inde,
05:16mais aussi vers des pays où les salaires sont encore plus bas,
05:19comme l'Indonésie et le Vietnam.
05:21Vous parliez de ces millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
05:24Est-ce que l'Inde a une difficulté similaire à la Chine
05:27où on parle d'un chômage de 20% de toute une classe d'âge,
05:31notamment éduquée, qui est diplômée, qui ne trouve pas d'emploi ?
05:35Oui, absolument.
05:36Mais justement, je crois que les investissements étrangers
05:39devraient permettre d'adapter la formation,
05:42parce que les grands groupes vont s'en préoccuper,
05:45pour former des ingénieurs ou des techniciens
05:48qui soient directement employables.
05:50Mais actuellement, bien entendu, il y a une disparité
05:53entre le type de formation et les besoins de l'économie.
05:57Et donc, il y a un certain nombre de jeunes diplômés
05:58qui ne trouvent pas de travail,
06:00qui quelquefois s'expatrie.
06:03Et effectivement, vous savez qu'il y a environ
06:05une trentaine de millions d'Indiens qui vivent à l'étranger.
06:09Et puis, vous savez aussi que,
06:11pour ce qui est des personnels non qualifiés,
06:13l'Inde a de la main d'œuvre à exporter.
06:15Même M. Poutine est venu chercher en Inde
06:18des gens pour travailler dans les usines russes,
06:22puisque les usines russes, évidemment,
06:24ont été un peu dépeuplées par le recrutement de militaires.
06:27On aura à 7h45, Guillaume Darouzet,
06:30qui est le directeur général de la marque Yves Rocher.
06:31Il se lance en Inde, c'est pour ça qu'il vient ce matin.
06:34Mais il fait le choix, non pas d'ouvrir des boutiques,
06:36parce qu'il dit que c'est trop compliqué,
06:37que ça ne correspond pas au marché,
06:38mais de s'associer à une marque sur place
06:40qui va distribuer les produits Yves Rocher.
06:42Ça reste compliqué aujourd'hui pour une marque étrangère
06:45de s'implanter en Inde ?
06:46Oui, c'est la bonne méthode.
06:47d'avoir un distributeur local,
06:49en tout cas de commencer comme ça,
06:50parce que, bien entendu,
06:53il y a très peu de grandes surfaces,
06:55ce n'est pas dans les habitudes indiennes,
06:57et les magasins indiens, pour nous,
06:59sont totalement archaïques.
07:01Les modes de distribution sont très archaïques,
07:04donc c'est bien de s'adapter au marché indien
07:06en s'associant à une entreprise locale
07:09qui, en effet, assurera la distribution.
07:11Ça reste compliqué, quand même,
07:12pour une marque étrangère de...
07:14Ah oui, la distribution est très archaïque,
07:16et nos grandes surfaces ont un mal fou
07:19à s'implanter en Inde.
07:20Merci beaucoup, Claude Blanche-Maison,
07:22d'être venu ce matin,
07:22dans la matinale de l'économie.
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