00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03À deux petits jours maintenant, deux dodos de la décision de la Réserve fédérale américaine,
00:07peut-être une baisse de taux, Florian Hielpau est avec nous, bonjour Florian.
00:10Bonjour.
00:11En charge de la macroéconomie de l'Ombarodier IM, on attend mercredi soir, donc 20h,
00:14une troisième baisse de taux d'affilée de la Fed, la Réserve fédérale américaine.
00:18Est-ce que la question, ce qu'il faudra du coup plutôt surveiller,
00:20puisque la baisse de taux qui est très pricée et très anticipée,
00:22ce n'est pas les discours des différents membres de possibles divergences croissantes
00:26au sein du board de la Fed ?
00:29Plus encore que ces divergences, c'est la capacité de la Fed à articuler un scénario.
00:36C'est-à-dire que la Fed aujourd'hui, elle est confrontée à une triple difficulté.
00:39Un, la composition de ses membres de son collège de votants va changer,
00:43elle va être faite de membres dont on sait finalement peu de choses.
00:46Il y a un agenda potentiellement politique sous-jacent.
00:50Le deuxième élément, c'est que, comme vous le savez,
00:52on manque cruellement de données pour mesurer l'état actuel du marché de l'emploi aux États-Unis,
00:57du chômage aux États-Unis, qui sont pourtant les variables clés pour que la Réserve fédérale puisse prendre une décision,
01:04puis ensuite nous donner de la visibilité à plus long terme.
01:07Et puis le dernier élément, il ne faut pas l'oublier, c'est que, comme vous le disiez,
01:10on a une forme de divergence entre les membres qui composent la Réserve fédérale américaine,
01:15et parmi ces divergences, il y a ce qu'on appelle la divergence autour du taux neutre.
01:20C'est-à-dire, quel taux Banque centrale, quel taux Fed, est-elle qu'il ne contraint pas l'activité économique aux États-Unis ?
01:30Et les écarts vont de 2,5% à 3,5%.
01:34C'est-à-dire qu'on pourrait être demain matin au taux neutre avec 3,5% en faisant quelques projections,
01:39par contre 2,5%, on n'est pas du tout au taux neutre, et la Réserve fédérale américaine exercerait encore un ennemi de l'économie,
01:47comme vous le disiez précédemment, de la BCE vis-à-vis de l'Europe.
01:50On est face à un déficit de visibilité, et il est incertain que la Réserve fédérale puisse mettre un terme à ce déficit de visibilité ce mercredi.
02:00Avec en plus un changement à venir à la tête de la Fed, on en reparlera dans un instant,
02:03mais si on se projette sur le scénario macroéconomique américain en 2026,
02:08est-ce qu'on va vers plus de croissance, une réaccélération de la croissance, et pas plus d'inflation ?
02:14C'est notre scénario. Il faut comprendre qu'il y a deux éléments qui peuvent expliquer cette situation.
02:20Le premier de ces éléments, c'est globalement, par les États-Unis, 2025, c'est une année de croissance en dessous du potentiel.
02:27Ça veut dire que, selon le FMI, on a 67% des économies mondiales,
02:33les économies qui composent l'économie mondiale, qui croissent plus lentement que leur rythme naturel.
02:40Pour avoir de l'inflation, il faut croître plus vite que son rythme naturel.
02:43L'inflation, c'est un peu la température du corps quand on fait du sport,
02:46c'est quand on fait des performances que la température du corps s'élève,
02:49et là, on est loin de faire des performances.
02:51Donc, il y a un décalage, si vous voulez, entre croissance économique,
02:54cycle de la croissance, et cycle d'inflation.
02:56On sort d'une année de croissance sous potentiel, notamment aux États-Unis,
03:01du fait des droits de douane, du fait des taux d'intérêt qui sont toujours élevés.
03:04Donc, on peut s'imaginer qu'on a peut-être 12 à 18 mois devant nous
03:07avant que l'inflation, par la demande, accélère.
03:10Ça, c'est le premier élément.
03:12Le deuxième élément, c'est qu'on est face à la révolution de l'IA.
03:15Vous en parlez quotidiennement.
03:17Cette révolution de l'IA, elle est source de gains de productivité
03:20pour l'ensemble des entreprises de la planète.
03:22Maintenant, si on regarde les chiffres de création d'emplois,
03:24on se rend compte que ces gains de productivité se font plutôt contre le marché de l'emploi.
03:30Et donc, ils refroidissent le marché de l'emploi.
03:33Si le marché de l'emploi refroidit, alors la progression des salaires,
03:36et on le voit très bien dans les enquêtes aux États-Unis,
03:40cette progression des salaires est moindre.
03:41S'il y a moindre progression des salaires, à moyen terme, il y a moins d'inflation.
03:45Donc, il faut bien garder en tête qu'il y a des éléments cycliques et structurels
03:48qui se conjuguent en 2026, en tout cas sur la première partie de l'année,
03:51pour nous faire vivre dans un environnement où on a de la croissance qui accélère,
03:56mais pas nécessairement beaucoup plus d'inflation.
03:59Intéressant ce que vous dites, c'est l'anatomie d'une croissance pas comme les autres.
04:02Une croissance avec moins d'inflation peut-être que par le passé,
04:05qui nous attend en 2026 aux États-Unis.
04:06On aurait donc plus de croissance et des baisses de taux amenées à se poursuivre.
04:10Si on avait effectivement une poursuite des taux à la baisse et plus de croissance,
04:13ça nous amènerait où ?
04:14Où va l'économie américaine ?
04:15Où vont les marchés historiquement,
04:16quand on a à la fois plus de croissance et plus de baisse de taux ?
04:19Ce qui est assez paradoxal.
04:20On serait dans une espèce de situation de type retour à le futur.
04:25On serait de retour en 2017,
04:28une bonne à très forte croissance,
04:31peu ou pas d'inflation, des baisses de taux orchestrées.
04:34Tout ça signifie dans l'ensemble
04:35qu'on serait à nouveau dans cette espèce de phase.
04:38Vous savez, on parlait de boucle d'or, d'économie Goldilocks.
04:41La soupe n'est ni trop chaude, ni trop froide.
04:43Elle est juste à température.
04:44Et les marchés adorent avoir leur soupe juste à température.
04:47Ça nous amènerait à avoir plutôt une poursuite du rallye action.
04:52Et surtout, disons, d'une qualité, c'est-à-dire d'une ampleur,
04:57qui serait encore meilleure que ce qu'on a vu en 2025.
05:01C'est-à-dire plus d'Europe, c'est-à-dire toujours plus de Chine
05:05et des États-Unis qui tiennent la barre,
05:08mais qui ne sont pas nécessairement autant en avance
05:11que ce qu'on a pu voir de 2021 à 2024.
05:14Il y a une différence majeure par rapport à 2017,
05:17c'est le niveau des valorisations et le niveau des dettes gouvernementales.
05:21On est très loin des niveaux qu'on observait alors en 2017.
05:24Donc, on rentre dans une période de Goldilocks,
05:27une période boucle d'or, mais avec des risques
05:29qui créent, disons, un potentiel de correction supérieur
05:34à ce qu'on avait en 2017.
05:35N'oublions pas les risques,
05:37même si la situation a l'air très positive.
05:39– Florian, c'est Antoine dans l'appareil, bonjour.
05:44– Bonsoir.
05:44– Juste, l'actualité, c'est aussi la Fed,
05:47avec le rendu de décision très attendu de mercredi soir,
05:50et puis toutes les anticipations qu'on a
05:52d'une future probable nomination de Kevin Assett
05:56à la tête de la Fed, à la suite de Jerome Powell.
05:59Est-ce que le marché n'en fait pas un petit peu trop ?
06:01Moi, je me rappelle du premier mandat de Donald Trump,
06:05où il avait imposé à la tête de la Fed
06:07précisément de Jerome Powell,
06:10et on s'était dit, il va être à sa botte, etc.
06:12Ça n'a pas du tout été le cas.
06:14Est-ce que vous ne pensez pas que le marché
06:16price des choses qu'il ne devrait pas priceer à ce sujet ?
06:20– Alors, dans ce que price le marché,
06:22il y a la direction et il y a le rythme.
06:25La direction, on est assez d'accord
06:27avec ce que price le marché,
06:28c'est-à-dire une poursuite de ce cycle de baisse de taux.
06:31Il n'y a pas trop de doute, en tout cas pour le moment,
06:33à moins qu'on ait une surprise inflationniste.
06:35Là où le marché s'emballe probablement,
06:37c'est peut-être sur le rythme.
06:38Nous, ce qu'on voit globalement de notre côté,
06:40c'est qu'on pourrait rentrer à partir de décembre
06:42dans une période d'attentisme de la Réserve fédérale.
06:45Parce que, comme je l'ai mentionné au début,
06:47besoin de visibilité,
06:49changement du collège décisionnaire,
06:51arriver à 7,
06:53qui pourrait aussi changer un petit peu la donne.
06:55Maintenant, la Réserve fédérale américaine,
06:57elle a une gouvernance propre
06:58avec laquelle il est difficile de modifier,
07:02même si on fait rentrer un candidat en plus.
07:05On a un candidat en plus
07:07qui va probablement voter pour des baisses de taux,
07:09soit, mais son vote ne compte pas triple.
07:11Ce n'est pas inscrable.
07:12C'est juste simplement
07:13le modus operandi standard
07:16de la Réserve fédérale.
07:18On a 12 votants.
07:19Il faut qu'on ait une majorité de votants
07:21qui veuillent des baisses de taux.
07:23On est loin d'avoir cette confirmation-là,
07:26mais le marché, implicitement,
07:28suppose qu'on va continuer à avoir
07:29un rythme fort, un rythme rapide
07:32de baisse de taux au cours de l'année prochaine.
07:34Ça, c'est la grande question.
07:36Effectivement,
07:36qui restera en suspens encore quelques semaines,
07:38Florian Lielpau, Lombard Odiaye.
07:39Merci, Florian,
07:40d'avoir répondu à l'appel de BFM Bourse
07:42comme si souvent.
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