00:00Gilles Moec avec nous pour AXA, chef économiste du groupe AXA.
00:03Bonjour Gilles.
00:03On l'avait vu venir, le marché avait anticipé cette hausse de taux de la BCE.
00:07D'ailleurs les marchés européens sont en hausse et les taux souverains se détendent.
00:10Paradoxalement, non mais ça avait été anticipé, c'est vrai, et on n'est pas surpris.
00:13Hausse de taux donc de 25 points de base.
00:15Est-ce que vous vous dites, compte tenu du message, des scénarios établis,
00:18la communication de Christine Lagarde, que c'est la première d'une série de hausses d'après vous ?
00:23Plutôt oui quand même.
00:24Je suis d'accord avec Aude que la BCE a maintenu le mantra habituel
00:29sur lequel on prendra la décision meeting par meeting
00:33et qu'il n'y a pas de trajectoire fixée à ce stade.
00:41Mais quand même, je trouve que Christine Lagarde a plutôt validé les anticipations du marché
00:45qui sont plutôt sur une série de hausses de taux, entre 2 et 3 au total pour cette année.
00:52Et un des éléments qui me fait pencher vers cela, c'est ce fameux scénario milder, un peu plus optimiste.
00:59Alors quand on regarde le détail, ce scénario optimiste qui a été ajouté autour de la prévision centrale de la
01:06BCE,
01:07il se fonde sur une baisse du cours du Brent en dessous de 90 dollars dès le troisième trimestre.
01:1288 dollars pour être précis.
01:14Et Christine Lagarde, à plusieurs reprises, a insisté que même si ce scénario optimiste se matérialisait,
01:21ce qui à ce stade ne paraît pas complètement évident,
01:24eh bien la hausse d'aujourd'hui serait complètement justifiée.
01:28Donc ça, ça va plutôt dans le sens où la hausse d'aujourd'hui, c'est une hausse minimum, entre
01:35guillemets.
01:36Et comme elle l'a répété plusieurs fois, ce n'est pas une hausse d'assurance, ce n'est pas
01:40une hausse d'avertissement,
01:41mais c'est une hausse qui est complètement justifiée par le scénario macro.
01:46Et donc voilà, pour moi, implicitement, il y a plutôt poursuite de la hausse des taux,
01:51même si Christine Lagarde n'a pas voulu laisser du tout de marge à une discussion sur le timing d
01:57'une telle décision.
01:57Mais voilà, c'est plutôt une validation des attentes du marché.
02:00– Et quels seront les impacts alors si on entre sur une série de hausses de taux pour essayer de
02:05lutter contre l'inflation,
02:06mais alors que les perspectives de ralentissement de l'économie sont là ?
02:09Christine Lagarde, la BCE, explique que les perspectives restent incertaines
02:12avec des risques de hausse d'inflation et de ralentissement de la croissance.
02:15Si la BCE hausse ses taux, augmente ses taux, est-ce que sur la croissance, le risque ne sera pas
02:19encore pire ?
02:20– C'est toute la difficulté de l'exercice parce qu'on est quand même face à un choc d
02:25'offres.
02:26Et comme on le sait tous, les banques centrales ne peuvent pas faire grand-chose
02:30quand il s'agit d'un choc d'offres,
02:32sauf à veiller à ce que les anticipations d'inflation ne bougent pas trop
02:36et à contrer d'éventuels effets de second tour
02:39qui passeraient là pour le coup par la demande, par exemple par les salaires.
02:45Mais pour l'instant, effectivement, on a une certaine résilience de la croissance,
02:50mais pour moi la résilience est quand même plutôt derrière nous
02:53si on regarde les derniers indicateurs macro.
02:55Or, on a une prévision centrale de la BCE avec une croissance à 0,8% en 2026.
03:02C'est quand même assez ambitieux, ça ne laisse aucune marge à aucun gadin
03:06au deuxième ou au troisième trimestre.
03:09Et donc le risque, effectivement, c'est que la BCE fasse ce qu'elle considère
03:14qu'elle a à faire pour ancrer les anticipations d'inflation,
03:18ça c'est compréhensible, mais qu'au passage, elle contribue en fait à un ralentissement de la demande
03:24qui se traduirait au final par un blocage de ces fameux effets de second tour sur l'inflation.
03:29J'ai quand même senti une certaine asymétrie quand même dans l'analyse des risques.
03:33C'est-à-dire qu'on sent une BCE vraiment très nerveuse sur les risques de second tour,
03:37sur l'inflation, même s'ils ne se sont pas encore complètement néfastés,
03:40mais que ça pourrait venir, alors que le discours sur la croissance
03:43me paraît quand même assez optimiste.
03:46– Gilles, on a eu les chiffres des prix à la production,
03:50l'inflation sortie d'usine du côté des États-Unis,
03:53autant du côté des prix à la consommation, il n'y avait rien de spécial,
03:56on était sur les dynamiques du moment, autant sur les prix à la production,
03:59là, plus 6,5%.
04:02Réunion de la Fed quand même la semaine prochaine,
04:04et grosse pression sur Kevin Walsh a priori.
04:07– Oui, alors ce qui en plus, il y a un élément, je suis désolé, c'est un peu technique,
04:11mais ce qui compte pour la Fed, dans la mesure des prix à consommation,
04:15ce n'est pas tellement le CPI qui est sorti la semaine dernière,
04:19c'est le déflateur.
04:20Or, pour calculer le déflateur, on utilise beaucoup d'inputs
04:24qui viennent de l'indice des prix de la production que vous venez de mentionner.
04:29Donc ça, c'est un autre élément qui fait penser, malheureusement,
04:33à un chiffre déflateur de la consommation lorsqu'il va sortir dans quelques semaines,
04:37qui sera fondamentalement mauvais,
04:40avec probablement une poursuite de l'accélération qu'on avait déjà vue le mois dernier.
04:44Donc effectivement, moi j'ai l'impression que Kevin Walsh arrive à un mauvais moment,
04:48entre guillemets, pour lui,
04:50parce qu'il a fait campagne plutôt sur des baisses de taux,
04:54à un mauvais moment parce que le choc d'inflation que l'on voit aujourd'hui aux États-Unis,
05:00bien évidemment, il est dominé à court terme par ce qui se passe du côté des prix de l'énergie,
05:04mais c'est aussi un choc qui vient en plus d'une tension sous-jacente sur les prix de la
05:10consommation
05:11qui était forte avant le début de la crise.
05:13Donc c'est quand même très compliqué, à mon avis, pour la Fed de lâcher quelque leste que ce soit,
05:19alors même qu'à différence de la BCE, la Fed est déjà en territoire restrictif.
05:23Mais je pense que là, oui, Kevin Walsh se retrouve dans une vraie difficulté.
05:29Il peut s'en sortir, entre guillemets, parce que Kevin Walsh est aussi partisan d'une Fed
05:34qui communique beaucoup moins, qui parle beaucoup moins.
05:37Peut-être qu'en ce moment, c'est plutôt à son avantage de parler le moins possible.
05:42Merci Gilles.
05:43Gilles Mouek avec nous, chef économiste du groupe AXA.
05:45Wall Street est en hausse, le S&P, malgré le chiffre des prix à la production assez spectaculaire quand même,
05:506,5% de hausse est pris à la production, bien, le S&P gagne 0,3%.
05:54À Paris, le CAC 40 gagne 0,7%.
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