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  • il y a 10 mois
Ce jeudi 8 janvier, Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France à Moscou, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont discuté de l'actuelle démonstration de puissance pure sur la scène internationale et de l'avancement de l'accord de paix en Ukraine. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin dans le monde qui bouge, c'est Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France à Moscou.
00:04Notamment, vous l'avez été également au Vietnam, en Inde, en Espagne. Bonjour, merci d'être avec nous.
00:08Ce matin, votre travail à vous, c'est la diplomatie.
00:11Ça devient quand même compliqué dans un monde où c'est désormais le rapport de force qui est ce qui dirige aujourd'hui le monde.
00:18On a vu le droit international bafoué en début de semaine.
00:21Comment on navigue ? C'est quoi votre sentiment ce matin ?
00:25Vous dites depuis lundi, le monde a changé ou c'est comme d'habitude, mais c'est juste qu'on découvre ?
00:32C'est comme d'habitude, mais les masques sont tombés.
00:34En effet, le rapport de force n'a plus aucun scrupule à se manifester à l'état brutal, à l'état pur,
00:42sans habiller cela avec des considérations de principes généraux, internationaux,
00:49de défense des populations civiles, de défense de la démocratie, etc.
00:53C'est maintenant les intérêts des grands États, des grands prédateurs.
00:58Avec cette innovation, c'est qu'on découvre que les membres permanents du Conseil de sécurité à l'ONU,
01:04avant on savait qu'il y avait un prédateur, c'était le russe.
01:07Maintenant, on sait qu'il y en a un second, c'est l'américain, c'est Trump en tout cas.
01:11Et puis un troisième, probablement, le chinois.
01:14Donc sur cinq membres permanents, il y en a trois qui sont des prédateurs.
01:16Alors il n'exclut que la France et la Grande-Bretagne pour défendre le droit international.
01:20C'est en effet une mutation de la communauté internationale.
01:23Pour ce qui est de l'Ukraine, moi je pense qu'on est arrivé à un point où on arrive à quatre ans de guerre.
01:29Quatre ans, c'est effrayant.
01:31Quatre ans avec des milliers de morts, d'ailleurs des deux côtés.
01:35Donc je pense, je vais m'avancer beaucoup, que ça finira dans le courant de l'année 2026.
01:40Vous pensez qu'on va arriver à un accord de paix ?
01:42Mais pas tout de suite.
01:43On a eu une avancée, selon vous, là, sur la coalition des volontaires.
01:45C'est majeur ce qui s'est passé ou pas ?
01:47Oui, parce que ça signifie à la Russie que les Européens ne céderont pas.
01:52Et ça signifie à la Russie que les Européens et l'Ukraine ont réussi à convaincre M. Trump qu'il ne pourra pas conclure avec le Russe sans leur participation.
02:01En effet, s'il y avait une conclusion de type Yalta, un accord entre Washington et Moscou, tout simplement, ceux qui n'en sont pas partis ne signeront pas.
02:10Et par conséquent, l'accord sera inapplicable, bien entendu.
02:13Donc je crois que Trump s'est rendu compte de cette situation et que la rencontre qu'il y a eu à Paris avec les deux envoyés spéciaux de Trump, avec Sivitkoff et Jared Kouchner,
02:25ont montré que, d'une part, les Européens ont bien l'intention de ne pas céder et que, d'autre part, les Américains font preuve de réalisme.
02:32Ils ne pourraient pas appliquer un accord conclu avec la Russie sans la participation de l'Ukraine et de l'Europe.
02:37Annalisa.
02:38Là, on s'est mis d'accord sur les garanties de sécurité qui tenaient à cœur à l'Ukraine.
02:42Est-ce que ça veut dire que la prochaine étape, c'est de demander aux Ukrainiens de lâcher le Donbass, qui est une demande de la Russie ?
02:49Alors, la question est sur la table.
02:50Naturellement, les Ukrainiens ne veulent pas lâcher la partie de Donbass que l'armée russe n'a pas été capable d'occuper, de conquérir.
02:57D'autant plus que c'est une véritable citadelle, puisque c'est l'endroit le plus fortifié, pratiquement, de la ligne de front.
03:06Et que si cette citadelle tombait, ça pourrait ouvrir la voie à la conquête de la plaine par l'armée russe, jusqu'au fleuve, jusqu'au Dnieper.
03:16Donc, c'est tout à fait important.
03:17Puis, il y a eu beaucoup de morts.
03:18Effectivement, il n'y a aucune raison que, parce que l'armée russe est incapable de conquérir ce territoire,
03:23on le donne aux Russes par la voie de la négociation et sous pression américaine.
03:29Mais cela dit, il y a dans la zone un autre élément qui peut entrer dans la négociation, on l'a dit, c'est Zaporizhia, la centrale nucléaire,
03:36la plus grande centrale d'Europe, qui est actuellement à l'arrêt, mais qui est un risque, évidemment, un risque pour toute l'Europe.
03:45Et la UEA essaie de limiter ce risque en ayant des inspecteurs qui continuent d'y aller.
03:52Mais le problème, c'est que cette centrale est occupée par un régiment russe et que sa propriété a été transmise à Rosatom,
03:59c'est-à-dire à l'agence de l'énergie atomique russe.
04:03Et qu'à mon avis, l'urgence, et peut-être que les Européens devraient se concentrer un peu là-dessus, et les Américains,
04:09c'est de faire sortir le régiment russe de l'usine de Zaporizhia, remettre le contrôle de cette usine à l'agence internationale de l'énergie atomique de Vienne,
04:17et puis voir ensuite comment cette usine peut être administrée, peut-être gouvernée.
04:23Alors actuellement, il y a un projet, mais qui n'est pas acceptable par les Ukrainiens, qui sera un projet trilatéral,
04:28avec les Américains, les Russes et les Ukrainiens.
04:32Les Ukrainiens, il n'y a pas de raison qu'il y ait les Russes, bien sûr.
04:34Peut-être les Américains, il faut voir.
04:37Ça, c'est un sujet qui pourrait donner lieu à une négociation, remise en marche de la centrale,
04:42et peut-être partage de la production d'électricité entre l'Ukraine et des régions occupées par la Russie.
04:49Et de ce point de vue-là, ça équivaudrait à un retrait de l'armée russe,
04:55qui permettrait de justifier un petit retrait ukrainien dans le Donetsk.
05:00On parle dans les garanties de sécurité d'envoi de troupes sur place.
05:02Alors, l'Italie a dit « je ne le ferai pas », mais la France paraît pas contre.
05:06On parlait dans la presse de 6 000 soldats qui pourraient être envoyés en Ukraine.
05:09Pour faire quoi, précisément ?
05:11Alors, c'est dans l'hypothèse où le cessez-le-feu serait conclu,
05:16où le cessez-le-feu serait respecté,
05:19contrôlé, dit-on, par des moyens aériens non pilotés,
05:24c'est-à-dire en réalité des drones,
05:26probablement avec un rôle très important des Américains dans l'état actuel des choses.
05:30C'est ce qui est sur la table, pour contrôler la ligne de cessez-le-feu.
05:33Ce dont on parle, et ce dont vous parlez pour les troupes françaises et britanniques,
05:37ce seraient des troupes qui seraient bien en arrière de la ligne de cessez-le-feu,
05:41pas pour contrôler le cessez-le-feu,
05:43mais pour dissuader les Russes de lancer plus tard une nouvelle attaque d'envergure.
05:48Ça serait pour leur dire « touche pas à Odessa, touche pas à Kiev, touche pas à Kharkiv,
05:53parce que là, il y a des troupes européennes avec une garantie américaine ».
05:58C'est probablement ce qu'on a obtenu avant-hier également à Paris,
06:01c'est que les Américains acceptent de donner une garantie de l'extérieur,
06:04sans mettre de troupes sur place,
06:05mais en donnant notamment accès à toute l'information satellitaire,
06:09et une garantie aussi, une sur-garantie,
06:12c'est-à-dire que si vraiment il y avait une attaque d'envergure russe,
06:15eh bien les Américains entreraient dans la bataille.
06:18Alors, bien sûr, tout ça est inacceptable dans l'état actuel des choses par Poutine,
06:23mais ça lui montre qu'on est en train quand même de muscler un peu notre position,
06:28la position européenne, en liaison avec les États-Unis,
06:31et il va bien être amené à réfléchir dans les mois qui viennent,
06:35parce qu'il a aussi des milieux économiques qui lui disent « tu vas droit dans le mur »,
06:39parce que l'économie russe est devenue une économie purement militaire,
06:44tout ce qui est civil est à l'arrêt, ça ne marche pas,
06:46la Banque centrale dit « on va à la catastrophe »,
06:49enfin elle le dit discrètement, parce qu'on ne peut pas le dire ouvertement, bien sûr,
06:53et il faut espérer, on ne peut pas dire autre chose,
06:55que le fait que l'Europe se muscle avec l'appui des Américains,
06:59et montre les muscles, oblige Poutine à un cessez-le-feu,
07:03grosso modo sur la ligne de cessez-le-feu actuelle,
07:06à quelques accommodements près, notamment la centrale de Zaporizhia,
07:09qui va être rendue aux Ukrainiens avec peut-être une gestion internationale,
07:14et puis ces troupes de réassurance multinationale,
07:18qui garantiraient qu'il ne pourrait pas y avoir d'autres attaques russes dans l'avenir.
07:22Au vu de notre besoin des Américains, vous venez de nous l'expliquer,
07:26est-ce que vous avez jugé la réaction d'Emmanuel Macron et d'autres Européens opportune
07:30vis-à-vis de la situation au Venezuela ?
07:32Est-ce que vous avez dit « ils ont bien fait, on a trop besoin des Américains pour l'Ukraine » ?
07:36Alors, les deux situations sont évidemment très différentes.
07:39Bien sûr, la France, la Grande-Bretagne et les pays européens
07:42restent attachés au respect du droit international.
07:46Et c'est vrai que les moyens qui ont été utilisés au Venezuela
07:49sont contraires au droit international, aux règles de l'ONU,
07:54et le secrétaire général de l'ONU l'a dit.
07:56Parce que, quoi qu'on pense de M. Maduro,
07:59et personne en effet, en Europe, n'a beaucoup d'affection pour M. Maduro, évidemment,
08:03mais il était de facto le chef de l'État, mal élu, qui avait triché,
08:08mais le chef de l'État en fonction d'un État membre de l'ONU.
08:12Par conséquent, l'enlever de la façon dont ça a été fait,
08:15avec des moyens militaires, effectivement, ça n'est pas quelque chose.
08:18Mais on ne dit pas grand-chose aujourd'hui en Europe contre ça.
08:20Est-ce qu'on a raison, justement, parce qu'on a besoin des Américains ?
08:22Macron a dirigé sa première appréciation.
08:25Sa première appréciation faisait à ne pas antagoniser Trump
08:28à cause de la coalition des pro-ukrainiens qui avait lieu à Paris.
08:32et il fallait que M. Wittkopf et M. Kouchner se montrent coopératifs.
08:37Donc, il a corrigé ensuite, après le Conseil des ministres,
08:40du début de la semaine, en disant
08:41les moyens qui ont été utilisés sont des moyens inacceptables.
08:45Merci beaucoup, Claude Blanche-Maison, d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
08:48Merci.
08:49Merci.
08:50Merci.
08:51Merci.
08:52Merci.

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