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  • il y a 4 semaines
Ce jeudi 11 décembre, Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France à New Delhi et Moscou, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur la croissance économique de l'Inde et son pool d'ingénieurs qualifiés, deux atouts qui attirent les investissements dans la tech et l'intelligence artificielle, avant de parler de la réforme du code du travail, une priorité du gouvernement indien pour protéger le droit des travailleurs. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le jingle était coincé. Focus donc ce matin sur l'Inde et son développement économique.
00:04Notre invité c'est Claude Banchemaison. Bonjour, vous êtes ancien ambassadeur de France.
00:09En Inde notamment, puisque vous l'avez été également en Russie, au Vietnam ou en Espagne.
00:14On disait hier que les GAFAM mettaient clairement le cap sur l'Inde.
00:18Il y a Amazon qui a annoncé 35 milliards de dollars d'investissement d'ici 2030.
00:22Microsoft 17 milliards de dollars, tout ça pour développer l'intelligence artificielle là-bas.
00:28Comment vous analysez ces annonces ? Est-ce que clairement c'est devenu une terre d'intelligence artificielle l'Inde ?
00:33Je crois que l'Inde est le pays le plus courtisé du monde, politiquement et économiquement.
00:39Pourquoi ? Parce que d'abord le gouvernement de Narendra Modi, qui présente quelques inconvénients sur le plan politique,
00:46est en fait un gouvernement pro-business, qu'il est favorable au développement économique.
00:51Et qu'en effet, M. Modi n'a pas beaucoup de choix pour absorber les vagues démographiques qui sont importantes chaque année.
00:59Vous savez que l'Inde est maintenant le pays le plus peuplé du monde, 1,4 milliard d'habitants.
01:05Chaque année, il faut absorber quelques centaines de milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
01:10Par conséquent, il faut que le taux de croissance soit environ de 7%.
01:14Ce qui est le cas. Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde aujourd'hui qui ont un taux de croissance d'environ 7%.
01:18Le Vietnam peut-être, mais pas beaucoup d'autres.
01:21Et effectivement, le fait que l'Inde fabrique chaque année quelques dizaines de milliers d'ingénieurs,
01:28fait que c'est aussi un climat favorable pour les investissements dans la tech, effectivement.
01:34Et qu'au fur et à mesure qu'il y a ces investissements, les formations évoluent pour fournir justement des ingénieurs qualifiés
01:41aux gens qui viennent investir dans la tech.
01:43Climat favorable, mais code du travail compliqué.
01:46Il y a eu donc cette annonce sur l'évolution du code du travail indien.
01:49Il fallait changer les choses pour justement attirer les investisseurs étrangers.
01:53Oui, alors ça s'est fait progressivement.
01:55On en parle maintenant parce que Modi a réuni dans des codes, en réalité dans 4 codes,
02:00une trentaine de lois qui ont été modifiées au cours des années précédentes.
02:04Ce qu'il faut voir, c'est que ça s'applique quand même à une part assez limitée de la population,
02:09puisque environ 80% de l'économie indienne reste informelle.
02:15Donc effectivement, les gens qui sont dans le secteur informel ne sont pas vraiment soumis aux différentes lois du travail.
02:21Par contre, ceux qui sont...
02:22C'est énorme le chiffre que vous nous donnez.
02:23C'est en effet énorme, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient.
02:27C'est évidemment un inconvénient pour les gens qui travaillent dans le secteur informel,
02:31mais c'est un élément de souplesse considérable pour le pays, en effet.
02:35J'ajoute qu'on ne le sait pas tout à fait, mais dans ce pays, 60% de la population vit encore en zone rurale.
02:42Ça ne veut pas dire qu'ils sont agriculteurs.
02:44Ça veut dire qu'ils vivent éventuellement dans des petits villages ou dans des petites villes qui sont en zone rurale.
02:48Et que le gouvernement indien fait tout pour maintenir cette situation en créant des emplois dans ces petites villes rurales
02:56pour éviter un exode massif, parce qu'en effet, il y a des réserves énormes de gens qui veulent aller dans les grandes villes,
03:03dans les grandes métropoles.
03:04Et vous savez qu'en Inde, il y a une cinquantaine de villes qui font plus de 10 millions d'habitants.
03:09Donc ça n'a rien à voir avec notre échelle européenne.
03:13Annalisa ?
03:13Claude Blanchemaison, on sait que cette réforme va augmenter les coûts pour les PME,
03:17puisqu'il y aura un salaire minimum national qui reste à déterminer.
03:21Il y aura la sécurité sociale étendue à plusieurs travailleurs.
03:24Il y aura plus de liberté pour les femmes qui pourront travailler la nuit.
03:28Donc on sait que ça va augmenter les coûts pour les petites et moyennes entreprises.
03:31Est-ce que vous pensez que c'est une opportunité pour les travailleurs en revanche ?
03:34Oui. Alors simultanément, comme vous le savez, le seuil à partir duquel ces règles s'appliquent
03:38est relevé de 100 000 employés à 300 000.
03:44On l'a en tout cas remonté, pardon, de 100 à 300, excusez-moi, je me suis trompé.
03:50Et donc ça veut dire que les petites et moyennes entreprises ne seront pas nécessairement concernées.
03:55Mais ça sera en effet les moyennes entreprises, celles qui sont plus grandes,
03:59celles qui sont très importantes pour le tissu industriel indien,
04:01qui vont être affectées.
04:03Oui, ça va relever le coût, mais actuellement, comme vous le savez,
04:07le coût moyen est très faible, puisque en réalité ça dépend des États.
04:12Il y a une règle qui s'applique aux 29 États et 7 parties de l'Inde
04:19qui sont directement gérées par Delhi, par la capitale.
04:23Mais effectivement, le socle commun dans la fédération, il est à un niveau très bas,
04:29parce qu'il est forcément aligné sur le plus bas niveau des États.
04:32Oui, la constitution indienne est un peu bizarre,
04:34il y a des sujets qui relèvent de la fédération,
04:37des sujets qui relèvent des États,
04:39et des sujets comme les sujets sociaux qui relèvent des deux.
04:41Alors les deux, ça veut dire qu'il y a des règles globales
04:44qui s'appliquent à toute l'Inde,
04:45et puis chaque État ensuite ajuste.
04:47Et à l'intérieur de chaque État, évidemment, les grandes métropoles
04:50ont des règles plus favorables aux salariés que les petites villes.
04:55Donc il y a toute une gamme de différenciations
04:59qui est prévue dans ce nouveau code.
05:01En fait, c'est tellement bas que ça ne peut que remonter, le salaire minimum.
05:04Oui, bien sûr, mais il est tellement bas, en effet,
05:07qu'il ne peut que remonter.
05:08Et il est encore, évidemment, beaucoup plus bas, finalement, que la Chine,
05:11puisqu'il y a une délocalisation qui s'est faite ces dernières années
05:14de la Chine vers l'Inde,
05:16mais aussi vers des pays où les salaires sont encore plus bas,
05:19comme l'Indonésie et le Vietnam.
05:21Vous parliez de ces millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
05:24Est-ce que l'Inde a une difficulté similaire à la Chine
05:27où on parle d'un chômage de 20% de toute une classe d'âge,
05:31notamment éduquée, qui est diplômée, qui ne trouve pas d'emploi ?
05:35Oui, absolument.
05:36Mais justement, je crois que les investissements étrangers
05:39devraient permettre d'adapter la formation,
05:42parce que les grands groupes vont s'en préoccuper,
05:45pour former des ingénieurs ou des techniciens
05:48qui soient directement employables.
05:50Mais actuellement, bien entendu, il y a une disparité
05:53entre le type de formation et les besoins de l'économie.
05:57Et donc, il y a un certain nombre de jeunes diplômés
05:58qui ne trouvent pas de travail,
06:00qui quelquefois s'expatrie.
06:03Et effectivement, vous savez qu'il y a environ
06:05une trentaine de millions d'Indiens qui vivent à l'étranger.
06:09Et puis, vous savez aussi que,
06:11pour ce qui est des personnels non qualifiés,
06:13l'Inde a de la main d'œuvre à exporter.
06:15Même M. Poutine est venu chercher en Inde
06:18des gens pour travailler dans les usines russes,
06:22puisque les usines russes, évidemment,
06:24ont été un peu dépeuplées par le recrutement de militaires.
06:27On aura à 7h45, Guillaume Darouzet,
06:30qui est le directeur général de la marque Yves Rocher.
06:31Il se lance en Inde, c'est pour ça qu'il vient ce matin.
06:34Mais il fait le choix, non pas d'ouvrir des boutiques,
06:36parce qu'il dit que c'est trop compliqué,
06:37que ça ne correspond pas au marché,
06:38mais de s'associer à une marque sur place
06:40qui va distribuer les produits Yves Rocher.
06:42Ça reste compliqué aujourd'hui pour une marque étrangère
06:45de s'implanter en Inde ?
06:46Oui, c'est la bonne méthode.
06:47d'avoir un distributeur local,
06:49en tout cas de commencer comme ça,
06:50parce que, bien entendu,
06:53il y a très peu de grandes surfaces,
06:55ce n'est pas dans les habitudes indiennes,
06:57et les magasins indiens, pour nous,
06:59sont totalement archaïques.
07:01Les modes de distribution sont très archaïques,
07:04donc c'est bien de s'adapter au marché indien
07:06en s'associant à une entreprise locale
07:09qui, en effet, assurera la distribution.
07:11Ça reste compliqué, quand même,
07:12pour une marque étrangère de...
07:14Ah oui, la distribution est très archaïque,
07:16et nos grandes surfaces ont un mal fou
07:19à s'implanter en Inde.
07:20Merci beaucoup, Claude Blanche-Maison,
07:22d'être venu ce matin,
07:22dans la matinale de l'économie.
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